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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Articles avec #l'ecole des lettres catégorie

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
Du livre au film...

C'est avec beaucoup d'émotion et un réel pincement au coeur que je découvre aujourd'hui mon dernier article pour l'Ecole des Lettres, une magnifique revue pédagogique qui m'a accueille pendant 4 ans et où j'ai publié une douzaine de textes qui racontent l'école autrement, à partir de mes expériences en classe. Je remercie l'Ecole des lettres et Claude Riva pour cette magnifique aventure qui me permet de vivre des moments inoubliables avec mes élèves. Je sais que si je passe rue de Sèvres, dans les bureaux de l'Ecole des loisirs, je serai toujours reçue avec amitié

 

À la suite d’une rencontre avec une auteure de littérature jeunesse, les enfants d’une classe de CM2 ont réécrit des contes tirés de la littérature enfantine pour en faire un livre qui a été publié.

L’année suivante, les élèves qui leur ont succédé ont créé un film d’animation à partir de l’un de ces textes dans le cadre d’un projet École et Cinéma.

 

De la lecture à l’écriture

Lors d’un salon littérature jeunesse organisé par la communauté du Grand Narbonne, les enfants des écoles, reçoivent chaque année des livres qui leur sont proposés afin de les étudier pour ensuite rencontrer les auteurs. Cette année-là ma classe avait choisi de se pencher plusieurs mois sur Qui veut la peau d’Otto Dafé ? de Justine Jotham (éditions Oskar). Dans cet ouvrage, l’auteur nous raconte que dans un pays tous les livres ont été détruits.

Avant de disparaître complètement cependant, les personnages ont pris pour prénom quelques grands noms de la littérature. Ainsi nous retrouvons Don Quichotte, Miss Marple, Peter Pan, Nemo, Shéhérazade et même Saché l’imprimeur créé par Balzac. Ces protagonistes vont mettre tout en œuvre pour ressusciter les livres afin que chacun soit à nouveau capable de lire, de penser et de s’ouvrir au monde.

C’est à partir de cette idée que j’ai proposé à ma classe un projet d’écriture durant toute l’année scolaire avec deux objectifs principaux :

– réinventer quatre histoires en se fondant sur des contes connus de tous en les transposant à notre époque.

– approfondir par la pratique les notions d’apprentissage de la langue étudiées de façon théorique en classe (grammaire, conjugaison, vocabulaire, orthographe).

Du texte au livre, les différentes étapes

Le chantier d’écriture a consisté tout d’abord à fixer les paramètres de la situation en réfléchissant sur le but et l’enjeu des textes qui seraient produits et à préciser qui en seraient les destinataires.

Un cahier des charges détaillé a été établi. Chacun des enfants s’est approprié le nom d’un personnage qu’il aimait avec la volonté de le protéger et de combattre à son tour l’idéologie destructrice d’Otto Dafé, à l’instar des personnages du livre de Justine Jotham.

Puis, à partir de l’étude sur la structure du conte telle qu’elle figurait dans les programmes de 2016, une production d’écrits a été menée en travaillant sur les niveaux linguistiques de la phrase et en mobilisant les connaissances acquises en étude de la langue.

L’écriture des contes

La classe a choisi de transposer des contes traditionnels à l’époque actuelle. Cela a permis d’évoquer les dangers de certains moyens de communication quand ils sont poussés à l’extrême et également de se jouer avec humour des dérives de certains progrès techniques qui amenaient une note amusante, voire loufoque. Des références littéraires étudiées en classe ont été utilisées pour enrichir les histoires ainsi que des clins d’œil à des jeux de la petite enfance. Mon rôle d’enseignante a été de guider les élèves dans cette démarche en leur montrant la différence qu’il y avait entre :

– un simple plagiat qui va se contenter de reprendre à son compte un fond traditionnel sans rien lui apporter de nouveau ;

– une production de textes qui vont enrichir le substrat existant en l’actualisant et en y apportant les nouveaux éléments que leur imagination leur dictait. Ils ont ainsi pris conscience qu’à partir de paradigmes intemporels, il était possible de se livrer à de nouvelles créations. C’est bien ainsi que fonctionne la littérature…

Les différents contes choisis 

En référence au Petit Poucet : Le tour du monde du Petit Poucet. L’objet magique est le GPS qui remplacera les miettes de pain et les petits cailloux.

Les pistes pédagogiques poursuivies : – Néologismes. – Mots d’origine étrangère. – Temps du récit Passé simple / Imparfait. – Style direct / indirect.  – Abréviations. – Substituts. – Connecteurs logiques.

En référence à Blanche Neige, les enfants ont créé le personnage d’Ella Stique et les sept nains. L’histoire est « déjantée » selon le mot des enfants. Les nains ont des noms-valise et Ella Stique est retrouvée par sa belle-mère grâce aux réseaux sociaux ! Une référence au « Gigot » de Roald Dalh est évoquée puisque notre héroïne mourra après avoir reçu un bloc de crème glacée sur la tête qui sera mangé ensuite par les sept nains.

Les pistes pédagogiques poursuivies sont identiques au conte précédent.

En référence à Pinocchio : Pinocchio le robot.

Dans ce conte, les élèves ont utilisé le résultat d’un problème mathématique qu’ils avaient calculé en classe et qui montre la croissance expresse et impressionnante du nez de Pinocchio. Les enfants se sont beaucoup amusés en inventant des mensonges (pleins de poésie) qui allaient conduire notre héros à sa perte. Il y a eu des références à l’actualité de notre région avec les cercles concentriques jaunes qui ont habillé le château de Carcassonne et qui là servaient de radar au père de Pinocchio. Les pistes pédagogiques rajoutées ont été l’utilisation de mots familiers (niveau de langage), les préfixes et le vocabulaire géométrique

En référence au Petit Chaperon Rouge : Le Petit Chaperon jaune.

Ce conte très riche au niveau de l’étude de la langue a permis d’approfondir de nouvelles notions : – les adverbes ; – les ellipses dans un texte ; – l’impératif ; – la recette de cuisine ; – le dialogue ; le vocabulaire conséquent de fruits et légumes.

Ainsi, avant de passer à l’écriture les enfants ont procédé à de nombreuses manipulations linguistiques en classe avec des apprentissages plus traditionnels auxquels ils ne donnent pas toujours du sens. En imposant des réinvestissements de connaissance de la langue, ils ont remarqué combien leurs textes s’enrichissaient et combien ils pouvaient alors faire appel à leur créativité. Ce fut une belle fête des mots. Les idées ont jailli, foisonnantes lors de remue-méninges en classe.

Puis des groupes d’écriture se sont constitués sur le temps des APC (souvent doublés et sur le volontariat des auteurs et de la maîtresse) dans une ambiance de bonne humeur avec de nombreux fou-rires à la clé. Le titre jeu de mots a été inventé par les élèves : Contes défaits…Certains élèves ont seulement participé oralement au livre et d’autres ont réalisé des illustrations.

Du livre au film

Le responsable d’École et cinéma a été séduit par ce projet et m’a contactée pour choisir un des quatre contes l’année suivante et en faire un film d’animation. Ce projet de classe cinéma a été financé par la DRAC et des professionnels sont venus à plusieurs reprises dans la classe. Au cours de l’année scolaire, les élèves ont aussi assisté à trois projections pour découvrir les différentes techniques utilisées pour réaliser des films (Nanouk l’Esquimau de Flaherty ; L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back et Les 400 Coups de Truffaut).

Pour lancer cette année consacrée au cinéma, la classe s’est rendue à Castelnaudary afin d’assister à l’avant-première du film d’animation Dilili à Paris.

Lorsqu’il a fallu choisir la technique que nous allions utiliser pour notre film, la classe a décidé de rendre hommage à Michel Ocelot en créant et en mettant en mouvement des « ombres chinoises ».

Avant de commencer la mise en images du conte choisi, Denys Clabaut (responsable des Amis du cinoch’ et coordinateur du cinéma à l’école en Languedoc Roussillon), est venu dans la classe nous présenter le projet, nous parler de la persistance rétinienne, nous expliquer le travail de l’animateur d’un film d’animation et nous présenter les différentes techniques possibles en art visuel, avec un documentaire de Marcos Magalhes, Animando.

Plus tard dans l’année, Guillaume Hoening (animateur de film d’animation et réalisateur d’une série pour Gulli) est venu nous expliquer durant toute une journée le dispositif qui serait mis en place pendant une semaine, lors de la conception du film et combien il faudrait d’images pour faire un court métrage selon la technique du stop motion pour obtenir un film d’une durée de 8 minutes. Ainsi, pour obtenir l’illusion du mouvement, nous devrions photographierions 12 images pour une seconde. Il y en aurait donc 720 pour une minute et 5 760 pour 8 minutes…

Puis nous avons commencé à créer le scénarimage en répartissant le travail en sept groupes. La difficulté était de ne pas raconter ce qu’on entend dans le texte mais de faire une interprétation en inventant des scènes amusantes. Pour créer les images, il a fallu relire le texte choisi et trier les informations importantes pour le spectateur, apprendre à faire des ellipses.

En avril le stage a commencé et la classe ressemblait à une ruche ! Nous avions quatre tables lumineuses à notre disposition. Denys et Guillaume sont venus accompagnés de la décoratrice Linda Yi et de l’ingénieur du son Mathieu Mounier. Chacun des élèves est devenu tout à tour dessinateur, animateur, musicien, photographe, chanteur, comédien. Les enfants circulaient librement dans la classe et les groupes en sachant exactement ce qu’ils avaient à faire.

Le film a été diffusé une première fois au Théâtre de l’école, avant d’être projeté au festival parrainé par Pierre Richard Mon cinoch’ sous les étoiles à Gruissan le 22 août, puis au festival d’Automne de Castelnaudary où il a été salué par Alain Cavalié et Bernard Lecoq, et il a circulé avec Ciném’Aude dans des villages de notre région où il a été projeté en plein air.

L’antenne RCF de Carcassonne a invité des élèves pour parler de ce projet réalisé avec deux classes sur deux années dans une émission de vingt minutes.

Cette expérience hors du commun restera un moment unique et magique dans ma vie d’enseignante.

Alexandra Ibanes

 

•  « Le fabuleux voyage du Petit Poucet » sur You Tube.

 Enfances au cinéma.

• Dossier pédagogique : « Nanouk l’Esquimau », de Robert J. Flaherty (1922).

