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Madame Rhinocéros

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Les surprises de la vie...

Articles avec #passion philo catégorie

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 4 Education aux écrans.

 ·  19. juillet 2020

EDUCATION AUX ECRANS: une expérience en classe pendant une année par Alexandra IBANES, enseignante

 

"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres."

Voltaire

 

 

Les écrans, la science, la vérité, la philo et moi!

 

Un article d'Alexandra Ibanès, enseignante en cycle 3, pratiquant la philo pour enfants en classe depuis près de 20 ans

(Pour en savoir plus sur Alexandra, lire son portrait "La philo pour enfants a changé mon métier d'enseignante": cliquer ici)

 

 

La désinformation ou fausse nouvelle appelée communément « fake news » n’est pas une nouveauté. Rumeurs, propagandes, calomnies font florès depuis la nuit des temps par le biais de l’art, de la chanson populaire, des livres pamphlets…

Actuellement, selon Big Data, l’humanité produit tous les deux jours autant d’informations qu’elle en a diffusées de l’aube de la civilisation à celle de notre millénaire. Cette progression exponentielle qu’autorise la technologie d’internet interroge sur la fiabilité des données diffusées par des réseaux de plus en plus puissants. Comment démêler le vrai du faux d’une information ? Comment savoir si nous ne sommes pas manipulés ?

  

Constat

 

Aujourd’hui, les réseaux sociaux, qui ont l’avantage de la rapidité, semblent prendre le pas sur la presse écrite qui était naguère une source incontestable de diffusion de l’actualité dans tous les domaines. Les posts diffusés en temps réel par Twitter ou Facebook se substituent aux filtres des agences traditionnelles de communication. À l’ère du numérique, tout peut circuler librement sans vérification ; n’importe quelle nouvelle peut être légitimée et acquérir un statut d’information sans avoir été vérifiée. Ainsi,en circulant très vite, et en étant partagés, de nombreux articles se substituent à ceux des experts et des critiques professionnels (cinéma, restauration, médecine, littérature, éducation, enseignement…) pour créer une nouvelle « vérité ».

À travers la multiplicité d’informations qu’offrent les médias, les téléspectateurs, les internautes, les auditeurs et les lecteurs se forment leurs propres opinions, ils se construisent LEUR esprit critique et LEUR vérité.

Bref, Fake news, Hoax, Intox, Infox et post-vérité tendent parfois et avec succès à substituer la fiction à la réalité ! Aussi, le principal enjeu de toute éducation consistera désormais à former dès l’école primaire les futurs citoyens à exercer leur esprit critique, à les mettre en garde contre les manipulations, à leur apprendre à démêler le faux du vrai.

 

Développer l’esprit critique en classe

 

Pour le chercheur comme pour l’élève préparant un exposé, pour l’écrivain ou pour  le simple curieux, les moteurs de recherche internet sont désormais les vecteurs les plus couramment utilisés. Si la mémoire d’un disque dur peut faire office d’une certaine forme d’encyclopédie, d’autres questionnements demandent des réponses plus réfléchies.

Certains élèves se demandent à quoi servent certains apprentissages puisque Goggle ou autres peuvent être consultés  chaque fois qu’ils veulent avoir une information. Et bon nombre d’entre eux font se livrent à de simples copiés-collés d’informations pas même reformulées en juxtaposant avec beaucoup de maladresse des idées glanées ici et là.

L’apprentissage d’une lecture d’écran est désormais indispensable au même titre que les apprentissages fondamentaux. L’éducation à l’information avec un esprit critique est désormais devenue un enjeu de  société.

En classe, deux notions essentielles devront être mises en avant pour que puisse s’exercer l’esprit critique des élèves.

Dans un premier temps, il s’agira de leur apprendre à distinguer la signification de ce que sont les opinions et les arguments. Dans un second temps, à les amener à comprendre que l’esprit critique (qui n’est pas un jugement défavorable) s’épanouit dans un échange avec autrui en confrontant avec écoute et respect de chacun.

Apprendre à s’interroger plutôt que de demeurer passif face à des préjugés est le premier apprentissage à la notion de liberté de jugement et le premier moyen de résister aux pressions externes.

L’importance d’une éducation à l’esprit critique dès l’école primaire consiste aussi  pour l’enfant « à surmonter ses goûts, ses tendances particulières, les pesanteurs de sa propre psychologie pour respecter les règles universelles, c’est à dire pour agir d’une manière qui soit admissible et acceptable par tous », nous dit Canivez.

Apprendre à argumenter sera donc un long travail sur soi pour se libérer de tout ce qui entrave la liberté de penser.

Un travail collectif est aussi nécessaire pour échanger des réflexions.

Une formation de l’esprit critique apprendra aux élèves à résister aux emprises idéologiques, politiques, complotistes, religieuses, etc. qui régissent notre société. Et une initiation à la philosophie permettra aux jeunes penseurs de remettre leurs propres certitudes en question en prenant en compte celle des autres.

 

Expérience en classe pendant une année.

 

Licenciée en communication et audiovisuel et très soucieuse  de l’usage qu’on peut faire des outils numériques, je fais depuis quelques années beaucoup de prévention dans ma classe autour des dérives d’internet, des modes de communication et de l’information et j’apprends à mes élèves à développer leur esprit critique d’une autre façon.

Pendant une année, j’ai conduit les enfants à avoir une rétrospection sur le rôle de leur cerveau face aux écrans et à comprendre comment ils réagissaient face aux informations qu’ils recevaient pour élaborer une charte de prévention. Toutes les activités, qu’elles soient philosophiques, d’éducation à l’information ou scientifiques n’ont cessé de s’enrichir toute l’année et très rapidement les élèves ont eu un esprit très aiguisé et beaucoup plus critique.

  

Plusieurs axes interdisciplinaires pour utiliser correctement les écrans et développer son esprit critique.

 

1.  Le cerveau face aux écrans

 

À partir d’un manuel  Les écrans, le cerveau et l’enfant...de La main à la pâte (association fondée en 1996 par Georges Charpak, prix Nobel de physique et soutenue par l’Éducation nationale), la classe a suivi durant une dizaine de séquences un projet d’éducation à un usage raisonné des écrans.

Comme nous pouvons le constater, les écrans rentrent très vite dans la vie des enfants et bouleversent leur quotidien.

À travers des démarches d’investigation, les activités proposées en classe incitaient l’élève à être actif, curieux et critique dans ses apprentissages. J’étais pour ma part tutrice, modératrice et médiatrice.Je proposais aussi une confrontation avec le savoir scientifique, à l’aide de documents.

Ces séances de travail ont été menées de façon individuelle, en petits groupes ou collectivement. Chacune d’elle était structurée de façon rigoureuse avec une phase de questionnement (débat, représentations initiales d’élèves, formulation d’hypothèses), une phase d’activité (recherche de solutions avec expérimentation, observation, classification, recherche, construction) et une phase de structuration avec une mise en commun, une conclusion et une trace écrite. L’objectif final étant d’aboutir à la rédaction d’une charte pour le bon usage des écrans.

La première séance a fait émerger les idées des élèves sur le cerveau à travers des verbes et des mots dont voici la liste : Réfléchir, voir, faire fonctionner les muscles, douleur, écouter, imaginer, dormir, parler, lire, bouger, les émotions, mémoriser, retenir, travailler, faire bouger les parties du corps. Après débat, ces mots ont fait l’objet d’une classification.

La seconde séance a été consacrée aux mécanismes de réaction du cerveau face à différents types d’écrans et aux différents types d’activités.

 

A/ Images et sons

 

Les objectifs :

- Découvrir que la vision et l’audition sont sollicitées lorsqu’on interagit avec les écrans.

- Faire réfléchir les élèves à leur coopération pour la bonne compréhension des contenus multimédias.

 

Nota : Tous les enfants ont participé et se sont passionnés pour cette activité , ils étaient dans l’étonnement en découvrant comment grâce à leurs sens, ils donnaient différentes significations à un film et qu’inconsciemment l’ouïe et la vue les conduisaient à faire des suppositions.

  

B/ L’illusion du mouvement

 

L’objectif :

- Découvrir que le cinéma, la télévision et l’animation utilisent certains phénomènes d’illusion virtuelle.

 

Nota :

Les élèves ont réalisé un folioscope en retirant des images, en les mélangeant, en les mettant dans l’ordre pour créer une illusion de mouvement et comprendre que celle-ci  est due à la conjonction de deux phénomènes, l’un rétinien et l’autre cérébral. Ils ont découvert que le cerveau interprétait une succession rapide d’images comme un mouvement continu.

Les élèves connaissaient les phénomènes d’illusion car, parallèlement, j’avais initié une activité cinéma où le mouvement, le trucage et l’illusion avaient été étudiés.

 

C/ L’espace et l’écran

 

Les objectifs :

- Réfléchir aux manières de représenter l’espace : les représentations centrées sur notre propre position (autocentrées) et celles centrées sur un point de vue externe (allocentrées).

- Comparer comment l’espace est perçu à l’écran et dans la réalité.

 

Nota : Tous les élèves maîtrisaient parfaitement leur position dans le cadre d’un jeu vidéo. Tous savaient quel rôle ils jouaient face à leurs écrans. Ils avaient parfaitement conscience d’être extérieurs au personnage virtuel quand ils le déplaçaient sur un écran ou d’endosser le temps d’un jeu le rôle du héros. Ils avaient une parfaite maîtrise du point de vue qui s’offre à eux quand ils jouent. À la fin de la séance, les élèves avaient totalement conscience qu’un jeu est un jeu.

 

D/ Communiquer ses émotions

 

Les objectifs :

- Réfléchir aux émotions et à leurs fonctions à l’échelle de l’individu et à l’échelle d’un groupe.

-Travailler les expressions des émotions.

 

Nota : Au début de l’activité qui était dans le registre du théâtre et du dessin, les enfants ne comprenaient pas l’intérêt de cette séance pour l’écriture de la charte. Après plusieurs activités, ils ont saisi qu’un des rôles du cerveau est de faire ressentir des émotions, de les exprimer et de découvrir celles des autres. Mais que venait faire l’écran dans toute cette histoire ?

La question posée à la classe était de comprendre comment par l’intermédiaire des écrans des personnes malveillantes risquaient de faire du mal aux autres car on ne voyait pas ses réactions. Un débat sur le rôle des smileys et leur utilisation a été fait suite à diverses réactions d’élèves. Ils ont découvert qu’il ne fallait pas les prendre systématiquement pour argent comptant, que celui qui les envoyait pouvait répondre en fonction de ce qu’on attendait de lui sans forcément  être sincère vis-à-vis de lui.

Les enfants ont conclu qu’il faut réfléchir à la manière dont on s’adresse aux autres par l’intermédiaire d’un écran.

 

E/ Le temps à l’écran

 

Objectif :

- Réfléchir à la façon dont la durée d’un évènement est montrée à l’écran et prendre conscience des manipulations que l’on peut y apporter.

 

Nota :

Les élèves ont  compris que dans un jeu vidéo ou dans un film, on peut manipuler le temps en le raccourcissant ou en l’accélérant. Il ne correspond pas à celui de la réalité.

L’expérience était faite sur un film très court de la germination d’une graine qui donne une fleur ; les élèves à la fin de la séance ont proposé de semer des graines en classe pour justifier leur conclusion.

