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Madame Rhinocéros

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Les surprises de la vie...

Articles avec #presse catégorie

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 4 Education aux écrans.

 ·  19. juillet 2020

EDUCATION AUX ECRANS: une expérience en classe pendant une année par Alexandra IBANES, enseignante

 

"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres."

Voltaire

 

 

Les écrans, la science, la vérité, la philo et moi!

 

Un article d'Alexandra Ibanès, enseignante en cycle 3, pratiquant la philo pour enfants en classe depuis près de 20 ans

(Pour en savoir plus sur Alexandra, lire son portrait "La philo pour enfants a changé mon métier d'enseignante": cliquer ici)

 

 

La désinformation ou fausse nouvelle appelée communément « fake news » n’est pas une nouveauté. Rumeurs, propagandes, calomnies font florès depuis la nuit des temps par le biais de l’art, de la chanson populaire, des livres pamphlets…

Actuellement, selon Big Data, l’humanité produit tous les deux jours autant d’informations qu’elle en a diffusées de l’aube de la civilisation à celle de notre millénaire. Cette progression exponentielle qu’autorise la technologie d’internet interroge sur la fiabilité des données diffusées par des réseaux de plus en plus puissants. Comment démêler le vrai du faux d’une information ? Comment savoir si nous ne sommes pas manipulés ?

  

Constat

 

Aujourd’hui, les réseaux sociaux, qui ont l’avantage de la rapidité, semblent prendre le pas sur la presse écrite qui était naguère une source incontestable de diffusion de l’actualité dans tous les domaines. Les posts diffusés en temps réel par Twitter ou Facebook se substituent aux filtres des agences traditionnelles de communication. À l’ère du numérique, tout peut circuler librement sans vérification ; n’importe quelle nouvelle peut être légitimée et acquérir un statut d’information sans avoir été vérifiée. Ainsi,en circulant très vite, et en étant partagés, de nombreux articles se substituent à ceux des experts et des critiques professionnels (cinéma, restauration, médecine, littérature, éducation, enseignement…) pour créer une nouvelle « vérité ».

À travers la multiplicité d’informations qu’offrent les médias, les téléspectateurs, les internautes, les auditeurs et les lecteurs se forment leurs propres opinions, ils se construisent LEUR esprit critique et LEUR vérité.

Bref, Fake news, Hoax, Intox, Infox et post-vérité tendent parfois et avec succès à substituer la fiction à la réalité ! Aussi, le principal enjeu de toute éducation consistera désormais à former dès l’école primaire les futurs citoyens à exercer leur esprit critique, à les mettre en garde contre les manipulations, à leur apprendre à démêler le faux du vrai.

 

Développer l’esprit critique en classe

 

Pour le chercheur comme pour l’élève préparant un exposé, pour l’écrivain ou pour  le simple curieux, les moteurs de recherche internet sont désormais les vecteurs les plus couramment utilisés. Si la mémoire d’un disque dur peut faire office d’une certaine forme d’encyclopédie, d’autres questionnements demandent des réponses plus réfléchies.

Certains élèves se demandent à quoi servent certains apprentissages puisque Goggle ou autres peuvent être consultés  chaque fois qu’ils veulent avoir une information. Et bon nombre d’entre eux font se livrent à de simples copiés-collés d’informations pas même reformulées en juxtaposant avec beaucoup de maladresse des idées glanées ici et là.

L’apprentissage d’une lecture d’écran est désormais indispensable au même titre que les apprentissages fondamentaux. L’éducation à l’information avec un esprit critique est désormais devenue un enjeu de  société.

En classe, deux notions essentielles devront être mises en avant pour que puisse s’exercer l’esprit critique des élèves.

Dans un premier temps, il s’agira de leur apprendre à distinguer la signification de ce que sont les opinions et les arguments. Dans un second temps, à les amener à comprendre que l’esprit critique (qui n’est pas un jugement défavorable) s’épanouit dans un échange avec autrui en confrontant avec écoute et respect de chacun.

Apprendre à s’interroger plutôt que de demeurer passif face à des préjugés est le premier apprentissage à la notion de liberté de jugement et le premier moyen de résister aux pressions externes.

L’importance d’une éducation à l’esprit critique dès l’école primaire consiste aussi  pour l’enfant « à surmonter ses goûts, ses tendances particulières, les pesanteurs de sa propre psychologie pour respecter les règles universelles, c’est à dire pour agir d’une manière qui soit admissible et acceptable par tous », nous dit Canivez.

Apprendre à argumenter sera donc un long travail sur soi pour se libérer de tout ce qui entrave la liberté de penser.

Un travail collectif est aussi nécessaire pour échanger des réflexions.

Une formation de l’esprit critique apprendra aux élèves à résister aux emprises idéologiques, politiques, complotistes, religieuses, etc. qui régissent notre société. Et une initiation à la philosophie permettra aux jeunes penseurs de remettre leurs propres certitudes en question en prenant en compte celle des autres.

 

Expérience en classe pendant une année.

 

Licenciée en communication et audiovisuel et très soucieuse  de l’usage qu’on peut faire des outils numériques, je fais depuis quelques années beaucoup de prévention dans ma classe autour des dérives d’internet, des modes de communication et de l’information et j’apprends à mes élèves à développer leur esprit critique d’une autre façon.

Pendant une année, j’ai conduit les enfants à avoir une rétrospection sur le rôle de leur cerveau face aux écrans et à comprendre comment ils réagissaient face aux informations qu’ils recevaient pour élaborer une charte de prévention. Toutes les activités, qu’elles soient philosophiques, d’éducation à l’information ou scientifiques n’ont cessé de s’enrichir toute l’année et très rapidement les élèves ont eu un esprit très aiguisé et beaucoup plus critique.

  

Plusieurs axes interdisciplinaires pour utiliser correctement les écrans et développer son esprit critique.

 

1.  Le cerveau face aux écrans

 

À partir d’un manuel  Les écrans, le cerveau et l’enfant...de La main à la pâte (association fondée en 1996 par Georges Charpak, prix Nobel de physique et soutenue par l’Éducation nationale), la classe a suivi durant une dizaine de séquences un projet d’éducation à un usage raisonné des écrans.

Comme nous pouvons le constater, les écrans rentrent très vite dans la vie des enfants et bouleversent leur quotidien.

À travers des démarches d’investigation, les activités proposées en classe incitaient l’élève à être actif, curieux et critique dans ses apprentissages. J’étais pour ma part tutrice, modératrice et médiatrice.Je proposais aussi une confrontation avec le savoir scientifique, à l’aide de documents.

Ces séances de travail ont été menées de façon individuelle, en petits groupes ou collectivement. Chacune d’elle était structurée de façon rigoureuse avec une phase de questionnement (débat, représentations initiales d’élèves, formulation d’hypothèses), une phase d’activité (recherche de solutions avec expérimentation, observation, classification, recherche, construction) et une phase de structuration avec une mise en commun, une conclusion et une trace écrite. L’objectif final étant d’aboutir à la rédaction d’une charte pour le bon usage des écrans.

La première séance a fait émerger les idées des élèves sur le cerveau à travers des verbes et des mots dont voici la liste : Réfléchir, voir, faire fonctionner les muscles, douleur, écouter, imaginer, dormir, parler, lire, bouger, les émotions, mémoriser, retenir, travailler, faire bouger les parties du corps. Après débat, ces mots ont fait l’objet d’une classification.

La seconde séance a été consacrée aux mécanismes de réaction du cerveau face à différents types d’écrans et aux différents types d’activités.

 

A/ Images et sons

 

Les objectifs :

- Découvrir que la vision et l’audition sont sollicitées lorsqu’on interagit avec les écrans.

- Faire réfléchir les élèves à leur coopération pour la bonne compréhension des contenus multimédias.

 

Nota : Tous les enfants ont participé et se sont passionnés pour cette activité , ils étaient dans l’étonnement en découvrant comment grâce à leurs sens, ils donnaient différentes significations à un film et qu’inconsciemment l’ouïe et la vue les conduisaient à faire des suppositions.

  

B/ L’illusion du mouvement

 

L’objectif :

- Découvrir que le cinéma, la télévision et l’animation utilisent certains phénomènes d’illusion virtuelle.

 

Nota :

Les élèves ont réalisé un folioscope en retirant des images, en les mélangeant, en les mettant dans l’ordre pour créer une illusion de mouvement et comprendre que celle-ci  est due à la conjonction de deux phénomènes, l’un rétinien et l’autre cérébral. Ils ont découvert que le cerveau interprétait une succession rapide d’images comme un mouvement continu.

Les élèves connaissaient les phénomènes d’illusion car, parallèlement, j’avais initié une activité cinéma où le mouvement, le trucage et l’illusion avaient été étudiés.

 

C/ L’espace et l’écran

 

Les objectifs :

- Réfléchir aux manières de représenter l’espace : les représentations centrées sur notre propre position (autocentrées) et celles centrées sur un point de vue externe (allocentrées).

- Comparer comment l’espace est perçu à l’écran et dans la réalité.

 

Nota : Tous les élèves maîtrisaient parfaitement leur position dans le cadre d’un jeu vidéo. Tous savaient quel rôle ils jouaient face à leurs écrans. Ils avaient parfaitement conscience d’être extérieurs au personnage virtuel quand ils le déplaçaient sur un écran ou d’endosser le temps d’un jeu le rôle du héros. Ils avaient une parfaite maîtrise du point de vue qui s’offre à eux quand ils jouent. À la fin de la séance, les élèves avaient totalement conscience qu’un jeu est un jeu.

 

D/ Communiquer ses émotions

 

Les objectifs :

- Réfléchir aux émotions et à leurs fonctions à l’échelle de l’individu et à l’échelle d’un groupe.

-Travailler les expressions des émotions.

 

Nota : Au début de l’activité qui était dans le registre du théâtre et du dessin, les enfants ne comprenaient pas l’intérêt de cette séance pour l’écriture de la charte. Après plusieurs activités, ils ont saisi qu’un des rôles du cerveau est de faire ressentir des émotions, de les exprimer et de découvrir celles des autres. Mais que venait faire l’écran dans toute cette histoire ?

La question posée à la classe était de comprendre comment par l’intermédiaire des écrans des personnes malveillantes risquaient de faire du mal aux autres car on ne voyait pas ses réactions. Un débat sur le rôle des smileys et leur utilisation a été fait suite à diverses réactions d’élèves. Ils ont découvert qu’il ne fallait pas les prendre systématiquement pour argent comptant, que celui qui les envoyait pouvait répondre en fonction de ce qu’on attendait de lui sans forcément  être sincère vis-à-vis de lui.

Les enfants ont conclu qu’il faut réfléchir à la manière dont on s’adresse aux autres par l’intermédiaire d’un écran.

 

E/ Le temps à l’écran

 

Objectif :

- Réfléchir à la façon dont la durée d’un évènement est montrée à l’écran et prendre conscience des manipulations que l’on peut y apporter.

 

Nota :

Les élèves ont  compris que dans un jeu vidéo ou dans un film, on peut manipuler le temps en le raccourcissant ou en l’accélérant. Il ne correspond pas à celui de la réalité.

L’expérience était faite sur un film très court de la germination d’une graine qui donne une fleur ; les élèves à la fin de la séance ont proposé de semer des graines en classe pour justifier leur conclusion.

 

F / La mémoire et l’écran

 

Objectifs :

- Faire découvrir aux élèves qu’il y a des souvenirs qui sont personnels et des connaissances qui sont partagées collectivement.

- Faire prendre conscience que les écrans sont de nouveaux moyens pour suppléer la mémoire avec leurs avantages et leurs risques.

 

Nota :

Les élèves ont appris que les écrans permettent de partager des souvenirs mais qu’ils ne remplacent pas notre mémoire. Il faut connaître les risques par rapport à ce que l’on diffuse sur internet car les publications peuvent être partagées ou utilisées par d’autres sans qu’on le sache et elles restent alors qu’on voudrait qu’elles disparaissent.

Les écrans ne remplacent pas notre mémoire malgré les milliards de données sur les disques durs d’ordinateurs. Les émotions sont totalement absentes de ce type de communication.

 

G/ Échanger, communiquer

 

Objectifs :

- Faire prendre conscience aux élèves des différentes formes de communication qui nous permettent d’échanger les uns avec les autres.

- Faire prendre conscience aux élèves des particularités, avantages et risques que représente la communication à distance via internet.

 

Nota :

La classe devait remobiliser les idées concernant la manière dont les écrans sollicitent les fonctions du cerveau pour exprimer ses pensées et communiquer.

Avec internet, nous pouvons partager avec d’autres personnes, c’est très enrichissant mais nous ne les voyons pas et il est difficile de les comprendre et de savoir qui elles sont réellement. Certaines personnes peuvent tromper leurs destinataires car elles se cachent sous des pseudonymes ou prennent une fausse identité, donc il faut être très vigilant.

 

Conclusion

 

Les élèves ont découvert les particularités, les avantages et les inconvénients des écrans qu’ils utilisent régulièrement et ils ont pris conscience de la mise en œuvre de leur cerveau. Il y a eu une véritable prise de conscience du rôle qu’ils devaient tenir face à leur écran qu’ils soient émetteurs ou destinataires de messages.

De nombreuses leçons et pistes de réflexion sont proposées en enseignement moral et civique et en géographie sur internet pour prévenir les élèves des dangers qu’ils encourent derrière un écran. Les discours sont extrêmement préventifs mais ne touchent que partiellement les enfants. Lors des débats qui suivent ces séances, j’entends souvent dire des enfants qui sont de très gros consommateurs d’écran et de réseaux sociaux qu’ils ne se sentent pas concernés, qu’ils connaissent les rouages d’internet. Les « problèmes » n’arrivent qu’aux autres. Avec ces expériences qui ont duré 4 mois, les enfants mis en situation de recherche scientifique ont ressenti les interactions qu’ils avaient avec leurs écrans. En vivant avec leur corps et leur cerveau ce qui se passait dans leurs pensées, le résultat a été positif. Dans leur rapport aux informations, ils seront désormais beaucoup plus prudents (à l’exception de deux élèves sur trente).