• « L’homme qui plantait des arbres, de Frédéric Back (1987).

Dossier pédagogique : « Les Quatre Cents Coups », de François Truffaut (1959).

Les contes et les contes détournés à l’école des loisirs.

Du livre au film...

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
L'horloge!

L'horloge!

Voici mon dernier article paru dans l’École des lettres. À la fin quelques commentaires sans oublier de nombreux partages.

 

 

Il est difficile pour de jeunes enfants de CM2 à l’aube de la préadolescence d’entrer dans un univers musical qui leur est souvent étranger. Les élèves ont une image de la musique classique – sous toutes ses formes – qui est poussiéreuse et désuète, l’opéra est représenté par la Castafiore ou des dames qui s’égosillent.

 

 

Quand ils connaissent de « grands airs » c’est qu’ils les ont entendus dans des publicités. Les standards tels que le Boléro de Ravel, la IXe symphonie de Beethoven ou la Petite musique de nuit de Mozart sont souvent méconnus. Heureux sont ceux qui peuvent suivre des cours de musique en dehors de l’école. Au fil des années, on peut  malheureusement remarquer que les connaissances musicales sont de plus en plus pauvres.

 

 

L’Enfant et les Sortilèges, fantaisie lyrique composée par Maurice Ravel et dont le livret a été écrit par Colette, peut amener à des travaux complètement différents dès la classe de CM2 : la découverte d’une œuvre littéraire dans son intégralité et celle de l’opéra.

 

 

 

 

Le livret de Colette

En littérature, les enfants peuvent découvrir qui est Colette en lisant en réseau d’autres textes de l’auteur qui sont accessibles (par exemple L’écureuil, extrait de Prisons et paradis).

Quant au texte du livret de l’opéra, il peut être assez aisément théâtralisé. Ce moyen d’expression présente un grand nombre d’avantages pédagogiques :

– en  mettant en scène l’histoire, les enfants s’approprient le texte, mémorisent des répliques, enrichissent leur vocabulaire ;

– ils expérimentent leur voix et la mobilise au bénéfice d’une production expressive.

– ils mobilisent aussi leur corps pour interpréter la pièce ;

– ils doivent enfin mettre en œuvre les conditions d’un travail collectif en se concertant et en écoutant et respectant les avis de leurs camarades. Les élèves découvrent ainsi les règles et les contraintes d’un travail collectif en coopérant.

 

 

 

La musique

Concernant la découverte de l’opéra, il s’agira de le définir, puis d’écouter en suivant le livret la mise en musique du texte, et d’apprendre à utiliser un vocabulaire spécifique. Durant cet apprentissage, les enfants découvriront le célèbre Boléro de Ravel ainsi que d’autres pièces faisant partie du patrimoine musical telles que Carmen de Bizet ou des extraits de La Flûte enchantée de Mozart. La découverte pourra aller jusqu’à découvrir les instruments de l’orchestre et les différentes tessitures de voix.

 

 

La préparation du spectacle

Durant près de six mois, des enfants de CM2 ont travaillé sans relâche pour mémoriser et mettre en scène le livret de L’Enfant et les Sortilèges. Lors de la présentation initiale du texte, je n’ai pas parlé de l’opéra lui-même afin de ne pas les rebuter.

Dans un premier temps, les élèves ont eu sous les yeux la première scène où l’enfant en colère est « en pleine crise de paresse ».

 

 

L’enfant :

« J’ai pas envie de faire ma page
J’ai envie d’aller me promener.
J’ai envie de manger tous les gâteaux.
J’ai envie de tirer la queue du chat
Et de couper celle de l’écureuil.
J’ai envie de gronder tout le monde !
J’ai envie de mettre Maman en pénitence… »

À ce moment-là, la Maman intervient et gronde son enfant désobéissant qui lui répond avec joie et insolence :

« Ça m’est égal ! […]
Je n’aime personne !
Je suis très méchant !
Méchant ! méchant ! méchant !
[…] Hourra ! Plus de leçons ! Plus de devoirs ! Je suis libre, libre, méchant et libre ! »

 

Après une première lecture silencieuse, les enfants voulaient tous lire cette scène à deux voix ! Le côté transgressif du texte leur a plu énormément car si les règles les rassurent, ils aiment imaginer des situations avec des limites qu’ils peuvent franchir grâce à un texte mais qu’ils ne peuvent pas dépasser (en principe…) dans la vie réelle. De nombreux binômes ont été volontaires.

Leur intérêt étant ainsi aiguisé, il a été aisé de leur présenter et de leur faire entendre cette partie dans sa version opéra dont il existe plusieurs enregistrements. Pour la plupart ce fut une découverte intéressante puisqu’ils demandèrent de l’écouter à trois reprises. Ainsi, L’Enfant et les Sortilèges a conquis la classe dès la première séance. La seule réticence initiale de certains enfants était qu’ils devraient monter sur scène pour présenter le texte en pièce de théâtre. Les séances d’entraînement ont ôté rapidement toutes les appréhensions.

 

 

Les autres séances se sont succédé à peu près de la même façon, avec l’écoute active d’extraits judicieusement choisis pour montrer que la musique pouvait décrire des scènes ou des sentiments et des visionnages d’extraits de l’opéra trouvés sur YouTube. En dehors de la mémorisation qui se faisait de façon personnelle, des techniques théâtrales (présence scénique, occupation de l’espace, improvisation, travail de la voix…) ont été suivies régulièrement une fois par semaine.

 

 

Les élèves ont choisi leurs personnages en fonction de l’intérêt, voire de l’affection qu’ils avaient pour eux, du comique de situation, de ce qu’ils pouvaient imaginer pour les représenter au mieux et en fonction de la longueur du texte à mémoriser. La coopération s’est déroulée sous de très bons auspices car il n’était pas question pour eux de mettre en péril une vraie pièce de théâtre où chaque rôle est essentiel. Les enfants répétaient en petit groupe lors des temps d’aide personnalisée à la pause méridienne et ce ne sont que les quinze derniers jours que la « troupe » s’est vraiment formée pour l’enchaînement des scènes.

 

 

La mise en scène a été réalisée volontairement sans fioritures ni artifices. Tous les textes de liaison de la pièce étaient lus par une unique récitante choisie pour ses qualités d’élocution. Lors de la représentation de la pièce, elle demeura sur scène un peu en retrait puisqu’elle ne jouait pas, mais omniprésente. Les enfants ont découvert (à travers les vidéos) que la mise en scène pouvait être tout à fait contemporaine et la classe a réfléchi aux costumes. C’est ainsi que les choix suivants ont été arrêtés en commun :

 

L’enfant portait un jean, une chemise et des baskets et la maman une robe élégante.

 

Le pâtre et les pastourelles étaient vêtus de salopettes et de chemises à carreaux, la princesse portait une robe brillante et un diadème.

 

Le professeur avait mis sa blouse blanche et tenait à la main une équerre et une règle de tableau.

 

Le rossignol était habillé d’une unique couleur avec un chapeau où les filles de la classe avait piqué des plumes, les chauves-souris étaient habillées de noir avec un parapluie uni noir, l’écureuil était vêtu de marron avec un écureuil en paille, la chatte avait des oreilles de félin, la libellule une robe à froufrou et des ailes de papillon, la rainette était verte avec un parapluie vert aux yeux de grenouille.

 

Pour les objets, la bergère et le fauteuil étaient rouges comme les fauteuils en mousse de la classe qui ont servi d’accessoire, la tasse chinoise avait des gants de boxe en raison du texte et la théière était un « enfant sandwich » avec une pancarte où était dessinée la théière, le feu avait un habit de sorcellerie. Quant à l’horloge comtoise, elle avait été réalisée par un grand-père bienveillant avec un système de sonnette de bicyclette pour la faire sonner quand il le fallait. Les chiffres avaient des dossards fabriqués en classe avec des chiffres retranscrits. Les quatre arbres étaient habillés aux couleurs des saisons qu’ils représentaient.

 

Les enfants se sont appropriés très vite le texte qu’ils devaient connaître et de nombreux extraits étaient mémorisés par tous (scène de l’enfant méchant, la tasse et la théière, le petit vieillard et les chiffres, les chauves-souris).

 

Pour donner une respiration au texte, la litanie du petit vieillard sur les mesures a été mise en rap et chorégraphiée par un jeune comédien lui-même et c’est devenu bien entendu le succès de la classe !

 

« Millimètre,
Centimètre
Décimètre,
Décamètre,
Hectomètre,
Kilomètre,
Myriamètre,
Faut t’y mettre
Quelle fête !
Des millions,
Des billions,
Des trillons,
Et des frac-cillions ! »

 

L’autre respiration a été apportée avec la Scène des chauves-souris. La classe dans son ensemble avait appris par cœur  La Chauve-souris et le parapluie de Thomas Fersen. Cette chanson a été interprétée par tous les enfants, car certains avaient peu de texte et ils désiraient être un peu plus présents sur scène.

 

 

La compréhension du texte

L’Enfant et les sortilèges est un texte avec des passages plus ou moins compréhensibles pour de jeunes enfants en raison quelquefois du vocabulaire. L’écueil passé, les élèves en théâtralisant les scènes ont parfaitement compris l’histoire sans qu’il y ait besoin de faire un cours traditionnel de littérature. Leur jeu sur scène montrait que le niveau de compréhension était largement atteint. L’évaluation finale écrite a été quant à elle une totale réussite.

 

 

La représentation 

Les enfants ont réalisé un programme offert aux parents, le rideau rouge du théâtre était fermé, il y a eu les coups de bâton annonçant la pièce. Un cinquième des enfants était sur la scène, les autres seuls dans les coulisses guettant leur tour. Il n’y avait pas d’accompagnants, j’étais dans la salle au premier rang. Lors des répétitions, en tant que metteuse en scène, régisseuse, etc., j’ai tout de suite compris que je pouvais leur faire confiance et les laisser en autonomie. L’Enfant et les Sortilèges était un des très beaux moments de l’année et ils voulaient montrer le meilleur d’eux-mêmes.

Le texte a été présenté à deux reprises : une générale devant leurs camarades et la première devant leurs parents dans sa version intégrale, sans aucune coupure ni bavure.

Alexandra Ibanès

Références

Colette, L’Enfant et les Sortilèges, Jacques Damase éditeur.