 

F / La mémoire et l’écran

 

Objectifs :

- Faire découvrir aux élèves qu’il y a des souvenirs qui sont personnels et des connaissances qui sont partagées collectivement.

- Faire prendre conscience que les écrans sont de nouveaux moyens pour suppléer la mémoire avec leurs avantages et leurs risques.

 

Nota :

Les élèves ont appris que les écrans permettent de partager des souvenirs mais qu’ils ne remplacent pas notre mémoire. Il faut connaître les risques par rapport à ce que l’on diffuse sur internet car les publications peuvent être partagées ou utilisées par d’autres sans qu’on le sache et elles restent alors qu’on voudrait qu’elles disparaissent.

Les écrans ne remplacent pas notre mémoire malgré les milliards de données sur les disques durs d’ordinateurs. Les émotions sont totalement absentes de ce type de communication.

 

G/ Échanger, communiquer

 

Objectifs :

- Faire prendre conscience aux élèves des différentes formes de communication qui nous permettent d’échanger les uns avec les autres.

- Faire prendre conscience aux élèves des particularités, avantages et risques que représente la communication à distance via internet.

 

Nota :

La classe devait remobiliser les idées concernant la manière dont les écrans sollicitent les fonctions du cerveau pour exprimer ses pensées et communiquer.

Avec internet, nous pouvons partager avec d’autres personnes, c’est très enrichissant mais nous ne les voyons pas et il est difficile de les comprendre et de savoir qui elles sont réellement. Certaines personnes peuvent tromper leurs destinataires car elles se cachent sous des pseudonymes ou prennent une fausse identité, donc il faut être très vigilant.

 

Conclusion

 

Les élèves ont découvert les particularités, les avantages et les inconvénients des écrans qu’ils utilisent régulièrement et ils ont pris conscience de la mise en œuvre de leur cerveau. Il y a eu une véritable prise de conscience du rôle qu’ils devaient tenir face à leur écran qu’ils soient émetteurs ou destinataires de messages.

De nombreuses leçons et pistes de réflexion sont proposées en enseignement moral et civique et en géographie sur internet pour prévenir les élèves des dangers qu’ils encourent derrière un écran. Les discours sont extrêmement préventifs mais ne touchent que partiellement les enfants. Lors des débats qui suivent ces séances, j’entends souvent dire des enfants qui sont de très gros consommateurs d’écran et de réseaux sociaux qu’ils ne se sentent pas concernés, qu’ils connaissent les rouages d’internet. Les « problèmes » n’arrivent qu’aux autres. Avec ces expériences qui ont duré 4 mois, les enfants mis en situation de recherche scientifique ont ressenti les interactions qu’ils avaient avec leurs écrans. En vivant avec leur corps et leur cerveau ce qui se passait dans leurs pensées, le résultat a été positif. Dans leur rapport aux informations, ils seront désormais beaucoup plus prudents (à l’exception de deux élèves sur trente).

 

Note de l’enseignante. Lors d’un débat sur la violence, deux élèves se sont positionnés, l’une en tant que victime et l’autre en tant que « harceleuse » sur des réseaux sociaux. Le travail sur les émotions a été salutaire et leur a permis de comprendre l’usage qu’elles devaient avoir des écrans en étant dans l’empathie l’une et l’autre. Elles m’ont confié que les leçons sur la prévention sur internet étaient pour elles de la morale et non pas du vécu. En comprenant comment leur cerveau fonctionnait et comment se transmettaient les émotions, elles comprenaient enfin les vrais dangers qui étaient sur la toile.

 

2. Étude de L’anneau de Gygès

 

Dans le cadre de la prévention des élèves par rapport aux réseaux sociaux où certains utilisateurs avec des pseudonymes se comportent comme si on ne les voyait pas et peuvent être extrêmement violents, j’ai lu à ma classe L’anneau de Gygès d’après le mythe de Platon de Catherine Vallée (Les Éditions Éveil et Découverte). Gygès est un pêcheur et une personne très respectable qui trouve un anneau qui le rend invisible dès qu’il tourne son chaton et dès lors, il commet les pires méfaits dès qu’on ne le voit plus, la vertu de cet homme n’étant due qu’au résultat du regard que l’on porte sur lui. L’analogie avec les personnes qui se cachent derrière internet a permis de réfléchir sur la civilité dans les réseaux sociaux pour introduire ensuite la démocratie.

 

3. L’éducation aux médias dès l’école primaire.

 

Chaque année, le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Moyens d’Information) organise pour les enseignants la semaine de la presse. De nombreuses activités sont proposées pour les classes allant du primaire au lycée car s’informer est devenue une compétence aussi importante que savoir lire, écrire et compter.

 

Durant une semaine, les élèves ont pu découvrir avec des dossiers pédagogiques adaptés  les métiers de communication, travailler sur le décryptage de l’information et apprendre à reconnaître des fake news et des hoax.

En parallèle, au même moment Le P’tit Libé proposait un dossier très riche autour des écrans avec plusieurs thèmes dont la méfiance envers les journalistes et deux jeux numériques autour des fake news.

 

Le premier jeu autour du changement climatique avait pour objectif de dire si les informations proposées étaient fiables, si on pouvait les croire et les utiliser à l’école. Il fallait que les élèves vérifient d’où venaient les informations, les dates, ou encore voir si l’image avait été trafiquée. Le but était d’indiquer si on pouvait croire aux sources.

Le second jeu « Galaxie de l’info » consistait à ce que les enfants repèrent des indices qui leur permettent de rester prudents face aux informations données. Ils pouvaient obtenir un indice ou une aide avant de valider leurs réponses.

Ces deux jeux réalisés collectivement permettaient aux enfants d’argumenter leurs propos et de débattre sereinement pour trouver la solution.

 

La force de l’image et les débats à visée philosophiques en classe

 

Ce travail de décryptage de l’information diffusée par les écrans a considérablement enrichi les discours argumentatifs des élèves en classe. Lors d’un travail sur la mémoire pour fêter le centenaire de la Grande Guerre,  j’ai proposé entre autres aux élèves quatre poèmes de Guillaume Apollinaire abscons pour des enfants de 10 ans : Carte Postale, Fusée signal, Mutation, Un oiseau chante (« En sortant de l’école : Guillaume Apollinaire », un DVD de 39 min. Studio Tant Mieux Prod. Éditeur et distributeur : France Télévision Distribution. ). Ces textes étaient présentés sous forme de films d’animation et les plans scéniques permettaient une compréhension totale de  ce que l’auteur voulait exprimer. Les enfants ont eu une véritable empathie pour Apollinaire soldat et les Poilus en général, ils ont appréhendé la guerre, ses horreurs, ses conséquences d’une façon humaniste et les débats lors des ateliers philo qui ont suivi ont été très riches et marquants pour eux. Ils ont exprimé un jugement critique après avoir ressenti une émotion esthétique  et ils ont enrichi leur perception avant de construire leurs jugements.

Quelques mois après, lors d’un débat sur la mémoire, les enfants étaient restés sensibles au sort des soldats de la Première Guerre mondiale, leurs discours montraient combien ils avaient grandi en humanité et en citoyenneté.

 

CONCLUSION

 

Il ne faut pas diaboliser les écrans qui appartiennent au quotidien de beaucoup d’enfants dans le monde. Si de nombreuses informations sont tronquées, fausses ou de simples rumeurs, l’éducation à l’image ou à l’éducation des réseaux sociaux est désormais primordiale à l’école. L’outil informatique est une ouverture extraordinaire sur le monde, il faut simplement savoir l’utiliser.

 

 

ANNEXE : L’expérience du jeu vidéo, par Tristan Collet-Beneton, 14 ans.

 

Selon moi, le jeu peut être un art, mais avant tout j’aimerais définir certaines généralités :

- Un jeu peut avoir plusieurs rôles tel que le pur sentiment de jeu (de stratégie par exemple), mais il peut aussi raconter une histoire (comme un film) de manière plus ou moins explicite. Le film nous affiche directement le récit à l’écran tandis que le jeu vidéo peut le cacher de manière vraiment subtile, sous le gameplay.

- L’expérience de jeu (ou gameplay) est l’interaction directe entre le joueur et le jeu créée par l’intermédiaire d’un clavier, d’une manette ou autres accessoires. C’est aussi la manière dont les joueurs les utilisent, de manière à interagir avec l’environnement virtuel qui les entoure.

- L’aspect de simulation est un point souvent oublié, mais il permet au joueur de déterminer dans quel environnement il se situe, si il lui est familier ou non, si il est réaliste ou pas.

 

À partir de cela, je vais expliquer à ma manière que le jeu vidéo peut être un art.

Premièrement, les graphismes. Le jeu vidéo peut être considéré comme beau, et des exemples, il y en a à la volée : Cuphead et son style cartoon des années 30, Hollow Knight et son trait de dessin unique dans le genre du jeu, Limbo basé sur le noir et blanc à la manière des ombres chinoises et j’en oublie encore… C’est bien sûr un critère subjectif mais qui montre un résultat unique. On peut comparer les graphismes d’un jeu de la même manière que l’on pourrait comparer des tableaux, car on prend en compte le travail fourni et  la beauté à nos yeux de l’œuvre.

 

Un style graphique inventé par le jeu vidéo (le plus souvent montré) est le pixel art (technique basée sur le graphisme à partir de pixels, basée originellement sur les basses résolutions d’écrans) . Peut-on considérer que c’est de l’art ? A mon avis oui, car comme le pointillisme limite l’artiste à créer une œuvre avec des pointillés, le pixel art limite l’artiste à des carrés de couleurs (pixels).

Le jeu vidéo devient aussi un art par ses dérivés, par exemple avec la musique (du fait que dans le jeu vidéo elle possède sa propre évolution), ou encore ses produits dérivés tels que des figurines ou des objets de collections.

 

Le jeu vidéo est également un art par le fait qu’il transmet des émotions comme n’importe quels autres arts (tels que le cinéma, la musique, la littérature…) avec la plupart du temps l’histoire, mais aussi par des critères subjectifs tels que la beauté ou l’intérêt qu’on apporte à l’œuvre.

Le gameplay peut avoir son importance sur la transmission des sentiments et ainsi les décisions que prend le joueur (des choix cornéliens, le fait de tuer…).  Cela signifie qu’il n’est pas obligé d’apporter une expérience positive, comme sur les autres médiums que l’on peut utiliser. Mais alors, quel est l’intérêt de jouer à un jeu auquel on ne va pas forcément  trouver notre bonheur ?

 

C’est généralement une question de première impression. Par exemple, Spooky’s House of Jumpscare a pour but… d’ouvrir des portes dans le but d’atteindre la 1000ème salle, bien entendu. Cela peut paraître ennuyeux, mais ce jeu d’horreur est, je trouve, vraiment réussi par ses points forts : ambiance et musique parfaites pour le genre, événements aléatoires ou non parfaitement organisés, aucune image choquante (ni sang, ni violence) ; tout repose sur la créativité et le gameplay de cette œuvre. Ici, le jeu n’est pas une œuvre pour ses graphismes, mais bien pour son but, son expérience. Et croyez-le ou non, il peut devenir addictif à cause de ses mécanismes bien huilés et il nous pousse à réfléchir et à prendre des décisions.