 

Note de l’enseignante. Lors d’un débat sur la violence, deux élèves se sont positionnés, l’une en tant que victime et l’autre en tant que « harceleuse » sur des réseaux sociaux. Le travail sur les émotions a été salutaire et leur a permis de comprendre l’usage qu’elles devaient avoir des écrans en étant dans l’empathie l’une et l’autre. Elles m’ont confié que les leçons sur la prévention sur internet étaient pour elles de la morale et non pas du vécu. En comprenant comment leur cerveau fonctionnait et comment se transmettaient les émotions, elles comprenaient enfin les vrais dangers qui étaient sur la toile.

 

2. Étude de L’anneau de Gygès

 

Dans le cadre de la prévention des élèves par rapport aux réseaux sociaux où certains utilisateurs avec des pseudonymes se comportent comme si on ne les voyait pas et peuvent être extrêmement violents, j’ai lu à ma classe L’anneau de Gygès d’après le mythe de Platon de Catherine Vallée (Les Éditions Éveil et Découverte). Gygès est un pêcheur et une personne très respectable qui trouve un anneau qui le rend invisible dès qu’il tourne son chaton et dès lors, il commet les pires méfaits dès qu’on ne le voit plus, la vertu de cet homme n’étant due qu’au résultat du regard que l’on porte sur lui. L’analogie avec les personnes qui se cachent derrière internet a permis de réfléchir sur la civilité dans les réseaux sociaux pour introduire ensuite la démocratie.

 

3. L’éducation aux médias dès l’école primaire.

 

Chaque année, le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Moyens d’Information) organise pour les enseignants la semaine de la presse. De nombreuses activités sont proposées pour les classes allant du primaire au lycée car s’informer est devenue une compétence aussi importante que savoir lire, écrire et compter.

 

Durant une semaine, les élèves ont pu découvrir avec des dossiers pédagogiques adaptés  les métiers de communication, travailler sur le décryptage de l’information et apprendre à reconnaître des fake news et des hoax.

En parallèle, au même moment Le P’tit Libé proposait un dossier très riche autour des écrans avec plusieurs thèmes dont la méfiance envers les journalistes et deux jeux numériques autour des fake news.

 

Le premier jeu autour du changement climatique avait pour objectif de dire si les informations proposées étaient fiables, si on pouvait les croire et les utiliser à l’école. Il fallait que les élèves vérifient d’où venaient les informations, les dates, ou encore voir si l’image avait été trafiquée. Le but était d’indiquer si on pouvait croire aux sources.

Le second jeu « Galaxie de l’info » consistait à ce que les enfants repèrent des indices qui leur permettent de rester prudents face aux informations données. Ils pouvaient obtenir un indice ou une aide avant de valider leurs réponses.

Ces deux jeux réalisés collectivement permettaient aux enfants d’argumenter leurs propos et de débattre sereinement pour trouver la solution.

 

La force de l’image et les débats à visée philosophiques en classe

 

Ce travail de décryptage de l’information diffusée par les écrans a considérablement enrichi les discours argumentatifs des élèves en classe. Lors d’un travail sur la mémoire pour fêter le centenaire de la Grande Guerre,  j’ai proposé entre autres aux élèves quatre poèmes de Guillaume Apollinaire abscons pour des enfants de 10 ans : Carte Postale, Fusée signal, Mutation, Un oiseau chante (« En sortant de l’école : Guillaume Apollinaire », un DVD de 39 min. Studio Tant Mieux Prod. Éditeur et distributeur : France Télévision Distribution. ). Ces textes étaient présentés sous forme de films d’animation et les plans scéniques permettaient une compréhension totale de  ce que l’auteur voulait exprimer. Les enfants ont eu une véritable empathie pour Apollinaire soldat et les Poilus en général, ils ont appréhendé la guerre, ses horreurs, ses conséquences d’une façon humaniste et les débats lors des ateliers philo qui ont suivi ont été très riches et marquants pour eux. Ils ont exprimé un jugement critique après avoir ressenti une émotion esthétique  et ils ont enrichi leur perception avant de construire leurs jugements.

Quelques mois après, lors d’un débat sur la mémoire, les enfants étaient restés sensibles au sort des soldats de la Première Guerre mondiale, leurs discours montraient combien ils avaient grandi en humanité et en citoyenneté.

 

CONCLUSION

 

Il ne faut pas diaboliser les écrans qui appartiennent au quotidien de beaucoup d’enfants dans le monde. Si de nombreuses informations sont tronquées, fausses ou de simples rumeurs, l’éducation à l’image ou à l’éducation des réseaux sociaux est désormais primordiale à l’école. L’outil informatique est une ouverture extraordinaire sur le monde, il faut simplement savoir l’utiliser.

 

 

ANNEXE : L’expérience du jeu vidéo, par Tristan Collet-Beneton, 14 ans.

 

Selon moi, le jeu peut être un art, mais avant tout j’aimerais définir certaines généralités :

- Un jeu peut avoir plusieurs rôles tel que le pur sentiment de jeu (de stratégie par exemple), mais il peut aussi raconter une histoire (comme un film) de manière plus ou moins explicite. Le film nous affiche directement le récit à l’écran tandis que le jeu vidéo peut le cacher de manière vraiment subtile, sous le gameplay.

- L’expérience de jeu (ou gameplay) est l’interaction directe entre le joueur et le jeu créée par l’intermédiaire d’un clavier, d’une manette ou autres accessoires. C’est aussi la manière dont les joueurs les utilisent, de manière à interagir avec l’environnement virtuel qui les entoure.

- L’aspect de simulation est un point souvent oublié, mais il permet au joueur de déterminer dans quel environnement il se situe, si il lui est familier ou non, si il est réaliste ou pas.

 

À partir de cela, je vais expliquer à ma manière que le jeu vidéo peut être un art.

Premièrement, les graphismes. Le jeu vidéo peut être considéré comme beau, et des exemples, il y en a à la volée : Cuphead et son style cartoon des années 30, Hollow Knight et son trait de dessin unique dans le genre du jeu, Limbo basé sur le noir et blanc à la manière des ombres chinoises et j’en oublie encore… C’est bien sûr un critère subjectif mais qui montre un résultat unique. On peut comparer les graphismes d’un jeu de la même manière que l’on pourrait comparer des tableaux, car on prend en compte le travail fourni et  la beauté à nos yeux de l’œuvre.

 

Un style graphique inventé par le jeu vidéo (le plus souvent montré) est le pixel art (technique basée sur le graphisme à partir de pixels, basée originellement sur les basses résolutions d’écrans) . Peut-on considérer que c’est de l’art ? A mon avis oui, car comme le pointillisme limite l’artiste à créer une œuvre avec des pointillés, le pixel art limite l’artiste à des carrés de couleurs (pixels).

Le jeu vidéo devient aussi un art par ses dérivés, par exemple avec la musique (du fait que dans le jeu vidéo elle possède sa propre évolution), ou encore ses produits dérivés tels que des figurines ou des objets de collections.

 

Le jeu vidéo est également un art par le fait qu’il transmet des émotions comme n’importe quels autres arts (tels que le cinéma, la musique, la littérature…) avec la plupart du temps l’histoire, mais aussi par des critères subjectifs tels que la beauté ou l’intérêt qu’on apporte à l’œuvre.

Le gameplay peut avoir son importance sur la transmission des sentiments et ainsi les décisions que prend le joueur (des choix cornéliens, le fait de tuer…).  Cela signifie qu’il n’est pas obligé d’apporter une expérience positive, comme sur les autres médiums que l’on peut utiliser. Mais alors, quel est l’intérêt de jouer à un jeu auquel on ne va pas forcément  trouver notre bonheur ?

 

C’est généralement une question de première impression. Par exemple, Spooky’s House of Jumpscare a pour but… d’ouvrir des portes dans le but d’atteindre la 1000ème salle, bien entendu. Cela peut paraître ennuyeux, mais ce jeu d’horreur est, je trouve, vraiment réussi par ses points forts : ambiance et musique parfaites pour le genre, événements aléatoires ou non parfaitement organisés, aucune image choquante (ni sang, ni violence) ; tout repose sur la créativité et le gameplay de cette œuvre. Ici, le jeu n’est pas une œuvre pour ses graphismes, mais bien pour son but, son expérience. Et croyez-le ou non, il peut devenir addictif à cause de ses mécanismes bien huilés et il nous pousse à réfléchir et à prendre des décisions.

 

Le jeu japonais Yume Nikki (réalisé en pixel art) nous fait incarner une fille qui explore ses rêves. Cela paraît mignon mais la protagoniste en question ne peut sortir de sa chambre, et par conséquent ne peut  qu’aller dans son lit dans le but de dormir. Une fois dans ses songes, l’exploration des rêves démarre. Ici, réfléchissez : on peut s’accorder que les rêves que nous faisons la nuit sont souvent étranges. Or, ce jeu retranscrit parfaitement ce sentiment. On explore  le total des « rêves » que ce jeu propose afin de les découvrir tous, et vivre une expérience très particulière en étant dans la tête de quelqu’un d’autre qui nous ressemble peut -être un peu.

 

Quand on joue à ce type de jeu, on ne s’inflige pas du mal. On peut apprendre à combattre ses émotions afin de comprendre la vie qui nous entoure et  gagner en maturité avec la découverte de ses nouveaux sentiments. Le jeu vidéo transforme de mauvaises expériences en excellentes tout en étant un art qui interagit avec et selon le joueur pour lui faire apprivoiser ses peurs.

 

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 

Pour visiter le Musée virtuel Philophables en folie d'Alexandra Ibanès sur Facebook : cliquer ici !

Pour suivre le travail philo en classe d’Alexandra Ibanès : cliquer ici !

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 2
 ·  15. février 2020

Pourquoi il est indispensable d'instaurer les débats philo en classe

 

« L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours? »

  

Professeure des écoles, Alexandra Ibanès anime avec sa classe des ateliers de philosophie pour enfants depuis près de vingt ans. Elle nous livre, dans cet article sans langue de bois, une vision de l’école pleine d’espoir sans éluder pour autant les questions qui fâchent et les difficultés réelles que rencontrent les enfants et les enseignants aujourd’hui. Il y est question de motivation des élèves, de vivre ensemble, d'éducation positive pas toujours bien interprétée, des débats à visée philosophique et du sens premier de l’enseignement : enseigner.

 

Débats à visée philosophique, école, bienveillance.
 

  

Il s’appelle Paul, je l’ai rencontré il n’y a pas très longtemps. Il a 80 ans et il est né fils d’agriculteur. Il m’a dit qu’il devait tout à l’école de la République. Bénéficiant d’une bourse, il a pu entreprendre des études secondaires. Puis, le métier de « pion » lui a permis de se payer des études supérieures et de devenir professeur d’anglais et de littérature anglaise à l’Université à Aix-en-Provence. À 80 ans, il n’a pas oublié et il dispense à l’heure actuelle des cours gratuits de pratique d’anglais pour de futurs doctorants en droit douze heures par semaine. Une façon pour lui de restituer un peu de ce qu’on lui a offert jadis...

 

Ils s’appellent Djamel, Amhed, Fathia, Oussime… Ils ont entre 30 et 40 ans, ont vécu leur enfance dans des quartiers populaires et sont devenus éducateurs, responsables d’associations ou cadres supérieurs. Leurs regards sont pétillants et ils mordent la vie à pleines dents, ils ne cessent de remercier l’école grâce à laquelle ils ont pu s’insérer dans la vie sociale.

Il s’appelle Théo, il a 10 ans, il a connu un drame familial dans sa jeune vie. Il ne parlait plus, il détestait l’école et il a appris à l’aimer car son enseignante a refusé de pleurer avec lui, elle l’a apprivoisé et lui a fait comprendre qu’il avait le droit d’être malheureux mais aussi de devenir heureux, qu’il avait droit au bonheur. Du jour au lendemain, Théo a appris à rire, à chanter, à jouer avec ses copains après trois années de silence. 

 

L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis le début de ma carrière, je côtoie des enseignants majoritairement soucieux du bien-être des élèves. L’enseignement est pour beaucoup une véritable vocation et rares sont les personnes qui quittent leur enveloppe de prof une fois rentrées chez elles.

 

Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours?

 

En quelques années, face aux bouleversements considérables provoqués par des avancées technologiques considérables l’ensemble de la société a basculé très rapidement dans une ère nouvelle. La vie des enfants de 2020 n’est pas régie par les mêmes modes que celle de leurs parents et encore moins de leurs grands-parents. Naguère, les enfants avaient rarement droit à la parole et étaient astreints à des obligations dues aux difficultés économiques. Aujourd’hui, nombre d’entre eux sont placés dans des conditions de confort qui leur paraît la chose la plus naturelle du monde. Souvent mis sur un piédestal « d’enfants-rois », ils désirent tout, tout de suite. Dans le cocon familial, leurs parents (souvent surmenés) les laissent livrés à eux-mêmes. Aussi, méconnaissent-ils l’existence des règles qui régissent la vie scolaire puisqu’il n’y en a pas toujours à la maison. Cette incompréhension amène quelquefois à la violence et à la phobie scolaire.

 

Le vocabulaire s’est appauvri à l’image de ce que leur offrent les écrans de télévision, tablettes et smartphones. Même les jeux dans les cours de récréation, si nécessaires pour développer l’imaginaire, sont en grande régression. C’est une souffrance pour certains enfants d’aller à l’école, car ils n’ont pas toutes les clés en main pour pouvoir comprendre ce qui leur est proposé pour se développer harmonieusement.