L’Enfant et les sortilèges opéra de Maurice Ravel.

Extraits divers de YouTube.

Livret pédagogique de l’opéra de Lille qui offre de nombreuses pistes musicales à exploiter selon le niveau de classe des élèves.

En CM2 : Écoute – sans aucune réticence – de l’opéra en intégralité, du Boléro et de L’heure espagnole de Ravel, du Duo des chats de Rossini, d’extraits de La Flûte enchantée de Mozart, et de Carmen de Bizet.

La Philharmonie de Paris propose des extraits audios et un dossier pédagogique sur « l’Enfant les sortilèges ».

Martine D : Merveilleux article, j'ignorais que c'est Colette qui avait écrit le texte de "L'enfant et les sortilèges" de Ravel...💝💝💝Âgée de 75 ans, pédagogue à la retraite et fille de musicien...ravie d'apprendre cela ! MERCI 💝💝💝💝

Denise T : Une idée à exploiter ???

Martine D: Merveilleux ! Je suis mortifiée de ne pas savoir que c’est Colette qui a écrit le texte de la musique de Ravel « L’enfant et les sortilèges  » Merci !

Odile T : Une expérience passionnante et inoubliable.

 

Colette en CM2

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Publié le par alexandra Ibanes
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
Le devoir de mémoire en classe.

Voici mon dernier article paru dans l'Ecole des lettres.

Depuis quelques jours ont lieu partout en France des commémorations célébrant la fin de la Grande Guerre et les médias proposent de multiples articles et reportages… Dans les écoles, chaque classe de CM2 peut mettre à profit la date du 11-Novembre pour expliquer ce qu’est l’armistice et évoquer la première guerre mondiale.

Jusqu’aux programmes de 2016, les leçons d’histoire concernant 1914-1918 dans les manuels scolaires étaient descriptives et linéaires, allant de l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie à Sarajevo à la signature de l’armistice dans un wagon de chemin de fer à Rethondes dans la forêt de Compiègne.

Les enseignants ont désormais pour rôle d’amener les enfants à mieux connaître et comprendre les événements du passé en devenant eux-mêmes de véritables investigateurs de cette période, par la découverte des traces du passé dans leur propre environnement. Cette démarche proactive nécessite une mutualisation des connaissances dont les recherches sont grandement facilitées de nos jours par l’outil numérique. Elle permet aux élèves de mener à leur niveau un passionnant travail de jeunes enquêteurs-historiens.

 

Un constat

Avec les années, la distance avec les deux conflits mondiaux s’accroît et les enfants réagissent différemment de leurs aînés lors des leçons d’histoire. D’une part, de nombreux jeunes garçons sont très attirés par la représentation de la violence des combats et leurs interrogations ne portent plus tant sur les stratégies militaires que sur les détails sordides de leurs conséquences (images des morts et des blessés). D’autre part, (est-ce un déni pour se protéger ?) beaucoup ne font pas de différence entre les films violents et les jeux vidéo qu’ils consomment.

La réalité de la guerre est si terrible qu’il leur paraît impensable que tout cela ait pu exister. Ils ont donc tendance à assimiler les faits historiques à de la fiction. Enfin, ils n’ont plus de témoignages directs dans leur famille et l’histoire contemporaine est remisée à une époque où se côtoient Charlemagne, Louis XIV ou Napoléon… Ils savent que cette guerre a eu lieu mais elle est pour eux d’une réalité si lointaine qu’ils se sentent peu concernés. Paradoxalement, si l’attitude des enfants a changé, ils manifestent néanmoins une curiosité certaine, provoquée en grande partie par une forte résonance médiatique qui les conduit donc à s’intéresser à cette période de notre histoire.

C’est pourquoi l’enseignant peut saisir l’opportunité de la commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale. Voici quelques pistes qui peuvent permettre aux enfants d’approfondir les notions de guerre et de paix et les aider de mieux appréhender leur rôle de futurs citoyens.

Comprendre la Grande Guerre et construire la paix

• Mutualisation des connaissances

Dans un premier temps, les enfants mutualisent des connaissances à travers quatre corpus de documents concernant la guerre en général puisque les raisons qui amènent les hommes à se battre à travers les siècles n’ont jamais vraiment changé.

  • Le groupe 1 travaille sur un dossier qui montre une carte du monde avec ses nombreux conflits et ils doivent en déterminer les causes à partir de documents adaptés à leur âge. Ils dégagent cinq causes essentielles qui sont : les territoires, la politique, la religion, le racisme et le partage des richesses.

  • Le groupe 2, à l’aide d’un corpus de photos légendées découvre que lorsque la guerre éclate dans un pays, la vie de tous les jours est bouleversée, qu’elle fait de terribles dégâts et que malgré les reconstructions, quand elle est terminée, elle laisse de nombreuses cicatrices.

  • Le groupe 3 réfléchit sur un ensemble de textes analysant les raisons pour lesquelles les humains arrivent à être si violents entre eux et d’où leur vient cette violence.

  • Le groupe 4 travaille à partir du journal Un jour une actu consacrée à la construction de la paix avec : un article de presse d’actualité consacrée à la construction de la paix accompagné d’un poster pour aider à mener une enquête sur le monument aux morts de la commune ; une BD sur le thème « C’est quoi, l’armistice de 1918 ? » ; et une photographie décodée pour comprendre l’histoire du soldat inconnu…

Après un affichage des résultats des différentes recherches et deux séances concernant la Première guerre mondiale en classe (chronologie historique de la Grande Guerre et étude de documents sur la différence entre le patriotisme et le nationalisme, la propagande pour les enfants en temps de guerre, la production de véhicules de guerre des usines Renault…). In fine, on pourra proposer aux élèves de découvrir le monument aux morts de leur commune.

Enquête sur le monument aux morts de la commune
et la guerre dans la région

Le livre de Pef, Zappe la guerre (Rue du Monde), peut être une amorce intéressante avant cette visite : à l’occasion du 80e anniversaire de la Première guerre mondiale, à Rezé, 288 soldats sortent du monument aux morts pour vérifier si leur guerre a été utile et a servi à en éviter d’autres. Le début du livre explique l’importance et le rôle du monument aux morts. En enquêtant sur leur région, en produisant des reportages, les élèves apprendront, avec les enseignements de l’histoire, à comprendre le présent.

Après avoir localisé le monument aux morts (sur Google Earth ou Goggle Maps), les élèves tracent sur un plan de la ville le chemin à prendre pour se rendre à celui-ci. Munis d’un questionnaire auquel ils pourront répondre sur place, ils photographient le monument ainsi que des détails de l’édifice. Un résumé ou un article peuvent être rédigé au retour.

Dans un second temps, les enfants découvrent des photos de leur commune ou de leur quartier au temps de la grande guerre (livres, archives, exposition pour le Centenaire) pour montrer que si le front était surtout situé à l’est et au nord de la France, toutes les régions de notre pays ont été  touchées directement ou indirectement.

La littérature pour comprendre la guerre :
Guillaume Apollinaire

2018 est l’année de la commémoration de la Grande Guerre mais aussi celle du centenaire de la mort de Guillaume Apollinaire qui est décédé deux jours avant l’armistice de la grippe espagnole qui l’a terrassé en raison de sa faiblesse due à une blessure reçue deux ans avant, alors qu’il était au front.

Dans le DVD En sortant de l’école (éditions Tant mieux Prod) consacré au poète, quatre poèmes sont exploitables en classe pour mieux comprendre la vie dans les tranchées. Si les textes peuvent paraître de prime-abord difficiles pour de jeunes enfants, leur mise en images facilite grandement leur compréhension. Il faut bien entendu donner au préalable quelques informations sur la vie du poète. Le choix peut se porter sur les quatre poèmes autobiographiques suivants qui ont été écrits sur le front ils décrivent le quotidien de chaque soldat. À travers ces films d’animation diffusés par France Télévision Éducation sur le web, les enfants découvriront la mobilisation, la vie des poilus dans les tranchées, les combats, l’espoir qui fait vivre…

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Dans Un oiseau chante, le décor est planté : il s’agit de tranchées dans un paysage désolé, dévasté. On découvre un soldat, sans doute Guillaume Apollinaire lui-même, qui regarde l’intérieur d’un médaillon où il voit un visage de femme : Madeleine Pagès. Un oiseau bleu surdimensionné le regarde. Puis le soldat repense à deux événements. Dans ces deux flashbacks, on retrouve cette jeune femme qui lit dans un train (qui fut le lieu de leur rencontre) puis plus tard leur séparation sur le quai d’un port avec un bateau qui emmène Madeleine à Oran en Algérie où elle vivait, tandis que le soldat  repart à la guerre. Nous le retrouvons dans les tranchées, il est suivi sans cesse par cet oiseau qui représente la femme qu’il aime, qui représente l’amour. Durant les batailles, l’oiseau est là qui le protège et lors des terribles bombardements, il l’aide à survivre. Quand le poème s’achève, Guillaume ferme son médaillon et le décor est encore l’oiseau, symbole de l’amour.

Si ce poème est personnel, il est aussi universel : des situations similaires étaient en effet vécues chez les poilus dans les tranchées.

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Dans Mutation, il y a une succession de Eh ! Oh ! Ah ! qui peuvent paraître bien mystérieux pour le lecteur. Le poème raconte l’histoire d’un soldat qui part à la guerre. Sur son chemin il rencontre une troupe de soldats qui obéissent à chaque commandement, puis celle d’un éclusier, puis la vie dans les tranchées au milieu des bombardements et enfin le retour à la maison auprès de la femme qu’il aime. Les Eh ! Oh ! Ah ! exprimés sur différents tons sont aussi tous les mots et les sentiments d’individus devenus presque muets face à la terreur et aux atrocités.

Ce film exceptionnel permet une parfaite compréhension du poème et du climat qui régnait à cette période. Ici encore, l’image est au service du texte pour en renforcer sa compréhension et sa force.