 

Le jeu japonais Yume Nikki (réalisé en pixel art) nous fait incarner une fille qui explore ses rêves. Cela paraît mignon mais la protagoniste en question ne peut sortir de sa chambre, et par conséquent ne peut  qu’aller dans son lit dans le but de dormir. Une fois dans ses songes, l’exploration des rêves démarre. Ici, réfléchissez : on peut s’accorder que les rêves que nous faisons la nuit sont souvent étranges. Or, ce jeu retranscrit parfaitement ce sentiment. On explore  le total des « rêves » que ce jeu propose afin de les découvrir tous, et vivre une expérience très particulière en étant dans la tête de quelqu’un d’autre qui nous ressemble peut -être un peu.

 

Quand on joue à ce type de jeu, on ne s’inflige pas du mal. On peut apprendre à combattre ses émotions afin de comprendre la vie qui nous entoure et  gagner en maturité avec la découverte de ses nouveaux sentiments. Le jeu vidéo transforme de mauvaises expériences en excellentes tout en étant un art qui interagit avec et selon le joueur pour lui faire apprivoiser ses peurs.

 

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 

Pour visiter le Musée virtuel Philophables en folie d'Alexandra Ibanès sur Facebook : cliquer ici !

Pour suivre le travail philo en classe d’Alexandra Ibanès : cliquer ici !

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo
LABO PHILO 3. Le musée philofables en folie.

 

Le projet d'une enseignante confinée pour continuer la philo avec ses élèves: le musée virtuel Philofables en folie, par Alexandra Ibanès

 

 

Comment est née l’idée du musée virtuel Philofables en folie ?

Enseignante, je me suis retrouvée du jour au lendemain, comme mes élèves, confinée pour les raisons sanitaires que le monde entier connaît actuellement. Il a fallu, sans préparation, se mettre au télétravail pour assurer une continuité pédagogique tout en sachant que mes élèves cette année sont réfractaires à un enseignement classique, mais ont de nombreux talents au niveau de la créativité.

Je mène régulièrement des débats à visée philosophique en classe et j’ai pensé que poursuivre les discussions en famille serait pour beaucoup d’enfants et leurs parents une bonne façon de réfléchir ensemble autour de thématiques, afin qu’ils se connaissent mieux pour bien vivre ensemble durant un temps indéterminé.

En classe, nous avons étudié il y a quelques semaines une pièce de théâtre de Michel Piquemal (L’Annonce) qui a emporté un succès immense auprès des élèves surtout quand ils ont appris que l’auteur était un écrivain vivant ! Ils ont tout voulu savoir sur lui et en découvrant son œuvre, des enfants ont réalisé qu’ils possédaient certains de ses livres à la maison. Michel étant presque un voisin, ma classe et lui ont pu échanger quelques textos sympathiques .

 

Pourquoi les Philofables comme support ?

La première raison est, comme je l’ai précisé ci-dessus, d’ordre affectif. Les enfants avaient étudié l’auteur que connaît la maîtresse (succès garanti) mais surtout nous nous étions beaucoup amusés lors de la lecture de L’Annonce. Le contact n’étant que virtuel, je savais que j’éveillerais leur curiosité. Cette année, dans mon projet « philo à l’école », je n’avais pas eu encore l’occasion d’utiliser les Philofables.

La deuxième raison est d’ordre pédagogique. Les fables philosophiques comme le dit l’auteur dans sa préface, interrogent le monde et posent de vraies questions à partir de textes fondateurs tels que les contes, la mythologie, l’histoire antique, ou la sagesse venant de l’Orient. Chaque philofable est composée de deux parties : d’une part le récit lui-même réécrit par Michel Piquemal et d’autre part « Dans l’atelier du philosophe », où le lecteur est questionné et amené à réfléchir.

 

Quand les autres années, je présente des philofables à ma classe, les enfants sont ravis de lire des textes réécrits de Platon, Socrate, ou encore Bouddha, Tchouang –Tseu etc… Pour eux, se sentir capables à leur âge de pénétrer dans le monde de ces grands penseurs les valorise d’une façon qui est aux antipodes d’un quelconque narcissisme. Les philofables les prennent en considération en quelque sorte, et sont en cela aussi un excellent outil pédagogique.

 

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Dessins à partir de la Philofable "La vache sur son île"

 

Pourquoi faire philosopher en famille plutôt que par des visioconférences ?

Lors de ce confinement, des familles vont se découvrir sous une autre facette... alors pourquoi ne pas philosopher dans le cadre familial ? Chacun se trouve contraint de vivre une situation singulière, coupé des repères habituels et de l’environnement de ses pairs. L’occasion est belle pour les parents et les enfants de créer ensemble un nouvel équilibre familial et la philosophie peut jouer ce rôle de passeur. C’est pourquoi j’ai proposé (sans l’imposer bien sûr) cette activité aux familles. La moitié de ma classe joue le jeu (et je n’ai pas de nouvelles de tous les élèves).

À part s’écouter, se respecter, ne pas imposer son point de vue, construire sa pensée ensemble et apprendre à se découvrir sous un nouveau jour, je n’ai pas donné d’autres consignes précises. Connaissant les familles, je sais que les discussions auront lieu sous différentes formes selon les sensibilités et le vécu de chacun.

C’est très frustrant de ne plus animer des débats philo avec les enfants, mais je tiens cette ligne de conduite de ne pas vouloir m’immiscer dans les débats philosophiques à la maison. Autrement dit, j’ai passé le relai ! Plus que ce qui se dira ou se fera, l’important est que les familles qui participent à cette aventure se parlent en réfléchissant sur notre condition d’humains.

 

Pourquoi le musée virtuel des philofables en folie ?

Cette année, les élèves de ma classe ont un goût pour l’expression plastique. C’est une des rares activités où les conflits n’existent plus entre eux. Aussi, exprimer leurs réflexions et débats par le biais du dessin, de la peinture, de collages, feutres ou craies m’a paru être une démarche fructueuse. Cependant, les enfants souvent dessinent, créent de belles productions et leurs œuvres un jour disparaissent dans une boîte, dans un classeur, où prennent la poussière au grenier… Il m’a semblé important de conserver ces moments privilégiés de représentation de la pensée dans un cadre non occupationnel (il ne s’agit pas de dessiner pour dessiner), de la période que nous vivons actuellement. Rien n’est figé, cette activité pourra se poursuivre par ailleurs.

Pourquoi donc ne pas imaginer un musée virtuel comme LE MUZ créé par Claude Ponti ? Suivant ce bel exemple, l’objectif de conserver une trace des pensées d’enfants par le biais d’expressions artistiques sera mené à bien. Cela aura pour résultat de valoriser des œuvres émouvantes sur lesquelles ils auront réfléchi dans un contexte particulier et différent de ce qui se pratique habituellement dans un cadre scolaire.

 

Ce nouveau « musée » s’agrandit tous les jours avec des dessins naïfs, étonnants, matures, insolites qui sont la trace d’une réflexion « philosophique » plus ou moins élaborée. Le résultat obtenu, à savoir le dialogue entre les enfants et leurs parents, est d’ores et déjà une réussite.

 

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Dessins à partir de la Philofable "Diogène et le marchand"

 

  

Pourquoi faut-il garder une forme d’humilité ?

Bien que j’anime des ateliers philo en classe depuis plusieurs années et que j’aie des exigences, je crois qu’il est nécessaire de comprendre qu’actuellement nous vivons une situation exceptionnelle et qu’il faut savoir s’adapter.

Les derniers jours d’école, la classe était électrique. Sans parler de débats, je rassurais chaque jour et à chaque moment les élèves sur la situation. Comme ils se situaient dans le registre de l’émotionnel, je n’ai pas souhaité mener des discussions à visée philosophique à proprement parler, mais plutôt avoir de simples échanges à bâtons rompus.

On a beau dire, mais quand les élèves ont su qu’ils devaient prendre leurs affaires pour une durée indéterminée le vendredi en sachant que l’école allait être fermée le lundi, ils savaient pertinemment qu’il se passait quelque chose de grave. Actuellement, les enfants sont dans un état d’angoisse permanent avec les informations anxiogènes qu’ils reçoivent à chaque instant sans parler de certaines situations difficiles (parents soignants ou parents qui ne s’entendent pas très bien). Chaque jour, je reçois de leur part des messages reflétant toutes ces situations (messages positifs, messages de tristesse, voire d’angoisse...) Il me semble important de prendre la mesure de toutes ces émotions que l’on ne peut pas voir forcément derrière un écran ou en visioconférence.

Bref, il me paraît important que les débats à visée philosophique soient menés avec précaution, sur des sujets bien choisis qui n’affecteront pas les familles (l’émotionnel toujours). L’important est de continuer à penser, à se remettre en question et à partager de beaux moments en famille par le dialogue. Le reste viendra après…

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 2
 ·  15. février 2020

Pourquoi il est indispensable d'instaurer les débats philo en classe

 

« L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours? »

  

Professeure des écoles, Alexandra Ibanès anime avec sa classe des ateliers de philosophie pour enfants depuis près de vingt ans. Elle nous livre, dans cet article sans langue de bois, une vision de l’école pleine d’espoir sans éluder pour autant les questions qui fâchent et les difficultés réelles que rencontrent les enfants et les enseignants aujourd’hui. Il y est question de motivation des élèves, de vivre ensemble, d'éducation positive pas toujours bien interprétée, des débats à visée philosophique et du sens premier de l’enseignement : enseigner.

 

Débats à visée philosophique, école, bienveillance.
 

  

Il s’appelle Paul, je l’ai rencontré il n’y a pas très longtemps. Il a 80 ans et il est né fils d’agriculteur. Il m’a dit qu’il devait tout à l’école de la République. Bénéficiant d’une bourse, il a pu entreprendre des études secondaires. Puis, le métier de « pion » lui a permis de se payer des études supérieures et de devenir professeur d’anglais et de littérature anglaise à l’Université à Aix-en-Provence. À 80 ans, il n’a pas oublié et il dispense à l’heure actuelle des cours gratuits de pratique d’anglais pour de futurs doctorants en droit douze heures par semaine. Une façon pour lui de restituer un peu de ce qu’on lui a offert jadis...

 

Ils s’appellent Djamel, Amhed, Fathia, Oussime… Ils ont entre 30 et 40 ans, ont vécu leur enfance dans des quartiers populaires et sont devenus éducateurs, responsables d’associations ou cadres supérieurs. Leurs regards sont pétillants et ils mordent la vie à pleines dents, ils ne cessent de remercier l’école grâce à laquelle ils ont pu s’insérer dans la vie sociale.

Il s’appelle Théo, il a 10 ans, il a connu un drame familial dans sa jeune vie. Il ne parlait plus, il détestait l’école et il a appris à l’aimer car son enseignante a refusé de pleurer avec lui, elle l’a apprivoisé et lui a fait comprendre qu’il avait le droit d’être malheureux mais aussi de devenir heureux, qu’il avait droit au bonheur. Du jour au lendemain, Théo a appris à rire, à chanter, à jouer avec ses copains après trois années de silence. 

 

L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis le début de ma carrière, je côtoie des enseignants majoritairement soucieux du bien-être des élèves. L’enseignement est pour beaucoup une véritable vocation et rares sont les personnes qui quittent leur enveloppe de prof une fois rentrées chez elles.

 

Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours?