 

Aussi, malgré toutes les mises en œuvre de projets destinés à les motiver, les enfants sollicités de toutes parts ont une capacité d’attention amoindrie. L’enseignant doit toute la journée être « animateur » pour retenir l’attention des élèves, ce qui est énergivore.

 

Si les professeurs sont soucieux du bien-être des enfants qui leur sont confiés, il ne faut pas oublier que leur mission première est d’enseigner les mathématiques, le français, l’histoire, la géographie, les sciences, les arts, le sport et de leur apprendre à vivre ensemble. Toutes ces disciplines sont enseignées avec rigueur et sont indispensables pour poursuivre des études. J’ai constaté ces dernières années que de nombreux enfants n’ont plus la démarche de se mettre dans des situations de recherche et préfèrent attendre passivement de recevoir des réponses toutes prêtes. On leur a souvent dit aussi que tout ce qu’ils apprenaient à l’école se trouvait sur internet. Pourquoi donc faire des efforts ? Malgré ces disciplines enseignées le plus souvent avec des trésors de pédagogie, beaucoup d’enseignants ouvrent l’esprit de leurs élèves en créant un bien vivre ensemble en montant des ateliers-théâtre, des chorales, des performances artistiques, en les invitant à des classes de découvertes, des ateliers thématiques, des visites, en créant des projets citoyens et écologiques où les enfants sont au centre des apprentissages.

 

Les débats à visée philosophique qui se développent au sein des établissements peuvent également aider à redonner goût aux apprentissages du savoir. En favorisant l’expression spontanée, une expression développée dans un cadre précis, privilégiant l’écoute et le respect des opinions les plus diverses, les conditions seront réunies pour fonder des relations nouvelles au sein d’une classe.

 

Mis dans un état de confiance que favorisent l’anonymat et l’absence de jugement, les enfants parviennent à exprimer un vécu souvent douloureux, aux antipodes de l’état apparent qu’ils montrent. Une année, une vingtaine d’entre eux (sur 31) m’ont expliqué par écrit comment ils exprimaient leur colère : chantage à la nourriture à la maison, hurlements fenêtres ouvertes, bris de leurs jouets, menace de se rendre au commissariat, violences sur les frères et sœurs… jusqu’à obtenir ce qu’ils veulent. À partir d’un tel constat, on comprendra qu’il est difficile pour eux d’accepter des règles qu’on leur impose en classe.

 

Par ailleurs, quels que soient les écoles et les niveaux, nombreux sont ceux qui disent qu’ils n’aiment pas travailler car « c’est fatiguant, ça ne sert à rien, et on n’aime pas les efforts » ; certains au bout de 20 minutes d’attention peuvent s’endormir, se taper la tête sur les tables, se provoquer, et se mettre à parler fort. Les questions de plus en plus fréquentes sont désormais « Maîtresse est-ce que je suis obligé de faire cet exercice ? Maîtresse, y a pas un exercice plus court ? » encouragés quelquefois par leurs parents qui, pour des raisons d’éducation « positive » mal interprétées, défendent bec et ongles leur enfant qu’on ne doit surtout pas contrarier... Ces comportements mènent évidemment à la désobéissance à l’école et à des conflits épuisants.

 

Ayant ainsi exprimé leur mal-être, les enfants m’ont affirmé que les débats philo leur permettaient de trouver une paix intérieure et d’apprendre à respecter des règles en en comprenant leur utilité. D’autres se sont mis à aimer l’école et n’hésitent plus à exprimer leurs difficultés dues en premier lieu au manque de vocabulaire et de concentration.

Forte de ces expériences souvent difficiles et réellement vécues, j’affirme néanmoins que l’école est un lieu qui peut être extraordinaire pour l’épanouissement des enfants. Ils y apprennent les valeurs fondamentales de la société et le savoir vivre ensemble qui ne leur sont pas toujours inculqués au sein familial, comme cela était le cas autrefois. Il faut faire confiance aux enseignants qui mettent tout en place pour la réussite et le bonheur de leurs élèves en menant des projets où ceux-ci s’expriment. Dans les différentes écoles où j’ai enseigné, je n’ai jamais rencontré un professeur qui bâillonnait la parole. 

 

Les débats philo en classe, à condition qu’ils soient conduits de façon rigoureuse et très régulière, aident à créer une autre relation professeur-élève. Il m’arrive d’avoir des classes difficiles et, quand c’est le cas, je remarque de prime abord que les premières règles qui sont acceptées sont celles mises en place dans la conduite d’ateliers (ce qui fera l’objet d’un prochain article). Chaque animateur qui conduit un débat, qu’il soit enseignant ou vacataire, doit au préalable bien connaître le climat de la classe, d’où la présence indispensable des enseignants lors des discussions.

 

L’éducation des enfants a beaucoup changé ces dernières années et les raisons de ne pas aimer l’école sont différentes du siècle dernier. Depuis 19 ans, j’anime des ateliers philo dans ma classe très régulièrement et cela n’est jamais vécu comme un pensum puisqu’il n’est question que de tout ce qui  concerne nos vies dans leur rapport avec la collectivité. Je pense que dans notre microsociété qu’est l’école, c’est une discipline qui sera un pilier essentiel pour une mieux s’adapter aux réalités économiques et socioculturelles.

 

Il est indispensable de faire confiance aux enseignants. Chacun en fonction de sa personnalité et de ses compétences cherche à faire grandir les enfants de la meilleure façon qui soit et les accueille avec empathie. Combien sont-ils à sacrifier souvent une vie de famille pour la réussite de leurs élèves ? La mission qui nous est confiée est certes chronophage et, pour ma part, je défendrai toujours une école où on doit sans cesse s’adapter, de même que l’on doit s’adapter aux bouleversements de la société. Souvent les élèves parlent de leurs futurs métiers et celui de « maîtresse d’école » ne fait plus partie de leurs rêves ! La majorité souhaitent exercer une profession libérale, être patrons pour ne pas recevoir d’ordre et ces désirs sont le reflet de notre société consumériste et individualiste : de l’argent, une vie « cool » avec beaucoup de biens de consommation (malgré un idéal écologique !!??!!). Combien seront-ils de cette nouvelle génération à devenir des adultes épanouis avec de telles valeurs majoritairement colportées ?  Les ateliers philo à l’école peuvent leur faire accéder à un autre regard, plus critique et plus lucide.

Ce témoignage est la réflexion d’un travail mené en classe dans différentes écoles et avec différents collègues. Tous ont foi dans leur métier pour faire découvrir aux enfants les valeurs démocratiques de notre société, l’histoire qui nous permet de comprendre la société d’aujourd’hui, la littérature indispensable à la construction de chaque individu, la beauté avec la découverte des grands musiciens et des grands peintres. Et la plupart des enseignants, même s’ils ne pratiquent pas les ateliers philo en classe, développent avec d’autres outils à travers les sciences, l’histoire, la géographie, l’étude des médias, les maths, le raisonnement et l’esprit critique chez les enfants pour les aider à devenir les adultes qu’ils deviendront très vite.

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 A lire également, l'interview d'Alexandra Ibanès: "La philo en classe a changé mon métier d'enseignante".

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 1

Merci à Julien Lavenu d'avoir publié mon article dans LABOPHILO.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Alexandra Ibanès, professeure des écoles et autrice

 

Julien : Parle-nous de toi. Comment es-tu entrée dans le monde de la philo pour enfants ?

Alexandra : C’était en 2001, je passais le concours de professeur des écoles et on m’a proposé de faire mon mémoire professionnel sur la philosophie à l’école. Il n’y avait pas autant d’ouvrages qu’aujourd’hui et j’ai appris seule avec les ouvrages de Michel Tozzi et bien sûr Lipman. Je vivais en Gironde et il y avait des écoles pilotes, j’ai découvert les enfants sous un nouveau jour, c’était fascinant.

 

Pratiques-tu une méthode particulière ? Pourquoi ?

Enseignante, je pratique la méthode Tozzi en classe depuis toujours même si je conviens que les autres dispositifs sont intéressants. Pourquoi ? Il m’est arrivé d’organiser des débats philo avec une classe entière et la méthode des DVDP est très structurante pour la gestion d’un groupe, pour la maîtresse et pour les enfants. Les enfants ont besoin de repères et les règles acceptées par tous de façon naturelle permettent des débats dynamiques et riches.

 

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Au départ, j’animais des débats sur des problématiques que se posaient les enfants (grandir, la mort, garçons/filles) ; je les propose encore souvent mais j’aime quand les enfants mènent des réflexions sur des sujets d’éthique ou en fort lien avec la citoyenneté. Je suis convaincue que les débats feront de nos enfants des citoyens libres et responsables. Aujourd’hui, je ne pars pas toujours de leurs questions comme il y a quelques années, car je souhaite qu’ils s’interrogent aussi sur des thématiques qui restent universelles et qui donnent du sens aux valeurs humanistes qu’ils étudient en classe dans des disciplines telles que les sciences (éthique), l’enseignement moral et civique, l’histoire, la géographie (la démocratie), l’art (le sens du beau, l’esthétique). Indirectement, ils réinvestissent de façon philosophique des sujets du quotidien avec d’excellents argumentaires très solides sur lesquels ils se confrontent, avec des valeurs citoyennes très fortes.

 

Quels outils utilises-tu le plus souvent ?

J’adore les Philo-fables de Michel Piquemal qui ont des thématiques universelles. Ses livres sont abordables, plaisants à lire et écrits à partir des textes fondateurs de diverses philosophies. J’aime aussi proposer à ma classe du théâtre, afin que les élèves philosophent à partir de concepts qu’ils auront travaillés en amont et compris.

J’ai adoré monter une pièce de théâtre philosophique, travail d’une année, c’était La morale ça se discute de Michel Tozzi. De très beaux souvenirs et des enfants complètement fans du texte.

Le tapuscrit de Dilili à Paris, pour les enfants qui ont vu le film, leur a permis aussi, avec une très bonne compréhension des sujets traités, de réfléchir de façon très constructive sur des valeurs essentielles d’humanisme.

 

Qu’est-ce que ce métier t’apporte sur le plan personnel ?

Je suis professeur des écoles, mais dès que nous faisons des DVDP, je deviens animatrice et les enfants font très bien la part des choses. Sans les débats philo, mon métier aurait été complètement différent. J’apprends à découvrir les enfants différemment en les écoutant de façon active et cela change bien des choses. On est en plein dans le débat des intelligences multiples. Je me régale quand les enfants changent le regard qu’ils ont sur leurs camarades en difficultés scolaires et qui se révèlent très souvent lors des ateliers. Si tous les enseignants dans leur classe pouvaient aussi vivre ces instants, ce serait merveilleux !

 

Quelles sont les principales difficultés de ce métier ?

Je crois qu’animer des débats philo n’est pas une chose anodine, il faut avoir une formation solide et une très bonne connaissance de l’enfant sur le terrain. Je dis non à la philo avec des enfants sur le temps de cantine ou le soir après l’école, car ce sont des moments de décompression pour les enfants qui ne seront pas réceptifs, quoiqu’on fasse. Pour un bon débat, il faut aussi que les enfants sachent argumenter, aussi je fais un très gros travail en étude de la langue dans ce domaine avant le premier débat de l’année. Des enfants peuvent se décourager s’ils n’arrivent pas à s’exprimer comme ils le souhaiteraient ou s’ils ont un manque de vocabulaire. Il faut aussi que les ateliers soient menés très régulièrement si on veut que nos p’tits philosophes développent un esprit critique sur le long terme.

 

Selon toi, quelles qualités doit avoir une anim’ d’ateliers philo pour enfants ?

Bien connaître les enfants et avoir de l’exigence pour le déroulement des ateliers. Les enfants en seront reconnaissants. Cette année, j’ai une classe avec des enfants très agités et curieusement les temps les plus calmes sont lors des ateliers philo. Les règles sont acceptées sans aucune difficulté, car les enfants endossent les rôles des DVDP de façon très sérieuse. Mais ne sommes-nous pas acteurs de notre propre vie quand nous faisons ce que nous aimons ? L’approche des enfants ne peut pas être que théorique. Il importe surtout de connaître le contexte dans lequel ils vivent, ses préoccupations, les angoisses familiales auxquelles ils sont confrontés, les soucis dus à ce qu’ils reçoivent comme informations dont l’actualité les accable quotidiennement (cf. l’école de Palo Alto). En 18 ans, avec des sujets comme grandir, filles/garçons, si au départ les questionnements sont identiques, les réflexions ont beaucoup évolué et les débats sont complètement différents. Un enfant est le fruit de la société et il ne faut pas oublier d’en tenir compte. On ne peut pas rester sur une image naïve et théorique de l’enfant. Devenir animateur en philosophie ne s’improvise pas, cela peut être dangereux.

 

Parmi la longue liste des valeurs transmises par la pratique philosophique, quelle est la plus importante pour toi ?

Former l’esprit critique, car nous vivons dans une société qui connaît de nombreuses difficultés, avec un pouvoir énorme des réseaux sociaux, des idéologies dangereuses qui fleurissent ici et là.  

 

As-tu un souvenir d’atelier, une anecdote, une réflexion d’enfants qui t’ont marquée et que tu voudrais partager avec nous ?

L’an dernier mes élèves ont écrit un florilège de pensées philosophiques : Le village des p’tits philosophes. Ce livre a été présenté dans différents lieux, certains élèves en ont même parlé dans une radio, les adultes présents lors de ces manifestations se faisaient une idée particulière de la philo à l’école et ont été surpris de la maturité de ces enfants de 10 ans, ils étaient enchantés. Suite à cette reconnaissance, j’ai créé une page Facebook du même nom que le livre.