Mutation

Une femme qui pleurait
Eh ! Oh ! Ha ! (soupir de lassitude et de tristesse)
Des soldats qui passaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris du commandement)
Un éclusier qui pêchait
Eh ! Oh ! Ha ! (étonnement d’un moment d’accalmie)
Les tranchées qui blanchissaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris de frayeur)
Des obus qui pétaient
Eh ! Oh ! Ha ! (cris d’appel au secours)
Des allumettes qui ne prenaient pas
Et tout

A tant changé
En moi
Tout
Sauf mon Amour
Eh ! Oh ! Ha ! (soupir d’apaisement et de joie)

 

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Fusée signal est descriptif. Des blessés sont amenés à l’hôpital et un soldat, dans une auto, un bandeau autour de la tête (comme la célèbre photo d’Apollinaire quand il fut trépané) découvre hébété des paysages dévastés sous les bombardements. On ignore si l’action se passe le jour ou la nuit, les décors sombres et gris étant seulement éclairés par cette fusée signal. L’infirmière vient à l’arrière pour parler au soldat blessé ; il n’entend rien et lit sur ses lèvres, ce qui donne l’un des plus beaux vers du poème : « Ta langue, le poisson rouge dans le bocal de ta voix ». En classe, on pourra parler du travail des femmes durant la guerre.

Apollinaire © En sortant de l’école, France TV Éducation

Carte postale : une femme attend à la fenêtre l’arrivée du facteur. Sur la table de sa salle à manger, il y a un immense bouquet de fleurs de toutes les couleurs. Dans l’attente de son courrier, elle plie en deux toutes les cartes postales qu’elle a déjà reçues formant ainsi des toiles de campements d’où sortent des soldats avec leurs baïonnettes. L’un d’eux a une fleur au bout du fusil, une fleur identique à celle du bouquet sur la table. On le voit qui écrit dans des paysages dévastés et soudain deux arbres reprennent vie. Toutes les cartes postales avec des photos de l’époque s’animent, des avions décollent et lacèrent d’autres cartes représentant des soldats, des habitations, des couples d’amoureux…

Il n’y a aucun texte dit, seulement une musique inquiétante avec des bruitages qui montent en puissance jusqu’à une fusillade. Un obus éclate et le bouquet de fleur s’ouvre brutalement de façon synchronisée et laisse tomber de nombreux pétales. La canonnade est représentée par la fleur qui fane avant d’avoir été. On frappe à la porte et la jeune femme reçoit une carte avec le poème Carte postale écrit et signé du nom d’Apollinaire.

Cette missive est adressée à Madeleine Pagès. Elle retourne s’asseoir à sa table, le bouquet est toujours fané mais on voit dans un cadre accroché au mur les deux arbres vivants. Elle plie la carte postale et imagine son fiancé Guillaume sous la tente en train de lui écrire à la lueur d’une bougie. Dehors, c’est la nuit, c’est un moment d’accalmie, le ciel est bleu roi et il y a plein d’étoiles.

À la suite de ce poème, une activité décrochée pourra être menée sur l’étude des fleurs pendant la guerre. On pourra évoquer en classe les réalisations que faisaient les soldats lors des périodes d’immobilisation prolongée. Ils se livraient à de véritables travaux d’orfèvrerie, de gravure ou d’ébénisterie avec des douilles ou des débris d’obus. Pour atténuer les douleurs de la guerre, les soldats cultivaient aussi de minuscules jardins souvent éphémères au plus près des tranchées et retrouvaient un monde rural qu’ils avaient quitté. Ils plantaient des pois de senteur, des tournesols, des résédas, du lin… bref, la beauté au milieu de la laideur. Des jardins développés à l’arrière des lignes se retrouvaient dans tous les pays engagés dans le conflit (cf. Plantes de poilus, la fleur au fusil, de Denis Richard, Éditions Plume de carotte).

Après avoir fait comprendre aux élèves que le conflit a été marqué par une violence massive et extrême et qu’ils auront construit des repères temporels et mieux compris le quotidien des combats tant sur le front qu’à l’arrière, des productions pourront être proposées en classe.

Faire un débat à visée philosophique :
la mémoire et l’oubli

La discussion à visée philosophique permet de développer la réflexion critique en confrontant ses jugements à ceux d’autrui dans un débat argumenté. Les enfants sont amenés à réfléchir sur la mémoire et l’oubli en prenant la parole devant autrui, en écoutant autrui et en apprenant à justifier un point de vue.

Voici quelques questions qui pourront être posées aux élèves : À quoi sert la mémoire ? Peut-on décider d’oublier ? Y a-t-il des méthodes pour se souvenir ?

L’objectif est de faire comprendre aux élèves qu’en se souvenant on arrive à mieux se connaître et mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Les enfants seront amenés aussi à débattre sur la mémoire partagée (commémoration historique) pour comprendre que chaque pays a des événements à fêter, que chaque ville a ses monuments afin que la population partage les mêmes souvenirs et que chacun se sente relié aux autres par la même histoire dans une perspective de vivre ensemble et de consolider la paix.

À la fin de la séance les enfants pourront confectionner des colombes en origami et attacher à chacune d’elle une phrase ou un petit texte du message qu’ils aimeraient transmettre aux dirigeants du monde pour qu’il n’y ait plus de guerre …

Lire des poésies pour la paix

Un choix de plusieurs poèmes pourra être proposé aux élèves, par exemple : Le plus important d’Alain Bosquet, La blanche école de René-Guy Cadou, Après la pluie de Gianni Rodari, L’amour blessé de François David, La grande chanson d’Armand Monjo, Les maisons de Michel Cosem, Je dis douceur de Guillevic. Après lecture, les enfants pourront en sélectionner un, l’apprendre par cœur et écrire une lettre fictive à leur auteur pour dire pourquoi ils aiment ce texte.

Mettre des livres à la disposition des élèves

Durant une longue période les enfants auront une boîte à livre dans la classe qui évoque la Grande Guerre. Ils y trouveront notamment les ouvrages suivants :

La vie des enfants. La grande guerre 1914-1918, de Philippe Godard (Sorbier) ; On n’aime guère que la paix, de Jean-Marie Henry, Alain Serres et Nathalie Novi (Rue du monde) ; Zappe la guerre, de Pef (Rue du monde) ; La Grande Guerre expliquée à mon petit-fils, d’Antoine Prost ; L’Album de la Grande Guerre, de Jean-Pierre Verney avec une paire de lunettes stéréoscopiques et 35 photographies originales (Les Arènes) ; L’Histoire de France en BD. 14-18, de Dominique Joly et Bruno Heitz (Casterman) ; Lulu et la Grande Guerre, de Fabian Grégoire (l’École des loisirs) ; Sylvestre s’en va-t-en guerre, de Stéphane Heinrich, Kaléidoscope.

Alexandra Ibanes

Vidéos et bibliographie

Le blog du CM2 de l’école Sévigné, à Narbonne.

Un jour une question. À quoi ça sert de se souvenir de la première guerre mondiale ? (France Télévision).

C’est pas sorcier. La grande guerre (France 3).

En sortant de l’école, Saison 3 Guillaume Apollinaire (Tant Mieux Prod).

– Manuel d’Histoire-Géographie CM2, Nathan, collection « Panoramas ».

– Filotéo, n° 175, Non à la guerre.

1jour1actu Enquête sur le monument aux morts de ta commune (dossier pédagogique) ; Les enfants pour la paix.

I-Profs, fiches pédagogiques sur « Zappe la guerre », de Pef.

 

Voir sur ce site

L’enseignement de la Grande Guerre de 1914 à nos jours. Entretien avec Benoit Falaize, par Alexandre Lafon.

« À l’Est la guerre sans fin, 1918-1923 ». Aux racines du siècle présent, par Norbert Czarny.

Lire et étudier «Ceux de 14». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après, par Alexandre Lafon.

Commémorations du 11-Novembre : questions-réponses à l’usage des enseignants.

Pourquoi commémorer la Grande Guerre.

1918-1919 : de l’armistice à la paix.

Qu’est-ce qu’un monument aux morts. Projets pédagogiques et culturels.

« Au revoir là-haut », d’après Pierre Lemaitre. Mises en mots et en images de la Grande Guerre : du roman à son adaptation en bande dessinée et au cinéma, par Alexandre Lafon.

« Au revoir là-haut », de Pierre Lemaitre et Christian De Metter. Une leçon graphique, par Marie-Hélène Giannoni.

14-18. Écrire la guerre. Un numéro spécial de « l’École des lettres ».

et les nombreux articles publiés dans
l’École des lettres

14-18. Écrire la guerre, l'École des lettres

 

Le devoir de mémoire en classe.
Le devoir de mémoire en classe.

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Publié le par alexandra Ibanes
Publié dans : #Vivre livre, #L'école des lettres
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires

Olympe de Gouges a fait une entrée en force dans les manuels d'histoire. J'ai écrit un article à ce sujet pour l'école des lettres.

Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires
Olympe de Gouges enfin dans les manuels scolaires

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE

C'est dans ce numéro de L’ÉCOLE DES LETTRES que vous pourrez trouver mon dernier article concernant l'écriture d'un album écrit dans ma classe de CM2, et illustré par des élèves de 6ème. Ce fut le travail de toute une année scolaire.

Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
Ecole des lettres : LE RAMEUR D'ULYSSE
La classe était allée chercher les livres chez l'imprimeur (FLAM) à Sète.

La classe était allée chercher les livres chez l'imprimeur (FLAM) à Sète.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres

« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer ou l’éducation à la citoyenneté

« À toutes les maîtresses qui sont belles comme la Justice guidant le peuple à travers les ténèbres…et aux enfants qui, chaque année viennent à l’Assemblée nationale pour y prendre une leçon de démocratie, et repartent en l’ayant donnée aux adultes. »

En pleine période électorale, les esprits des candidats comme des électeurs s’échauffent et la vitesse d’information qui caractérise les médias et plus encore les réseaux sociaux, ne laisse pas toujours de place à la réflexion. L’événementiel, le sensationnel et les scandales politiques l’emportent sur les débats de fond, l’économie et la politique elle-même. L’image que reflètent les hommes politiques en est sans cesse altérée.

Sophie Chérer, dans Liberté, égalité…Mathilde (illustré par Véronique Deiss) évoque une situation de classe que de nombreux enseignants pourraient vivre. Son récit plaît aux enfants car ils se reconnaissent dans les protagonistes de l’histoire.

 

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« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer

Un jour, la maîtresse propose à sa classe de vivre une aventure extraordinaire. Il s’agit de participer au « Parlement des enfants » où un élève de CM2 remplacera un député de sa circonscription pour aller défendre une loi à l’Assemblée nationale à Paris. L’histoire racontée par Sophie Chérer montre combien les enfants au départ sont incrédules et pointent les dysfonctionnements de la politique en parlant au nom de leurs parents.