 

En quelques années, face aux bouleversements considérables provoqués par des avancées technologiques considérables l’ensemble de la société a basculé très rapidement dans une ère nouvelle. La vie des enfants de 2020 n’est pas régie par les mêmes modes que celle de leurs parents et encore moins de leurs grands-parents. Naguère, les enfants avaient rarement droit à la parole et étaient astreints à des obligations dues aux difficultés économiques. Aujourd’hui, nombre d’entre eux sont placés dans des conditions de confort qui leur paraît la chose la plus naturelle du monde. Souvent mis sur un piédestal « d’enfants-rois », ils désirent tout, tout de suite. Dans le cocon familial, leurs parents (souvent surmenés) les laissent livrés à eux-mêmes. Aussi, méconnaissent-ils l’existence des règles qui régissent la vie scolaire puisqu’il n’y en a pas toujours à la maison. Cette incompréhension amène quelquefois à la violence et à la phobie scolaire.

 

Le vocabulaire s’est appauvri à l’image de ce que leur offrent les écrans de télévision, tablettes et smartphones. Même les jeux dans les cours de récréation, si nécessaires pour développer l’imaginaire, sont en grande régression. C’est une souffrance pour certains enfants d’aller à l’école, car ils n’ont pas toutes les clés en main pour pouvoir comprendre ce qui leur est proposé pour se développer harmonieusement.

 

Aussi, malgré toutes les mises en œuvre de projets destinés à les motiver, les enfants sollicités de toutes parts ont une capacité d’attention amoindrie. L’enseignant doit toute la journée être « animateur » pour retenir l’attention des élèves, ce qui est énergivore.

 

Si les professeurs sont soucieux du bien-être des enfants qui leur sont confiés, il ne faut pas oublier que leur mission première est d’enseigner les mathématiques, le français, l’histoire, la géographie, les sciences, les arts, le sport et de leur apprendre à vivre ensemble. Toutes ces disciplines sont enseignées avec rigueur et sont indispensables pour poursuivre des études. J’ai constaté ces dernières années que de nombreux enfants n’ont plus la démarche de se mettre dans des situations de recherche et préfèrent attendre passivement de recevoir des réponses toutes prêtes. On leur a souvent dit aussi que tout ce qu’ils apprenaient à l’école se trouvait sur internet. Pourquoi donc faire des efforts ? Malgré ces disciplines enseignées le plus souvent avec des trésors de pédagogie, beaucoup d’enseignants ouvrent l’esprit de leurs élèves en créant un bien vivre ensemble en montant des ateliers-théâtre, des chorales, des performances artistiques, en les invitant à des classes de découvertes, des ateliers thématiques, des visites, en créant des projets citoyens et écologiques où les enfants sont au centre des apprentissages.

 

Les débats à visée philosophique qui se développent au sein des établissements peuvent également aider à redonner goût aux apprentissages du savoir. En favorisant l’expression spontanée, une expression développée dans un cadre précis, privilégiant l’écoute et le respect des opinions les plus diverses, les conditions seront réunies pour fonder des relations nouvelles au sein d’une classe.

 

Mis dans un état de confiance que favorisent l’anonymat et l’absence de jugement, les enfants parviennent à exprimer un vécu souvent douloureux, aux antipodes de l’état apparent qu’ils montrent. Une année, une vingtaine d’entre eux (sur 31) m’ont expliqué par écrit comment ils exprimaient leur colère : chantage à la nourriture à la maison, hurlements fenêtres ouvertes, bris de leurs jouets, menace de se rendre au commissariat, violences sur les frères et sœurs… jusqu’à obtenir ce qu’ils veulent. À partir d’un tel constat, on comprendra qu’il est difficile pour eux d’accepter des règles qu’on leur impose en classe.

 

Par ailleurs, quels que soient les écoles et les niveaux, nombreux sont ceux qui disent qu’ils n’aiment pas travailler car « c’est fatiguant, ça ne sert à rien, et on n’aime pas les efforts » ; certains au bout de 20 minutes d’attention peuvent s’endormir, se taper la tête sur les tables, se provoquer, et se mettre à parler fort. Les questions de plus en plus fréquentes sont désormais « Maîtresse est-ce que je suis obligé de faire cet exercice ? Maîtresse, y a pas un exercice plus court ? » encouragés quelquefois par leurs parents qui, pour des raisons d’éducation « positive » mal interprétées, défendent bec et ongles leur enfant qu’on ne doit surtout pas contrarier... Ces comportements mènent évidemment à la désobéissance à l’école et à des conflits épuisants.

 

Ayant ainsi exprimé leur mal-être, les enfants m’ont affirmé que les débats philo leur permettaient de trouver une paix intérieure et d’apprendre à respecter des règles en en comprenant leur utilité. D’autres se sont mis à aimer l’école et n’hésitent plus à exprimer leurs difficultés dues en premier lieu au manque de vocabulaire et de concentration.

Forte de ces expériences souvent difficiles et réellement vécues, j’affirme néanmoins que l’école est un lieu qui peut être extraordinaire pour l’épanouissement des enfants. Ils y apprennent les valeurs fondamentales de la société et le savoir vivre ensemble qui ne leur sont pas toujours inculqués au sein familial, comme cela était le cas autrefois. Il faut faire confiance aux enseignants qui mettent tout en place pour la réussite et le bonheur de leurs élèves en menant des projets où ceux-ci s’expriment. Dans les différentes écoles où j’ai enseigné, je n’ai jamais rencontré un professeur qui bâillonnait la parole. 

 

Les débats philo en classe, à condition qu’ils soient conduits de façon rigoureuse et très régulière, aident à créer une autre relation professeur-élève. Il m’arrive d’avoir des classes difficiles et, quand c’est le cas, je remarque de prime abord que les premières règles qui sont acceptées sont celles mises en place dans la conduite d’ateliers (ce qui fera l’objet d’un prochain article). Chaque animateur qui conduit un débat, qu’il soit enseignant ou vacataire, doit au préalable bien connaître le climat de la classe, d’où la présence indispensable des enseignants lors des discussions.

 

L’éducation des enfants a beaucoup changé ces dernières années et les raisons de ne pas aimer l’école sont différentes du siècle dernier. Depuis 19 ans, j’anime des ateliers philo dans ma classe très régulièrement et cela n’est jamais vécu comme un pensum puisqu’il n’est question que de tout ce qui  concerne nos vies dans leur rapport avec la collectivité. Je pense que dans notre microsociété qu’est l’école, c’est une discipline qui sera un pilier essentiel pour une mieux s’adapter aux réalités économiques et socioculturelles.

 

Il est indispensable de faire confiance aux enseignants. Chacun en fonction de sa personnalité et de ses compétences cherche à faire grandir les enfants de la meilleure façon qui soit et les accueille avec empathie. Combien sont-ils à sacrifier souvent une vie de famille pour la réussite de leurs élèves ? La mission qui nous est confiée est certes chronophage et, pour ma part, je défendrai toujours une école où on doit sans cesse s’adapter, de même que l’on doit s’adapter aux bouleversements de la société. Souvent les élèves parlent de leurs futurs métiers et celui de « maîtresse d’école » ne fait plus partie de leurs rêves ! La majorité souhaitent exercer une profession libérale, être patrons pour ne pas recevoir d’ordre et ces désirs sont le reflet de notre société consumériste et individualiste : de l’argent, une vie « cool » avec beaucoup de biens de consommation (malgré un idéal écologique !!??!!). Combien seront-ils de cette nouvelle génération à devenir des adultes épanouis avec de telles valeurs majoritairement colportées ?  Les ateliers philo à l’école peuvent leur faire accéder à un autre regard, plus critique et plus lucide.

Ce témoignage est la réflexion d’un travail mené en classe dans différentes écoles et avec différents collègues. Tous ont foi dans leur métier pour faire découvrir aux enfants les valeurs démocratiques de notre société, l’histoire qui nous permet de comprendre la société d’aujourd’hui, la littérature indispensable à la construction de chaque individu, la beauté avec la découverte des grands musiciens et des grands peintres. Et la plupart des enseignants, même s’ils ne pratiquent pas les ateliers philo en classe, développent avec d’autres outils à travers les sciences, l’histoire, la géographie, l’étude des médias, les maths, le raisonnement et l’esprit critique chez les enfants pour les aider à devenir les adultes qu’ils deviendront très vite.

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 A lire également, l'interview d'Alexandra Ibanès: "La philo en classe a changé mon métier d'enseignante".

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 1

Merci à Julien Lavenu d'avoir publié mon article dans LABOPHILO.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Alexandra Ibanès, professeure des écoles et autrice

 

Julien : Parle-nous de toi. Comment es-tu entrée dans le monde de la philo pour enfants ?

Alexandra : C’était en 2001, je passais le concours de professeur des écoles et on m’a proposé de faire mon mémoire professionnel sur la philosophie à l’école. Il n’y avait pas autant d’ouvrages qu’aujourd’hui et j’ai appris seule avec les ouvrages de Michel Tozzi et bien sûr Lipman. Je vivais en Gironde et il y avait des écoles pilotes, j’ai découvert les enfants sous un nouveau jour, c’était fascinant.

 

Pratiques-tu une méthode particulière ? Pourquoi ?

Enseignante, je pratique la méthode Tozzi en classe depuis toujours même si je conviens que les autres dispositifs sont intéressants. Pourquoi ? Il m’est arrivé d’organiser des débats philo avec une classe entière et la méthode des DVDP est très structurante pour la gestion d’un groupe, pour la maîtresse et pour les enfants. Les enfants ont besoin de repères et les règles acceptées par tous de façon naturelle permettent des débats dynamiques et riches.

 

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Au départ, j’animais des débats sur des problématiques que se posaient les enfants (grandir, la mort, garçons/filles) ; je les propose encore souvent mais j’aime quand les enfants mènent des réflexions sur des sujets d’éthique ou en fort lien avec la citoyenneté. Je suis convaincue que les débats feront de nos enfants des citoyens libres et responsables. Aujourd’hui, je ne pars pas toujours de leurs questions comme il y a quelques années, car je souhaite qu’ils s’interrogent aussi sur des thématiques qui restent universelles et qui donnent du sens aux valeurs humanistes qu’ils étudient en classe dans des disciplines telles que les sciences (éthique), l’enseignement moral et civique, l’histoire, la géographie (la démocratie), l’art (le sens du beau, l’esthétique). Indirectement, ils réinvestissent de façon philosophique des sujets du quotidien avec d’excellents argumentaires très solides sur lesquels ils se confrontent, avec des valeurs citoyennes très fortes.

 

Quels outils utilises-tu le plus souvent ?

J’adore les Philo-fables de Michel Piquemal qui ont des thématiques universelles. Ses livres sont abordables, plaisants à lire et écrits à partir des textes fondateurs de diverses philosophies. J’aime aussi proposer à ma classe du théâtre, afin que les élèves philosophent à partir de concepts qu’ils auront travaillés en amont et compris.

J’ai adoré monter une pièce de théâtre philosophique, travail d’une année, c’était La morale ça se discute de Michel Tozzi. De très beaux souvenirs et des enfants complètement fans du texte.

Le tapuscrit de Dilili à Paris, pour les enfants qui ont vu le film, leur a permis aussi, avec une très bonne compréhension des sujets traités, de réfléchir de façon très constructive sur des valeurs essentielles d’humanisme.

