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Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Victor Hugo n'a pas vu la Sainte Victoire de Jacques Ibanès dans les soirées de Paris.

Victor Hugo n'a pas vu la Sainte Victoire de Jacques Ibanès dans les soirées de Paris.

ARTICLE DES SOIREES DE PARIS
En compagnie de Victor Hugo et de Jacques Ibanès
Publié le 26 février 2018 par Philippe Bonnet

En 1839, Victor Hugo se promène dans le sud de la France avec sa compagne Juliette Drouet. Ils ont la chance de faire du tourisme, un mot encore très rare dans un pays où le labeur rural est toujours dominant. Au mois d’octobre ils passent en diligence devant la montagne Sainte-Victoire sans que cela ne les émeuve particulièrement. Cézanne n’a pas encore peint des dizaines de fois son sujet préféré. C’est en partant de cette information en creux que l’écrivain Jacques Ibanès vient de publier « Victor Hugo n’a pas vu la Sainte-Victoire ».

En se mettant dans les pas de l’homme immense qui voyait tout en grand, Jacques Ibanès a trouvé un bon prétexte pour nous faire également suivre les siens et nous parler de Cézanne on l’a dit, mais aussi de Colette, de Jacqueline de Romilly et même d’Hemingway surpris alors qu’il faisait du stop en bord de route française. Et aussi d’un certain Jean-Antoine Constantin qui lui aussi avait peint le massif de la Sainte-Victoire, « envoûté » par son charme magnétique.

Mais pour s’autoriser tout un tas de digressions, si bien écrites que jamais on ne lâche son mince livre d’une centaine de pages, Jacques Ibanès doit payer son écot à cet Hugo qui voyait en Avignon une « petite ville d’un aspect colossal ». Incorrigible amplificateur qui allait jusqu’à ajouter de « la grandeur à la grandeur » histoire de ne jamais quitter les chemins de crêtes de ses pensées qui éclairaient les jours comme les nuits de ses contemporains.

Enfin, les pensées XXL de Victor Hugo connaissaient aussi des bas. Jacques Ibanès raconte qu’à cette époque où le chemin de fer n’avait encore acquis tout son déploiement, Victor Hugo et Juliette Drouet avaient choisi le bateau à voile pour aller de Lyon à Avignon. Il fallait 12 heures de trajet jusqu’à la Cité des Papes pour se changer du frisquet climat lyonnais, ce qui a fait dire à Hugo que durant ce laps de temps il était passé de « novembre à juillet ». Encore une bonne formule de ce cerveau jamais en reste. Mais là où l’anecdote vaut son pesant de monnaie, c’est que l’auteur des « Misérables » doit à la fin de son trajet, affronter la communauté oubliée des portefaix, c’est à dire des hommes qui prenaient d’autorité vos bagages pour les emmener à l’hôtel contre rétribution. Un péage que Victor Hugo avait avalé de travers nous narre Jacques Ibanés. Pourtant connu pour sa générosité, le voyageur contemplatif ayant vogué sur le Rhône avait dû s’acquitter mal gré de trente sous pour le service. Ce qui lui favait ait dire dans une lettre adressée à sa femme officielle restée à Paris, « je me souviendrai jusqu’à mon dernier jour de la pièce de trente sous d’Avignon ».

Massif de Sainte-Victoire

C’est ainsi que court le livre avec des anecdotes personnelles qui font écho à la vie itinérante de Victor Hugo. Et ce musicien qu’est Jacques Ibanès, par ailleurs interprète talentueux de de Guillaume Apollinaire, nous bringuebale de page en page dans sa propre érudition avec une légèreté pleine d’agrément. Nous sommes conviés à suivre cet anachronique attelage littéraire en diligence, parfois en train, en voiture ou en bateau, avec des passagers inattendus autant que dépareillés. Jacques Ibanès laisse même filtrer une admiration sensuelle pour Colette dont il caressait les livres de la main au moment de son adolescence, avec semble-t-il, d’autres idées en tête. D’ailleurs à quoi pensait Cézanne en peignant et repeignant la Sainte-Victoire. À la géologie, à l’esprit du cubisme qui émergeait mine de rien sous son pinceau? Pour Jacques Ibanès c’est plus simple, il la traitait surtout comme une femme désirée, que nul ne connaissait mieux que lui.