Mathilde ira proposer une loi sur la culture gratuite pour les enfants et un événement l’amènera à demander le vote d’une autre loi que la sienne car elle considérera qu’il y a des degrés d’importance et qu’il faut agir au mieux pour les autres et non par pour satisfaire ses désirs personnels, même s’ils sont destinés à améliorer la vie de chacun.

Le message est clair : cette enfant montre la voix de la raison où « on s’en fiche d’être les premiers, où il faut être uniques et travailler main dans la main. Et où on ne souhaite rien gagner, que le droit d’habiter un pays où il fasse bon vivre ». D’où, l’importance de l’éducation morale et civique à l’école et plus encore en période électorale…

 

Le site du Parlement des enfants

Le site du Parlement des enfants

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Comment faire connaître le fonctionnement des institutions

Lorsqu’ils arrivent en cycle 3, les élèves méconnaissent bien souvent les institutions politiques et leur fonctionnement, mais ils sont très au fait des anecdotes montées en épingle dans les médias ainsi que des rumeurs colportées par Internet.

L’enseignement moral et civique permet de réfléchir au sens de l’engagement et de mieux comprendre le fonctionnement des institutions dans la vie collective. Le montage de projets simples concernant directement les enfants s’avère être un bon moyen de les intéresser à l’importance du travail collectif et de tordre le cou à bien des idées reçues.

Par exemple, la mise en œuvre de véritables élections de délégués de classe avec une « campagne électorale » est facilement réalisable et permet d’enrichir de nombreux champs lexicaux autour des droits et des devoirs des citoyens en puissance que sont les élèves.

Avec la découverte d’un vocabulaire bien défini, ils découvrent l’importance de ce qui doit être proposé à son futur électorat et qu’une loi , ce n’est pas quelque chose qui sert à réaliser ses rêves comme par un coup de baguette magique ! C’est une règle qui s’applique à tous et qui permet d’organiser la vie en société pour le bien commun.

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Les enfants ont une conscience politique

Bien que L’ÉMC soit au programme, les séquences consacrées à la citoyenneté et aux institutions sont le plus souvent survolées alors que ces notions sont fondamentales dans la construction de l’esprit critique des futurs citoyens. Les enfants sont capables de comprendre dès leur plus jeune âge qu’il existe des règles qu’ils doivent accepter. Ils sont rapidement amenés à comprendre l’intérêt d’abandonner une partie de leur liberté pour construire un avenir commun dans leur classe, dans leur école, et a fortiori dans la commune, le département, la région, le pays et au-delà…

Comment devenir un véritable citoyen si on ignore ce qui définit la démocratie,
les lois et les institutions ? Après avoir doté chacun d’un vocabulaire précis concernant l’action à mener, il est aisé de mettre en place des scènes afin de comprendre de façon ludique ce qui semble de prime abord rébarbatif.

Pour expliquer le rôle du Parlement lors d’une séance d’éducation civique, des lois fictives peuvent être créées, dans lesquelles chaque enfant aura un rôle à jouer.

Par exemple, le schéma suivant peut permettre de bien comprendre la vie d’une loi et les mécanismes qui la régissent : une loi est proposée, les députés et les sénateurs débattent et votent pour ou contre. Si la loi est votée, elle est promulguée par le chef de l’État et publiée au Journal officiel. Le gouvernement la fait appliquer et les juges veillent à ce qu’elle soit respectée en sanctionnent ceux qui y contreviennent.

Si des élèves ont la chance comme Mathilde de participer au Parlement des enfants, ils siègeront à l’Assemblée nationale à la place du député de leur circonscription, pour débattre et voter.

À ce jour, quatre domaines ont été retenus :

Maintien des liens entre frères et sœurs en cas de séparation des familles.

Permission à un enfant orphelin de participer au conseil de famille.

Interdiction de l’achat par les écoles et les collectivités locales de fournitures
fabriquées par des enfants dans des pays qui ne respectent pas leurs droits.

Renforcement du rôle de l’école dans la prévention et la détection des faits de
mauvais traitements aux enfants.

 

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies (1930)

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Les enfants ont une conscience économique

Les enfants ont une conscience économique remarquable qui étonnerait bien des
observateurs.

Lors d’une leçon relative aux impacts de l’industrialisation au XIXe siècle, des élèves de CM2 ont eu à analyser un texte de Jules Simon qui expliquait qu’avec l’arrivée des progrès techniques, un entrepreneur n’aurait plus besoin d’employer 12 ouvriers mais seulement 4 et qu’avec le prix des machines et leur entretien, ses charges seraient divisées par deux.

Beaucoup d’élèves ont compris dès lors la définition du capitalisme et si certains ont été offusqués du sort réservé aux ouvriers qui n’auraient plus d’emploi, d’autres se sont réjoui pour le patron qui faisait « de sacrées économies » ! Le débat qui a suivi l’explication du texte a montré que les enfants avaient bien intégré cette notion. Elle les éclairait sur la situation contemporaine.

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Les enfants ont une conscience historique

Si les schémas concernant les institutions politiques proposés dans les manuels
scolaires sont de qualité, il est important de les éclairer en établissant des liens
interdisciplinaires avec l’histoire de France et du monde actuel et en soulignant
l’importance du vote et de la démocratie. Peu de documents, hélas, sont à la
disposition des enseignants sur ce sujet, à part les séances concernant la
Révolution française.

Par ailleurs, très peu d’informations destinées au cycle 3 sont consacrées à des
sujets aussi importants que, par exemple, la manipulation politique ayant mené Hitler
au pouvoir, l’histoire du vote des femmes, ou l’existence des dictatures actuelles.

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Comprendre l’importance des élections législatives

Pendant des semaines, les médias se sont focalisés sur l’élection présidentielles  et ont entretenu un certain climat d’insécurité. Or, pour diriger un pays, il faut aussi un Parlement et un Sénat, nécessaires à l’équilibre des pouvoirs.

Alors que les élections législatives pour le renouvellement des députés sont en cours, il est aussi important de rappeler aux enfants qui parviendront très vite à l’âge d’être citoyens, combien ces élections moins spectaculaires car moins personnalisées, sont tout aussi importantes dans la vie politique d’un pays démocratique.

 

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Quelques pistes pédagogiques

Lire Liberté égalité…Mathilde, de Sopjhie Chérer, permettra à chaque enseignant de travailler l’éducation morale et civique de façon interdisciplinaire en lien avec le nouveau programme mis en œuvre depuis 2016 et qui a pour but de « favoriser une aptitude à vivre ensemble dans une société démocratique. »

Un éventail d’activités peut être proposé en lien avec ce récit :

• Comprendre et travailler sur les règles de communication.

• Apprendre à maîtriser les règles de la discussion de groupe, savoir se justifier, débattre de façon argumentée.

• Travailler en arts plastiques sur les caricatures politiques (par exemple sur les caricatures de Louis-Philippe en 1831, et celles de Daumier) et en réaliser soi -même. S’intéresser à la symbolique des couleurs bleu, blanc, rouge…

• En ÉMC, connaître les valeurs et les symboles de la République française.

• Étudier en vocabulaire les champs lexicaux de la loi et du droit.

• Connaître la notion de bien commun dans la classe, l’école et la société.

• Élire démocratiquement des délégués de classe et connaître les différentes étapes du scrutin. Apprendre aux électeurs à se sentir responsables de leur vote. Les différentes élections seront évoquées et une comparaison entre celles des délégués de classe, du président de la République, les députés de l’Assemblée nationale ou du Parlement européen seront faites.

• Réaliser un éphéméride des célébrations républicaines.

• Réaliser un film avec les élèves à partir du livre…

• Suivre l’actualité avec les journaux 1jour1actu.com ou Le Petit Quotidien.

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Conclusion

Il paraît ainsi judicieux que le livre de Sophie Chérer Liberté, égalité…Mathilde soit intégré dans une programmation de cycle 3. Ce texte à la fois sérieux et plein d’humour fera prendre conscience aux enfants des enjeux et de l’importance de la politique.

Quant aux illustrations, elles s’inspirent des caricatures que l’on trouve dans différents journaux, soulignant ainsi leur caractère très actuel.

Alexandra Ibanes

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• Ce récit publié par l’école des loisirs dans la collection « Mouche » est actuellement en
lice pour le prix de l’UNICEF 2017.

« Renommer », de Sophie Chérer, illustré par Philippe Dumas : une invitation à changer la vie, par Yves Stalloni.

Tous les romans de Sophie Chérer à l’école des loisirs.

Le roman de jeunesse et son enseignement à l’école, au collège et au lycée : rencontre avec Sophie Chérer, Brigitte Smadja et Xavier-Laurent Petit à l’ÉSPÉ de Paris.

Un corpus pour le CM1-CM2 : II. La morale en questions.

• Le site du Parlement des enfants.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
La philo dès l'école primaire...

Depuis 15 ans, j'anime des débats à visée philosophique dans mes classes. Cette année, j'ai décidé de théâtraliser le livre de Michel Tozzi : La morale ça se discute. Le 25 mai, les enfants ont donné une représentation unique en présence de l'auteur et ont fait un véritable tabac. L'Ecole des lettres dans sa revue papier a publié l'article que j'ai écrit à ce sujet et qui raconte cette merveilleuse aventure:

 

L’École des lettres 2016-2017, n° 487
« Les attentats terribles en France en 2015 ont rappelé la nécessité de former nos enfants à l’esprit critique.
Cette éducation à la citoyenneté, à la fraternité, à l’ouverture d’esprit ne peut se faire sans la famille et l’école », dit Edwige Chirouter dans sa préface aux « Ateliers Philo à la maison », de Michel Tozzi et Marie Gilbert
(Eyrolles, 2016).

Le même Michel Tozzi a relayé en France, avec un
groupe de recherches de l’université de Montpellier, un phénomène apparu aux États-Unis dans les années 1980
sous l’impulsion du pédagogue et philosophe Matthew Lipman : la philosophie pour les enfants.
Depuis, des maîtres se sont formés pour animer des Débats à visée philosophique(DVP) auprès des enfants dès la maternelle, afin de leur apprendre à ne pas se fier aux apparences, à définir de meilleures conditions de communication, à construire des concepts en rapport avec
les principes démocratiques. Pratiqués depuis plusieurs années dans les écoles primaires, les DVP sont en phase avec les attendus de fin de cycle 3. Ils permettent
aux élèves d’identifier et d’exprimer,en les régulant, leurs émotions et leurs sentiments, de développer l’estime
de soi de même que les capacités d’écoute et d’empathie. Enfin, ces débats favorisent la réflexion critique par la confrontation du jugement personnel à celui d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.
Philo-théâtre à l’école primaire
Pourquoi philosopher dès l’école ?