 

Qu’est-ce que ce métier t’apporte sur le plan personnel ?

Je suis professeur des écoles, mais dès que nous faisons des DVDP, je deviens animatrice et les enfants font très bien la part des choses. Sans les débats philo, mon métier aurait été complètement différent. J’apprends à découvrir les enfants différemment en les écoutant de façon active et cela change bien des choses. On est en plein dans le débat des intelligences multiples. Je me régale quand les enfants changent le regard qu’ils ont sur leurs camarades en difficultés scolaires et qui se révèlent très souvent lors des ateliers. Si tous les enseignants dans leur classe pouvaient aussi vivre ces instants, ce serait merveilleux !

 

Quelles sont les principales difficultés de ce métier ?

Je crois qu’animer des débats philo n’est pas une chose anodine, il faut avoir une formation solide et une très bonne connaissance de l’enfant sur le terrain. Je dis non à la philo avec des enfants sur le temps de cantine ou le soir après l’école, car ce sont des moments de décompression pour les enfants qui ne seront pas réceptifs, quoiqu’on fasse. Pour un bon débat, il faut aussi que les enfants sachent argumenter, aussi je fais un très gros travail en étude de la langue dans ce domaine avant le premier débat de l’année. Des enfants peuvent se décourager s’ils n’arrivent pas à s’exprimer comme ils le souhaiteraient ou s’ils ont un manque de vocabulaire. Il faut aussi que les ateliers soient menés très régulièrement si on veut que nos p’tits philosophes développent un esprit critique sur le long terme.

 

Selon toi, quelles qualités doit avoir une anim’ d’ateliers philo pour enfants ?

Bien connaître les enfants et avoir de l’exigence pour le déroulement des ateliers. Les enfants en seront reconnaissants. Cette année, j’ai une classe avec des enfants très agités et curieusement les temps les plus calmes sont lors des ateliers philo. Les règles sont acceptées sans aucune difficulté, car les enfants endossent les rôles des DVDP de façon très sérieuse. Mais ne sommes-nous pas acteurs de notre propre vie quand nous faisons ce que nous aimons ? L’approche des enfants ne peut pas être que théorique. Il importe surtout de connaître le contexte dans lequel ils vivent, ses préoccupations, les angoisses familiales auxquelles ils sont confrontés, les soucis dus à ce qu’ils reçoivent comme informations dont l’actualité les accable quotidiennement (cf. l’école de Palo Alto). En 18 ans, avec des sujets comme grandir, filles/garçons, si au départ les questionnements sont identiques, les réflexions ont beaucoup évolué et les débats sont complètement différents. Un enfant est le fruit de la société et il ne faut pas oublier d’en tenir compte. On ne peut pas rester sur une image naïve et théorique de l’enfant. Devenir animateur en philosophie ne s’improvise pas, cela peut être dangereux.

 

Parmi la longue liste des valeurs transmises par la pratique philosophique, quelle est la plus importante pour toi ?

Former l’esprit critique, car nous vivons dans une société qui connaît de nombreuses difficultés, avec un pouvoir énorme des réseaux sociaux, des idéologies dangereuses qui fleurissent ici et là.  

 

As-tu un souvenir d’atelier, une anecdote, une réflexion d’enfants qui t’ont marquée et que tu voudrais partager avec nous ?

L’an dernier mes élèves ont écrit un florilège de pensées philosophiques : Le village des p’tits philosophes. Ce livre a été présenté dans différents lieux, certains élèves en ont même parlé dans une radio, les adultes présents lors de ces manifestations se faisaient une idée particulière de la philo à l’école et ont été surpris de la maturité de ces enfants de 10 ans, ils étaient enchantés. Suite à cette reconnaissance, j’ai créé une page Facebook du même nom que le livre.

 

As-tu quelque chose à ajouter ?

J’anime depuis 18 ans des DVDP une fois par mois à l’école, je suis passionnée et toujours à la recherche de nouvelles idées pour améliorer les ateliers. On peut dire que je suis « militante ». Je souhaiterais que les enseignants soient désormais TOUS formés et que les débats philo deviennent une discipline comme le français et les maths, que ce soit obligatoire dans les programmes. Je viens d’écrire un livre qui sortira en 2020 et qui montre comment la philo en classe a changé mon métier d’enseignante. Il s’agit d’un autre regard sur les ateliers.

 

 

Propos recueillis par Julien Lavenu pour LaboPhilo, 2019.

  

 

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Publié le par alexandra ibanes
Publié dans : #Presse, #Passion philo
Philosophie et démocratie

Merci à Jean-Charles Pettier pour sa note concernant ma communication: Philosophie et démocratie mettent le monde en débat. Peut-être s'agit-il d'identifier, grâce à la pratique philosophique, la nature réelle de la pratique politique démocratique. C'est ce à quoi conduit, selon Alexandra Ibanes, la pratique du "village des philosophes". Les élèves abordent les principes fondateurs de la démocratie, le système démocratique sur la base d'une égalité des droits, l'idée que le pouvoir appartient au peuple, que les droits et les libertés sont garantis par une Constitution.

 

Dossier Philoécole/Philocité - 18e colloque des Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) à l'Université de Genève (23-24 novembre 2019)

Devenir un citoyen éclairé par la discussion à visée philosophique

Alexandra Ibanès, professeure d'école en CM2 à Narbonne

 

Introduction

 

Nous venons de célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin, la Révolution de Velours qui a suivi en Tchécoslovaquie... C'était en 1989 ! En France, en même temps on fêtait le bicentenaire de la Révolution Française. J'étais une jeune adulte qui allais découvrir cette année-là la force de la démocratie. J'allais enfin rencontrer ma famille tchèque pour la première fois. Ils avaient été étroitement surveillés, ils avaient dû cacher dans un grenier une malle qui contenait l'oeuvre de Victor Hugo écrite en français et on leur avait confisqué tous leurs biens pour des raisons politiques.

C'est à la suite des évènements de 1989 que j'ai pris conscience de ce qu'était la démocratie et la libre parole donnée à tous. Si certaines lectures m'avaient marquée, le vécu de ma famille m'ouvrait véritablement les yeux sur mes attentes dans la cité et à l'école.

Comment pouvons-nous aujourd'hui amener des enfants à devenir des citoyens éclairés par le biais des débats à visée philosophique ?

Notre situation politique et sociale montre une montée du racisme, d'un manque de civisme et de l'intolérance. Les démocraties sont mises au pilori et les médias minent leurs fondements. Les réseaux sociaux répandent de fausses nouvelles même si on les dit "surprotégés", et profitent à la montée de Trump d'un côté et de Daesh de l'autre.

Nous sommes dans l'ère de la post-vérité et des fake news.

Avec les réseaux sociaux, les groupes de parole se regroupent selon leur système de pensée et leurs ressemblances, ce qui consolide les croyances et renforcent les opinions de chacun.

La société actuellement tend vers l'individualisme et pour les enfants, se confronter à des idées qui ne sont pas les leurs provoquent parfois une incompréhension, de la violence et de l'animosité.

L'école a pour mission de socialiser les élèves et de créer des dispositifs pédagogiques qui permettent un travail intellectuel dans un espace démocratique destiné à faire des enfants des citoyens éclairés. C'est déstabilisant de se confronter à autrui et d'affirmer son propre jugement, pourtant nécessaire.

L'Éducation nationale s'est fixé un challenge il y a quelques années : "Savoir confronter les règles de communication et d'échange". Ce sont des compétences présentes dans le socle commun dès la maternelle. Les Discussions à Visée Philosophique (DVP) sont donc un moyen de répondre à ce point du programme.

 

I) Á l'école de la démocratie

 

Les élèves sont réfractaires au programme d'EMC. Les séances pour eux sont rébarbatives car difficiles, ils ont du mal à appréhender des concepts dont le sens a été dévoyé. Il est très difficile de les faire réfléchir sur les valeurs de la République et les Institutions. Un enfant de 10 ans m'a même dit un jour, je ne veux rien savoir de ce cours, je n'apprendrai pas mes leçons, mon père dit qu'on fait de la politique et ne veut pas que je travaille cette matière.

Contrairement aux autres disciplines enseignées à l'école, l'EMC ne s'appuie sur aucun référent universitaire, sauf pour ce qui concerne le fonctionnement des institutions. Il s'agit de découvrir en classe la démocratie dans une pratique quotidienne qui est l'affaire de tous dans les instants de la vie scolaire.

L'EMC permet aussi d'apprendre les règles essentielles à la vie sociale et les pratiques de coopération, de solidarité et de défense de la liberté à travers des actions ou des projets. Ainsi les enfants apprennent à raisonner, réfléchir, critiquer et à avoir une liberté d'opinion et de jugement.

Dans les programmes de 2018, les débats démocratiques apparaissent dans les moyens mis à disposition des enseignants. Rien n'empêche d'en faire des débats à visée philosophique, les compétences transversales étant similaires :

  • Respecter autrui.

  • Savoir identifier des points d'accord et de désaccord dans une discussion réglée.

  • Manifester le respect de l'autre dans son langage et son attitude.

  • Accepter et respecter les différences.

  • Tenir compte du point de vue des autres.

  • Identifier les préjugés et les stéréotypes.

  • Exercer une aptitude à la réflexion critique et former son jugement.

  • Distinguer l'intérêt particulier de l'intérêt général.

  • Développer le discernement éthique.

 

II) Pourquoi un livre de pensées philosophiques en classe ?

 

J'organise depuis 18 ans des DVDP en classe. Durant toute une année scolaire, mes élèves ont travaillé à la réalisation d'un livre qui s'appelle Le village des p'tits philosophes.

Tout d'abord, j'ai mis en place des outils dans l'étude la langue, pour apprendre à argumenter et ne pas rester dans le descriptif, et les élèves ont appliqué les principes de la démocratie en classe en s'interrogeant au départ sur leurs droits et leurs devoirs, comment respecter l'égalité de ces droits et en définissant la notion de citoyen.

Le titre du livre a été choisi par Lucas qui a fait la comparaison de la classe à l'Agora qui pour lui était un village (Une rapide histoire de la philosophie, sa signification avait été réalisée en début d'année). La réalisation du livre a été conçue du début à la fin par les élèves (couverture, choix des illustrations, titre, demande de financement). Le sentiment d'appartenance à ce village, à cette Agora, a été très fort.

Ce florilège de pensées philosophiques structurées a solennisé l'importance du bien vivre ensemble et a permis à la fin aux petits philosophes de réfléchir à nouveau sur des propos qu'ils avaient tenus et qui étaient inscrits.

Ecrire un livre n'est pas anodin ; sa fonction est d'inscrire la pensée de l'auteur qui sera lu. Ainsi les enfants ont pris conscience, même s'ils le sentaient, que leurs propos n'étaient pas de simples bavardages mais de véritables réflexions sur des sujets en lien direct avec leur vie ou des sujets d'éthique (Art, réalité et illusion, mémoire, apparence, solidarité, préjugé).

Ils ont appris à débattre en respectant des règles de communication (situation d'énonciation, importance des mots, expression claire, capacité d'écoute active). Cet échange est passé par le respect des règles de civilité, l'argumentation et le respect de règles simples (respecter un avis différent, rester poli, ne pas être agressif).