 

As-tu quelque chose à ajouter ?

J’anime depuis 18 ans des DVDP une fois par mois à l’école, je suis passionnée et toujours à la recherche de nouvelles idées pour améliorer les ateliers. On peut dire que je suis « militante ». Je souhaiterais que les enseignants soient désormais TOUS formés et que les débats philo deviennent une discipline comme le français et les maths, que ce soit obligatoire dans les programmes. Je viens d’écrire un livre qui sortira en 2020 et qui montre comment la philo en classe a changé mon métier d’enseignante. Il s’agit d’un autre regard sur les ateliers.

 

 

Propos recueillis par Julien Lavenu pour LaboPhilo, 2019.

  

 

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Publié le par alexandra ibanes
Publié dans : #Presse, #Passion philo
Philosophie et démocratie

Merci à Jean-Charles Pettier pour sa note concernant ma communication: Philosophie et démocratie mettent le monde en débat. Peut-être s'agit-il d'identifier, grâce à la pratique philosophique, la nature réelle de la pratique politique démocratique. C'est ce à quoi conduit, selon Alexandra Ibanes, la pratique du "village des philosophes". Les élèves abordent les principes fondateurs de la démocratie, le système démocratique sur la base d'une égalité des droits, l'idée que le pouvoir appartient au peuple, que les droits et les libertés sont garantis par une Constitution.

 

Dossier Philoécole/Philocité - 18e colloque des Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) à l'Université de Genève (23-24 novembre 2019)

Devenir un citoyen éclairé par la discussion à visée philosophique

Alexandra Ibanès, professeure d'école en CM2 à Narbonne

 

Introduction

 

Nous venons de célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin, la Révolution de Velours qui a suivi en Tchécoslovaquie... C'était en 1989 ! En France, en même temps on fêtait le bicentenaire de la Révolution Française. J'étais une jeune adulte qui allais découvrir cette année-là la force de la démocratie. J'allais enfin rencontrer ma famille tchèque pour la première fois. Ils avaient été étroitement surveillés, ils avaient dû cacher dans un grenier une malle qui contenait l'oeuvre de Victor Hugo écrite en français et on leur avait confisqué tous leurs biens pour des raisons politiques.

C'est à la suite des évènements de 1989 que j'ai pris conscience de ce qu'était la démocratie et la libre parole donnée à tous. Si certaines lectures m'avaient marquée, le vécu de ma famille m'ouvrait véritablement les yeux sur mes attentes dans la cité et à l'école.

Comment pouvons-nous aujourd'hui amener des enfants à devenir des citoyens éclairés par le biais des débats à visée philosophique ?

Notre situation politique et sociale montre une montée du racisme, d'un manque de civisme et de l'intolérance. Les démocraties sont mises au pilori et les médias minent leurs fondements. Les réseaux sociaux répandent de fausses nouvelles même si on les dit "surprotégés", et profitent à la montée de Trump d'un côté et de Daesh de l'autre.

Nous sommes dans l'ère de la post-vérité et des fake news.

Avec les réseaux sociaux, les groupes de parole se regroupent selon leur système de pensée et leurs ressemblances, ce qui consolide les croyances et renforcent les opinions de chacun.

La société actuellement tend vers l'individualisme et pour les enfants, se confronter à des idées qui ne sont pas les leurs provoquent parfois une incompréhension, de la violence et de l'animosité.

L'école a pour mission de socialiser les élèves et de créer des dispositifs pédagogiques qui permettent un travail intellectuel dans un espace démocratique destiné à faire des enfants des citoyens éclairés. C'est déstabilisant de se confronter à autrui et d'affirmer son propre jugement, pourtant nécessaire.

L'Éducation nationale s'est fixé un challenge il y a quelques années : "Savoir confronter les règles de communication et d'échange". Ce sont des compétences présentes dans le socle commun dès la maternelle. Les Discussions à Visée Philosophique (DVP) sont donc un moyen de répondre à ce point du programme.

 

I) Á l'école de la démocratie

 

Les élèves sont réfractaires au programme d'EMC. Les séances pour eux sont rébarbatives car difficiles, ils ont du mal à appréhender des concepts dont le sens a été dévoyé. Il est très difficile de les faire réfléchir sur les valeurs de la République et les Institutions. Un enfant de 10 ans m'a même dit un jour, je ne veux rien savoir de ce cours, je n'apprendrai pas mes leçons, mon père dit qu'on fait de la politique et ne veut pas que je travaille cette matière.

Contrairement aux autres disciplines enseignées à l'école, l'EMC ne s'appuie sur aucun référent universitaire, sauf pour ce qui concerne le fonctionnement des institutions. Il s'agit de découvrir en classe la démocratie dans une pratique quotidienne qui est l'affaire de tous dans les instants de la vie scolaire.

L'EMC permet aussi d'apprendre les règles essentielles à la vie sociale et les pratiques de coopération, de solidarité et de défense de la liberté à travers des actions ou des projets. Ainsi les enfants apprennent à raisonner, réfléchir, critiquer et à avoir une liberté d'opinion et de jugement.

Dans les programmes de 2018, les débats démocratiques apparaissent dans les moyens mis à disposition des enseignants. Rien n'empêche d'en faire des débats à visée philosophique, les compétences transversales étant similaires :

  • Respecter autrui.

  • Savoir identifier des points d'accord et de désaccord dans une discussion réglée.

  • Manifester le respect de l'autre dans son langage et son attitude.

  • Accepter et respecter les différences.

  • Tenir compte du point de vue des autres.

  • Identifier les préjugés et les stéréotypes.

  • Exercer une aptitude à la réflexion critique et former son jugement.

  • Distinguer l'intérêt particulier de l'intérêt général.

  • Développer le discernement éthique.

 

II) Pourquoi un livre de pensées philosophiques en classe ?

 

J'organise depuis 18 ans des DVDP en classe. Durant toute une année scolaire, mes élèves ont travaillé à la réalisation d'un livre qui s'appelle Le village des p'tits philosophes.

Tout d'abord, j'ai mis en place des outils dans l'étude la langue, pour apprendre à argumenter et ne pas rester dans le descriptif, et les élèves ont appliqué les principes de la démocratie en classe en s'interrogeant au départ sur leurs droits et leurs devoirs, comment respecter l'égalité de ces droits et en définissant la notion de citoyen.

Le titre du livre a été choisi par Lucas qui a fait la comparaison de la classe à l'Agora qui pour lui était un village (Une rapide histoire de la philosophie, sa signification avait été réalisée en début d'année). La réalisation du livre a été conçue du début à la fin par les élèves (couverture, choix des illustrations, titre, demande de financement). Le sentiment d'appartenance à ce village, à cette Agora, a été très fort.

Ce florilège de pensées philosophiques structurées a solennisé l'importance du bien vivre ensemble et a permis à la fin aux petits philosophes de réfléchir à nouveau sur des propos qu'ils avaient tenus et qui étaient inscrits.

Ecrire un livre n'est pas anodin ; sa fonction est d'inscrire la pensée de l'auteur qui sera lu. Ainsi les enfants ont pris conscience, même s'ils le sentaient, que leurs propos n'étaient pas de simples bavardages mais de véritables réflexions sur des sujets en lien direct avec leur vie ou des sujets d'éthique (Art, réalité et illusion, mémoire, apparence, solidarité, préjugé).

Ils ont appris à débattre en respectant des règles de communication (situation d'énonciation, importance des mots, expression claire, capacité d'écoute active). Cet échange est passé par le respect des règles de civilité, l'argumentation et le respect de règles simples (respecter un avis différent, rester poli, ne pas être agressif).

Les DVDP ont été réalisés avec la méthode Tozzi, définie par des règles démocratiques bien définies et structurantes pour la pensée. Elles organisent et protègent les réflexions des enfants qui exercent leur esprit critique. Pas de moquerie, valorisation de chaque élève, libre parole donnée à tous, reformulation.

Ils ont dû énoncer des points de vue sur des sujets, chaque argument pouvait s'appuyer sur des exemples, ils ont pris des risques en exposant leurs pensées, ils ont écouté et sont rentrés dans le raisonnement des autres pour les comprendre, ils ont fait évoluer leurs jugements en tenant compte des objections de leurs interlocuteurs.

Lors de ces débats, s'il y a eu confrontation, il n'y a jamais eu de rapports de force entre un enfant qui a tort et un autre qui a raison, les élèves ont construit leurs pensées ensemble dans un cadre sécurisant.

Développer son esprit critique suppose qu'on se libère de ses émotions, des opinions ou d'idées toutes faites (ex. le débat sur la tolérance et la vision des migrants).

L'idée du livre est la mienne, je suis convaincue de l'intérêt de la philosophie à l'école que j'aimerais voir un jour institutionnalisée. J'ai voulu à travers cet ouvrage convaincre les lecteurs que les enfants ont de véritables capacités à devenir des citoyens épris de démocratie et plus tard acteurs dans la vie de leur cité. Les enfants ont de véritables capacités à vivre la démocratie. N'oublions pas que les élèves qui sont aussi en "difficulté scolaire" peuvent s'épanouir lors de ces débats et être les moteurs de ces discussions, que l'état d'esprit positif et bienveillant (avec des règles) peut faire évoluer une vie de classe dans un climat de confiance. J'ai voulu montrer avec cet ouvrage tous les champs des possibles que peuvent avoir des enfants.

Les élèves ont été passionnés par ce travail et ont surpris les différents publics auprès desquels ils se sont adressés par leur maturité. Ils ont présenté leur livre à l'Espace Brassens de Sète, au méga CGR de Narbonne à la suite du film de Cécile Déjean et Frédéric Lenoir Le cercle des p'tits philosophes. Le journal La classe s'est fait l'écho de cette publication et des élèves sont allés discuter du livre à la radio RCF.

 

Conclusion

 

L'Agora permettait aux grecs d'échanger sur des sujets qui leur tenaient à coeur, les salons et les cafés parisiens permettaient aux acteurs des Lumières de s'exprimer. En 1950, un des plus importants réalisateur finlandais Erik Lochen, a montré dans un film intitulé Citoyens de demain, comment des élèves se forgeaient leur opinion et apprenaient à prendre des décisions pour être un bon démocrate. On découvre comment il y a presque 70 ans, on formait des individus heureux et performants qui ne s'ajustaient pas aux demandes de la société (qu'ils respectaient) mais qu'ils contribuaient à transformer. Le réalisateur est convaincu que les enfants sont le ciment dont on fait le futur.

Formulons le voeu que les débats à visées philosophique et démocratique deviennent prochainement une discipline à part entière dans les programmes de l'Education Nationale. En prenant conscience de l'importance donnée à une parole qui est raisonnée, on donne à la jeunesse des chances de s'investir plus tard dans la vie de la société.

 

Annexe : Témoignages d'enfants sur "philosophie et démocratie" tirés du livre qu'ils ont écrit

 

Merlin : la philo ça sert à mieux comprendre le monde dans lequel on vit, j'adore ça.

Lise : les débats philo me libèrent de tous mes mauvais sentiments. J'ai appris que tout le monde ne pense pas comme moi et qu'on peut avoir des avis différents.

Léopold : j'ai découvert des choses qu'on n'apprend pas forcément en classe et j'ai aimé. On a tous des idées différentes.

Alexandre : la philo m'a appris à mieux comprendre la tolérance et le respect des autres.

Anissa : on apprend énormément lors des débats. Pour la tolérance par exemple, j'en ai appris davantage que sur un cours "qu'est-ce que la tolérance ?"

Lily-Marie : c'est bien que chacun donne son avis sans que les autres se moquent. On apprend beaucoup. J'ai souvent peur de l'avis des autres, mais là on peut oser parler devant les autres.

Raphaël : même si je ne participais pas tout le temps, j'ai appris à écouter tout le monde et ça m'a beaucoup apporté.

Nina : pour moi, c'est important de savoir ce que pensent les autres, ça apporte aussi de nouvelles choses à la classe. On apprend à mieux se connaître.

Kaïs : les débats philo m'ont fait comprendre beaucoup de choses de la vie.

Iris : on respecte l'opinion des autres sans se juger, c'est aussi un moyen de se cultiver en groupe en apprenant les uns des autres. On apprend la tolérance, à rebondir sur ce que disent les autres en se respectant. J'aime beaucoup ce moment où ce qui veulent on leur mot à dire.

Victoire : ça m'a enrichie et j'ai aimé dire ce que je pense sans mentir, en donnant MON avis.

Océane : on peut ne pas être d'accord et se compléter.

Meyli : j'ai appris beaucoup de choses, mais surtout j'ai écouté les autres et je m'en suis servi pour comparer mes réponses aux leurs. Je prenais souvent la parole et donc je devais bien comprendre et écouter tout ce qui se disait. J'adore les débats philo.

Bibliographie

  • Pourquoi et comment philosopher avec des enfants ? Collectif Hatier.

  • Éducation à la philosophie et la citoyenneté. Claudine Leleux, De Boeck.

  • Pratiquer le débat philo à l'école. Patrick Tharrault, Retz.

  • Osez parler de philosophie avec vos enfants. Roger Pol Droit, Bayard.

  • Le livre de la tranquillité, présenté par Olivia Benhamou, Editions 1.

  • Articles de Diotime

Diotime, n°85 (07/2020)

À l'université UNI MAIL - Genève novembre 2019

À l'université UNI MAIL - Genève novembre 2019

Communication Philosophie à l'école et démocratie.

Communication Philosophie à l'école et démocratie.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
Du livre au film...

