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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Articles avec #l'ecole des lettres catégorie

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres

« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer ou l’éducation à la citoyenneté

« À toutes les maîtresses qui sont belles comme la Justice guidant le peuple à travers les ténèbres…et aux enfants qui, chaque année viennent à l’Assemblée nationale pour y prendre une leçon de démocratie, et repartent en l’ayant donnée aux adultes. »

En pleine période électorale, les esprits des candidats comme des électeurs s’échauffent et la vitesse d’information qui caractérise les médias et plus encore les réseaux sociaux, ne laisse pas toujours de place à la réflexion. L’événementiel, le sensationnel et les scandales politiques l’emportent sur les débats de fond, l’économie et la politique elle-même. L’image que reflètent les hommes politiques en est sans cesse altérée.

Sophie Chérer, dans Liberté, égalité…Mathilde (illustré par Véronique Deiss) évoque une situation de classe que de nombreux enseignants pourraient vivre. Son récit plaît aux enfants car ils se reconnaissent dans les protagonistes de l’histoire.

 

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« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer

Un jour, la maîtresse propose à sa classe de vivre une aventure extraordinaire. Il s’agit de participer au « Parlement des enfants » où un élève de CM2 remplacera un député de sa circonscription pour aller défendre une loi à l’Assemblée nationale à Paris. L’histoire racontée par Sophie Chérer montre combien les enfants au départ sont incrédules et pointent les dysfonctionnements de la politique en parlant au nom de leurs parents.

Mathilde ira proposer une loi sur la culture gratuite pour les enfants et un événement l’amènera à demander le vote d’une autre loi que la sienne car elle considérera qu’il y a des degrés d’importance et qu’il faut agir au mieux pour les autres et non par pour satisfaire ses désirs personnels, même s’ils sont destinés à améliorer la vie de chacun.

Le message est clair : cette enfant montre la voix de la raison où « on s’en fiche d’être les premiers, où il faut être uniques et travailler main dans la main. Et où on ne souhaite rien gagner, que le droit d’habiter un pays où il fasse bon vivre ». D’où, l’importance de l’éducation morale et civique à l’école et plus encore en période électorale…

 

Le site du Parlement des enfants

Le site du Parlement des enfants

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Comment faire connaître le fonctionnement des institutions

Lorsqu’ils arrivent en cycle 3, les élèves méconnaissent bien souvent les institutions politiques et leur fonctionnement, mais ils sont très au fait des anecdotes montées en épingle dans les médias ainsi que des rumeurs colportées par Internet.

L’enseignement moral et civique permet de réfléchir au sens de l’engagement et de mieux comprendre le fonctionnement des institutions dans la vie collective. Le montage de projets simples concernant directement les enfants s’avère être un bon moyen de les intéresser à l’importance du travail collectif et de tordre le cou à bien des idées reçues.

Par exemple, la mise en œuvre de véritables élections de délégués de classe avec une « campagne électorale » est facilement réalisable et permet d’enrichir de nombreux champs lexicaux autour des droits et des devoirs des citoyens en puissance que sont les élèves.

Avec la découverte d’un vocabulaire bien défini, ils découvrent l’importance de ce qui doit être proposé à son futur électorat et qu’une loi , ce n’est pas quelque chose qui sert à réaliser ses rêves comme par un coup de baguette magique ! C’est une règle qui s’applique à tous et qui permet d’organiser la vie en société pour le bien commun.

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Les enfants ont une conscience politique

Bien que L’ÉMC soit au programme, les séquences consacrées à la citoyenneté et aux institutions sont le plus souvent survolées alors que ces notions sont fondamentales dans la construction de l’esprit critique des futurs citoyens. Les enfants sont capables de comprendre dès leur plus jeune âge qu’il existe des règles qu’ils doivent accepter. Ils sont rapidement amenés à comprendre l’intérêt d’abandonner une partie de leur liberté pour construire un avenir commun dans leur classe, dans leur école, et a fortiori dans la commune, le département, la région, le pays et au-delà…

Comment devenir un véritable citoyen si on ignore ce qui définit la démocratie,
les lois et les institutions ? Après avoir doté chacun d’un vocabulaire précis concernant l’action à mener, il est aisé de mettre en place des scènes afin de comprendre de façon ludique ce qui semble de prime abord rébarbatif.

Pour expliquer le rôle du Parlement lors d’une séance d’éducation civique, des lois fictives peuvent être créées, dans lesquelles chaque enfant aura un rôle à jouer.

Par exemple, le schéma suivant peut permettre de bien comprendre la vie d’une loi et les mécanismes qui la régissent : une loi est proposée, les députés et les sénateurs débattent et votent pour ou contre. Si la loi est votée, elle est promulguée par le chef de l’État et publiée au Journal officiel. Le gouvernement la fait appliquer et les juges veillent à ce qu’elle soit respectée en sanctionnent ceux qui y contreviennent.

Si des élèves ont la chance comme Mathilde de participer au Parlement des enfants, ils siègeront à l’Assemblée nationale à la place du député de leur circonscription, pour débattre et voter.

À ce jour, quatre domaines ont été retenus :

Maintien des liens entre frères et sœurs en cas de séparation des familles.

Permission à un enfant orphelin de participer au conseil de famille.

Interdiction de l’achat par les écoles et les collectivités locales de fournitures
fabriquées par des enfants dans des pays qui ne respectent pas leurs droits.

Renforcement du rôle de l’école dans la prévention et la détection des faits de
mauvais traitements aux enfants.

 

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies (1930)

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Les enfants ont une conscience économique

Les enfants ont une conscience économique remarquable qui étonnerait bien des
observateurs.

Lors d’une leçon relative aux impacts de l’industrialisation au XIXe siècle, des élèves de CM2 ont eu à analyser un texte de Jules Simon qui expliquait qu’avec l’arrivée des progrès techniques, un entrepreneur n’aurait plus besoin d’employer 12 ouvriers mais seulement 4 et qu’avec le prix des machines et leur entretien, ses charges seraient divisées par deux.

Beaucoup d’élèves ont compris dès lors la définition du capitalisme et si certains ont été offusqués du sort réservé aux ouvriers qui n’auraient plus d’emploi, d’autres se sont réjoui pour le patron qui faisait « de sacrées économies » ! Le débat qui a suivi l’explication du texte a montré que les enfants avaient bien intégré cette notion. Elle les éclairait sur la situation contemporaine.

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Les enfants ont une conscience historique

Si les schémas concernant les institutions politiques proposés dans les manuels
scolaires sont de qualité, il est important de les éclairer en établissant des liens
interdisciplinaires avec l’histoire de France et du monde actuel et en soulignant
l’importance du vote et de la démocratie. Peu de documents, hélas, sont à la
disposition des enseignants sur ce sujet, à part les séances concernant la
Révolution française.

Par ailleurs, très peu d’informations destinées au cycle 3 sont consacrées à des
sujets aussi importants que, par exemple, la manipulation politique ayant mené Hitler
au pouvoir, l’histoire du vote des femmes, ou l’existence des dictatures actuelles.

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Comprendre l’importance des élections législatives

Pendant des semaines, les médias se sont focalisés sur l’élection présidentielles  et ont entretenu un certain climat d’insécurité. Or, pour diriger un pays, il faut aussi un Parlement et un Sénat, nécessaires à l’équilibre des pouvoirs.

Alors que les élections législatives pour le renouvellement des députés sont en cours, il est aussi important de rappeler aux enfants qui parviendront très vite à l’âge d’être citoyens, combien ces élections moins spectaculaires car moins personnalisées, sont tout aussi importantes dans la vie politique d’un pays démocratique.

 

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Quelques pistes pédagogiques

Lire Liberté égalité…Mathilde, de Sopjhie Chérer, permettra à chaque enseignant de travailler l’éducation morale et civique de façon interdisciplinaire en lien avec le nouveau programme mis en œuvre depuis 2016 et qui a pour but de « favoriser une aptitude à vivre ensemble dans une société démocratique. »

Un éventail d’activités peut être proposé en lien avec ce récit :

• Comprendre et travailler sur les règles de communication.

• Apprendre à maîtriser les règles de la discussion de groupe, savoir se justifier, débattre de façon argumentée.

• Travailler en arts plastiques sur les caricatures politiques (par exemple sur les caricatures de Louis-Philippe en 1831, et celles de Daumier) et en réaliser soi -même. S’intéresser à la symbolique des couleurs bleu, blanc, rouge…

• En ÉMC, connaître les valeurs et les symboles de la République française.

• Étudier en vocabulaire les champs lexicaux de la loi et du droit.

• Connaître la notion de bien commun dans la classe, l’école et la société.