PHB

« Victor Hugo n’a pas vu la Sainte-Victoire » Jacques Ibanès Fauve Éditions 14 euros

Victor Hugo n'a pas vu la Sainte Victoire de Jacques Ibanès dans les soirées de Paris.
Victor Hugo n'a pas vu la Sainte Victoire de Jacques Ibanès dans les soirées de Paris.
Victor Hugo n'a pas vu la Sainte Victoire de Jacques Ibanès dans les soirées de Paris.
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ALLIBERT 27/03/2018 03:27

Mon ami Jacques ... mais déjà ces trois premiers mots m'imposent une rapide parenthèse, je l'ouvre immédiatement. Elle ne sera pas longue (... enfin j'espère!)

Je dis "mon ami" et c'est certainement présomptueux de ma part ... mais ce soir, après avoir lu son livre, je suis - quoique tout à fait modestement - particulièrement heureux d'avoir pu suivre ses traces dans ce nouveau voyage en littérature tel qu'il les affectionne.
J'ai bien souvent gravi les sentiers qui permettent d'accéder au sommet de la Sainte-Victoire, au Pic des mouches ... mais, pour la circonstance, Jacques navigue devant. Son pas est sûr, c'est celui d'un marcheur qui sait parfaitement où il se dirige, même si là où il pose ses pieds, ses mots et ses phrases, personne ne les a posés avant lui.
Et en effet c'est un chemin qui lui est tout personnel qu'il ouvre pour son lecteur. Et oui, on est heureux de suivre ces traces ... qui sont les siennes. Il y a là l'assurance du marcheur déterminé à avancer, et - plus secrètement - comme les phasmes qui vivent là nombreux sur les flancs de cet immense vaisseau minéral et se dissimulent pourtant au promeneur distrait, il y a son intime fragilité. " Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson", disait le grand Georges ...

Tenez, l'apparition d'Ernest l'amateur de canne à pêche, de corrida, de whisky de contrebande et de longues jambes féminines, possiblement. Je croyais bien le connaître un peu. Et voilà que Jacques me révèle, en quelques courtes pages à peine, un apparemment infime moment d'une seule journée de sa vie ... qui est tout le contraire d'une anecdote cependant ! Je sais que cette pierre sans prétention restera à présent un repaire essentiel sur ce sentier battu par les cinq vents de Provence dont il se dit qu'ils auraient pu donner son nom à la montagne sacrée. "Une histoire de pêche, me dit-il" écrit seulement Jacques. Et au bord de cet à-pic qui domine la vallée de l'Arc on en a les jambes qui flageolent. Je dis les jambes, je devrais bien sûr dire le cœur.

Pas de gras. Cent courtes pages. Six chapitres. Le premier s'intitule Voyager. Le dernier Partir. Incidemment, autre minuscule pierre discrète le long du raidillon, le marcheur évoque "le fameux poème de Cavafy". Jacques ne dit rien d'autres que fameux. Sainte-Victoire. Le lieu s'y prête, la mise en abyme est vertigineuse ...

"Quand tu partiras pour Ithaque ..." ainsi débute le premier vers du longtemps méconnu poète d'Alexandrie.
Il arrive parfois que l'on croise parfois, ici ou là, des m'as-tu-vu-quand-je-marche avec de gros sacs. Et de gros sabots. Mon ami Jacques c'est juste le contraire. Le dépouillement extrême. Le cœur-cerf. Et simplement le sang qui circule dans les veines.

Comme je pose scrupuleusement mes pas à la suite des siens, je ni dirai rien de Toto ni de sa Juliette chérie. Ni donc du Café de l'Europe à Rochefort qui marquera la fin de leur périple. Ce récit là est ineffable par un autre que son auteur. D'ailleurs, quand on en sera arrivés là à attendre la voiture de La Rochelle, il ne restera pour l'immense géant qui aura été étranger à la future invention de Cézanne que quelques lignes pour clore le chapitre.
Et pourtant.

Puis deux pages ultimes. Un couple de gitans. Le " Notre Père " et le "Je vous salue Marie". Et le mécréant définitif que je suis en aura durablement les larmes aux yeux.

Voilà, il est temps que je referme la parenthèse. Trop longue évidemment. J'en resterai donc là. Tant mieux ! Tout le reste, qui est évidemment l'essentiel, appartient à la phrase de Jacques. À la main qui tient son stylo. Et aux battements de ce muscle, dit-on, au creux de sa poitrine.

alexandra collet 27/03/2018 04:09

Très émue par ce commentaire. MERCI