C'est avec beaucoup d'émotion et un réel pincement au coeur que je découvre aujourd'hui mon dernier article pour l'Ecole des Lettres, une magnifique revue pédagogique qui m'a accueille pendant 4 ans et où j'ai publié une douzaine de textes qui racontent l'école autrement, à partir de mes expériences en classe. Je remercie l'Ecole des lettres et Claude Riva pour cette magnifique aventure qui me permet de vivre des moments inoubliables avec mes élèves. Je sais que si je passe rue de Sèvres, dans les bureaux de l'Ecole des loisirs, je serai toujours reçue avec amitié

 

À la suite d’une rencontre avec une auteure de littérature jeunesse, les enfants d’une classe de CM2 ont réécrit des contes tirés de la littérature enfantine pour en faire un livre qui a été publié.

L’année suivante, les élèves qui leur ont succédé ont créé un film d’animation à partir de l’un de ces textes dans le cadre d’un projet École et Cinéma.

 

De la lecture à l’écriture

Lors d’un salon littérature jeunesse organisé par la communauté du Grand Narbonne, les enfants des écoles, reçoivent chaque année des livres qui leur sont proposés afin de les étudier pour ensuite rencontrer les auteurs. Cette année-là ma classe avait choisi de se pencher plusieurs mois sur Qui veut la peau d’Otto Dafé ? de Justine Jotham (éditions Oskar). Dans cet ouvrage, l’auteur nous raconte que dans un pays tous les livres ont été détruits.

Avant de disparaître complètement cependant, les personnages ont pris pour prénom quelques grands noms de la littérature. Ainsi nous retrouvons Don Quichotte, Miss Marple, Peter Pan, Nemo, Shéhérazade et même Saché l’imprimeur créé par Balzac. Ces protagonistes vont mettre tout en œuvre pour ressusciter les livres afin que chacun soit à nouveau capable de lire, de penser et de s’ouvrir au monde.

C’est à partir de cette idée que j’ai proposé à ma classe un projet d’écriture durant toute l’année scolaire avec deux objectifs principaux :

– réinventer quatre histoires en se fondant sur des contes connus de tous en les transposant à notre époque.

– approfondir par la pratique les notions d’apprentissage de la langue étudiées de façon théorique en classe (grammaire, conjugaison, vocabulaire, orthographe).

Du texte au livre, les différentes étapes

Le chantier d’écriture a consisté tout d’abord à fixer les paramètres de la situation en réfléchissant sur le but et l’enjeu des textes qui seraient produits et à préciser qui en seraient les destinataires.

Un cahier des charges détaillé a été établi. Chacun des enfants s’est approprié le nom d’un personnage qu’il aimait avec la volonté de le protéger et de combattre à son tour l’idéologie destructrice d’Otto Dafé, à l’instar des personnages du livre de Justine Jotham.

Puis, à partir de l’étude sur la structure du conte telle qu’elle figurait dans les programmes de 2016, une production d’écrits a été menée en travaillant sur les niveaux linguistiques de la phrase et en mobilisant les connaissances acquises en étude de la langue.

L’écriture des contes

La classe a choisi de transposer des contes traditionnels à l’époque actuelle. Cela a permis d’évoquer les dangers de certains moyens de communication quand ils sont poussés à l’extrême et également de se jouer avec humour des dérives de certains progrès techniques qui amenaient une note amusante, voire loufoque. Des références littéraires étudiées en classe ont été utilisées pour enrichir les histoires ainsi que des clins d’œil à des jeux de la petite enfance. Mon rôle d’enseignante a été de guider les élèves dans cette démarche en leur montrant la différence qu’il y avait entre :

– un simple plagiat qui va se contenter de reprendre à son compte un fond traditionnel sans rien lui apporter de nouveau ;

– une production de textes qui vont enrichir le substrat existant en l’actualisant et en y apportant les nouveaux éléments que leur imagination leur dictait. Ils ont ainsi pris conscience qu’à partir de paradigmes intemporels, il était possible de se livrer à de nouvelles créations. C’est bien ainsi que fonctionne la littérature…

Les différents contes choisis 

En référence au Petit Poucet : Le tour du monde du Petit Poucet. L’objet magique est le GPS qui remplacera les miettes de pain et les petits cailloux.

Les pistes pédagogiques poursuivies : – Néologismes. – Mots d’origine étrangère. – Temps du récit Passé simple / Imparfait. – Style direct / indirect.  – Abréviations. – Substituts. – Connecteurs logiques.

En référence à Blanche Neige, les enfants ont créé le personnage d’Ella Stique et les sept nains. L’histoire est « déjantée » selon le mot des enfants. Les nains ont des noms-valise et Ella Stique est retrouvée par sa belle-mère grâce aux réseaux sociaux ! Une référence au « Gigot » de Roald Dalh est évoquée puisque notre héroïne mourra après avoir reçu un bloc de crème glacée sur la tête qui sera mangé ensuite par les sept nains.

Les pistes pédagogiques poursuivies sont identiques au conte précédent.

En référence à Pinocchio : Pinocchio le robot.

Dans ce conte, les élèves ont utilisé le résultat d’un problème mathématique qu’ils avaient calculé en classe et qui montre la croissance expresse et impressionnante du nez de Pinocchio. Les enfants se sont beaucoup amusés en inventant des mensonges (pleins de poésie) qui allaient conduire notre héros à sa perte. Il y a eu des références à l’actualité de notre région avec les cercles concentriques jaunes qui ont habillé le château de Carcassonne et qui là servaient de radar au père de Pinocchio. Les pistes pédagogiques rajoutées ont été l’utilisation de mots familiers (niveau de langage), les préfixes et le vocabulaire géométrique

En référence au Petit Chaperon Rouge : Le Petit Chaperon jaune.

Ce conte très riche au niveau de l’étude de la langue a permis d’approfondir de nouvelles notions : – les adverbes ; – les ellipses dans un texte ; – l’impératif ; – la recette de cuisine ; – le dialogue ; le vocabulaire conséquent de fruits et légumes.

Ainsi, avant de passer à l’écriture les enfants ont procédé à de nombreuses manipulations linguistiques en classe avec des apprentissages plus traditionnels auxquels ils ne donnent pas toujours du sens. En imposant des réinvestissements de connaissance de la langue, ils ont remarqué combien leurs textes s’enrichissaient et combien ils pouvaient alors faire appel à leur créativité. Ce fut une belle fête des mots. Les idées ont jailli, foisonnantes lors de remue-méninges en classe.

Puis des groupes d’écriture se sont constitués sur le temps des APC (souvent doublés et sur le volontariat des auteurs et de la maîtresse) dans une ambiance de bonne humeur avec de nombreux fou-rires à la clé. Le titre jeu de mots a été inventé par les élèves : Contes défaits…Certains élèves ont seulement participé oralement au livre et d’autres ont réalisé des illustrations.

Du livre au film

Le responsable d’École et cinéma a été séduit par ce projet et m’a contactée pour choisir un des quatre contes l’année suivante et en faire un film d’animation. Ce projet de classe cinéma a été financé par la DRAC et des professionnels sont venus à plusieurs reprises dans la classe. Au cours de l’année scolaire, les élèves ont aussi assisté à trois projections pour découvrir les différentes techniques utilisées pour réaliser des films (Nanouk l’Esquimau de Flaherty ; L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back et Les 400 Coups de Truffaut).

Pour lancer cette année consacrée au cinéma, la classe s’est rendue à Castelnaudary afin d’assister à l’avant-première du film d’animation Dilili à Paris.

Lorsqu’il a fallu choisir la technique que nous allions utiliser pour notre film, la classe a décidé de rendre hommage à Michel Ocelot en créant et en mettant en mouvement des « ombres chinoises ».

Avant de commencer la mise en images du conte choisi, Denys Clabaut (responsable des Amis du cinoch’ et coordinateur du cinéma à l’école en Languedoc Roussillon), est venu dans la classe nous présenter le projet, nous parler de la persistance rétinienne, nous expliquer le travail de l’animateur d’un film d’animation et nous présenter les différentes techniques possibles en art visuel, avec un documentaire de Marcos Magalhes, Animando.

Plus tard dans l’année, Guillaume Hoening (animateur de film d’animation et réalisateur d’une série pour Gulli) est venu nous expliquer durant toute une journée le dispositif qui serait mis en place pendant une semaine, lors de la conception du film et combien il faudrait d’images pour faire un court métrage selon la technique du stop motion pour obtenir un film d’une durée de 8 minutes. Ainsi, pour obtenir l’illusion du mouvement, nous devrions photographierions 12 images pour une seconde. Il y en aurait donc 720 pour une minute et 5 760 pour 8 minutes…

Puis nous avons commencé à créer le scénarimage en répartissant le travail en sept groupes. La difficulté était de ne pas raconter ce qu’on entend dans le texte mais de faire une interprétation en inventant des scènes amusantes. Pour créer les images, il a fallu relire le texte choisi et trier les informations importantes pour le spectateur, apprendre à faire des ellipses.

En avril le stage a commencé et la classe ressemblait à une ruche ! Nous avions quatre tables lumineuses à notre disposition. Denys et Guillaume sont venus accompagnés de la décoratrice Linda Yi et de l’ingénieur du son Mathieu Mounier. Chacun des élèves est devenu tout à tour dessinateur, animateur, musicien, photographe, chanteur, comédien. Les enfants circulaient librement dans la classe et les groupes en sachant exactement ce qu’ils avaient à faire.

Le film a été diffusé une première fois au Théâtre de l’école, avant d’être projeté au festival parrainé par Pierre Richard Mon cinoch’ sous les étoiles à Gruissan le 22 août, puis au festival d’Automne de Castelnaudary où il a été salué par Alain Cavalié et Bernard Lecoq, et il a circulé avec Ciném’Aude dans des villages de notre région où il a été projeté en plein air.

L’antenne RCF de Carcassonne a invité des élèves pour parler de ce projet réalisé avec deux classes sur deux années dans une émission de vingt minutes.

Cette expérience hors du commun restera un moment unique et magique dans ma vie d’enseignante.

Alexandra Ibanes

 

•  « Le fabuleux voyage du Petit Poucet » sur You Tube.

 Enfances au cinéma.

• Dossier pédagogique : « Nanouk l’Esquimau », de Robert J. Flaherty (1922).

• « L’homme qui plantait des arbres, de Frédéric Back (1987).

Dossier pédagogique : « Les Quatre Cents Coups », de François Truffaut (1959).

Les contes et les contes détournés à l’école des loisirs.

Du livre au film...

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Publié le par alexandra Ibanès
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L'horloge!

L'horloge!

Voici mon dernier article paru dans l’École des lettres. À la fin quelques commentaires sans oublier de nombreux partages.

 

 

Il est difficile pour de jeunes enfants de CM2 à l’aube de la préadolescence d’entrer dans un univers musical qui leur est souvent étranger. Les élèves ont une image de la musique classique – sous toutes ses formes – qui est poussiéreuse et désuète, l’opéra est représenté par la Castafiore ou des dames qui s’égosillent.

 

 

Quand ils connaissent de « grands airs » c’est qu’ils les ont entendus dans des publicités. Les standards tels que le Boléro de Ravel, la IXe symphonie de Beethoven ou la Petite musique de nuit de Mozart sont souvent méconnus. Heureux sont ceux qui peuvent suivre des cours de musique en dehors de l’école. Au fil des années, on peut  malheureusement remarquer que les connaissances musicales sont de plus en plus pauvres.

 

 

L’Enfant et les Sortilèges, fantaisie lyrique composée par Maurice Ravel et dont le livret a été écrit par Colette, peut amener à des travaux complètement différents dès la classe de CM2 : la découverte d’une œuvre littéraire dans son intégralité et celle de l’opéra.

 

 

 

 

Le livret de Colette

En littérature, les enfants peuvent découvrir qui est Colette en lisant en réseau d’autres textes de l’auteur qui sont accessibles (par exemple L’écureuil, extrait de Prisons et paradis).

Quant au texte du livret de l’opéra, il peut être assez aisément théâtralisé. Ce moyen d’expression présente un grand nombre d’avantages pédagogiques :

– en  mettant en scène l’histoire, les enfants s’approprient le texte, mémorisent des répliques, enrichissent leur vocabulaire ;

– ils expérimentent leur voix et la mobilise au bénéfice d’une production expressive.

– ils mobilisent aussi leur corps pour interpréter la pièce ;

– ils doivent enfin mettre en œuvre les conditions d’un travail collectif en se concertant et en écoutant et respectant les avis de leurs camarades. Les élèves découvrent ainsi les règles et les contraintes d’un travail collectif en coopérant.

 

 

 

La musique

Concernant la découverte de l’opéra, il s’agira de le définir, puis d’écouter en suivant le livret la mise en musique du texte, et d’apprendre à utiliser un vocabulaire spécifique. Durant cet apprentissage, les enfants découvriront le célèbre Boléro de Ravel ainsi que d’autres pièces faisant partie du patrimoine musical telles que Carmen de Bizet ou des extraits de La Flûte enchantée de Mozart. La découverte pourra aller jusqu’à découvrir les instruments de l’orchestre et les différentes tessitures de voix.

 

 

La préparation du spectacle

Durant près de six mois, des enfants de CM2 ont travaillé sans relâche pour mémoriser et mettre en scène le livret de L’Enfant et les Sortilèges. Lors de la présentation initiale du texte, je n’ai pas parlé de l’opéra lui-même afin de ne pas les rebuter.

Dans un premier temps, les élèves ont eu sous les yeux la première scène où l’enfant en colère est « en pleine crise de paresse ».