• Élire démocratiquement des délégués de classe et connaître les différentes étapes du scrutin. Apprendre aux électeurs à se sentir responsables de leur vote. Les différentes élections seront évoquées et une comparaison entre celles des délégués de classe, du président de la République, les députés de l’Assemblée nationale ou du Parlement européen seront faites.

• Réaliser un éphéméride des célébrations républicaines.

• Réaliser un film avec les élèves à partir du livre…

• Suivre l’actualité avec les journaux 1jour1actu.com ou Le Petit Quotidien.

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Conclusion

Il paraît ainsi judicieux que le livre de Sophie Chérer Liberté, égalité…Mathilde soit intégré dans une programmation de cycle 3. Ce texte à la fois sérieux et plein d’humour fera prendre conscience aux enfants des enjeux et de l’importance de la politique.

Quant aux illustrations, elles s’inspirent des caricatures que l’on trouve dans différents journaux, soulignant ainsi leur caractère très actuel.

Alexandra Ibanes

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• Ce récit publié par l’école des loisirs dans la collection « Mouche » est actuellement en
lice pour le prix de l’UNICEF 2017.

« Renommer », de Sophie Chérer, illustré par Philippe Dumas : une invitation à changer la vie, par Yves Stalloni.

Tous les romans de Sophie Chérer à l’école des loisirs.

Le roman de jeunesse et son enseignement à l’école, au collège et au lycée : rencontre avec Sophie Chérer, Brigitte Smadja et Xavier-Laurent Petit à l’ÉSPÉ de Paris.

Un corpus pour le CM1-CM2 : II. La morale en questions.

• Le site du Parlement des enfants.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
La philo dès l'école primaire...

Depuis 15 ans, j'anime des débats à visée philosophique dans mes classes. Cette année, j'ai décidé de théâtraliser le livre de Michel Tozzi : La morale ça se discute. Le 25 mai, les enfants ont donné une représentation unique en présence de l'auteur et ont fait un véritable tabac. L'Ecole des lettres dans sa revue papier a publié l'article que j'ai écrit à ce sujet et qui raconte cette merveilleuse aventure:

 

L’École des lettres 2016-2017, n° 487
« Les attentats terribles en France en 2015 ont rappelé la nécessité de former nos enfants à l’esprit critique.
Cette éducation à la citoyenneté, à la fraternité, à l’ouverture d’esprit ne peut se faire sans la famille et l’école », dit Edwige Chirouter dans sa préface aux « Ateliers Philo à la maison », de Michel Tozzi et Marie Gilbert
(Eyrolles, 2016).

Le même Michel Tozzi a relayé en France, avec un
groupe de recherches de l’université de Montpellier, un phénomène apparu aux États-Unis dans les années 1980
sous l’impulsion du pédagogue et philosophe Matthew Lipman : la philosophie pour les enfants.
Depuis, des maîtres se sont formés pour animer des Débats à visée philosophique(DVP) auprès des enfants dès la maternelle, afin de leur apprendre à ne pas se fier aux apparences, à définir de meilleures conditions de communication, à construire des concepts en rapport avec
les principes démocratiques. Pratiqués depuis plusieurs années dans les écoles primaires, les DVP sont en phase avec les attendus de fin de cycle 3. Ils permettent
aux élèves d’identifier et d’exprimer,en les régulant, leurs émotions et leurs sentiments, de développer l’estime
de soi de même que les capacités d’écoute et d’empathie. Enfin, ces débats favorisent la réflexion critique par la confrontation du jugement personnel à celui d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.
Philo-théâtre à l’école primaire
Pourquoi philosopher dès l’école ?

Qu’est-ce que le débat à visée philosophique ?
Ainsi, le DVP vise à développer une réflexion qui dépasse la simple accumulation de savoirs. Il les analysent, les
confrontent, les relient. En provoquant de nouveaux regards sur le monde et sur les autres, et en établissant des passerelles entre les disciplines, il favorise
la construction des élèves en terme de comportement, d’éthique.
L’enfant est rapidement confronté à toutes les expériences de la vie : plaisir,douleur, maladie, séparation, mort.Il reçoit par ailleurs une multitude
d’informations émanant des parents, de l’institution scolaire, des camarades, des médias. Il n’est pas donc pas ignorant et a acquis suffisamment de connaissances pour pouvoir débattre de questions que l’on peut plus ou
moins directement rattacher à certains domaines traditionnels de la philosophie :
– la métaphysique (est-on toujours libre ? est-on obligé de croire ? quel est le sens de notre existence ?, etc.) ;
– l’éthique (à quoi sert la punition? ce qui est juste peut-il parfois être injuste ? doit-on toujours dire la
vérité ?, etc.) ;
– l’esthétique (qu’est-ce qui est beau et pas beaupourquoi suit-on la mode? à quoi sert l’art ? qu’est-ce qui
fait la beauté d’une personne?, etc.) ;
– l’ontologie (pourquoi a-t-on peur ? pourquoi est-on triste ? pourquoi doit-on travailler ? pourquoi les enfants ne pensent-ils pas comme les adultes ? la machine va-t-elle un jour commander à l’homme?, etc.) ;
– la logique (les sciences apportent-elles la vérité ? comment reconnaître ce qui est vrai ?, etc.) ;
– les contraires philosophiques (moi et autrui, raison et passion,etc.).


On le voit, de nombreux thèmes peuvent être abordés, à condition que l’enseignant amorce et nourrisse les débats en fonction des centres d’intérêt des enfants et de leur âge.
 

Le débat à visée philosophique en pratique
Parler philo n’est pas parler de philo. C’est un mode de conversation comportant des codes à définir d’emblée
et à faire respecter par les élèves. Il ne s’agit pas de monologuer face à un auditoire, mais de trouver une
configuration de discussion permettant l’expression de chacun.
Pour ma part, j’anime des débats à visée philosophique depuis une quinzaine d’années et je suis toujours
agréablement surprise par l’intelligence des propos tenus par les enfants. Mais la condition première,afin d’éviter toute confusion, est d’établir des règles. Je travaille à partir d’un « cercle de conversation ». La configuration matérielle a son importance:
les bureaux sont installés en U, et chaque élève a un rôle bien défini.

Une responsabilité particulière est confiée au "distributeur » qui note les noms des participants souhaitant s’exprimer durant le débat : ils devront
lever la main et attendre leur tour de parole en écoutant les autres. Une fois définies, ces règles de discussion sont respectées, et mieux que dans bien des cénacles d’adultes ! En tant qu’enseignante, j’endosse la fonction de « secrétaire de séance » et je prends des notes car il est très difficile, à dix ans, de noter les pensées de ses camarades. J’interviens aussi, naturellement, pour
relancer le débat, encourager un enfant à s’exprimer ou reformuler une idée appauvrie par le manque de vocabulaire, mais toujours en demandant à l’enfant s’il est d’accord avec ma reformulation.
Le DVP implique donc «éthique communicationnelle» et «civilité scolaire». Les enfants apprennent à clarifier
leurs idées, à écouter l’autre sans se moquer, à ne pas lui couper la parole et à admettre les différences. Après plusieurs années d’animation des DVP, j’ai pu constater que «philosopher » en classe est une discipline essentielle dans la construction de l’enfant. Chacun peut s’exprimer avec son vocabulaire propre et développer une intelligence
intuitive que ne favorisent pas nécessairement les savoirs scolaires. Souvent, mon regard a changé sur des enfants
en grande souffrance dans leurs apprentissages quotidiens, qui se révélaient moteurs dans le débat et avaient une réflexion parfois plus profonde
que leurs pairs. Le regard que leurs camarades portaient sur eux changeait, mais aussi leur propre regard sur eux-mêmes: incités à mettre en avant leurs pensées, ils prenaient conscience du fait que leur personnalité, pour n’être pas coulée dans le moule scolaire, pouvait
aussi avoir sa richesse.
Voici quelques ressentis des enfants :
– « C’est bien de dire ce qu’on pense, il y a des bonnes idées et de moins intéressantes. On s’est tous entendus, écoutés. »
– « J’ai trouvé ça bien, mais ce qui m’a plu, c’est de pouvoir m’exprimer. La philo laisse aux enfants la liberté de s’exprimer. »
– « J’ai beaucoup aimé le débat philo, j’ai pu donner mon avis, même si les autres n’étaient pas d’accord. En plus, j’ai appris un peu mieux ce que veut dire la
tolérance. »
– « Pratiquement tout le monde a participé, et on a tous appris quelque chose. »
– « C’est une bonne manière de s’exprimer, et ça aide à mieux connaître nos amis et leur coeur. »
– « Ça m’a apporté des choses que je ne savais pas sur mes camarades, je les vois différemment. »
– « On apprend à ne pas se moquer des autres et à ne pas répondre par la violence. »
– « Ça m’a fait réfléchir et j’ai écouté les autres, je m’aperçois que tout le monde ne pense pas comme moi et je vois comment mes copains réfléchissent. »