Les DVDP ont été réalisés avec la méthode Tozzi, définie par des règles démocratiques bien définies et structurantes pour la pensée. Elles organisent et protègent les réflexions des enfants qui exercent leur esprit critique. Pas de moquerie, valorisation de chaque élève, libre parole donnée à tous, reformulation.

Ils ont dû énoncer des points de vue sur des sujets, chaque argument pouvait s'appuyer sur des exemples, ils ont pris des risques en exposant leurs pensées, ils ont écouté et sont rentrés dans le raisonnement des autres pour les comprendre, ils ont fait évoluer leurs jugements en tenant compte des objections de leurs interlocuteurs.

Lors de ces débats, s'il y a eu confrontation, il n'y a jamais eu de rapports de force entre un enfant qui a tort et un autre qui a raison, les élèves ont construit leurs pensées ensemble dans un cadre sécurisant.

Développer son esprit critique suppose qu'on se libère de ses émotions, des opinions ou d'idées toutes faites (ex. le débat sur la tolérance et la vision des migrants).

L'idée du livre est la mienne, je suis convaincue de l'intérêt de la philosophie à l'école que j'aimerais voir un jour institutionnalisée. J'ai voulu à travers cet ouvrage convaincre les lecteurs que les enfants ont de véritables capacités à devenir des citoyens épris de démocratie et plus tard acteurs dans la vie de leur cité. Les enfants ont de véritables capacités à vivre la démocratie. N'oublions pas que les élèves qui sont aussi en "difficulté scolaire" peuvent s'épanouir lors de ces débats et être les moteurs de ces discussions, que l'état d'esprit positif et bienveillant (avec des règles) peut faire évoluer une vie de classe dans un climat de confiance. J'ai voulu montrer avec cet ouvrage tous les champs des possibles que peuvent avoir des enfants.

Les élèves ont été passionnés par ce travail et ont surpris les différents publics auprès desquels ils se sont adressés par leur maturité. Ils ont présenté leur livre à l'Espace Brassens de Sète, au méga CGR de Narbonne à la suite du film de Cécile Déjean et Frédéric Lenoir Le cercle des p'tits philosophes. Le journal La classe s'est fait l'écho de cette publication et des élèves sont allés discuter du livre à la radio RCF.

 

Conclusion

 

L'Agora permettait aux grecs d'échanger sur des sujets qui leur tenaient à coeur, les salons et les cafés parisiens permettaient aux acteurs des Lumières de s'exprimer. En 1950, un des plus importants réalisateur finlandais Erik Lochen, a montré dans un film intitulé Citoyens de demain, comment des élèves se forgeaient leur opinion et apprenaient à prendre des décisions pour être un bon démocrate. On découvre comment il y a presque 70 ans, on formait des individus heureux et performants qui ne s'ajustaient pas aux demandes de la société (qu'ils respectaient) mais qu'ils contribuaient à transformer. Le réalisateur est convaincu que les enfants sont le ciment dont on fait le futur.

Formulons le voeu que les débats à visées philosophique et démocratique deviennent prochainement une discipline à part entière dans les programmes de l'Education Nationale. En prenant conscience de l'importance donnée à une parole qui est raisonnée, on donne à la jeunesse des chances de s'investir plus tard dans la vie de la société.

 

Annexe : Témoignages d'enfants sur "philosophie et démocratie" tirés du livre qu'ils ont écrit

 

Merlin : la philo ça sert à mieux comprendre le monde dans lequel on vit, j'adore ça.

Lise : les débats philo me libèrent de tous mes mauvais sentiments. J'ai appris que tout le monde ne pense pas comme moi et qu'on peut avoir des avis différents.

Léopold : j'ai découvert des choses qu'on n'apprend pas forcément en classe et j'ai aimé. On a tous des idées différentes.

Alexandre : la philo m'a appris à mieux comprendre la tolérance et le respect des autres.

Anissa : on apprend énormément lors des débats. Pour la tolérance par exemple, j'en ai appris davantage que sur un cours "qu'est-ce que la tolérance ?"

Lily-Marie : c'est bien que chacun donne son avis sans que les autres se moquent. On apprend beaucoup. J'ai souvent peur de l'avis des autres, mais là on peut oser parler devant les autres.

Raphaël : même si je ne participais pas tout le temps, j'ai appris à écouter tout le monde et ça m'a beaucoup apporté.

Nina : pour moi, c'est important de savoir ce que pensent les autres, ça apporte aussi de nouvelles choses à la classe. On apprend à mieux se connaître.

Kaïs : les débats philo m'ont fait comprendre beaucoup de choses de la vie.

Iris : on respecte l'opinion des autres sans se juger, c'est aussi un moyen de se cultiver en groupe en apprenant les uns des autres. On apprend la tolérance, à rebondir sur ce que disent les autres en se respectant. J'aime beaucoup ce moment où ce qui veulent on leur mot à dire.

Victoire : ça m'a enrichie et j'ai aimé dire ce que je pense sans mentir, en donnant MON avis.

Océane : on peut ne pas être d'accord et se compléter.

Meyli : j'ai appris beaucoup de choses, mais surtout j'ai écouté les autres et je m'en suis servi pour comparer mes réponses aux leurs. Je prenais souvent la parole et donc je devais bien comprendre et écouter tout ce qui se disait. J'adore les débats philo.

Bibliographie

  • Pourquoi et comment philosopher avec des enfants ? Collectif Hatier.

  • Éducation à la philosophie et la citoyenneté. Claudine Leleux, De Boeck.

  • Pratiquer le débat philo à l'école. Patrick Tharrault, Retz.

  • Osez parler de philosophie avec vos enfants. Roger Pol Droit, Bayard.

  • Le livre de la tranquillité, présenté par Olivia Benhamou, Editions 1.

  • Articles de Diotime

Diotime, n°85 (07/2020)

À l'université UNI MAIL - Genève novembre 2019

À l'université UNI MAIL - Genève novembre 2019

Communication Philosophie à l'école et démocratie.

Communication Philosophie à l'école et démocratie.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo
Les écrans, la science, la vérité, la philo et moi (Diotime n°83)

Alexandra Ibanès, professeur des écoles en CM2 à Narbonne

"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres", Voltaire

 

Introduction

 

La désinformation ou fausse nouvelle appelée communément "fake news" n'est pas une nouveauté. Rumeurs, propagandes, calomnies font florès depuis la nuit des temps par le biais de l'art, de la chanson populaire, des livres pamphlets...

Actuellement, selon Big Data, l'humanité produit tous les deux jours autant d'informations qu'elle en a diffusées de l'aube de la civilisation à celle de notre millénaire. Cette progression exponentielle qu'autorise la technologie d'internet, interroge sur la fiabilité des données diffusées par des réseaux de plus en plus puissants. Comment démêler le vrai du faux d'une information ? Comment savoir si nous ne sommes pas manipulés ?

 

I) Constat

 

Aujourd'hui, les réseaux sociaux, qui ont l'avantage de la rapidité, semblent prendre le pas sur la presse écrite, qui était naguère une source incontestable de diffusion de l'actualité dans tous les domaines. Les posts diffusés en temps réel par Twitter ou Facebook se substituent aux filtres des agences traditionnelles de communication. À l'ère du numérique, tout peut circuler librement sans vérification ; n'importe quelle nouvelle peut être légitimée et acquérir un statut d'information sans avoir été vérifiée. Ainsi, en circulant très vite, et en étant partagés, de nombreux articles se substituent à ceux des experts et des critiques professionnels (cinéma, restauration, médecine, littérature, éducation, enseignement...) pour créer une nouvelle "vérité".

À travers la multiplicité d'informations qu'offrent les médias, les téléspectateurs, les internautes, les auditeurs et les lecteurs se forment leurs propres opinions, ils se construisent leur esprit critique et leur vérité.

Bref, fake news, hoax, intox, infox et post vérité tendent parfois et avec succès à substituer la fiction à la réalité ! Aussi, le principal enjeu de toute éducation consistera désormais à former dès l'école primaire les futurs citoyens à exercer leur esprit critique, à les mettre en garde contre les manipulations, à leur apprendre à démêler le faux du vrai.

 

II) Développer l'esprit critique en classe

 

Pour le chercheur comme pour l'élève préparant un exposé, pour l'écrivain ou pour le simple curieux, les moteurs de recherche internet sont désormais les vecteurs les plus couramment utilisés. Si la mémoire d'un disque dur peut faire office d'une certaine forme d'encyclopédie, d'autres questionnements demandent des réponses plus réfléchies.

Certains élèves se demandent à quoi servent certains apprentissages, puisque Goggle ou autres médias peuvent être consultés chaque fois qu'ils veulent avoir une information. Et bon nombre d'entre eux se livrent à de simples copiés-collés d'informations pas même reformulées, en juxtaposant avec beaucoup de maladresse des idées glanées ici et là.

L'apprentissage d'une lecture d'écran est désormais indispensable, au même titre que les apprentissages fondamentaux. L'éducation à l'information avec un esprit critique est désormais devenue un enjeu de société.

En classe, deux notions essentielles devront être mises en avant pour que puisse s'exercer l'esprit critique des élèves.

Dans un premier temps, il s'agira de leur apprendre à distinguer la signification de ce que sont les opinions et les arguments. Dans un second temps, à les amener à comprendre que l'esprit critique (qui n'est pas un jugement défavorable) s'épanouit dans un échange avec autrui en se confrontant avec écoute et respect de chacun.

Apprendre à s'interroger plutôt que de demeurer passif face à des préjugés est le premier apprentissage à la notion de liberté de jugement et le premier moyen de résister aux pressions externes.

L'importance d'une éducation à l'esprit critique dès l'école primaire consiste aussi pour l'enfant "à surmonter ses goûts, ses tendances particulières, les pesanteurs de sa propre psychologie pour respecter les règles universelles, c'est à dire pour agir d'une manière qui soit admissible et acceptable par tous", nous dit Canivez.

Apprendre à argumenter sera donc un long travail sur soi pour se libérer de tout ce qui entrave la liberté de penser. Un travail collectif est aussi nécessaire pour échanger des réflexions. Une formation de l'esprit critique apprendra aux élèves à résister aux emprises idéologiques, politiques, complotistes, religieuses etc. qui régissent notre société. Et une initiation à la philosophie permettra aux jeunes penseurs de remettre leurs propres certitudes en question en prenant en compte celle des autres.

 

III) Des exemples

 

 

A) De Nanouk l'esquimau au mythe de la Caverne de Platon

 

Nanouk l'esquimau de Flaherty est le premier documentaire fiction de l'histoire du cinéma. Après son visionnage, une analyse du synopsis de ce film a été réalisée par la classe. Certaines séquences comiques ont fait l'objet d'un examen plus approfondi. Par exemple, au début du film, on peut voir les nombreux membres de la famille de Nanouk sortir sur la banquise un par un d'un kayac. Comme ce film avait été tourné en 1922, à une époque où les trucages semblaient improbables, il avait pour les enfants valeur de document historique. Pour en éprouver la véracité, il fut décidé de reproduire l'embarcation qui avait été évaluée d'une longueur de deux mètres, sur le sol de la classe. Les enfants se rendirent vite compte que le kayac réel ne pouvait pas contenir plus de deux personnes, au lieu de la nombreuse famille de Nanouk qui plus est encombrée d'une masse de vêtement et escortée de ses chiens !