Qu’est-ce que le débat à visée philosophique ?
Ainsi, le DVP vise à développer une réflexion qui dépasse la simple accumulation de savoirs. Il les analysent, les
confrontent, les relient. En provoquant de nouveaux regards sur le monde et sur les autres, et en établissant des passerelles entre les disciplines, il favorise
la construction des élèves en terme de comportement, d’éthique.
L’enfant est rapidement confronté à toutes les expériences de la vie : plaisir,douleur, maladie, séparation, mort.Il reçoit par ailleurs une multitude
d’informations émanant des parents, de l’institution scolaire, des camarades, des médias. Il n’est pas donc pas ignorant et a acquis suffisamment de connaissances pour pouvoir débattre de questions que l’on peut plus ou
moins directement rattacher à certains domaines traditionnels de la philosophie :
– la métaphysique (est-on toujours libre ? est-on obligé de croire ? quel est le sens de notre existence ?, etc.) ;
– l’éthique (à quoi sert la punition? ce qui est juste peut-il parfois être injuste ? doit-on toujours dire la
vérité ?, etc.) ;
– l’esthétique (qu’est-ce qui est beau et pas beaupourquoi suit-on la mode? à quoi sert l’art ? qu’est-ce qui
fait la beauté d’une personne?, etc.) ;
– l’ontologie (pourquoi a-t-on peur ? pourquoi est-on triste ? pourquoi doit-on travailler ? pourquoi les enfants ne pensent-ils pas comme les adultes ? la machine va-t-elle un jour commander à l’homme?, etc.) ;
– la logique (les sciences apportent-elles la vérité ? comment reconnaître ce qui est vrai ?, etc.) ;
– les contraires philosophiques (moi et autrui, raison et passion,etc.).


On le voit, de nombreux thèmes peuvent être abordés, à condition que l’enseignant amorce et nourrisse les débats en fonction des centres d’intérêt des enfants et de leur âge.
 

Le débat à visée philosophique en pratique
Parler philo n’est pas parler de philo. C’est un mode de conversation comportant des codes à définir d’emblée
et à faire respecter par les élèves. Il ne s’agit pas de monologuer face à un auditoire, mais de trouver une
configuration de discussion permettant l’expression de chacun.
Pour ma part, j’anime des débats à visée philosophique depuis une quinzaine d’années et je suis toujours
agréablement surprise par l’intelligence des propos tenus par les enfants. Mais la condition première,afin d’éviter toute confusion, est d’établir des règles. Je travaille à partir d’un « cercle de conversation ». La configuration matérielle a son importance:
les bureaux sont installés en U, et chaque élève a un rôle bien défini.

Une responsabilité particulière est confiée au "distributeur » qui note les noms des participants souhaitant s’exprimer durant le débat : ils devront
lever la main et attendre leur tour de parole en écoutant les autres. Une fois définies, ces règles de discussion sont respectées, et mieux que dans bien des cénacles d’adultes ! En tant qu’enseignante, j’endosse la fonction de « secrétaire de séance » et je prends des notes car il est très difficile, à dix ans, de noter les pensées de ses camarades. J’interviens aussi, naturellement, pour
relancer le débat, encourager un enfant à s’exprimer ou reformuler une idée appauvrie par le manque de vocabulaire, mais toujours en demandant à l’enfant s’il est d’accord avec ma reformulation.
Le DVP implique donc «éthique communicationnelle» et «civilité scolaire». Les enfants apprennent à clarifier
leurs idées, à écouter l’autre sans se moquer, à ne pas lui couper la parole et à admettre les différences. Après plusieurs années d’animation des DVP, j’ai pu constater que «philosopher » en classe est une discipline essentielle dans la construction de l’enfant. Chacun peut s’exprimer avec son vocabulaire propre et développer une intelligence
intuitive que ne favorisent pas nécessairement les savoirs scolaires. Souvent, mon regard a changé sur des enfants
en grande souffrance dans leurs apprentissages quotidiens, qui se révélaient moteurs dans le débat et avaient une réflexion parfois plus profonde
que leurs pairs. Le regard que leurs camarades portaient sur eux changeait, mais aussi leur propre regard sur eux-mêmes: incités à mettre en avant leurs pensées, ils prenaient conscience du fait que leur personnalité, pour n’être pas coulée dans le moule scolaire, pouvait
aussi avoir sa richesse.
Voici quelques ressentis des enfants :
– « C’est bien de dire ce qu’on pense, il y a des bonnes idées et de moins intéressantes. On s’est tous entendus, écoutés. »
– « J’ai trouvé ça bien, mais ce qui m’a plu, c’est de pouvoir m’exprimer. La philo laisse aux enfants la liberté de s’exprimer. »
– « J’ai beaucoup aimé le débat philo, j’ai pu donner mon avis, même si les autres n’étaient pas d’accord. En plus, j’ai appris un peu mieux ce que veut dire la
tolérance. »
– « Pratiquement tout le monde a participé, et on a tous appris quelque chose. »
– « C’est une bonne manière de s’exprimer, et ça aide à mieux connaître nos amis et leur coeur. »
– « Ça m’a apporté des choses que je ne savais pas sur mes camarades, je les vois différemment. »
– « On apprend à ne pas se moquer des autres et à ne pas répondre par la violence. »
– « Ça m’a fait réfléchir et j’ai écouté les autres, je m’aperçois que tout le monde ne pense pas comme moi et je vois comment mes copains réfléchissent. »


Une expérience de classe : la philo-théâtre
Afin de montrer, tant aux parents qu’à mes collègues, la richesse des propos échangés lors de ces DVP, j’ai décidé de théâtraliser des extraits du livre de Michel Tozzi, La morale, ça se discute... (Albin Michel Jeunesse,
2014), en intercalant les pensées des enfants dans un spectacle de « philothéâtre» qui sera présenté aux
familles. Après avoir présenté les personnages des saynettes philosophiques, la classe a décidé de les
mettre en scène. Entre chaque extrait seront lues des réflexions philosophiques correspondant aux sujets
choisis en commun.
Si j’ai choisi cet ouvrage pour mener les débats à visée philosophique dans ma classe, c’est que le premier extrait proposé à mes élèves a été un succès. Immédiatement, les personnages, quatre copains, Théo,Raf, Zoé et Léa qui adorent discuter autour des notions fondamentales de
la morale, du respect, du bonheur, de la justice, etc., sont devenus leurs nouveaux camarades de classe.
Afin de mettre en perspective les activités que je propose, et après avoir expliqué ce qu’est la philosophie et ce que j’attends des débats à visée philosophiques,
j’ai fait travailler mes élèves sur l’origine du théâtre. Ils ont découvert que, il y a vingt-cinq siècles, naissaient
simultanément dans la société athénienne le théâtre et les premières formes démocratiques dans la vie politique
et publique et que, depuis, les mêmes enjeux de société perdurent. La pratique du théâtre à l’école ne vise évidemment pas à former des apprentis comédiens, mais à développer la personnalité de l’enfant tout en
l’entraînant à communiquer. Selon Jean-Pierre Ryngaert, professeur, formateur et metteur en scène, le théâtre

à l’école contribue à « former des êtres humains sensibles, réceptifs, ouverts, capables de donner et recevoir » et des
« citoyens porteurs d’un regard critique sur
le monde ».

Pour la mise en scène, j’ai choisi d’utiliser la méthode
Stanislavski, dans laquelle l’acteur n’est plus considéré comme un «démonstrateur » de sentiments et d’émotions, mais devient un créateur, un passeur, en allant chercher en lui sa propre vérité qui lui fera rejoindre
celle de son personnage. Désormais, pour bien terminer
chaque semaine, je consacre la dernière heure du vendredi à ce projet de philo-théâtre. Les enfants répètent par petits groupes en aide personnalisée
pendant la pause méridienne. Des vocations sont en train de naître ! Des élèves timides qui voulaient juste être lecteurs de réflexions pendant la représentation souhaitent avoir à présent avoir un rôle, et de gros
progrès ont été réalisés à l’oral.

 

Le débat à visée philosophique pour mieux grandir
À condition d’être menés régulièrement, les DVP peuvent transformer le climat d’une année scolaire. Ils présentent
donc un intérêt évident non seulement dans le développement de l’enfant, mais aussi un intérêt pour
l’enseignant qui se trouve mieux à même de comprendre les questionnements, les espoirs et les craintes des
élèves.
Ils nous montrent que, à dix ou onze ans, les enfants sont capables de faire preuve de réflexion et peuvent
avoir d’autres centres d’intérêts que la téléréalité, les réseaux sociaux ou la mode, ce qui a presque la force d’une révélation dans un contexte où l’on ne cesse d’entendre que « le niveau baisse » et où l’idée reçue dominante est que « c’était mieux avant ».
Dans un monde individualiste et incertain, où les connaissances sont segmentées, ils apprennent aux
enfants à écouter, argumenter et nuancer leurs propos.


ALEXANDRA IBANÈS,
Académie de Montpellier
Repères bibliographiques
– Michel Tozzi, La morale, ça se discute...,
Albin Michel Jeunesse, 2014 ;
– Dossier philo, in La Classe n°220, juin-juillet 2011 ;
– Roger-Pol Droit, Osez parler philo avec vos enfants, Bayard, 2010 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, 60 exercices d’entraînement au
théâtre, Retz, 2001 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, Entraînement à l’improvisation
théâtrale, Retz, 1999 ;
– les livres des éditions Les petits Platons ;
– la collection « Philoz’enfants », chez Nathan ;
– les collections « Piccolophilo » & « Philo-fables » de Michel Piquemal,
chez Albin Michel.
Matthew Lipman (1922-2010), l’initiateur de la philosophie pour les enfants, assistant à un débat à visée philosophique
dans une classe
© Institute for the Advancement of Philosophy
for Children (IAPC)

 

La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre, #L'école des lettres, #Atelier Imaginaire
Rencontres littéraires à Lourdes- Opération 2000 jeunes- Ecole des lettres 3/9

Les souvenirs de ces journées magiques sont dans L'école des lettres.