Une expérience de classe : la philo-théâtre
Afin de montrer, tant aux parents qu’à mes collègues, la richesse des propos échangés lors de ces DVP, j’ai décidé de théâtraliser des extraits du livre de Michel Tozzi, La morale, ça se discute... (Albin Michel Jeunesse,
2014), en intercalant les pensées des enfants dans un spectacle de « philothéâtre» qui sera présenté aux
familles. Après avoir présenté les personnages des saynettes philosophiques, la classe a décidé de les
mettre en scène. Entre chaque extrait seront lues des réflexions philosophiques correspondant aux sujets
choisis en commun.
Si j’ai choisi cet ouvrage pour mener les débats à visée philosophique dans ma classe, c’est que le premier extrait proposé à mes élèves a été un succès. Immédiatement, les personnages, quatre copains, Théo,Raf, Zoé et Léa qui adorent discuter autour des notions fondamentales de
la morale, du respect, du bonheur, de la justice, etc., sont devenus leurs nouveaux camarades de classe.
Afin de mettre en perspective les activités que je propose, et après avoir expliqué ce qu’est la philosophie et ce que j’attends des débats à visée philosophiques,
j’ai fait travailler mes élèves sur l’origine du théâtre. Ils ont découvert que, il y a vingt-cinq siècles, naissaient
simultanément dans la société athénienne le théâtre et les premières formes démocratiques dans la vie politique
et publique et que, depuis, les mêmes enjeux de société perdurent. La pratique du théâtre à l’école ne vise évidemment pas à former des apprentis comédiens, mais à développer la personnalité de l’enfant tout en
l’entraînant à communiquer. Selon Jean-Pierre Ryngaert, professeur, formateur et metteur en scène, le théâtre

à l’école contribue à « former des êtres humains sensibles, réceptifs, ouverts, capables de donner et recevoir » et des
« citoyens porteurs d’un regard critique sur
le monde ».

Pour la mise en scène, j’ai choisi d’utiliser la méthode
Stanislavski, dans laquelle l’acteur n’est plus considéré comme un «démonstrateur » de sentiments et d’émotions, mais devient un créateur, un passeur, en allant chercher en lui sa propre vérité qui lui fera rejoindre
celle de son personnage. Désormais, pour bien terminer
chaque semaine, je consacre la dernière heure du vendredi à ce projet de philo-théâtre. Les enfants répètent par petits groupes en aide personnalisée
pendant la pause méridienne. Des vocations sont en train de naître ! Des élèves timides qui voulaient juste être lecteurs de réflexions pendant la représentation souhaitent avoir à présent avoir un rôle, et de gros
progrès ont été réalisés à l’oral.

 

Le débat à visée philosophique pour mieux grandir
À condition d’être menés régulièrement, les DVP peuvent transformer le climat d’une année scolaire. Ils présentent
donc un intérêt évident non seulement dans le développement de l’enfant, mais aussi un intérêt pour
l’enseignant qui se trouve mieux à même de comprendre les questionnements, les espoirs et les craintes des
élèves.
Ils nous montrent que, à dix ou onze ans, les enfants sont capables de faire preuve de réflexion et peuvent
avoir d’autres centres d’intérêts que la téléréalité, les réseaux sociaux ou la mode, ce qui a presque la force d’une révélation dans un contexte où l’on ne cesse d’entendre que « le niveau baisse » et où l’idée reçue dominante est que « c’était mieux avant ».
Dans un monde individualiste et incertain, où les connaissances sont segmentées, ils apprennent aux
enfants à écouter, argumenter et nuancer leurs propos.


ALEXANDRA IBANÈS,
Académie de Montpellier
Repères bibliographiques
– Michel Tozzi, La morale, ça se discute...,
Albin Michel Jeunesse, 2014 ;
– Dossier philo, in La Classe n°220, juin-juillet 2011 ;
– Roger-Pol Droit, Osez parler philo avec vos enfants, Bayard, 2010 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, 60 exercices d’entraînement au
théâtre, Retz, 2001 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, Entraînement à l’improvisation
théâtrale, Retz, 1999 ;
– les livres des éditions Les petits Platons ;
– la collection « Philoz’enfants », chez Nathan ;
– les collections « Piccolophilo » & « Philo-fables » de Michel Piquemal,
chez Albin Michel.
Matthew Lipman (1922-2010), l’initiateur de la philosophie pour les enfants, assistant à un débat à visée philosophique
dans une classe
© Institute for the Advancement of Philosophy
for Children (IAPC)

 

La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre, #L'école des lettres, #Atelier Imaginaire
Rencontres littéraires à Lourdes- Opération 2000 jeunes- Ecole des lettres 3/9

Les souvenirs de ces journées magiques sont dans L'école des lettres.

 

L'école des lettres, la revue pédagogique des professeurs de français

www.ecoledeslettres.fr/

 

 

JOURNÉES MAGIQUES 2016

 « Mettons un rêve dans notre vie et soufflons dans les voiles. »Guy Rouquet.

 

         Les actions culturelles sont aujourd’hui menacées et il faut rester vigilant, actif et solidaire pour créer et partager en tenant compte des différences sociales. À  nous, habitants de la cité, de prendre en main notre destin.

C’est nanti d’une telle ambition que Guy Rouquet a initié l’Atelier Imaginaire, l’œuvre  de toute une vie, qu’il anime depuis 32 ans.

 

         L’Atelier Imaginaire est un festival littéraire et artistique bien ancré dans le paysage béarnais. Créé en 1984 avec le soutien prestigieux de Max-Pol Fouchet, Jacques Chancel et Jean Carrière et l’aide d’une dizaine de bénévoles, il offre chaque année aux habitants des villes de Lourdes et de Tarbes une pléiade de manifestations de haute tenue.

Durant deux semaines, écrivains, comédiens, musiciens, diseurs et chanteurs se produisent dans de nombreux lieux publics.

Mais l’Atelier Imaginaire, est beaucoup plus qu’un simple festival de type « consumériste ».

Transmettre le goût de la lecture dès le plus jeune âge, est l’un des objectifs majeurs qui ont conduit Guy Rouquet à mener son action dans deux directions : l’action en milieu scolaire et l’Opération 2000 jeunes.

 

L’action en milieu scolaire

         Lorsqu’il a créé l’Atelier Imaginaire, Guy Rouquet était professeur de Lettres. Le festival était un bon tremplin pour faire partager son amour de la littérature aux plus jeunes.

Aussi de nombreux acteurs du festival animent des ateliers et proposent des spectacles dans tous les établissements scolaires qui en font la demande, du primaire au supérieur de la région de Lourdes, élargie certaines années jusqu’aux confins de Toulouse et du Pays Basque.

         Cette année, avant les dernières vacances scolaires, les élèves ont pu assister sur place à des divers spectacles poétiques et participer à des travaux créatifs.

Ainsi, les comédiennes Isabelle Irène et Paule d’Héria sont intervenues pour des contes fantastiques dans des classes de  4ème (option esthétique) avec un texte de Pierre Étaix. Pour des élèves de quatrième technique, il s’agissait de contes fantastiques. Pour d’autres élèves de 4ème et 3ème, ce fut Victor Hugo avec une participation et une écoute au rendez-vous. Dans d’autres collèges, la « Pioche à Poème » connaît un grand succès : Hugo, Tardieu, Queneau, Prévert sont ovationnés par des auditoires qui peuvent aller jusqu’à 130 élèves.

De son côté l’auteur-chanteur Jacques Ibanès présentait des textes sur le thème des sorcières et des ogres à des 6ème, chantait des poèmes d’amour à des 4ème, animait un atelier d’appropriation de textes pour la lecture à voix haute à des 3ème et présentait un récital sur Apollinaire à des classes de 1ère. Ailleurs, Françoise Barret distillait des contes,  et l’écrivain Abdelkader Djemaï parlait de son métier et animait des ateliers d’écriture.

 

Les Journées Magiques et l’Opération 2000 jeunes

         Le festival connaît son apogée avec les cinq « Journées Magiques ». Naguère, les prix Prométhée (roman, nouvelles) et Max-Pol Fouchet (poésie) étaient remis à cette occasion. Depuis cinq ans, ce sont des recueils collectifs dans lesquels des écrivains confient leur rapport à la littérature. Cette année, avec Lignes de cœur (Édition L’Atelier Imaginaire/ Le Castor Astral), 17 écrivains disent leur rapport à la poésie en racontant chacun leur expérience de lecteur et en donnant la liste de leurs dix poèmes préférés.