 

 

L’enfant :

« J’ai pas envie de faire ma page
J’ai envie d’aller me promener.
J’ai envie de manger tous les gâteaux.
J’ai envie de tirer la queue du chat
Et de couper celle de l’écureuil.
J’ai envie de gronder tout le monde !
J’ai envie de mettre Maman en pénitence… »

À ce moment-là, la Maman intervient et gronde son enfant désobéissant qui lui répond avec joie et insolence :

« Ça m’est égal ! […]
Je n’aime personne !
Je suis très méchant !
Méchant ! méchant ! méchant !
[…] Hourra ! Plus de leçons ! Plus de devoirs ! Je suis libre, libre, méchant et libre ! »

 

Après une première lecture silencieuse, les enfants voulaient tous lire cette scène à deux voix ! Le côté transgressif du texte leur a plu énormément car si les règles les rassurent, ils aiment imaginer des situations avec des limites qu’ils peuvent franchir grâce à un texte mais qu’ils ne peuvent pas dépasser (en principe…) dans la vie réelle. De nombreux binômes ont été volontaires.

Leur intérêt étant ainsi aiguisé, il a été aisé de leur présenter et de leur faire entendre cette partie dans sa version opéra dont il existe plusieurs enregistrements. Pour la plupart ce fut une découverte intéressante puisqu’ils demandèrent de l’écouter à trois reprises. Ainsi, L’Enfant et les Sortilèges a conquis la classe dès la première séance. La seule réticence initiale de certains enfants était qu’ils devraient monter sur scène pour présenter le texte en pièce de théâtre. Les séances d’entraînement ont ôté rapidement toutes les appréhensions.

 

 

Les autres séances se sont succédé à peu près de la même façon, avec l’écoute active d’extraits judicieusement choisis pour montrer que la musique pouvait décrire des scènes ou des sentiments et des visionnages d’extraits de l’opéra trouvés sur YouTube. En dehors de la mémorisation qui se faisait de façon personnelle, des techniques théâtrales (présence scénique, occupation de l’espace, improvisation, travail de la voix…) ont été suivies régulièrement une fois par semaine.

 

 

Les élèves ont choisi leurs personnages en fonction de l’intérêt, voire de l’affection qu’ils avaient pour eux, du comique de situation, de ce qu’ils pouvaient imaginer pour les représenter au mieux et en fonction de la longueur du texte à mémoriser. La coopération s’est déroulée sous de très bons auspices car il n’était pas question pour eux de mettre en péril une vraie pièce de théâtre où chaque rôle est essentiel. Les enfants répétaient en petit groupe lors des temps d’aide personnalisée à la pause méridienne et ce ne sont que les quinze derniers jours que la « troupe » s’est vraiment formée pour l’enchaînement des scènes.

 

 

La mise en scène a été réalisée volontairement sans fioritures ni artifices. Tous les textes de liaison de la pièce étaient lus par une unique récitante choisie pour ses qualités d’élocution. Lors de la représentation de la pièce, elle demeura sur scène un peu en retrait puisqu’elle ne jouait pas, mais omniprésente. Les enfants ont découvert (à travers les vidéos) que la mise en scène pouvait être tout à fait contemporaine et la classe a réfléchi aux costumes. C’est ainsi que les choix suivants ont été arrêtés en commun :

 

L’enfant portait un jean, une chemise et des baskets et la maman une robe élégante.

 

Le pâtre et les pastourelles étaient vêtus de salopettes et de chemises à carreaux, la princesse portait une robe brillante et un diadème.

 

Le professeur avait mis sa blouse blanche et tenait à la main une équerre et une règle de tableau.

 

Le rossignol était habillé d’une unique couleur avec un chapeau où les filles de la classe avait piqué des plumes, les chauves-souris étaient habillées de noir avec un parapluie uni noir, l’écureuil était vêtu de marron avec un écureuil en paille, la chatte avait des oreilles de félin, la libellule une robe à froufrou et des ailes de papillon, la rainette était verte avec un parapluie vert aux yeux de grenouille.

 

Pour les objets, la bergère et le fauteuil étaient rouges comme les fauteuils en mousse de la classe qui ont servi d’accessoire, la tasse chinoise avait des gants de boxe en raison du texte et la théière était un « enfant sandwich » avec une pancarte où était dessinée la théière, le feu avait un habit de sorcellerie. Quant à l’horloge comtoise, elle avait été réalisée par un grand-père bienveillant avec un système de sonnette de bicyclette pour la faire sonner quand il le fallait. Les chiffres avaient des dossards fabriqués en classe avec des chiffres retranscrits. Les quatre arbres étaient habillés aux couleurs des saisons qu’ils représentaient.

 

Les enfants se sont appropriés très vite le texte qu’ils devaient connaître et de nombreux extraits étaient mémorisés par tous (scène de l’enfant méchant, la tasse et la théière, le petit vieillard et les chiffres, les chauves-souris).

 

Pour donner une respiration au texte, la litanie du petit vieillard sur les mesures a été mise en rap et chorégraphiée par un jeune comédien lui-même et c’est devenu bien entendu le succès de la classe !

 

« Millimètre,
Centimètre
Décimètre,
Décamètre,
Hectomètre,
Kilomètre,
Myriamètre,
Faut t’y mettre
Quelle fête !
Des millions,
Des billions,
Des trillons,
Et des frac-cillions ! »

 

L’autre respiration a été apportée avec la Scène des chauves-souris. La classe dans son ensemble avait appris par cœur  La Chauve-souris et le parapluie de Thomas Fersen. Cette chanson a été interprétée par tous les enfants, car certains avaient peu de texte et ils désiraient être un peu plus présents sur scène.

 

 

La compréhension du texte

L’Enfant et les sortilèges est un texte avec des passages plus ou moins compréhensibles pour de jeunes enfants en raison quelquefois du vocabulaire. L’écueil passé, les élèves en théâtralisant les scènes ont parfaitement compris l’histoire sans qu’il y ait besoin de faire un cours traditionnel de littérature. Leur jeu sur scène montrait que le niveau de compréhension était largement atteint. L’évaluation finale écrite a été quant à elle une totale réussite.

 

 

La représentation 

Les enfants ont réalisé un programme offert aux parents, le rideau rouge du théâtre était fermé, il y a eu les coups de bâton annonçant la pièce. Un cinquième des enfants était sur la scène, les autres seuls dans les coulisses guettant leur tour. Il n’y avait pas d’accompagnants, j’étais dans la salle au premier rang. Lors des répétitions, en tant que metteuse en scène, régisseuse, etc., j’ai tout de suite compris que je pouvais leur faire confiance et les laisser en autonomie. L’Enfant et les Sortilèges était un des très beaux moments de l’année et ils voulaient montrer le meilleur d’eux-mêmes.

Le texte a été présenté à deux reprises : une générale devant leurs camarades et la première devant leurs parents dans sa version intégrale, sans aucune coupure ni bavure.

Alexandra Ibanès

Références

Colette, L’Enfant et les Sortilèges, Jacques Damase éditeur.

L’Enfant et les sortilèges opéra de Maurice Ravel.

Extraits divers de YouTube.

Livret pédagogique de l’opéra de Lille qui offre de nombreuses pistes musicales à exploiter selon le niveau de classe des élèves.

En CM2 : Écoute – sans aucune réticence – de l’opéra en intégralité, du Boléro et de L’heure espagnole de Ravel, du Duo des chats de Rossini, d’extraits de La Flûte enchantée de Mozart, et de Carmen de Bizet.

La Philharmonie de Paris propose des extraits audios et un dossier pédagogique sur « l’Enfant les sortilèges ».

Martine D : Merveilleux article, j'ignorais que c'est Colette qui avait écrit le texte de "L'enfant et les sortilèges" de Ravel...💝💝💝Âgée de 75 ans, pédagogue à la retraite et fille de musicien...ravie d'apprendre cela ! MERCI 💝💝💝💝

Denise T : Une idée à exploiter ???

Martine D: Merveilleux ! Je suis mortifiée de ne pas savoir que c’est Colette qui a écrit le texte de la musique de Ravel « L’enfant et les sortilèges  » Merci !

Odile T : Une expérience passionnante et inoubliable.

 

Colette en CM2

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Publié le par alexandra Ibanes
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Le devoir de mémoire en classe.

Voici mon dernier article paru dans l'Ecole des lettres.

Depuis quelques jours ont lieu partout en France des commémorations célébrant la fin de la Grande Guerre et les médias proposent de multiples articles et reportages… Dans les écoles, chaque classe de CM2 peut mettre à profit la date du 11-Novembre pour expliquer ce qu’est l’armistice et évoquer la première guerre mondiale.

Jusqu’aux programmes de 2016, les leçons d’histoire concernant 1914-1918 dans les manuels scolaires étaient descriptives et linéaires, allant de l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie à Sarajevo à la signature de l’armistice dans un wagon de chemin de fer à Rethondes dans la forêt de Compiègne.

Les enseignants ont désormais pour rôle d’amener les enfants à mieux connaître et comprendre les événements du passé en devenant eux-mêmes de véritables investigateurs de cette période, par la découverte des traces du passé dans leur propre environnement. Cette démarche proactive nécessite une mutualisation des connaissances dont les recherches sont grandement facilitées de nos jours par l’outil numérique. Elle permet aux élèves de mener à leur niveau un passionnant travail de jeunes enquêteurs-historiens.

 

Un constat

Avec les années, la distance avec les deux conflits mondiaux s’accroît et les enfants réagissent différemment de leurs aînés lors des leçons d’histoire. D’une part, de nombreux jeunes garçons sont très attirés par la représentation de la violence des combats et leurs interrogations ne portent plus tant sur les stratégies militaires que sur les détails sordides de leurs conséquences (images des morts et des blessés). D’autre part, (est-ce un déni pour se protéger ?) beaucoup ne font pas de différence entre les films violents et les jeux vidéo qu’ils consomment.

La réalité de la guerre est si terrible qu’il leur paraît impensable que tout cela ait pu exister. Ils ont donc tendance à assimiler les faits historiques à de la fiction. Enfin, ils n’ont plus de témoignages directs dans leur famille et l’histoire contemporaine est remisée à une époque où se côtoient Charlemagne, Louis XIV ou Napoléon… Ils savent que cette guerre a eu lieu mais elle est pour eux d’une réalité si lointaine qu’ils se sentent peu concernés. Paradoxalement, si l’attitude des enfants a changé, ils manifestent néanmoins une curiosité certaine, provoquée en grande partie par une forte résonance médiatique qui les conduit donc à s’intéresser à cette période de notre histoire.

C’est pourquoi l’enseignant peut saisir l’opportunité de la commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale. Voici quelques pistes qui peuvent permettre aux enfants d’approfondir les notions de guerre et de paix et les aider de mieux appréhender leur rôle de futurs citoyens.

Comprendre la Grande Guerre et construire la paix

• Mutualisation des connaissances

Dans un premier temps, les enfants mutualisent des connaissances à travers quatre corpus de documents concernant la guerre en général puisque les raisons qui amènent les hommes à se battre à travers les siècles n’ont jamais vraiment changé.

  • Le groupe 1 travaille sur un dossier qui montre une carte du monde avec ses nombreux conflits et ils doivent en déterminer les causes à partir de documents adaptés à leur âge. Ils dégagent cinq causes essentielles qui sont : les territoires, la politique, la religion, le racisme et le partage des richesses.

  • Le groupe 2, à l’aide d’un corpus de photos légendées découvre que lorsque la guerre éclate dans un pays, la vie de tous les jours est bouleversée, qu’elle fait de terribles dégâts et que malgré les reconstructions, quand elle est terminée, elle laisse de nombreuses cicatrices.

  • Le groupe 3 réfléchit sur un ensemble de textes analysant les raisons pour lesquelles les humains arrivent à être si violents entre eux et d’où leur vient cette violence.

  • Le groupe 4 travaille à partir du journal Un jour une actu consacrée à la construction de la paix avec : un article de presse d’actualité consacrée à la construction de la paix accompagné d’un poster pour aider à mener une enquête sur le monument aux morts de la commune ; une BD sur le thème « C’est quoi, l’armistice de 1918 ? » ; et une photographie décodée pour comprendre l’histoire du soldat inconnu…

Après un affichage des résultats des différentes recherches et deux séances concernant la Première guerre mondiale en classe (chronologie historique de la Grande Guerre et étude de documents sur la différence entre le patriotisme et le nationalisme, la propagande pour les enfants en temps de guerre, la production de véhicules de guerre des usines Renault…). In fine, on pourra proposer aux élèves de découvrir le monument aux morts de leur commune.

Enquête sur le monument aux morts de la commune
et la guerre dans la région

Le livre de Pef, Zappe la guerre (Rue du Monde), peut être une amorce intéressante avant cette visite : à l’occasion du 80e anniversaire de la Première guerre mondiale, à Rezé, 288 soldats sortent du monument aux morts pour vérifier si leur guerre a été utile et a servi à en éviter d’autres. Le début du livre explique l’importance et le rôle du monument aux morts. En enquêtant sur leur région, en produisant des reportages, les élèves apprendront, avec les enseignements de l’histoire, à comprendre le présent.

Après avoir localisé le monument aux morts (sur Google Earth ou Goggle Maps), les élèves tracent sur un plan de la ville le chemin à prendre pour se rendre à celui-ci. Munis d’un questionnaire auquel ils pourront répondre sur place, ils photographient le monument ainsi que des détails de l’édifice. Un résumé ou un article peuvent être rédigé au retour.

Dans un second temps, les enfants découvrent des photos de leur commune ou de leur quartier au temps de la grande guerre (livres, archives, exposition pour le Centenaire) pour montrer que si le front était surtout situé à l’est et au nord de la France, toutes les régions de notre pays ont été  touchées directement ou indirectement.

La littérature pour comprendre la guerre :
Guillaume Apollinaire

2018 est l’année de la commémoration de la Grande Guerre mais aussi celle du centenaire de la mort de Guillaume Apollinaire qui est décédé deux jours avant l’armistice de la grippe espagnole qui l’a terrassé en raison de sa faiblesse due à une blessure reçue deux ans avant, alors qu’il était au front.