Il était donc évident que Flaherty avait utilisé un trucage pour nous présenter tous les esquimaux qui seraient présents dans le film de façon humoristique. En faisant d'autres recherches, les élèves ont appris par ailleurs que le réalisateur avait connu quelques petits conflits avec les autochtones. Nous voyons dans le film une séance de pêche au trou et il s'avère qu'à l'époque où a eu lieu le tournage, les techniques utilisées par les autochtones étaient beaucoup plus modernes. Des informations sur les conditions du tournage ont révélé que les membres de la véritable famille de Nanouk s'étaient sentis humiliés d'avoir été utilisés comme des marionnettes. Tous comme les spectateurs du film, ils avaient été dupés. Ce film qui faisait pourtant autorité dans l'histoire du cinéma reflétait quelques séquences mensongères.

À partir de cette supercherie découverte par les enfants, il était opportun de leur faire connaître sans explications préalables le mythe de la Caverne tiré de La République de Platon (présenté par Bruno Jay et Hans Schepers aux éditions du Cheval Vert).

Le livre explicite clairement les différents niveaux de compréhension du monde dans lequel nous vivons et les élèves ont bien su exprimer qu'en tant que spectateurs, nous étions les hommes enchaînés, que le film visionné était l'ombre des hommes à l'étage supérieur et qu'il n'était pas la vérité mais l'image d'une représentation. Grâce à des informations glanées sur des sites de l'École et cinéma, ils avaient découvert la vérité. Un débat très riche s'en est suivi, axé essentiellement sur les préjugés et l'accès à la connaissance, que les élèves ont exprimé eux-mêmes de la façon suivante :

  • Un préjugé c'est comme un cliché. On juge à la première apparence, on juge à cause du bouche à oreille. On croit les informations que diffusent les journalistes.
  • Dans préjugé, il y a pré- (avant) et juger donc préjugé veut dire juger quelqu'un avant de le connaître.
  • Il faut se tolérer dans toutes les circonstances pour éviter des catastrophes humaines.
  • Juger est humain mais il faut simplement ne pas faire de mal à l'autre.
  • Chacun pense ce qu'il veut, je n'oblige pas à penser comme moi.
  • Je laisse les autres penser librement et j'essaie de comprendre pourquoi ils pensent différemment.

Nanouk l'esquimau est incontestablement un film admirable, un chef- d'oeuvre, mais qui a soulevé des questionnements auprès des enfants. L'analyser cinématographiquement, comprendre pourquoi le réalisateur avait fait des choix ethnologiques dans son récit, comprendre les trucages employés et démontrés lors de séances techniques, fut très enrichissant. Le mythe de la caverne de Platon a finalisé ce travail en lui donnant une autre dimension et en universalisant la problématique.

 

B) Etude de L'anneau de Gygès

 

Dans le cadre de la prévention des élèves par rapport aux réseaux sociaux où certains utilisateurs avec des pseudonymes, se comportent comme si on ne les voyait pas et peuvent être extrêmement violents, j'ai lu à ma classe L'anneau de Gygès d'après le mythe de Platon de Catherine Vallée (aux éditions Éveil et Découverte). Gygès est un berger et une personne très respectable qui trouve un anneau qui le rend invisible dès qu'il tourne son chaton et dès lors, il commet les pires méfaits dès qu'on ne le voit plus. La vertu de cet homme n'était due qu'au résultat du regard que l'on portait sur lui. L'analogie avec les personnes qui se cachent derrière internet a permis de réfléchir sur la civilité dans les réseaux sociaux pour introduire ensuite la démocratie.

 

C) Ben le veau panda

 

En 2010 est né, grâce à une manipulation génétique, un nouvel être vivant : le veau panda. Le "bovin" est noir comme la vache porteuse mais avec une large ceinture blanche à l'abdomen et deux ovales noirs sur son visage blanc, comme un panda. Dans le document de youtube en langue anglaise, on apprend qu'une délégation chinoise a rencontré le fermier responsable de la naissance de cet animal et a demandé son exportation. Le veau panda coûte 30 000 $ et sert d'animal de compagnie car on peut le tenir en laisse.

En montrant cette vidéo à mes élèves, ils ont cru à une plaisanterie, ne pensant pas une seconde qu'un tel animal pouvait exister. J'avais alors un numéro du journal Mon Quotidien qui relatait la même histoire. Avant de découvrir l'article de presse, les enfants grâce au Bestiaire universel du professeur Revillod pouvaient s'amuser à créer eux-mêmes la bagatelle de 4096 espèces différentes accompagnées de la description de leur mode de vie. Après avoir lu l'article qui validait l'information du veau panda et découvert les dessins des différentes nouvelles espèces (le rhinoléphant, la pucetigre, le tatoutique, le rakangourou...), j'ai proposé un atelier philo sur le vivant.

Les enfants se sont questionnés principalement sur le respect de l'homme envers l'animal. Pourquoi existe-t-il différentes espèces, quelles différences y a-t-il entre l'homme et l'animal ? L'homme a-t-il le droit au nom de l'argent et de la performance de créer des nouvelles espèces ? Est-ce qu'un jour des savants trafiqueront avant la naissance l'être humain ? Est-il permis de fabriquer de nouveaux animaux au nom de la science ?

Les 30 élèves qui, à cet âge, ont beaucoup d'empathie pour les animaux, ont été choqués par les manipulations génétiques qui instrumentalisent ainsi le vivant.

En conclusion du débat ce jour-là, les enfants ont imaginé eux-mêmes leurs vies s'ils avaient été transformés génétiquement et ce qu'ils pourraient ressentir. La majorité a déclaré qu'elle ne ferait jamais sur un être vivant ce qu'elle n'aimerait pas qu'on lui fasse. Ensuite la classe s'est interrogée sur le libre arbitre de l'homme sur le vivant face aux progrès scientifiques et sur le fait que l'homme est une espèce naturelle au même titre que les animaux.

La vidéo de Ben le veau panda a été, au départ, considérée comme un fake news, alors qu'il s'agissait d'une vraie nouvelle qu'il a fallu valider avec un article de presse pour enfants, écrit de façon exigeante, et c'est grâce au débat instauré en classe que les enfants ont construit et approfondi leur pensée de façon structurée.

 

D) L'éducation aux médias dès l'école primaire

 

Chaque année, le CLEMI (Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Informations) organise pour les enseignants la semaine de la presse. De nombreuses activités sont proposées pour les classes allant du primaire au lycée, car s'informer est devenue une compétence aussi importante que savoir lire, écrire et compter.

Durant une semaine, les élèves ont pu découvrir avec des dossiers pédagogiques adaptés les métiers de communication, travailler sur le décryptage de l'information et apprendre à reconnaître des "fake news" et des hoaks.

En parallèle, au même moment, Le P'tit Libé proposait un dossier très riche autour des écrans, avec plusieurs thèmes dont la méfiance envers les journalistes et deux jeux numériques autour des fake news.

Le premier jeu autour du changement climatique avait pour objectif de dire si les informations proposées étaient fiables, si on pouvait les croire et les utiliser à l'école. Il fallait que les élèves vérifient d'où venaient les informations, les dates, ou encore voir si l'image avait été trafiquée. Le but était d'indiquer si on pouvait croire aux sources.

Le second jeu "Galaxie de l'info" proposait que les enfants repèrent des indices qui leur permettent de rester prudents face aux informations données. Ils pouvaient obtenir un indice ou une aide avant de valider leurs réponses.

Ces deux jeux réalisés collectivement permettaient aux enfants d'argumenter leurs propos et de débattre sereinement pour trouver la solution.

 

IV) La force de l'image et les débats à visée philosophique en classe

 

Ce travail de décryptage de l'information diffusée par les écrans a considérablement enrichi les discours argumentatifs des élèves en classe. Lors d'un travail sur la mémoire pour fêter le centenaire de la Grande Guerre, j'ai proposé aux élèves quatre poèmes de Guillaume Apollinaire, abscons pour des enfants de 10 ans : Carte Postale, Fusée signal, Mutation, Un oiseau chante ("En sortant de l'école : Guillaume Apollinaire", un DVD de 39 min. Studio Tant Mieux Prod. Éditeur et distributeur : France Télévision Distribution). Ces textes étaient présentés sous forme de films d'animation et les plans scéniques permettaient une compréhension totale de ce que l'auteur voulait exprimer. Les enfants ont eu une véritable empathie pour Apollinaire soldat et les Poilus en général, ils ont appréhendé la guerre, ses horreurs, ses conséquences d'une façon humaniste ; et les débats lors des ateliers philo qui ont suivi ont été très riches et marquants pour eux. Ils ont exprimé un jugement critique après avoir ressenti une émotion esthétique et ils ont enrichi leur perception avant de construire leur jugement.

Quelques mois après, lors d'un débat sur la mémoire, les enfants étaient restés sensibles au sort des soldats de la Première Guerre mondiale, leurs discours montraient combien ils avaient grandi en humanité et en citoyenneté.

 

Conclusion

 

Les écrans sont partout, on joue sur les ordinateurs, on discute par SMS avec ses amis, le cinéma est à l'ère de la 4D, l'école est numérique avec l'ordinateur qui a une vocation pédagogique pour accéder aux savoirs, et les élèves doivent de plus en plus apprendre à maîtriser tous ces outils.

Les enfants ont souvent du mal à distinguer le vrai du faux dans les articles de la vitrine du net et l'enseignant doit former leur esprit critique et leur donner les clés pour ne pas être trahis. Les ateliers philosophiques en lien avec ce travail ont une très grande utilité, car ils permettent aux élèves de se distancier d'une problématique de départ pour accéder à une réflexion plus complexe qui éclaire leur esprit de citoyen en devenir. La littérature comme les mythes fondateurs universalisent les paroles des enfants lors des débats, les allégories amenant à une meilleure compréhension des images, des vidéos et des discours qui leur sont proposés.

 

Diotime, n°83 (01/2020)

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Publié le par Ibanès Alexandra
Publié dans : #Passion philo
Naissance du VILLAGE DES P'TITS PHILOSOPHES
Naissance du VILLAGE DES P'TITS PHILOSOPHES

Il y a quelques années alors  que j'animais mensuellement  des débats philo, des parents d'élèves m'ont avoué  qu'ils aimeraient être des petites souris pour écouter leurs enfants qui semblaient "grandir" à vue d’œil et réfléchir, ils les découvraient à la maison sous un nouveau jour.

L'année suivante, je décidais de travailler avec le livre La morale ça se discute de Michel Tozzi (éditions Albin Michel) pour faire du philo théâtre et préparer une pièce à partir de différents extraits où il y aurait des intermèdes qui seraient des réflexions d' enfants en rapport avec les thèmes abordés.

La pièce proposée une seule fois en présence de l'auteur  fut un tabac . Je décidai que désormais il y aurait des traces des débats conduits en classe.

C'est ainsi que cette année, nous avons décider de réaliser un livre de pensées philosophiques qui paraîtra le 21 mai  aux éditions du jais .

Les enfants ont réfléchi sur les sujets suivants:

-L'art, ça sert à quoi?

-Réalité et illusion

-La mémoire

-Les apparences

-La solidarité

-Les préjugés

De très jolis moments sont prévus à la sortie du livre dont le titre a été trouvé par Lucas qui a comparé notre classe à l'Agora des cités antiques, et celui-ci a été illustré par de nombreux élèves.