Et c’est au cours de ces journées qu’a lieu « l’Opération 2000 Jeunes ».

Celle-ci consiste en la rencontre d’écrivains prestigieux avec des lycéens ayant eu une mention au baccalauréat ou de jeunes lauréats du Concours général des lycées. Cette idée unique en France d’une immersion de cinq journées  entre des créateurs et des jeunes est soutenue par le Rectorat de l’Académie de Toulouse, l’Inspection académique des Hautes-Pyrénées, le Centre Départemental de Documentation Pédagogique des Hautes- Pyrénées et l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques.    

Depuis sa création il y a  29 ans, plus  de 2000 lycéens ont été invités. Cette année, 43 jeunes étaient présents durant les Journées Magiques qui ont eu lieu du 20 au 24 octobre. Ces amoureux de littérature et de poésie ont eu le privilège de côtoyer auteurs, comédiens, chanteurs, musiciens, conteurs et plasticiens. Ils ont logé dans le même hôtel qu’eux, pris les repas en commun, utilisé  les mêmes moyens de transports pour se rendre aux divers spectacles et conférences  avec  l’ambition pour l’organisateur Guy Rouquet que plus tard, ils seront à leur tour « passeurs » de leur propre « atelier imaginaire ».

Ces journées littéraires permettent également aux jeunes des différentes régions qui se rencontrent, d’avoir des échanges fraternels qui donnent naissance à de solides amitiés qui perdurent bien des années après. Et elles sont quelquefois le tremplin d’une carrière vouée à la littérature.

         Ainsi, en proposant d’une part des spectacles donnés dans tous les établissements de la région qui le souhaitent (enseignement général, professionnel ou technique) et en invitant d’autre part les plus brillants d’entre eux venus de toute la France, l’inspecteur d’Académie peut parler à juste titre d’un « Atelier Imaginaire  à la fois élitaire et égalitaire ».

 

Trois témoignages : un écrivain et deux jeunes

Abdelkader Djemaï : « Comment j’ai décidé de devenir écrivain »

 

« Je suis tombé dans les livres en tombant d’avion. Des livres, il n’y en avait pas chez moi, mes parents étant analphabètes et j’étais l’aîné d’une famille modeste .Comme tous les enfants de mon âge, je lisais, dans les années 50, des illustrés et mes héros s’appelaient Bleck le Roc, Zembla et Tartine Mariole. Un jour dans le placard de ma classe, j’ai pris un livre de la bibliothèque verte, avec sa couverture, ses caractères d’imprimeries et ses promesses au fil des pages. Il racontait l’histoire de gamins de mon âge - j’avais 10 ans-  qui étaient appelés à accomplir un grand voyage à travers le monde. Pour cela, ils devaient apprendre à sauter en parachute. L’instructeur leur expliqua son fonctionnement. L’un d’eux lui posa la question de savoir ce qu’il devait faire si son parachute ne s’ouvrait pas dans le ciel. L’instructeur lui répondit calmement qu’il devrait aller au magasin pour en acheter un autre.

Cette réponse me fit rire et mieux encore, je me suis senti intelligent parce que j’avais, si j’ose dire, compris la « chute » de l’histoire. Je m’étais alors promis d’écrire, quand je serai grand des livres. Il m’avait suffi de rencontrer par hasard, ce roman de la Bibliothèque verte, pour tomber définitivement dans la marmite de la lecture et de l’écriture ».

 

Axel  (Rueil ) et Laure-Alice (Malakoff) se sont faits les témoins des jeunes lauréats. Ils sont pour la plupart en terminale et aiment la littérature, ils lisent Gide, Mallarmé, Verhaeren, Tolstoï, Dostoïevski ou encore La République de Platon en dehors du programme scolaire. Ils écrivent, font du théâtre, sont au conservatoire et échangent au sujet de leur passion.

         Axel a 16 ans et vient de Rueil, c’est le plus jeune des lauréats, il a eu le 3ème prix au Concours général d’histoire. On le remarque car chaque jour, il se met au piano du hall de l’hôtel et nous interprète les plus grands classiques avec talent. Ses camarades l’apprécient et se taisent dès qu’il parle de littérature ou de musique. Au CP, il était rétif à la lecture car il n’avait pas appris à déchiffrer comme les autres enfants qui étaient dans la même classe. En CE1, ses parents lui ont offert Les trois mousquetaires dans la Bibliothèque verte et il s’est mis à adorer lire. Il aime plus que tout écrire de la poésie et du théâtre, il trouve sa prose emphatique voire décadentiste (un choix délibéré) car il recherche toujours un synonyme rare, un mot plus riche. Pour Axel, la beauté du mot a plus d’importance que sa portée, il aime lire en anglais ou allemand. Pendant notre entretien, Werner Lambersy vient lui offrir un recueil de poésie.

Ce jeune érudit  qui aime Aragon, Baudelaire et Lamartine est né dans une famille de grands lecteurs mais il se souvient d’un professeur de 3ème qui commençait toujours ses cours par des lectures de poèmes. Ainsi, chaque fois, les élèves pouvaient décliner leurs poètes préférés.

         Laure-Alice, elle, a 17 ans et vient de Malakoff. Elle est lauréate du Concours général en composition française et passe son bac en terminale S. Très curieuse, elle s’est fait remarquer pendant le séjour par son regard pétillant, ses questions pertinentes et sa façon de vivre un rêve éveillé. Chez elle, on ne parle pas beaucoup de littérature et ses premiers souvenirs de lectures sont surtout les livres de la  Cabane magique  auxquels elle donne tout de suite du sens en disant qu’elle est comme ces personnages qui vont dans une forêt où il y a une cabane de livres qui donnent accès à de nouveaux horizons à explorer. Elle aimait aussi Harry Potter ou Helen Keller qu’elle a étudiés en 6ème , en ce moment elle lit les ouvrages de Claude Roy.

Elle dit avec humilité qu’elle n’a jamais été une grande lectrice mais elle aime la littérature et se souvient elle aussi d’une enseignante en 1ère qui ne cessait de dire à ses élèves «  Faites- vous avant tout plaisir ! ».

 

         Les 43 lycéens reçus cette année n’étaient pas blasés et avaient soif de livres. Ils ont vécu de riches heures avec les comédiens, musiciens et poètes présents. Quand on leur offrait des livres ils restaient ébahis d’un tel cadeau tout comme la vie de rêve qu’ils avaient à l’hôtel ou les spectacles qui leur ont été offerts, parfaitement conscients de la chance qu’ils avaient…

         « La poésie est le journal intime d’un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler. » (Carl Sandbourg). Tout le monde a en mémoire le film  Le cercle des poètes disparus  et les cours du professeur Keating.  C’est à une semblable féérie que les jeunes ont été conviés au cours d’un mémorable atelier de poésie en présence de Michel Baglin, Sylvestre Clancier, Guy Goffette, Vénus Khoury Ghata, Werner Lambersy, Jean Pierre Lemaire, Jean-Yves Reuzeau et Jacques Tornay.

Face à la défaite du quotidien assénée chaque jour par le monde médiatique, le groupe a débattu sur la poésie qui permet l’impossible. « Vivre dans l’intensité est une manière d’être au monde et c’est déjà faire naître le poème. »

         Ce séjour fut ponctué d’actions culturelles diverses dont la visite de la citadelle de Lourdes et de moments forts et insolites. Avec une mention spéciale à Hugues Vassal pour ses interventions autour d’une exposition sur Édith Piaf dont il fut le photographe attitré et qui par la suite cofondera l’agence Gamma avec Raymond Depardon. Plusieurs moments étaient consacrés à « la Môme Piaf » pour la faire mieux connaître auprès d’un jeune public : une exposition de photographies et une rencontre au Palais des Congrès de Lourdes et une soirée de conférence avec illustrations musicales intitulée « Raconte-moi Édith Piaf » au Théâtre des Nouveautés de Tarbes. Avec, au final, le bonheur d’entendre Milord reprise en chœur par les lycéens dans la rue à leur sortie.   

         Autre bonheur : les artistes étant logés au même endroit que les invités, des rencontres spontanées avaient lieu chaque jour. Après un concert de chansons Séfarades à l’Abbaye de L’Escaladieu qui fut un immense succès, deux jeunes filles musiciennes ont demandé aux artistes du Trio Morenica de leur apprendre un chant en canon. Après le repas, nous entendions dans le hall de l’hôtel les répétitions spontanées de la chanson L’âge d’or de Léo Ferré à plusieurs voix…Chanson donnée une première fois à la fin d’une conférence de Jean-Claude Siméon à sa demande (un moment de grâce) et une seconde fois, lors du Petit Échiquier (en hommage au Grand) sur la scène du Palais des Congrès de Lourdes.