Dans le DVD En sortant de l’école (éditions Tant mieux Prod) consacré au poète, quatre poèmes sont exploitables en classe pour mieux comprendre la vie dans les tranchées. Si les textes peuvent paraître de prime-abord difficiles pour de jeunes enfants, leur mise en images facilite grandement leur compréhension. Il faut bien entendu donner au préalable quelques informations sur la vie du poète. Le choix peut se porter sur les quatre poèmes autobiographiques suivants qui ont été écrits sur le front ils décrivent le quotidien de chaque soldat. À travers ces films d’animation diffusés par France Télévision Éducation sur le web, les enfants découvriront la mobilisation, la vie des poilus dans les tranchées, les combats, l’espoir qui fait vivre…

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Dans Un oiseau chante, le décor est planté : il s’agit de tranchées dans un paysage désolé, dévasté. On découvre un soldat, sans doute Guillaume Apollinaire lui-même, qui regarde l’intérieur d’un médaillon où il voit un visage de femme : Madeleine Pagès. Un oiseau bleu surdimensionné le regarde. Puis le soldat repense à deux événements. Dans ces deux flashbacks, on retrouve cette jeune femme qui lit dans un train (qui fut le lieu de leur rencontre) puis plus tard leur séparation sur le quai d’un port avec un bateau qui emmène Madeleine à Oran en Algérie où elle vivait, tandis que le soldat  repart à la guerre. Nous le retrouvons dans les tranchées, il est suivi sans cesse par cet oiseau qui représente la femme qu’il aime, qui représente l’amour. Durant les batailles, l’oiseau est là qui le protège et lors des terribles bombardements, il l’aide à survivre. Quand le poème s’achève, Guillaume ferme son médaillon et le décor est encore l’oiseau, symbole de l’amour.

Si ce poème est personnel, il est aussi universel : des situations similaires étaient en effet vécues chez les poilus dans les tranchées.

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Dans Mutation, il y a une succession de Eh ! Oh ! Ah ! qui peuvent paraître bien mystérieux pour le lecteur. Le poème raconte l’histoire d’un soldat qui part à la guerre. Sur son chemin il rencontre une troupe de soldats qui obéissent à chaque commandement, puis celle d’un éclusier, puis la vie dans les tranchées au milieu des bombardements et enfin le retour à la maison auprès de la femme qu’il aime. Les Eh ! Oh ! Ah ! exprimés sur différents tons sont aussi tous les mots et les sentiments d’individus devenus presque muets face à la terreur et aux atrocités.

Ce film exceptionnel permet une parfaite compréhension du poème et du climat qui régnait à cette période. Ici encore, l’image est au service du texte pour en renforcer sa compréhension et sa force.

Mutation

Une femme qui pleurait
Eh ! Oh ! Ha ! (soupir de lassitude et de tristesse)
Des soldats qui passaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris du commandement)
Un éclusier qui pêchait
Eh ! Oh ! Ha ! (étonnement d’un moment d’accalmie)
Les tranchées qui blanchissaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris de frayeur)
Des obus qui pétaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris d’appel au secours)
Des allumettes qui ne prenaient pas
Et tout

A tant changé
En moi
Tout
Sauf mon Amour
Eh ! Oh ! Ha ! (soupir d’apaisement et de joie)

 

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Fusée signal est descriptif. Des blessés sont amenés à l’hôpital et un soldat, dans une auto, un bandeau autour de la tête (comme la célèbre photo d’Apollinaire quand il fut trépané) découvre hébété des paysages dévastés sous les bombardements. On ignore si l’action se passe le jour ou la nuit, les décors sombres et gris étant seulement éclairés par cette fusée signal. L’infirmière vient à l’arrière pour parler au soldat blessé ; il n’entend rien et lit sur ses lèvres, ce qui donne l’un des plus beaux vers du poème : « Ta langue, le poisson rouge dans le bocal de ta voix ». En classe, on pourra parler du travail des femmes durant la guerre.

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Carte postale : une femme attend à la fenêtre l’arrivée du facteur. Sur la table de sa salle à manger, il y a un immense bouquet de fleurs de toutes les couleurs. Dans l’attente de son courrier, elle plie en deux toutes les cartes postales qu’elle a déjà reçues formant ainsi des toiles de campements d’où sortent des soldats avec leurs baïonnettes. L’un d’eux a une fleur au bout du fusil, une fleur identique à celle du bouquet sur la table. On le voit qui écrit dans des paysages dévastés et soudain deux arbres reprennent vie. Toutes les cartes postales avec des photos de l’époque s’animent, des avions décollent et lacèrent d’autres cartes représentant des soldats, des habitations, des couples d’amoureux…

Il n’y a aucun texte dit, seulement une musique inquiétante avec des bruitages qui montent en puissance jusqu’à une fusillade. Un obus éclate et le bouquet de fleur s’ouvre brutalement de façon synchronisée et laisse tomber de nombreux pétales. La canonnade est représentée par la fleur qui fane avant d’avoir été. On frappe à la porte et la jeune femme reçoit une carte avec le poème Carte postale écrit et signé du nom d’Apollinaire.

Cette missive est adressée à Madeleine Pagès. Elle retourne s’asseoir à sa table, le bouquet est toujours fané mais on voit dans un cadre accroché au mur les deux arbres vivants. Elle plie la carte postale et imagine son fiancé Guillaume sous la tente en train de lui écrire à la lueur d’une bougie. Dehors, c’est la nuit, c’est un moment d’accalmie, le ciel est bleu roi et il y a plein d’étoiles.

À la suite de ce poème, une activité décrochée pourra être menée sur l’étude des fleurs pendant la guerre. On pourra évoquer en classe les réalisations que faisaient les soldats lors des périodes d’immobilisation prolongée. Ils se livraient à de véritables travaux d’orfèvrerie, de gravure ou d’ébénisterie avec des douilles ou des débris d’obus. Pour atténuer les douleurs de la guerre, les soldats cultivaient aussi de minuscules jardins souvent éphémères au plus près des tranchées et retrouvaient un monde rural qu’ils avaient quitté. Ils plantaient des pois de senteur, des tournesols, des résédas, du lin… bref, la beauté au milieu de la laideur. Des jardins développés à l’arrière des lignes se retrouvaient dans tous les pays engagés dans le conflit (cf. Plantes de poilus, la fleur au fusil, de Denis Richard, Éditions Plume de carotte).

Après avoir fait comprendre aux élèves que le conflit a été marqué par une violence massive et extrême et qu’ils auront construit des repères temporels et mieux compris le quotidien des combats tant sur le front qu’à l’arrière, des productions pourront être proposées en classe.

Faire un débat à visée philosophique :
la mémoire et l’oubli

La discussion à visée philosophique permet de développer la réflexion critique en confrontant ses jugements à ceux d’autrui dans un débat argumenté. Les enfants sont amenés à réfléchir sur la mémoire et l’oubli en prenant la parole devant autrui, en écoutant autrui et en apprenant à justifier un point de vue.

Voici quelques questions qui pourront être posées aux élèves : À quoi sert la mémoire ? Peut-on décider d’oublier ? Y a-t-il des méthodes pour se souvenir ?

L’objectif est de faire comprendre aux élèves qu’en se souvenant on arrive à mieux se connaître et mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Les enfants seront amenés aussi à débattre sur la mémoire partagée (commémoration historique) pour comprendre que chaque pays a des événements à fêter, que chaque ville a ses monuments afin que la population partage les mêmes souvenirs et que chacun se sente relié aux autres par la même histoire dans une perspective de vivre ensemble et de consolider la paix.

À la fin de la séance les enfants pourront confectionner des colombes en origami et attacher à chacune d’elle une phrase ou un petit texte du message qu’ils aimeraient transmettre aux dirigeants du monde pour qu’il n’y ait plus de guerre …

Lire des poésies pour la paix

Un choix de plusieurs poèmes pourra être proposé aux élèves, par exemple : Le plus important d’Alain Bosquet, La blanche école de René-Guy Cadou, Après la pluie de Gianni Rodari, L’amour blessé de François David, La grande chanson d’Armand Monjo, Les maisons de Michel Cosem, Je dis douceur de Guillevic. Après lecture, les enfants pourront en sélectionner un, l’apprendre par cœur et écrire une lettre fictive à leur auteur pour dire pourquoi ils aiment ce texte.

Mettre des livres à la disposition des élèves

Durant une longue période les enfants auront une boîte à livre dans la classe qui évoque la Grande Guerre. Ils y trouveront notamment les ouvrages suivants :

La vie des enfants. La grande guerre 1914-1918, de Philippe Godard (Sorbier) ; On n’aime guère que la paix, de Jean-Marie Henry, Alain Serres et Nathalie Novi (Rue du monde) ; Zappe la guerre, de Pef (Rue du monde) ; La Grande Guerre expliquée à mon petit-fils, d’Antoine Prost ; L’Album de la Grande Guerre, de Jean-Pierre Verney avec une paire de lunettes stéréoscopiques et 35 photographies originales (Les Arènes) ; L’Histoire de France en BD. 14-18, de Dominique Joly et Bruno Heitz (Casterman) ; Lulu et la Grande Guerre, de Fabian Grégoire (l’École des loisirs) ; Sylvestre s’en va-t-en guerre, de Stéphane Heinrich, Kaléidoscope.

Alexandra Ibanes

Vidéos et bibliographie

Le blog du CM2 de l’école Sévigné, à Narbonne.

Un jour une question. À quoi ça sert de se souvenir de la première guerre mondiale ? (France Télévision).

C’est pas sorcier. La grande guerre (France 3).

En sortant de l’école, Saison 3 Guillaume Apollinaire (Tant Mieux Prod).

– Manuel d’Histoire-Géographie CM2, Nathan, collection « Panoramas ».

– Filotéo, n° 175, Non à la guerre.

1jour1actu Enquête sur le monument aux morts de ta commune (dossier pédagogique) ; Les enfants pour la paix.

I-Profs, fiches pédagogiques sur « Zappe la guerre », de Pef.

 

Voir sur ce site

L’enseignement de la Grande Guerre de 1914 à nos jours. Entretien avec Benoit Falaize, par Alexandre Lafon.

« À l’Est la guerre sans fin, 1918-1923 ». Aux racines du siècle présent, par Norbert Czarny.

Lire et étudier «Ceux de 14». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après, par Alexandre Lafon.

Commémorations du 11-Novembre : questions-réponses à l’usage des enseignants.

Pourquoi commémorer la Grande Guerre.

1918-1919 : de l’armistice à la paix.

Qu’est-ce qu’un monument aux morts. Projets pédagogiques et culturels.

« Au revoir là-haut », d’après Pierre Lemaitre. Mises en mots et en images de la Grande Guerre : du roman à son adaptation en bande dessinée et au cinéma, par Alexandre Lafon.

« Au revoir là-haut », de Pierre Lemaitre et Christian De Metter. Une leçon graphique, par Marie-Hélène Giannoni.

14-18. Écrire la guerre. Un numéro spécial de « l’École des lettres ».

et les nombreux articles publiés dans
l’École des lettres

14-18. Écrire la guerre, l'École des lettres

 

Le devoir de mémoire en classe.
Le devoir de mémoire en classe.

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Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham

Cette année dans le cadre du salon du livre de Narbonne, ma classe a étudié OTTO DAFE de Justine Jotham. Ce livre a été un véritable déclencheur pour faire découvrir la littérature aux enfants. Désormais mes CM2 savent qui sont Colette, Zola, Dickens, Jules Renard,Hugo, Maupassant, Pagnol, Giono et bien d'autres auteurs...Nous nous sommes souvent donnés rendez-vous le lundi à la pause méridienne à notre chocolat littéraire : AU CHOCOLAT DE PANGLOSS (qui continuera à vivre l'an prochain) et de nombreuses actions autour du livre ont été menées.

Le 3 mai, pour aller à la rencontre de Justine Jotham mes élèves se sont métamorphosés en Ali Baba, Peter Pan, Astérix, Miss Marpel, Harry Potter et Hermione, Alice au pays des merveilles et son lapin, Le Petit Chaperon Rouge... ils sont sortis des romans, des contes et BD et ont défilé dans la rue ( de l'école à la médiathèque ) en criant les slogans ci-dessous. Ils "ont fait la peau" à Otto Dafé devant l'auteur, présenté leurs doléances littéraires et lu la préface du livre qu'ils sont en train d'écrire et qui a été inspiré par celui qu'ils ont étudié en classe. Une vraie fête du livre, des regards bienveillants dans la rue...La rencontre avec l'auteur a été merveilleuse et un certain petit Dr Jeckyll, très sympathique, a été heureux de lui faire une piqûre avant de partir, pour la protéger à tout jamais du mal des psychopathes qui pourraient tuer les livres! Merci à l'indépendant pour son bel article!

Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham

AU CHOCOLAT DE PANGLOSS...

Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Ma classe "a fait la peau" à Otto Dafé de Justine Jotham
Après les nourritures livresques...du chocolat!!!!

Après les nourritures livresques...du chocolat!!!!

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Publié le par alexandra Ibanes
Publié dans : #Vivre livre, #Presse, #Spectacles
Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire

Merci à Michel Baglin pour son article concernant Jacques Ibanès.

Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire sans jamais oser le demander.

 

« Victor Hugo n’a pas vu la Sainte-Victoire »

Un entretien avec un passionné des livres

1839, Hugo et Juliette Drouet gagnent le Sud de la France. Jacques Ibanès les accompagne un bout de chemin, puis se lance sur d’autres traces, celle de Cézanne, de Colette, de jacqueline de Romilly et... de sa propre enfance.
Entretien

 

 

 

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(Fauves éditions. 108 pages. 14 euros)

Après Giono, Apollinaire, Tolstoï et quelques autres – et après avoir mis en musique et en voix de nombreux poètes – l’écrivain et chanteur Jacques Ibanès se penche cette fois sur Hugo.