 

 

Naissance du VILLAGE DES P'TITS PHILOSOPHES
Naissance du VILLAGE DES P'TITS PHILOSOPHES
Naissance du VILLAGE DES P'TITS PHILOSOPHES

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Publié le par Ibanès Alexandra
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Deux jours à l'UNESCO

En novembre 2018, je me suis rendue avec Tristan à l'UNESCO pour les journées mondiales des nouvelles pratiques philosophiques à l'école. Nous avons passé deux jours EXTRAORDINAIRES. Voilà17 ans que j'anime des débats à visée philosophique très régulièrement avec mes élèves et voilà 17 ans que ces journées existent, ce fut donc pour moi, une façon de fêter l'anniversaire d'une de mes passions. Tristan et moi sommes revenus chamboulés par tant de belles rencontres. Depuis beaucoup de choses ont évolué dans mes pratiques et j'ai de nombreux projets dans ce domaine. À suivre...

LES NOUVELLES PRATIQUES PHILOSOPHIQUES.

RENCONTRES UNESCO DU 13 AU 16 Novembre

 

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. »

                                     Averroes

 

COMMENT Y REMEDIER ?

 

Du 14 au 16 novembre 2018,  ont eu lieu les rencontres sur les nouvelles pratiques philosophiques à la maison de l’UNESCO à Paris. Elles ont été réalisées grâce au soutien du secrétariat de la jeunesse du Québec, du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, du Consulat général de France au Québec, du collège de Noisy -Le- Grand de l’Académie de Créteil et des services de la Section- Recherche et prospective, Secteur des sciences sociales et humaines UNESCO.

 

Les domaines d’action prioritaires

 

À la suite des attentats de Charlie Hebdo et de la radicalisation de collégiens de Maisonneuve au Québec qui, se sentant victimes d’injustices, de rejet et de non-reconnaissance, étaient partis combattre en Syrie pour répondre à un idéal qu’on leur promettait, Philojeunes a mis au point un projet-pilote visant la prévention du dogmatisme (islamique ?). Il repose sur deux paradigmes :

-la prévention du dogmatisme, du fanatisme et de la radicalisation 

-l’éducation à la citoyenneté mondiale qui s’inscrit dans le cadre de l’Unesco.

Ce projet, intitulé «  Vivre ensemble »  s’inscrit dans le temps (2015-2020) et vise à retisser les liens entre les jeunes en  privilégiant l’Éducation, la Culture et l’ouverture sur la diversité. Il s’appuie sur les travaux de Matthew Lipman menés aux Etats-Unis et les débats à visée philosophiques initiés par Michel Tozzi en France pour lutter contre le racisme, le sexisme en trouvant des alternatives à la violence par la médiation.

 

Pratiquer les débats à visées philosophiques à l’école permet de nuancer ses opinions en écoutant l’autre, de distinguer les différentes formes de violences morales, de résoudre des problèmes et des conflits, de rehausser l’estime de soi pour vivre ensemble dans une École bienveillante. Il donne par ailleurs des pistes apprenent à faire des choix adéquats en respectant les valeurs de collaboration, d’empathie et de coopération. En prenant appui sur tous les potentiels des jeunes, il est possible de leur permettre de sortir du cercle de la victimisation et d’en faire des citoyens responsables.

Trois pistes sont mises en place :

- L’instruction, qui est la formation de l’esprit en développant et croisant les savoirs, rôle irremplaçable de l’École, pour former des citoyens avisés et critiques ( à partir de 5 ans , un enfant peut expliquer ce qu’il pense).

- La socialisation en créant une cohésion dans le groupe pour vivre ensemble et devenir un citoyen responsable.

- La qualification en développant la connaissance de soi pour rentrer en relation avec l’autre.

 

 

La présence de jeunes à l’UNESCO

 

Lors de la présentation de la philosophie à l’école, trois jeunes lycéennes sont venues témoigner de leurs expériences. Voici quelques-uns de leurs constats :

 

« La philo m’a permis d’apprendre à bien m’exprimer à l’oral qui est de plus en plus important dans la vie »

« Ma pensée est devenue plus mature, j’ai appris à être à l’écoute des autres, j’ai plus de facilité pour écrire »

« Quand on sortira de l’école, on sera des produits du système scolaire, les débats nous apprennent autre chose qui sera utile dans la vie »

« C’est une liberté d’expression »

« On réfléchit pour lutter contre la montée de l’intégrisme »

« Quand on ira voter, on aura un esprit critique, on réfléchira »

« C’est bien pour l’émancipation des femmes »

 

Conclusion finale

« C’est un petit pas vers un monde meilleur »

 

Des ateliers de pratiques autour du programme Philojeunes ont ensuite eu lieu, mélangeant collégiens français et québécois. Il est étonnant et réconfortant de constater qu’à l’heure où les média ne mettent en avant que ce qui va mal dans le système éducatif français, des jeunes savent s’exprimer, argumenter, faire évoluer leurs pensées en ayant un retour réflexif sur leurs préceptes. Lors du bilan final des deux débats proposés (Qu’est-ce que le droit? À quoi ça sert ?/ Croire et savoir), les élèves ont fait montre d’une étonnante maturité en développant des thèmes tels que ceux de l’origine des nombres dans la culture arabe, des croyances incas sur la fin du monde ou encore du mythe de la caverne de Platon et en proposant des prolongements de réflexion dans leur synthèse. Certains n’hésitaient pas non plus à dire, en argumentant, que leur pensée avait évoluée et que leurs perceptions du sujet étaient désormais différentes.

 

Les différentes pratiques en philosophie 

 

Le lien entre la recherche dans ce domaine et les pratiques réalisées dans les écoles pilotes est indéniable. Les pratiques Philojeunes s’internationalisent en s’adaptant à la culture des pays, ce qui crée une véritable richesse humaniste.

L’intérêt de philosopher apprend aux jeunes à structurer leur vie à partir de leur culture, leur époque et leur modèle politique. Diverses approches concrètes, propices à l’adhésion du plus grand nombre sont menées avec succès.

En voici quelques exemples qui ont été développés lors de ces journées et qui peuvent être autant de pistes à exploiter en fonction du contexte socio-culturel :

 

Le foot :

En Ariège et à Marseille, de jeunes footballeurs ont des débats concernant leur sport : Qu’est-ce qu’un bon arbitre ? (la Justice), Les règles du  jeu (Droits et devoirs)

 

L’art :

L’art permet une nouvelle approche de la philosophie d’une infinie richesse. En plus des compétences de conceptualisation et de problématisation, on ajoutera celle de l’argumentation.

On peut par exemple traiter le sujet de la Liberté selon trois approches différentes.

-Dans La liberté guidant le peuple de Delacroix, la liberté se gagne dans la violence (barricades, fusils, combats contre l’adversaire…). Le spectateur peut avoir deux points de vue : celui qui est invité à aider le peuple en colère ou celui de l’armée qui est en face.

-Avec la célèbre photo du meeting de Martin Luther King de 1963, la conception de la liberté est celle d’une prise de conscience, d’une cause juste dont la foule va s’emparer. Ici, il n’y a aucune violence.

-Matisse dans son tableau La Danse n’a peint ni adversaire, ni foule, juste des êtres qui se donnent la main. La scène est pacifique est musicale.

Les enfants apporteront une réponse à une question et expliqueront pourquoi ils ont choisi cette œuvre.

 

Dans d’autres ateliers on pourra chercher des images sur des notions philosophiques à double entrée : par exemples l’évolution des concepts  d’Amour, de Liberté, de Justice à travers les différents âges de la vie ou de l’Histoire.

 

Une autre approche de l’art peut être proposée en primaire (cf le site internet les p’tites lumières. L’enfant, ici, est pris dans sa globalité, avec une unité esprit- corps. Doué à cet âge d’une pensée imaginative et fertile, il développera sa créativité.

 

Ainsi, l’art peut être utilisé à trois fins :

-L’art comme illustration : à la fin d’un atelier, un dessin illustrera la réflexion de l’enfant. On pourra réaliser des livrets sur des thèmes avec des dessins qui répondent aux pensées ou encore un poster collectif.

-L’art comme support inducteur : des tableaux, des films, des sculptures, des pièces de théâtres...seront analysés pour une réflexion autour d’un thème. Les enfants définiront une notion à partir d’une image et devront  justifier le lien entre le concept et l’image.

À partir d’une image, il est aussi possible d’écrire une histoire de 3,4 lignes qui fera émerger une problématique qu’il faudra ensuite argumenter.

-L’art comme exploration conceptuelle :le geste créatif du corps peut être la source d’un questionnement philosophique comme l’ont proposé différents ateliersdurant ces journées :

 

-Micro-plastiques et Méduses : l’art comme médium interdisciplinaire pour contempler les défis du développement durable au travers du prisme poétique.

-Le théâtre d’ombres pour favoriser expression, réflexion, argumentation

-De l’atelier Yoga et de Danse au cours de philosophie. C’est possible.

- Contes chorégraphiques : quand le mouvement du corps rencontre celui de la pensée.

 

La place de l’écrit dans les pratiques philosophiques avec les enfants

 

- Ecrire pour parler, écrire pour être lu, micro pratiques pour distinguer et articuler les genres d’expression

-De la trace écrite à l’écriture du partage : une collaboration autour des philosophes arabes du Moyen-Âge entre une classe de Nice (4ème) et une classe d’Alexandrie (2nde)

-La littérature dans l’atelier philo, du tumulte à la trace

-Le DVP en cycle 3, quels écrits pour quels apprentissages ?

 

Les pratiques philosophiques avec les enfants dans les lieux culturels.

- Création d’un espace de philosophie créative parascolaire.

-Les cinés-philo et le déploiement de la pensée conceptuelle ou en temps de rencontre intergénérationnelle en salle obscure.

-Comment philosopher sur les sciences avec les enfants ?

 

Philosopher hors cadre avec des enfants.

 

- La discussion philosophique, outil à l’épreuve de la détention

- Ateliers philo pour des jeunes en réinsertion professionnelle.

- Ateliers d’expression philosophiques pour collégiens exclus.

 

Chantier Philocité des enfants et adolescents en difficulté

 

- Penser la résilience culturelle à l’adolescence à partir de la discussion philosophique

-La philosophie dans les structures médicoéducatives.

 

Deux conférences ont eu lieu au cours de ces journées :

« Philosopher avec Walt Disney et Harry Potter » par Marianne Chaillan et « Philosopher et méditer avec les enfants » par Frédéric Lenoir.

Le dernier jour, les 21 nationalités présentes se sont retrouvées pour la journée mondiale de la philosophie (débats, conférences, rencontre) et une nuit blanche à l’UNESCO.

 

Les journées mondiales des pratiques philosophiques à l’UNESCO

 

Ces journées sont riches d’enseignement. On en ressort grandi. Bon nombre de participants, en échangeant sur leurs expériences, ont insisté sur le fait qu’en animant des débats dans leurs écoles avec leurs équipes cela créait aussi une véritable cohésion entre adultes dans le quotidien des établissements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux jours à l'UNESCO
Deux jours à l'UNESCO
Deux jours à l'UNESCO
Deux jours à l'UNESCO
Deux jours à l'UNESCO
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Deux jours à l'UNESCO
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