Moments magiques, aussi, ceux passés en la compagnie du chauffeur de bus, un ancien instituteur, détaillant à ses passagers l’historique du Pic du Midi, ou encore le témoignage de l’assistante de direction de l’hôtel vantant le comportement ouvert et poli de ses jeunes clients toujours souriants.

Merci à Guy Rouquet de résister à la médiocrité ambiante et de montrer sans démagogie à chaque jeune, la voie vers laquelle couve le feu de Prométhée qu’ils auront pu approcher l’espace de cinq journées denses et inoubliables.

 

Les manifestations des Journées Magiques

  • « Max –Pol Fouchet et le passeur de rêves » raconté par Guy Rouquet avec le concours musical de Jacques Ibanès.
  • « La source et le royaume », présentation du recueil de poèmes de Sylvestre Clancier, assisté de Pierre Hossein aux guitares.
  • « D’Édith Piaf à l’agence Gamma » conférence d’Hugues Vassal
  • « Marguerite(s), opéra-comique » avec J. Goron, C. Kluber et P. Maurel
  • « Les ateliers de l’Atelier ». Débats sur la littérature avec des écrivains et poètes.
  • « Voyage autour de ma langue » avec Jean-Claude Bologne.
  • « Shakespeare for ever » avec Claude Mourthé.
  • «Les Sonnets du grand Will» avec J.-L. Debattice et J.-C. Rieudebat
  • « Falstaff » projection du film préféré d’Orson Welles
  • « Raconte-moi Édith Piaf » par Hugues Vassal, assisté de P. Maisonneuve et A. Giuliano
  • « Les ateliers de l’atelier ». Débats sur la poésie
  • « Les mots étaient des loups », rencontre avec Vénus Khoury-Ghata.
  • « Romances et chansons séfarades » par le trio Morenica
  • « Lignes de vie ». Récital de poèmes et chansons de poètes
  • « N’importe où… » spectacle musical avec A. Velter, J.L. Debattice et Ph. Lignac
  • « Lignes de cœurs », présentation du livre avec lectures et illustrations musicale
  • « La poésie sauvera le monde » avec Jean-Pierre Siméon
  • « Le Petit Échiquier », dans le souvenir du Grand…
  • « Mingus erectus » de Noël Balen, création poético-jazzique
  • « Fausses routes » de Gilles Verdet, Grand Prix de la nouvelle 2016 de la SGDL
  • Rencontre avec Noël Balen, écrivain et musicien.

 

Quatre expositions étaient présentes lors de cette Quinzaine, dont trois conçues et réalisées avec le concours de l’Éducation Nationale.

  • Édith Piaf : De l’enfance de la Môme à sa disparition. Exposition conçue et réalisée par Hugues Vassal, photographe attitré de l’artiste.
  • La Déclaration universelle des droits de l’homme – Du A de Asile au Z de Zola en passant sans oublier le B de barbarie et le X de xénophobie…
  • Livres de paroles : Torah, Bible, Coran – Panneaux de la Bibliothèque Nationale de France. Du polythéisme au monothéisme - Abraham- Naissance : du judaïsme, du christianisme, de l’islam. L’image : dans le judaïsme, dans le christianisme, dans l’islam. Figures communes.
  • Si la langue française m’était contée. Jacques Gaucheron livre une synthèse de tous les évènements qui ont marqué l’évolution du français en France, dans les régions et dans la Francophonie. Et une histoire racontée par l’évocation de ceux qui l’ont illustrée : de Charlemagne aux auteurs de bandes dessinées en passant par Gutenberg .   

 

Alexandra Ibanès

 

 

 

 

Rencontres littéraires à Lourdes- Opération 2000 jeunes- Ecole des lettres 3/9
Atelier poésie.

Atelier poésie.

Rencontre avec le poète Guy Goffette.

Rencontre avec le poète Guy Goffette.

L'âge d'or interprété pour Jean-Pierre Siméon.

L'âge d'or interprété pour Jean-Pierre Siméon.

Guy Rouquet et Jean-Pierre Siméon

Guy Rouquet et Jean-Pierre Siméon

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Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
En sortant de l'école: Guillaume Apollinaire

Voici mon dernier article pour L'école des lettres. Merci à Tristan pour sa contribution.

« On peut être poète dans tous les domaines :
Il suffit qu’on soit aventureux
Et qu’on aille à la découvert
e. »
Guillaume Apollinaire

En sortant de l’école est une série de films d’animation créée en 2013. Cette collection invite les enfants et les adultes à voyager en poésie et à redécouvrir de grands textes. Les deux premiers DVD ont rendu hommage à deux poètes surréalistes : Prévert et Desnos… L’opus 3 de cette collection est consacré à Guillaume Apollinaire.

Treize courts-métrages originaux pour découvrir Apollinaire

L’opus 3 est composé de treize courts métrages de trois minutes chacun, imaginés par de jeunes réalisateurs diplômés d’écoles prestigieuses (Les Gobelins, EMCA, ENSAD, La Poudrière) qui utilisent différents médiums pour servir les textes : photos réelles, objets, aquarelles, craies grasses, gouache, pliages, dessins au feutre, palette graphique… pour un résultat époustouflant.

Les techniques d’animation sont elles aussi très différentes avec des dessins traditionnels ou alors l’utilisation des dernières technologies avec la 2D et la 3D.

Apollinaire et la guerre

Quatre films sont consacrés à Guillaume Apollinaire, soldat de la Grande Guerre. On sait qu’au début du conflit, le poète, qui n’était pas Français, s’était rapidement porté volontaire pour participer au conflit et qu’il a écrit sur le front quelques-uns de ses plus beaux poèmes.

La mise en image de Fusée signal est descriptive et illustre parfaitement ce texte : c’est le voyage en auto d’un soldat blessé qui observe les dégâts de la guerre et nous, spectateurs, faisons le parcours à travers son regard, au milieu des paysages dévastés… Une ellipse poétique sublime ce trajet par la pensée du blessé : « Ta langue le poisson rouge de ta voix dans le bocal »…

La poésie amoureuse

Un oiseau chante rend hommage au poète-soldat amoureux. Une femme apparaît : il s’agit de Madeleine Pagès, rencontrée dans un train au début du conflit et quittant la France pour Oran. Le soldat qui est confronté à l’horreur survit en pensant à celle qu’il aime et qui est matérialisée par un immense oiseau bleu représentant son amour.

Madeleine Pagès encore… avec Carte postale. La réussite est totale. Fabienne Wagenaar, la jeune réalisatrice, a su utiliser différentes techniques pour une mise en abyme de ce court texte. La fiancée du poète reçoit une abondante correspondance sous forme de cartes postales d’où sortent des soldats en papier dans différentes situations de la vie au front. Les obus qui explosent sont une « floraison éblouissante dans un ciel à peine bleuté » sous forme de fleurs en papiers. Le travail à la craie grasse et les scènes animées grâce à de subtils pliages donnent un résultat saisissant et d’une intense poésie.

Mutation est un film narratif qui met en images les mots et les maux du poète exprimés avec une grande économie de moyens par trois interjections – « Eh, Oh, Ah » – déclinées sur plusieurs tons exprimant tout à la fois le spectacle de la guerre et de son absurdité, face à la permanence de l’amour.

Des réalisateurs aux sensibilités très diverses

Saluons à travers ce DVD la sensibilité et l’originalité de tous les réalisateurs qui sont eux aussi poètes. Marie de Lapparent invoque dans Je me souviens de mon enfance tout un univers surréaliste à travers des photos qui s’animent grâce au procédé du Stop Motion (mouvement de l’image créé par 24 dessins par seconde).

À toutes les dingotes et à tous les dingos, poème méconnu celui-là, amusera comme Les Saltimbanques un plus jeune public, le premier pour ses allitérations et sa musique enlevée et le second pour son graphisme qu’aimeront particulièrement les enfants. Les poètes épicuriens s’ouvriront l’appétit avec Le Repas, un véritable hymne à la vie.

Automne et Le Bestiaire sont deux films plus allégoriques. Pour le célèbre Pont Mirabeau, la lecture des images qui paraît simplifiée est en réalité fort complexe, car le story board se démarque totalement de ce texte bien connu. La narration du réalisateur est une véritable recréation. Le défi de se détacher graphiquement du texte est si réussi que le texte en sort grandi.