 

L'école des lettres, la revue pédagogique des professeurs de français

www.ecoledeslettres.fr/

 

 

JOURNÉES MAGIQUES 2016

 « Mettons un rêve dans notre vie et soufflons dans les voiles. »Guy Rouquet.

 

         Les actions culturelles sont aujourd’hui menacées et il faut rester vigilant, actif et solidaire pour créer et partager en tenant compte des différences sociales. À  nous, habitants de la cité, de prendre en main notre destin.

C’est nanti d’une telle ambition que Guy Rouquet a initié l’Atelier Imaginaire, l’œuvre  de toute une vie, qu’il anime depuis 32 ans.

 

         L’Atelier Imaginaire est un festival littéraire et artistique bien ancré dans le paysage béarnais. Créé en 1984 avec le soutien prestigieux de Max-Pol Fouchet, Jacques Chancel et Jean Carrière et l’aide d’une dizaine de bénévoles, il offre chaque année aux habitants des villes de Lourdes et de Tarbes une pléiade de manifestations de haute tenue.

Durant deux semaines, écrivains, comédiens, musiciens, diseurs et chanteurs se produisent dans de nombreux lieux publics.

Mais l’Atelier Imaginaire, est beaucoup plus qu’un simple festival de type « consumériste ».

Transmettre le goût de la lecture dès le plus jeune âge, est l’un des objectifs majeurs qui ont conduit Guy Rouquet à mener son action dans deux directions : l’action en milieu scolaire et l’Opération 2000 jeunes.

 

L’action en milieu scolaire

         Lorsqu’il a créé l’Atelier Imaginaire, Guy Rouquet était professeur de Lettres. Le festival était un bon tremplin pour faire partager son amour de la littérature aux plus jeunes.

Aussi de nombreux acteurs du festival animent des ateliers et proposent des spectacles dans tous les établissements scolaires qui en font la demande, du primaire au supérieur de la région de Lourdes, élargie certaines années jusqu’aux confins de Toulouse et du Pays Basque.

         Cette année, avant les dernières vacances scolaires, les élèves ont pu assister sur place à des divers spectacles poétiques et participer à des travaux créatifs.

Ainsi, les comédiennes Isabelle Irène et Paule d’Héria sont intervenues pour des contes fantastiques dans des classes de  4ème (option esthétique) avec un texte de Pierre Étaix. Pour des élèves de quatrième technique, il s’agissait de contes fantastiques. Pour d’autres élèves de 4ème et 3ème, ce fut Victor Hugo avec une participation et une écoute au rendez-vous. Dans d’autres collèges, la « Pioche à Poème » connaît un grand succès : Hugo, Tardieu, Queneau, Prévert sont ovationnés par des auditoires qui peuvent aller jusqu’à 130 élèves.

De son côté l’auteur-chanteur Jacques Ibanès présentait des textes sur le thème des sorcières et des ogres à des 6ème, chantait des poèmes d’amour à des 4ème, animait un atelier d’appropriation de textes pour la lecture à voix haute à des 3ème et présentait un récital sur Apollinaire à des classes de 1ère. Ailleurs, Françoise Barret distillait des contes,  et l’écrivain Abdelkader Djemaï parlait de son métier et animait des ateliers d’écriture.

 

Les Journées Magiques et l’Opération 2000 jeunes

         Le festival connaît son apogée avec les cinq « Journées Magiques ». Naguère, les prix Prométhée (roman, nouvelles) et Max-Pol Fouchet (poésie) étaient remis à cette occasion. Depuis cinq ans, ce sont des recueils collectifs dans lesquels des écrivains confient leur rapport à la littérature. Cette année, avec Lignes de cœur (Édition L’Atelier Imaginaire/ Le Castor Astral), 17 écrivains disent leur rapport à la poésie en racontant chacun leur expérience de lecteur et en donnant la liste de leurs dix poèmes préférés.

Et c’est au cours de ces journées qu’a lieu « l’Opération 2000 Jeunes ».

Celle-ci consiste en la rencontre d’écrivains prestigieux avec des lycéens ayant eu une mention au baccalauréat ou de jeunes lauréats du Concours général des lycées. Cette idée unique en France d’une immersion de cinq journées  entre des créateurs et des jeunes est soutenue par le Rectorat de l’Académie de Toulouse, l’Inspection académique des Hautes-Pyrénées, le Centre Départemental de Documentation Pédagogique des Hautes- Pyrénées et l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques.    

Depuis sa création il y a  29 ans, plus  de 2000 lycéens ont été invités. Cette année, 43 jeunes étaient présents durant les Journées Magiques qui ont eu lieu du 20 au 24 octobre. Ces amoureux de littérature et de poésie ont eu le privilège de côtoyer auteurs, comédiens, chanteurs, musiciens, conteurs et plasticiens. Ils ont logé dans le même hôtel qu’eux, pris les repas en commun, utilisé  les mêmes moyens de transports pour se rendre aux divers spectacles et conférences  avec  l’ambition pour l’organisateur Guy Rouquet que plus tard, ils seront à leur tour « passeurs » de leur propre « atelier imaginaire ».

Ces journées littéraires permettent également aux jeunes des différentes régions qui se rencontrent, d’avoir des échanges fraternels qui donnent naissance à de solides amitiés qui perdurent bien des années après. Et elles sont quelquefois le tremplin d’une carrière vouée à la littérature.

         Ainsi, en proposant d’une part des spectacles donnés dans tous les établissements de la région qui le souhaitent (enseignement général, professionnel ou technique) et en invitant d’autre part les plus brillants d’entre eux venus de toute la France, l’inspecteur d’Académie peut parler à juste titre d’un « Atelier Imaginaire  à la fois élitaire et égalitaire ».

 

Trois témoignages : un écrivain et deux jeunes

Abdelkader Djemaï : « Comment j’ai décidé de devenir écrivain »

 

« Je suis tombé dans les livres en tombant d’avion. Des livres, il n’y en avait pas chez moi, mes parents étant analphabètes et j’étais l’aîné d’une famille modeste .Comme tous les enfants de mon âge, je lisais, dans les années 50, des illustrés et mes héros s’appelaient Bleck le Roc, Zembla et Tartine Mariole. Un jour dans le placard de ma classe, j’ai pris un livre de la bibliothèque verte, avec sa couverture, ses caractères d’imprimeries et ses promesses au fil des pages. Il racontait l’histoire de gamins de mon âge - j’avais 10 ans-  qui étaient appelés à accomplir un grand voyage à travers le monde. Pour cela, ils devaient apprendre à sauter en parachute. L’instructeur leur expliqua son fonctionnement. L’un d’eux lui posa la question de savoir ce qu’il devait faire si son parachute ne s’ouvrait pas dans le ciel. L’instructeur lui répondit calmement qu’il devrait aller au magasin pour en acheter un autre.

Cette réponse me fit rire et mieux encore, je me suis senti intelligent parce que j’avais, si j’ose dire, compris la « chute » de l’histoire. Je m’étais alors promis d’écrire, quand je serai grand des livres. Il m’avait suffi de rencontrer par hasard, ce roman de la Bibliothèque verte, pour tomber définitivement dans la marmite de la lecture et de l’écriture ».

 

Axel  (Rueil ) et Laure-Alice (Malakoff) se sont faits les témoins des jeunes lauréats. Ils sont pour la plupart en terminale et aiment la littérature, ils lisent Gide, Mallarmé, Verhaeren, Tolstoï, Dostoïevski ou encore La République de Platon en dehors du programme scolaire. Ils écrivent, font du théâtre, sont au conservatoire et échangent au sujet de leur passion.

         Axel a 16 ans et vient de Rueil, c’est le plus jeune des lauréats, il a eu le 3ème prix au Concours général d’histoire. On le remarque car chaque jour, il se met au piano du hall de l’hôtel et nous interprète les plus grands classiques avec talent. Ses camarades l’apprécient et se taisent dès qu’il parle de littérature ou de musique. Au CP, il était rétif à la lecture car il n’avait pas appris à déchiffrer comme les autres enfants qui étaient dans la même classe. En CE1, ses parents lui ont offert Les trois mousquetaires dans la Bibliothèque verte et il s’est mis à adorer lire. Il aime plus que tout écrire de la poésie et du théâtre, il trouve sa prose emphatique voire décadentiste (un choix délibéré) car il recherche toujours un synonyme rare, un mot plus riche. Pour Axel, la beauté du mot a plus d’importance que sa portée, il aime lire en anglais ou allemand. Pendant notre entretien, Werner Lambersy vient lui offrir un recueil de poésie.

Ce jeune érudit  qui aime Aragon, Baudelaire et Lamartine est né dans une famille de grands lecteurs mais il se souvient d’un professeur de 3ème qui commençait toujours ses cours par des lectures de poèmes. Ainsi, chaque fois, les élèves pouvaient décliner leurs poètes préférés.

         Laure-Alice, elle, a 17 ans et vient de Malakoff. Elle est lauréate du Concours général en composition française et passe son bac en terminale S. Très curieuse, elle s’est fait remarquer pendant le séjour par son regard pétillant, ses questions pertinentes et sa façon de vivre un rêve éveillé. Chez elle, on ne parle pas beaucoup de littérature et ses premiers souvenirs de lectures sont surtout les livres de la  Cabane magique  auxquels elle donne tout de suite du sens en disant qu’elle est comme ces personnages qui vont dans une forêt où il y a une cabane de livres qui donnent accès à de nouveaux horizons à explorer. Elle aimait aussi Harry Potter ou Helen Keller qu’elle a étudiés en 6ème , en ce moment elle lit les ouvrages de Claude Roy.

Elle dit avec humilité qu’elle n’a jamais été une grande lectrice mais elle aime la littérature et se souvient elle aussi d’une enseignante en 1ère qui ne cessait de dire à ses élèves «  Faites- vous avant tout plaisir ! ».