Assez brièvement en vérité, car le bon Victor n’a pas remarqué la Sainte-Victoire dont il est beaucoup question ici, mais il est allé à Aix-en-Provence avec Juliette Drouet en 1839 et cette évocation est prétexte pour notre auteur à croiser des écrivains et des artistes qu’il aime et qui l’ont toujours accompagné, de Cézanne à Jacqueline de Romilly, de Colette à Hemingway, d’Homère à son cher Giono.

Comme il l’avait fait dans de précédents ouvrages, « le Voyage à Manosque  » ou « L’Année d’Apollinaire », il entrelace le récit des pérégrinations de ses auteurs de prédilections les souvenirs de sa propre enfance en Provence, mêlant parfois le tragique aux paysages lumineux et les réflexions sur la création à l’évocation de la beauté du monde.

Un entretien avec Jacques Ibanès


Michel Baglin.- Tu as consacré des livres à Giono, à Apollinaire, à Tolstoï - à travers son secrétaire que tu as connu – et tu as mis en musique bien d’autres auteurs. Cette fois, c’est Hugo qui s’invite sous ta plume… Quelle place tient-il dans ton Panthéon ?

J’ai découvert Hugo très tôt avec « Les Misérables » que j’ai lu dans la version intégrale à l’âge de 9 ans ! J’avais une admiration sans borne pour cet auteur dont j’entrepris par la suite de lire l’intégralité de l’œuvre. Après quoi, je m’en suis détaché en ne conservant plus sous la main que « Choses vues », un recueil posthume de ses carnets où il notait pêle-mêle des impressions, de petits faits vrais, des descriptions de voyages. Et des réflexions qui sont tout à la fois un trésor d’érudition, de verve, de profondeur et de modernité. C’est le génie en action curieux de tout, notant les choses les plus anodines comme les plus sublimes et les reliant parfois pour leur donner du sens.

La Sainte-Victoire est bien présente dans ton livre mais si Hugo ne l’a pas vue, c’est, dis-tu, qu’elle n’existait pas avant que Cézanne ne la célèbre. Serait-ce la littérature, et plus généralement les arts, qui rendent les choses et les êtres visibles ?

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La montagne Sainte-Victoire par Paul Cézanne

Lorsqu’Hugo longe la Sainte-Victoire, lui pourtant si attentif à consigner le moindre détail, à compter les arches des ponts, à noter la couleur des chevaux, eh bien il ne dit pas un mot sur la montagne qui domine la ville d’Aix. Il est passé devant cette masse sans la voir ! Ses prédécesseurs avaient fait de même et c’est à partir de Cézanne qu’elle s’impose à tous comme une évidence. Comme s’imposent le lac de Genève après Rousseau, la Haute-Provence après Giono, ou la Brière après Cadou…
C’est que les créateurs nous donnent à voir les choses, à prendre conscience de leur présence et de ce que nous appelons la beauté. Ils sont en quelque sorte des intercesseurs qui les dévoilent aux ignorants que nous sommes. Des inventeurs, au sens archéologique du terme.

Au fait, pour toi, que représente cette sacrée montagne ?

Sa morphologie et son assemblage tellurique en font véritablement un personnage qui change en permanence selon l’angle d’où on la voit et les jeux incessants de la lumière. Avec un tel sujet Cézanne était sûr de peindre chaque fois un modèle différent qui contenait tout un monde, qu’il pouvait confronter à son monde intérieur.
Cette montagne, je l’ai eue sous les yeux durant toute ma jeunesse. Elle faisait partie intégrante de moi-même, un peu à la façon d’un être familier. Sacrée montagne, voire montagne sacrée dans le sens où, comme sur la plupart des hauteurs, on avait érigé depuis la nuit des temps un temple à son sommet, puis par la suite un édifice chrétien…

Et la Provence de ton enfance ?

Je l’ai découverte à l’âge de trois ans. Ma mère avait quitté le domicile conjugal de l’autre côté de la Méditerranée et s’était installée avec moi. Mais la découverte de la Provence est intimement liée à la connaissance que je fis en même temps de l’être que j’ai le plus admiré dans ma vie : Pierrot mon beau-père, à qui ce livre est dédié. Pour moi, il est demeuré jusqu’au bout le héros de mon enfance, une sorte d’Ulysse qui partait sur tous les continents et finissait toujours par revenir. Il continuait de m’accompagner et de me raconter les histoires fabuleuses de sa vie au moment où j’écrivais ce récit. Il allait sur ses cent ans. Et juste après que j’aie achevé mon livre, il a appareillé pour son dernier voyage.

Parmi les auteurs dont tu parles ici, il y Colette et Hemingway, et Jacqueline de Romilly. Parle-nous de ton admiration et de ton affection pour eux.

Colette, je me suis vraiment mis à l’aimer en évoquant simplement son nom avec un camarade au cours d’une promenade de collégien dans la Sainte-Victoire. C’est ainsi qu’elle est devenue « la femme de ma vie » comme je le raconte dans ce récit ! Ses livres sont toujours à portée de ma main.
Quant à Hemingway, il est celui vers lequel je reviens toujours. Le grand public voit en lui une sorte de rodomont fêtard, chasseur, buveur, coureur de femme, alors qu’il est un tragique. Peut-être encore plus tragique que Faulkner.
Jacqueline de Romilly, était une « grande universitaire » comme on dit. Elle a voué sa vie à l’étude du grec et de la Grèce antique. Elle possédait une maison au cœur de la Sainte-Victoire. À l’âge de la retraite elle a écrit un livre lumineux sur la montagne, un livre-bilan, sa montagne de l’âme en quelque sorte.
J’évoque aussi d’autres personnages qui ont gravité dans les parages de la Sainte-Victoire et qui m’ont marqué : Antonin Fabre, le professeur qui a conforté mon goût de lire et Henri un artiste qui m’a transmis sans le savoir celui d’écrire.

Dans ce livre, comme dans bien d’autres, tu mêles l’histoire littéraire et l’histoire personnelle, en l’occurrence ici celle de ton enfance à Aix-en-Provence. C’est donc là un mode de narration que tu privilégies ?

La littérature a toujours fait partie intégrante de mon existence. Pour moi, lire, c’est vivre plus intensément. C’est « multiplier la vie » comme l’a joliment écrit Jacques Laurent. Une multitude de livres m’habitent depuis l’enfance et c’est donc de façon « naturelle » que j’entretiens un dialogue constant avec les auteurs. Il m’est impossible de les séparer de ma propre histoire puisqu’ils sont les meilleurs de mes amis. Ils m’accompagnent donc fidèlement dans mon histoire personnelle. Ils sont pour moi le grand remède.

En filigrane de ce livre, mais aussi de certains de ceux qui l’ont précédé, une douleur ancienne se fait jour, liée à la mort d’êtres chers. Ton livre se clôt même de façon assez abrupte sur une sorte de parabole qui touche à la condition humaine et aux blessures qu’elle laisse en chacun. Sans entrer dans les confidences – je connais ta pudeur – penses-tu que tu te livres et délivres un peu plus à chaque livre ?

Quand j’ai achevé ce livre, j’ai réalisé que je ne l’avais écrit que pour parvenir au dernier épisode. Lequel se rattache au début.
Je crois que tout auteur ne fait que se livrer et se délivrer. Tout écrit, sous divers masques, est constamment autobiographique.

Sur quoi (ou sur qui) travailles tu actuellement ?
Foucault disait qu’on ne finit un livre que lorsqu’on en a commencé un autre. Et c’est un peu vrai. J’ai mis un point final à celui-ci lorsque j’ai eu envie d’évoquer ma traversée des Alpes en compagnie de Marc-Aurèle et de Sénèque, deux de mes maîtres.
Et si j’aime les longues randonnées, je prise aussi les balades minuscules dans ma ville de Narbonne, à la façon d’un Sansot ou d’un Taniguchi. Aussi, j’ai commencé à écrire d’un pas tranquille « Le promeneur narbonnais ».
Autre travail en cours de l’ordre de la poésie et de la chanson : un hommage à Jean-Claude Izzo, poète et auteur de polars marseillais. Total Izzo sera décliné dès cet automne avec le contrebassiste Jonathan Bastianelli.

(Avril 2018)

 

 

SIGNATURE DU LIVRE CHEZ LIBELLIS

Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire
Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire
Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire

Jacques Ibanes lit un extrait de son ouvrage à l'exposition d'Anne-Marie Jaumaud à Castelnaudary  (Galerie 113 , 36 avenue Frédéric Mistral )

Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire
Vivre livre : Victor Hugo n'a pas vu la Sainte-Victoire

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Spectacles, #Presse
Victor Hugo a enfin vu la Sainte-Victoire!

Mais pourquoi Hugo n'a pas vu cette célèbre montagne peinte par Cézanne? Pour le savoir, il faut lire le livre! C'est ce qu'ont décidé de faire de nombreux lecteurs venus à la rencontre de Jacques Ibanès le 17 et 18 mars au Puy Sainte-Réparade . Si le nom de cette commune vous dit quelque chose, c'est normal! Ce gros village était le dernier fief de Victor Lebrun secrétaire français de Tolstoï pendant 10 ans.

Revenons à nos livres, Jacques a donc été très sollicité par ses lecteurs durant ce week-end et a aussi présenté devant une salle enthousiaste son récital sur Apollinaire.

Jacques a eu le bonheur de partager les honneurs de la presse à trois reprises avec Andréa Ferréol. Il a eu la chance de déjeuner avec cette grande comédienne pendant que je corrigeais des copies à Narbonne, mais j'ai eu la chance de recevoir un mot amical suite à ce repas. Ce week-end et la semaine suivante furent aussi la fête de l'amitié. Notons le témoignage de Gérard Allibert qui a lu le livre. Ce qu'il a écrit est très beau.

 
Mon ami Jacques ... mais déjà ces trois premiers mots m'imposent une rapide parenthèse, je l'ouvre immédiatement. Elle ne sera pas longue (... enfin j'espère!)

Je dis "mon ami" et c'est certainement présomptueux de ma part ... mais ce soir, après avoir lu son livre, je suis - quoique tout à fait modestement - particulièrement heureux d'avoir pu suivre ses traces dans ce nouveau voyage en littérature tel qu'il les affectionne.
J'ai bien souvent gravi les sentiers qui permettent d'accéder au sommet de la Sainte-Victoire, au Pic des mouches ... mais, pour la circonstance, Jacques navigue devant. Son pas est sûr, c'est celui d'un marcheur qui sait parfaitement où il se dirige, même si là où il pose ses pieds, ses mots et ses phrases, personne ne les a posés avant lui.
Et en effet c'est un chemin qui lui est tout personnel qu'il ouvre pour son lecteur. Et oui, on est heureux de suivre ces traces ... qui sont les siennes. Il y a là l'assurance du marcheur déterminé à avancer, et - plus secrètement - comme les phasmes qui vivent là nombreux sur les flancs de cet immense vaisseau minéral et se dissimulent pourtant au promeneur distrait, il y a son intime fragilité. " Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson", disait le grand Georges ...

Tenez, l'apparition d'Ernest l'amateur de canne à pêche, de corrida, de whisky de contrebande et de longues jambes féminines, possiblement. Je croyais bien le connaître un peu. Et voilà que Jacques me révèle, en quelques courtes pages à peine, un apparemment infime moment d'une seule journée de sa vie ... qui est tout le contraire d'une anecdote cependant ! Je sais que cette pierre sans prétention restera à présent un repaire essentiel sur ce sentier battu par les cinq vents de Provence dont il se dit qu'ils auraient pu donner son nom à la montagne sacrée. "Une histoire de pêche, me dit-il" écrit seulement Jacques. Et au bord de cet à-pic qui domine la vallée de l'Arc on en a les jambes qui flageolent. Je dis les jambes, je devrais bien sûr dire le cœur.

Pas de gras. Cent courtes pages. Six chapitres. Le premier s'intitule Voyager. Le dernier Partir. Incidemment, autre minuscule pierre discrète le long du raidillon, le marcheur évoque "le fameux poème de Cavafy". Jacques ne dit rien d'autres que fameux. Sainte-Victoire. Le lieu s'y prête, la mise en abyme est vertigineuse ...

"Quand tu partiras pour Ithaque ..." ainsi débute le premier vers du longtemps méconnu poète d'Alexandrie.
Il arrive parfois que l'on croise parfois, ici ou là, des m'as-tu-vu-quand-je-marche avec de gros sacs. Et de gros sabots. Mon ami Jacques c'est juste le contraire. Le dépouillement extrême. Le cœur-cerf. Et simplement le sang qui circule dans les veines.

Comme je pose scrupuleusement mes pas à la suite des siens, je ni dirai rien de Toto ni de sa Juliette chérie. Ni donc du Café de l'Europe à Rochefort qui marquera la fin de leur périple. Ce récit là est ineffable par un autre que son auteur. D'ailleurs, quand on en sera arrivés là à attendre la voiture de La Rochelle, il ne restera pour l'immense géant qui aura été étranger à la future invention de Cézanne que quelques lignes pour clore le chapitre.
Et pourtant.

Puis deux pages ultimes. Un couple de gitans. Le " Notre Père " et le "Je vous salue Marie". Et le mécréant définitif que je suis en aura durablement les larmes aux yeux.

Voilà, il est temps que je referme la parenthèse. Trop longue évidemment. J'en resterai donc là. Tant mieux ! Tout le reste, qui est évidemment l'essentiel, appartient à la phrase de Jacques. À la main qui tient son stylo. Et aux battements de ce muscle, dit-on, au creux de sa poitrine.
Victor Hugo a enfin vu la Sainte-Victoire!
Victor Hugo a enfin vu la Sainte-Victoire!
Victor Hugo a enfin vu la Sainte-Victoire!

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