Avec Le Coin, Sempé rougira de plaisir tant le graphisme rejoint son univers, tandis que Ville et cœur est un bel hommage à Tati tant le scénario fait penser à Trafic. Une image (l’entrelacement des périphériques) d’à peine une seconde signera ce court métrage du nom d’APO de façon subliminale.

D’Apollinaire à Paul Eluard

Il est important de signaler que les textes sont tous énoncés de façon magistrale par Yolande Moreau, Pascal Greggory, Sylvain Despretz, Thibault Vinçon, et que les musiques d’accompagnement épousent parfaitement textes et images.

Au premier visionnage du DVD consacré à Guillaume Apollinaire, on peut penser que, contrairement à ceux dédiés à Prévert et Desnos, il s’adresse plus à un public d’adolescents voire d’adultes, mais il n’en est rien. À part quelques films où l’enfant pourra être accompagné pour une meilleure compréhension, si on le souhaite, la qualité exceptionnelle de cet ensemble satisfera les plus jeunes comme les adultes.

Actuellement, de nouveaux réalisateurs travaillent sur une quatrième série consacrée à Paul Eluard.

Avant la distribution de chaque DVD, les courts métrages sont à chaque fois diffusés sur France 3.

Une ressource pédagogique remarquable

Avec l’appui de ces films, les enseignants pourront organiser des séquences de poésies vivantes, en faisant étudier la relation image / texte et en montrant à leurs élèves les différentes techniques d’animation, aidés en cela par les précieux bonus offerts à la fin de chaque DVD et diffusés par France Télévision Éducation.

Les prolongements sur le travail de l’image sont immenses : interprétation graphique du texte, mise en mouvement de l’image, travail sur l’espace-temps, ellipses, flash-back, outils utilisés, mise en abyme…

Tristan, douze ans, a visionné le DVD et voici son impression :

« Les scénarios de ces films d’animation s’inspirent des poèmes de Guillaume Apollinaire. Ça apporte une richesse par rapport aux autres dessins animés qu’on peut voir à la télé et qui sont souvent les mêmes. Ici, les techniques et les dessins sont beaucoup plus riches. Ce DVD m’a fait aimer la poésie d’Apollinaire et m’a permis de mieux la comprendre avec l’aide des scénarios. Je connaissais le nom d’Apollinaire mais je n’avais pas lu ses poèmes et grâce aux réalisations qui ne sont jamais les mêmes, ça permet de donner un style à chaque texte et de les aimer.

J’ai adoré le making off qui est très complet. On y trouve toutes les techniques d’animation utilisées, ce qui m’intéresse car j’aimerais travailler dans l’animation plus tard. On explique aussi comment on fait des bruitages avec des objets complètement anodins (bijoux, boutons, chaussures, papiers…). On se rend compte du travail énorme qu’il faut fournir, c’est impressionnant ! »

« En sortant de l’école : Guillaume Apollinaire », un DVD de 39 min. Studio Tant Mieux Prod. Éditeur et distributeur : France Télévision Distribution.

Réalisation : Wen Fan et Mengshi Fang, Augustin Guichot, Florent Grattery, Charlie Belin, Marjorie Caup, Caroline Cherrier, Matthieu Gouriou, Fabienne Wagenaar, Hugo de Faucompret, Émilie Phuong, Marie de Lapparent, Loïs Espuche, Anne-Sophie Raimond.

Histoire originale : Guillaume Apollinaire d’après ses poèmes. Musique : Joseph Kosma, Nathanël Bergese, Yan Volsy, Pablo Pico, Julien Divisia, Frédéric Marchand.

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En sortant de l'école: Guillaume Apollinaire

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Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Vivre livre
Le livre sonore raconté par les enfants dans L'ECOLE DES LETTRES.

http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/arts/audio/le-don-de-voix-enregistrement-dun-livre-sonore-en-cm2-a-sevigne-narbonne/

Depuis deux années, la classe de CM2 dont j’assume la responsabilité réalise des livres sonores pour les non-voyants ou des personnes souffrant d’un fort handicap visuel.

Enseigner la littérature à l’école primaire c’est aussi partager de beaux textes et avoir toujours à cœur de prodiguer cette passion des mots à travers des lectures orales.

Lire à voix haute n’est pas seulement dire un texte mot à mot. Il y a derrière cette discipline tout un travail de compréhension, d’expression, de diction. Lorsqu’on lit oralement, on effectue trois opérations :

• une lecture visuelle silencieuse avec une attribution de sens ;
• une opération de diction où l’on dit ce qu’on a lu et compris ;
• une opération de rétroaction qui prend en compte l’effet produit sur soi-même ou sur l’auditoire.

Les enfants ne donnent pas toujours du sens à cette activité de lecture qu’ils trouvent souvent ennuyeuse.

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Pourquoi concevoir un livre sonore ?

Qui dit lecture orale, dit destinataire ! Lors d’une rencontre à la médiathèque avec l’Association narbonnaise des donneurs de voix, il a été convenu d’un commun accord de mener une action de partenariat entre ma classe et cette structure. Ce projet de lecture en lien avec les programmes de l’Éducation nationale est devenu un acte ancré dans la réalité sociale. Une collaboration harmonieuse s’est tout de suite créée entre l’école et la bibliothèque sonore.

Avant d’enregistrer le livre sonore avec le logiciel Audacity, les enfants ont travaillé durant plusieurs mois la lecture orale en respectant des critères précis : bien connaître le texte, s’entraîner à articuler les mots difficiles pour ne pas les accrocher lors de la diction, varier le ton, enchaîner les mots, marquer des silences.

Pour atteindre ces objectifs, ils se sont évalués entre eux avec vigilance et ont progressé au fil de leurs lectures.

Le don de voix a permis aux enfants de devenir exigeants envers eux-mêmes et on sent, lors de l’écoute des enregistrements, un profond plaisir de dire.

L’enregistrement regroupant ces lectures a été présenté par la classe à l’association lors d’un après-midi au cours duquel les enfants ont lu en public quelques extraits de leur production.

La fraîcheur des voix enfantines a séduit les auditeurs ainsi transportés dans le monde de l’enfance et cette circonstance a permis de créer un lien intergénérationnel profitable tout à la fois aux non-voyants et aux enfants.

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Quels textes choisir ?

Le choix des textes a été réalisé en fonction du lectorat. Les audio-lecteurs sont pour la plupart des personnes âgées devenues non-voyantes au fil du temps ; elles ne maîtrisent donc pas le braille et leur seule possibilité de demeurer en contact avec les textes est d’écouter des livres sonores.

Le travail d’enregistrement a demandé beaucoup de temps et de patience. Les élèves ont souvent été impressionnés par le matériel ou émus d’enregistrer un texte qui sera conservé et écouté.

Leur exigence les a poussé à recommencer de leur propre chef leurs lectures à plusieurs reprises, tant il est vrai que s’entendre développe l’esprit critique.

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À la redécouverte des trésors de la langue française

En outre, l’enregistrement d’un livre sonore est une occasion de redécouvrir les trésors de la langue française et de faire revivre aux audio-lecteurs un peu du temps passé avec des mots retrouvés de textes inscrits dans la mémoire collective. Le choix arrêté avec l’accord des enfants pour l’opus « Les poètes de A à Z » est un florilège de poèmes très connus (« Le Dromadaire », d’Apollinaire ; « Liberté », de Paul Eluard ; « Le Corbeau et le Renard », de La Fontaine, « Conversation », de Jean Tardieu ; « Rondeau », de Charles d’Orléans, etc.).

Pour enregistrer des textes avec des enfants, il est en effet préférable de choisir des textes courts. Cet éventail d’auteurs leur a permis par la même occasion de se créer une première anthologie poétique. La présentation du prochain livre a eu lieu à la médiathèque de Narbonne, en partenariat avec l’association, lors du Printemps des poètes.

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Quelques exemples d’enregistrements
de contes africains par les élèves
de CM2

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Témoignages d’enfants

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Avant de débuter le projet, j’ai demandé à la responsable de la bibliothèque sonore de rencontrer mes élèves pour lever le voile sur toutes les questions possibles. Mme France Charles, qui est une des responsables de la bibliothèque sonore de Narbonne, est venue nous rencontrer et une interview a été réalisée par ceux-ci.

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E.M. – Pourquoi dit-on « bibliothèque sonore » ?

France Charles. – Car c’est un livre que l’on lit avec ses oreilles. Des personnes qui aimaient lire ont perdu la vue petit à petit. Elles ont tout d’abord lu avec des lunettes, puis elles sont passées à la lecture de livres en gros caractères et c’est devenu de plus en plus difficile. Ces lecteurs ont souvent envie de relire des livres qu’ils ont aimés. Au tout début, quand la bibliothèque sonore est née, on a enregistré sur des cassettes.

Y. – Qu’est-ce qui vous a donné envie de lire ?

J’étais professeur avant d’être en retraite, j’aimais lire avec mes élèves, j’aimais le théâtre. Il fallait bien articuler, capter l’attention, bien lire. Être lecteur à la Bibliothèque sonore, c’est un désir d’aider les autres, de partager les livres qu’on aime, qu’on a envie de communiquer.

A. – Depuis quand y a-t-il la bibliothèque sonore à Narbonne ?

Depuis 1983, on vient de fêter les trente ans et cela fait quarante ans que ça existe en France. Il y a à présent 115 bibliothèques en tout.

D. – Combien de personnes bénéficient des livres sonores ?

Dans l’Aude, il y en a 115 alors que 1 500 pourraient en emprunter.

M. – Est-ce que vous fournissez des livres aux maisons de retraite ?

La Bibliothèque sonore de Perpignan le fait.

A. – Combien y a t-il de livres sonores ?

Il y en a 1 700, enregistrés au format MP3.

P. – Y a-t-il de gros livres ?

Oui, parfois des livres énormes, de 600 pages.

A. – Combien peut-on emprunter de livres par an ?

Les lecteurs prennent en général quatre ou cinq livres par mois.

D. – Faites-vous des livres en braille ?

Non, car les enfants très jeunes apprennent à lire en braille dans des institutions et ils ne viennent pas emprunter de livres sonores.

(Par la suite, Mathilde empruntera des livres en braille à la médiathèque pour les présenter à la classe.)

Y. – Où se trouve la bibliothèque sonore ?

Rue Paul-Louis-Courier. Certains découvrent la Bibliothèque sonore en passant dans la rue.

E.P. – Vous êtes contente de faire des livres sonores ?

Je ne pourrais pas m’en passer.

E. M. – Y a-t-il d’autres écoles qui réalisent des livres sonores ?

Vous êtes des pionniers !

D. – Qu’enregistrez-vous?

Des poèmes, des essais, des livres d’aventures, de religion, de philosophie… et depuis dix ans des magazines et des hebdomadaires. On a aussi Tintin et le lotus bleu !

A. – Si le livre est gros, comment faites-vous ?

Auparavant un livre pouvait nécessiter vingt-six CD audio, maintenant il suffit d’un CD au format MP3.

M. – Comment choisit-on un livre si on ne voit pas ?

On a créé le Magazine de la Bibliothèque sonore de Narbonne qui paraît tous les trois mois avec le titre, le nom de l’auteur, le résumé des derniers livres.

A. – Et si le livre qu’on veut n’y est pas?

Les bibliothèques sonores sont un réseau, on peut l’emprunter et le graver. C’est un véritable échange, on découvre des livres d’auteurs qu’on aurait peut-être jamais lus.

Q. – Et si on a du mal à lire et qu’on voit, on peut emprunter les livres?

Oui, mais il faut un certificat médical. On peut prêter des livres à des personnes handicapées qui ne peuvent pas utiliser leurs mains pour tourner les pages ou à des personnes qui ont de gros problèmes de lecture.

A. – Est-ce qu’il y a des bibliothèques sonores dans d’autres pays?

Je crois qu’il va falloir faire une recherche sur internet, mais sans doute…

A. – Y a-t-il des livres dans plusieurs langues?

Non car il n’y a pas de demande.

E.M. – Y a-t-il beaucoup de personnes âgées ?

Oui de 60 à 95 ans.

P. – Combien êtes-vous dans l’association?

Il y a vingt-cinq donneurs de voix et quinze donneurs de temps pour assurer les permanences. On échange beaucoup sur les livres.

A. – En 4e, on doit faire des stages, pourriez-vous nous accueillir ?

Oui volontiers. Vous savez, ces personnes sont seules, elles manquent de relations, on organise des sorties, des rencontres, des tables rondes, on parle de choses et d’autres.

J. – L’association s’arrêtera-t-elle un jour ?

Jamais, sauf quand il n’y aura plus de non-voyants !

A. – Utilisez-vous un logiciel spécial ?

Nous utilisons Audacity. Nous enregistrons chez nous quand nous le pouvons. Cela prend beaucoup de temps. Pour dix minutes de lecture, on ne lit que quatre pages. On passe quatre fois plus de temps que pour d’une lecture normale. Il faut corriger et gommer les bruits d’un bébé qui pleure, d’un klaxon dans la rue, d’un chien qui aboie… Il faut sélectionner, réécouter, contrôler les silences…

Médiathèque du Grand Narbonne

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Témoignages

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D . – Pour le projet de l’enregistrement du livre sonore, une bénévole est venue dans la classe. En discutant avec elle, nous avons appris qu’un lecteur avait enregistré « Tintin et le lotus bleu », que ce livre sonore était bien et qu’elle allait nous l’envoyer. Un matin, la maîtresse nous a dit qu’il était arrivé, on a écouté le début en fermant très fort les yeux. Ensuite elle nous a donné deux passages de la bande dessinée et on a fait la comparaison en réécoutant les deux premières pages. Le monsieur précisait le numéro des vignettes, les couleurs, il décrivait les personnages puis disait enfin les paroles. Cela était très intéressant.

A et Y. – On ne connaissait pas la bibliothèque sonore, mais maintenant ça nous intéresse beaucoup, ça nous tient particulièrement à cœur de pouvoir aider des non-voyants et de faire plaisir aux gens qui n’ont plus la possibilité de lire. C’est un peu comme s’ils tenaient un livre.

Depuis ces deux premiers enregistrements, une classe de collège de Port-La Nouvelle a également enregistré un livre sonore. Gageons que dans les prochaines années, d’autres établissements suivront.

Alexandra Ibanès, enseignante en CM2 à l’école Sévigné, Narbonne.

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La collection « Chut! »
de l’école des
loisirs propose
des livres lus
pour les trois à douze ans et plus, pour la plupart sélectionnés par le ministère de l’Éducation nationale
et accompa
gnés de pistes pédagogiques.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre, #L'école des lettres
Murmurer des poaimes à l'oreille de Marie Rouanet.
Murmurer des poaimes à l'oreille de Marie Rouanet.
Publié dans L'école des lettres.

Le Printemps des poètes en CM2

Publié le 7 mars 2016 par Alexandra Ibanes

Je n’ai pas rencontré un seul enfant jusqu’à présent, qui n’aime pas les mots et la poésie. Faire découvrir la diversité des poèmes et les interpréter joyeusement, les théâtraliser, les chanter, leur procure une certaine jubilation.

Il y a quelques années, j’avais proposé à mes 32 élèves de CM2 un défi amusant : celui d’écrire et d’ornementer 1 000 poèmes pour créer une manifestation du Printemps des poètes. Et cela présentait l’avantage d’apprivoiser le printemps avant Noël ! En arts plastiques, les élèves avaient fabriqué un murmureur de poaimes avec de simples tuyaux de PVC qu’ils avaient ensuite peints et décorés à leur guise. Pour les « poaimes », ce fut tout autre chose.

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Lai, sonnet, rondeau ou calligramme ?

J’avais installé dans la classe, une très grande table (empruntée à la cantine) que j’avais agrémentée d’une jolie nappe et d’un bouquet de fleurs… Je mettais régulièrement à la disposition des enfants une quinzaine de livres de poèmes empruntés à la médiathèque. Cela leur permettait de prendre un peu l’air car ces ouvrages sont plutôt casaniers. Certains y prirent goût et en profitèrent pour faire plusieurs allers-retours…

Ainsi, les enfants ont découvert des dizaines de poètes cette année-là , ils ont voyagé à travers les siècles, les continents, les thèmes, le réel et l’imaginaire. Et ils ont pu apprécier, dans la plus totale autonomie, les charmes du lai, du sonnet, du rondeau ou du calligramme. L’objectif était qu’en cinq mois 1 000 poèmes soient écrits et orthographiés correctement sur des feuilles de classeur et qu’ils soient illustrés avec soin car ils seraient distribués dans les rues de notre ville un jour où nous irions les murmurer aux oreilles des passants.

Les équipes se sont vite constituées : il y avait ceux qui lisaient dès qu’ils en avaient l’opportunité et ceux qui illustraient, quand ce n’était pas les deux en même temps. Oui, tout le monde lisait car pour mettre en dessin un texte choisi, il fallait bien le lire, n’est-ce pas ?

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Lire, écrire, illustrer… jusqu’à mille !

Chaque semaine les enfants me rendaient leur production et nous avions établi un compte à rebours à partir de notre terminus, le chiffre mille. Cela permettait à la classe de se situer dans le temps et d’adapter son rythme selon la quantité de textes obtenus. Certains pourraient penser qu’il ne s’agissait que d’un challenge et que les enfants ne lisaient pas vraiment. Qu’ils se détrompent ! Car régulièrement dans la froidure de l’hiver, de nombreux élèves me suppliaient de rester en classe durant les récréations ou sur le temps de la pause méridienne pour lire, écrire et illustrer.

Puis arriva le Printemps des poètes. Le cers, vent dominant de la région narbonnaise, avait ce jour-là laissé la place au soleil. Les élèves avaient peint de vieux tee-shirts unis au nom des poètes qu’ils avaient découverts pendant ces deux trimestres, avec des extraits de textes aussi, et ils pouvaient, grâce à la météo clémente ce jour-là, les arborer comme des fanions multicolores.

Ils ont murmuré et distribué des poèmes à chaque coin de rue, ils les ont lus à l’oreille d’une bande de jeunes rappeurs à la terrasse d’un café, à la « maréchaussée » même, au meilleur libraire de la ville, à Marie Rouanet qui passait par là, aux mamies, aux nounous, aux commerçants qui sortaient de leurs boutiques en se demandant quelle était cette animation. Cela se passait un 21 mars, le jour du printemps !

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Un lien entre enfants et adultes

À la fin de l’année, j’ai demandé aux enfants quels noms de poètes ils avaient retenus… Surprise : cinquante-deux noms de poètes étaient encore dans les mémoires ! Cheng, Apollinaire, Neruda, Aragon, Joubert, Pessoa, Hugo, La Fontaine, Alyn, Cadou, Chédid, Ben Jelloun, Soupault, Desnos, Vian, Prévert, Baudelaire, Lamartine, Ronsard, Machado… Jamais autant de poètes furent lus en une seule année.

Ces élèves sont devenus lycéens, j’en croise quelques-uns de temps à autres aux alentours de l’école et ils me parlent de cette action comme un de leur meilleur souvenir d’école. Peut-être ont-ils compris qu’à travers la poésie et la fantaisie, c’est la vie qui pouvait être poétique, que ce soit au printemps, en été, à l’automne ou en hiver !

En outre, la poésie permet d’établir un lien intergénérationnel étroit entre les enfants et les adultes. Quand on interroge ces derniers, ils récitent volontiers avec nostalgie des bribes de textes qu’ils ont appris à l’école et les poèmes s’entrecroisent lors de ces discussions, pour le plus grand bonheur de chacun.

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Trois années de « poaimes »

Mes classes ont murmuré pendant trois années des « poaimes » aux oreilles d’auditeurs surpris mais ravis, ils ont été passeurs de poésie et passeurs de rêves. Depuis, d’autres actions ont été menées.

Nous avons la chance à Narbonne d’avoir des poèmes écrits sur les murs de la ville, aussi, a-t-il été aisé d’inventer un jeu de piste, d’apprendre à se repérer sur un plan pour aller les découvrir et les lire à haute voix, un exercice-jeu auquel les enfants des générations actuelles adorent se prêter.

Alexandra Ibanes

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Le XVIIIe Printemps des Poètes est consacrée au Grand XXe siècle – Cent ans de poésie. Le XXe siècle a été pour notre pays et pour la Francophonie un siècle de poésie majeure qui a connu un foisonnement d’œuvres considérables par leur portée et leur singularité : Claudel, Apollinaire, Supervielle, Cendrars, Saint John Perse, Éluard, Breton, Aragon, Prévert, Queneau, Tardieu, Senghor, Char, Césaire, mais aussi Jacob, Jouve, Reverdy, Desnos, Angèle Vannier, Vian, Andrée Chedid pour ne citer qu’eux… et tant d’autres à la voix plus discrète mais au timbre rare.

• Pour prendre connaissance de toutes les manifestations, consulter Éduscol.

Le printemps des poètes
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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
L'Ecole des lettres: L'orthographe en débat

Ce soir, je suis très heureuse de vous faire partager la lecture de l'article que j'ai écrit sur la réforme de l'orthographe et qui a été publié dans L'Ecole des Lettres.
http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/education/20427/

L'école des lettres, la revue pédagogique des professeurs ...

www.ecoledeslettres.fr/

Chers détracteurs de la réforme orthographique née en 1990,

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux se déchaînent au sujet de la réforme de l’orthographe qui pourra être appliquée dès la rentrée prochaine. Pour ma part, professeur des écoles, enseignant en CM2, cela fait déjà plusieurs années que j’applique un certain nombre de ces règles qui me semblent être de simple bon sens. Car, ne l’oublions pas, la réforme a vingt-cinq ans !

Par exemple, mes élèves, sous le regard noir de certains de mes collègues, mettent des tirets entre tous les mots qui servent à écrire un nombre puisque cela ne change rien à la signification de ceux-ci.

Quant à moi, sans avoir appris par cœur la liste des 2 500 mots réformés par l’Académie française (dont un bon nombre, soit dit en passant, sont d’un usage fort rare), j’ai toujours pensé qu’imbécilité ne prenait qu’un l. Bienheureux ceux qui en mettaient deux !

De la question de l’orthographe à celle du vocabulaire

Sachez aussi que l’Académie française dont vous vous gaussez depuis la récente polémique lancée par TF1, n’en est pas à son coup d’essai. Déjà, à l’époque des Lettres persanes et des Fausses Confidences, elle réformait à tour de bras : pas moins de six-mille mots, rien qu’entre 1718 et 1740 ! L’orthographe que vous et moi avons apprise n’est pas fossilisée. Le français est une langue vivante, pas une langue morte et elle continuera encore à évoluer.

Cette réforme de l’orthographe agace, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Voyons le plus grave, en déplaçant notre regard de l’orthographe vers le vocabulaire. Quand des enfants d’un milieu aisé ne savent plus ce qu’est un pissenlit ou une bouchée au chocolat et que le mot chaussure est remplacé par les noms de marque de leurs baskets, c’est là que se trouve à mon sens le danger.

Ces derniers temps un grand nombre de mots ont disparu du dictionnaire au profit d’anglicisme et de mots importés de l’univers numérique tels que cashback, coolitude, cosplay, maïeuticien, yaka (de yakafaukon, oui !), webcaster… Pour ma part, je trouve nombre d’anglicismes et certains mots venus de la rue, laids, « vulgaires », mais parfois utiles pour communiquer.

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Syntaxe et ponctuation

De fait, un très faible pourcentage de mots est concerné par cette réforme. Les académiciens ne sont pas forcément des irresponsables. Ils s’appuient sur les sciences du langage pour expliciter leurs choix. Mais les subtilités de la langue française résident aussi dans l’utilisation de la ponctuation et la maîtrise de la langue écrite. Les exemples fumeux trouvés sur la toile n’ont rien à voir avec l’orthographe lexicale en elle-même,alors que des erreurs syntaxiques peuvent changer le sens d’une phrase.

J’ai une véritable passion pour l’orthographe et j’ennuie tellement mes élèves avec ses subtilités qu’ils m’appellent Princesse Dézécolle, en référence au célèbre livre de Pef, Les Belles lisses poires du prince de Motordu, Sachez ainsi, chers détracteurs, que la jeunesse travaille chaque semaine sur ces points et, à lire certains commentaires, en sait parfois plus que nombre de nos contemporains !

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Les automatismes ne suffisent pas

La question n’est pas celle du simple habillage des mots. Tous les jours, je lance dans ma classe des activités orthographiques et je constate que les enfants, comme certains adultes donneurs de leçons sur Facebook ou Twitter, connaissent leurs règles d’orthographe par cœur mais ne les appliquent pas. Les automatismes ne suffisent pas.

Pour produire des textes il faut être à la fois vigilant sur les règles d’orthographe mais aussi et surtout sur le sens des mots et des locutions dans l’acte d’écriture. Le fond prime la forme, de même que la tête bien faite s’en sortira toujours mieux que la tête bien pleine, pour paraphraser l’une de nos gloires littéraire du XVIe siècle qu’il est d’ailleurs aujourd’hui difficile de comprendre dans la langue de son temps, tant celle-ci a évolué… À moins d’en être spécialiste, évidemment.

Cette double tâche est difficile pour un jeune enfant et il lui faudra une certaine maturité pour concilier syntaxe et sémantique. Aux enseignants d’adapter leurs cours à partir des erreurs les plus récurrentes pour remédier aux vraies difficultés de l’orthographe.

Alexandra Ibanès

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