 

         Les 43 lycéens reçus cette année n’étaient pas blasés et avaient soif de livres. Ils ont vécu de riches heures avec les comédiens, musiciens et poètes présents. Quand on leur offrait des livres ils restaient ébahis d’un tel cadeau tout comme la vie de rêve qu’ils avaient à l’hôtel ou les spectacles qui leur ont été offerts, parfaitement conscients de la chance qu’ils avaient…

         « La poésie est le journal intime d’un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler. » (Carl Sandbourg). Tout le monde a en mémoire le film  Le cercle des poètes disparus  et les cours du professeur Keating.  C’est à une semblable féérie que les jeunes ont été conviés au cours d’un mémorable atelier de poésie en présence de Michel Baglin, Sylvestre Clancier, Guy Goffette, Vénus Khoury Ghata, Werner Lambersy, Jean Pierre Lemaire, Jean-Yves Reuzeau et Jacques Tornay.

Face à la défaite du quotidien assénée chaque jour par le monde médiatique, le groupe a débattu sur la poésie qui permet l’impossible. « Vivre dans l’intensité est une manière d’être au monde et c’est déjà faire naître le poème. »

         Ce séjour fut ponctué d’actions culturelles diverses dont la visite de la citadelle de Lourdes et de moments forts et insolites. Avec une mention spéciale à Hugues Vassal pour ses interventions autour d’une exposition sur Édith Piaf dont il fut le photographe attitré et qui par la suite cofondera l’agence Gamma avec Raymond Depardon. Plusieurs moments étaient consacrés à « la Môme Piaf » pour la faire mieux connaître auprès d’un jeune public : une exposition de photographies et une rencontre au Palais des Congrès de Lourdes et une soirée de conférence avec illustrations musicales intitulée « Raconte-moi Édith Piaf » au Théâtre des Nouveautés de Tarbes. Avec, au final, le bonheur d’entendre Milord reprise en chœur par les lycéens dans la rue à leur sortie.   

         Autre bonheur : les artistes étant logés au même endroit que les invités, des rencontres spontanées avaient lieu chaque jour. Après un concert de chansons Séfarades à l’Abbaye de L’Escaladieu qui fut un immense succès, deux jeunes filles musiciennes ont demandé aux artistes du Trio Morenica de leur apprendre un chant en canon. Après le repas, nous entendions dans le hall de l’hôtel les répétitions spontanées de la chanson L’âge d’or de Léo Ferré à plusieurs voix…Chanson donnée une première fois à la fin d’une conférence de Jean-Claude Siméon à sa demande (un moment de grâce) et une seconde fois, lors du Petit Échiquier (en hommage au Grand) sur la scène du Palais des Congrès de Lourdes.

Moments magiques, aussi, ceux passés en la compagnie du chauffeur de bus, un ancien instituteur, détaillant à ses passagers l’historique du Pic du Midi, ou encore le témoignage de l’assistante de direction de l’hôtel vantant le comportement ouvert et poli de ses jeunes clients toujours souriants.

Merci à Guy Rouquet de résister à la médiocrité ambiante et de montrer sans démagogie à chaque jeune, la voie vers laquelle couve le feu de Prométhée qu’ils auront pu approcher l’espace de cinq journées denses et inoubliables.

 

Les manifestations des Journées Magiques

  • « Max –Pol Fouchet et le passeur de rêves » raconté par Guy Rouquet avec le concours musical de Jacques Ibanès.
  • « La source et le royaume », présentation du recueil de poèmes de Sylvestre Clancier, assisté de Pierre Hossein aux guitares.
  • « D’Édith Piaf à l’agence Gamma » conférence d’Hugues Vassal
  • « Marguerite(s), opéra-comique » avec J. Goron, C. Kluber et P. Maurel
  • « Les ateliers de l’Atelier ». Débats sur la littérature avec des écrivains et poètes.
  • « Voyage autour de ma langue » avec Jean-Claude Bologne.
  • « Shakespeare for ever » avec Claude Mourthé.
  • «Les Sonnets du grand Will» avec J.-L. Debattice et J.-C. Rieudebat
  • « Falstaff » projection du film préféré d’Orson Welles
  • « Raconte-moi Édith Piaf » par Hugues Vassal, assisté de P. Maisonneuve et A. Giuliano
  • « Les ateliers de l’atelier ». Débats sur la poésie
  • « Les mots étaient des loups », rencontre avec Vénus Khoury-Ghata.
  • « Romances et chansons séfarades » par le trio Morenica
  • « Lignes de vie ». Récital de poèmes et chansons de poètes
  • « N’importe où… » spectacle musical avec A. Velter, J.L. Debattice et Ph. Lignac
  • « Lignes de cœurs », présentation du livre avec lectures et illustrations musicale
  • « La poésie sauvera le monde » avec Jean-Pierre Siméon
  • « Le Petit Échiquier », dans le souvenir du Grand…
  • « Mingus erectus » de Noël Balen, création poético-jazzique
  • « Fausses routes » de Gilles Verdet, Grand Prix de la nouvelle 2016 de la SGDL
  • Rencontre avec Noël Balen, écrivain et musicien.

 

Quatre expositions étaient présentes lors de cette Quinzaine, dont trois conçues et réalisées avec le concours de l’Éducation Nationale.

  • Édith Piaf : De l’enfance de la Môme à sa disparition. Exposition conçue et réalisée par Hugues Vassal, photographe attitré de l’artiste.
  • La Déclaration universelle des droits de l’homme – Du A de Asile au Z de Zola en passant sans oublier le B de barbarie et le X de xénophobie…
  • Livres de paroles : Torah, Bible, Coran – Panneaux de la Bibliothèque Nationale de France. Du polythéisme au monothéisme - Abraham- Naissance : du judaïsme, du christianisme, de l’islam. L’image : dans le judaïsme, dans le christianisme, dans l’islam. Figures communes.
  • Si la langue française m’était contée. Jacques Gaucheron livre une synthèse de tous les évènements qui ont marqué l’évolution du français en France, dans les régions et dans la Francophonie. Et une histoire racontée par l’évocation de ceux qui l’ont illustrée : de Charlemagne aux auteurs de bandes dessinées en passant par Gutenberg .   

 

Alexandra Ibanès

 

 

 

 

Rencontres littéraires à Lourdes- Opération 2000 jeunes- Ecole des lettres 3/9
Atelier poésie.

Atelier poésie.

Rencontre avec le poète Guy Goffette.

Rencontre avec le poète Guy Goffette.

L'âge d'or interprété pour Jean-Pierre Siméon.

L'âge d'or interprété pour Jean-Pierre Siméon.

Guy Rouquet et Jean-Pierre Siméon

Guy Rouquet et Jean-Pierre Siméon

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Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
En sortant de l'école: Guillaume Apollinaire

Voici mon dernier article pour L'école des lettres. Merci à Tristan pour sa contribution.

« On peut être poète dans tous les domaines :
Il suffit qu’on soit aventureux
Et qu’on aille à la découvert
e. »
Guillaume Apollinaire

En sortant de l’école est une série de films d’animation créée en 2013. Cette collection invite les enfants et les adultes à voyager en poésie et à redécouvrir de grands textes. Les deux premiers DVD ont rendu hommage à deux poètes surréalistes : Prévert et Desnos… L’opus 3 de cette collection est consacré à Guillaume Apollinaire.

Treize courts-métrages originaux pour découvrir Apollinaire

L’opus 3 est composé de treize courts métrages de trois minutes chacun, imaginés par de jeunes réalisateurs diplômés d’écoles prestigieuses (Les Gobelins, EMCA, ENSAD, La Poudrière) qui utilisent différents médiums pour servir les textes : photos réelles, objets, aquarelles, craies grasses, gouache, pliages, dessins au feutre, palette graphique… pour un résultat époustouflant.

Les techniques d’animation sont elles aussi très différentes avec des dessins traditionnels ou alors l’utilisation des dernières technologies avec la 2D et la 3D.

Apollinaire et la guerre

Quatre films sont consacrés à Guillaume Apollinaire, soldat de la Grande Guerre. On sait qu’au début du conflit, le poète, qui n’était pas Français, s’était rapidement porté volontaire pour participer au conflit et qu’il a écrit sur le front quelques-uns de ses plus beaux poèmes.

La mise en image de Fusée signal est descriptive et illustre parfaitement ce texte : c’est le voyage en auto d’un soldat blessé qui observe les dégâts de la guerre et nous, spectateurs, faisons le parcours à travers son regard, au milieu des paysages dévastés… Une ellipse poétique sublime ce trajet par la pensée du blessé : « Ta langue le poisson rouge de ta voix dans le bocal »…

La poésie amoureuse

Un oiseau chante rend hommage au poète-soldat amoureux. Une femme apparaît : il s’agit de Madeleine Pagès, rencontrée dans un train au début du conflit et quittant la France pour Oran. Le soldat qui est confronté à l’horreur survit en pensant à celle qu’il aime et qui est matérialisée par un immense oiseau bleu représentant son amour.

Madeleine Pagès encore… avec Carte postale. La réussite est totale. Fabienne Wagenaar, la jeune réalisatrice, a su utiliser différentes techniques pour une mise en abyme de ce court texte. La fiancée du poète reçoit une abondante correspondance sous forme de cartes postales d’où sortent des soldats en papier dans différentes situations de la vie au front. Les obus qui explosent sont une « floraison éblouissante dans un ciel à peine bleuté » sous forme de fleurs en papiers. Le travail à la craie grasse et les scènes animées grâce à de subtils pliages donnent un résultat saisissant et d’une intense poésie.

Mutation est un film narratif qui met en images les mots et les maux du poète exprimés avec une grande économie de moyens par trois interjections – « Eh, Oh, Ah » – déclinées sur plusieurs tons exprimant tout à la fois le spectacle de la guerre et de son absurdité, face à la permanence de l’amour.

Des réalisateurs aux sensibilités très diverses

Saluons à travers ce DVD la sensibilité et l’originalité de tous les réalisateurs qui sont eux aussi poètes. Marie de Lapparent invoque dans Je me souviens de mon enfance tout un univers surréaliste à travers des photos qui s’animent grâce au procédé du Stop Motion (mouvement de l’image créé par 24 dessins par seconde).

À toutes les dingotes et à tous les dingos, poème méconnu celui-là, amusera comme Les Saltimbanques un plus jeune public, le premier pour ses allitérations et sa musique enlevée et le second pour son graphisme qu’aimeront particulièrement les enfants. Les poètes épicuriens s’ouvriront l’appétit avec Le Repas, un véritable hymne à la vie.

Automne et Le Bestiaire sont deux films plus allégoriques. Pour le célèbre Pont Mirabeau, la lecture des images qui paraît simplifiée est en réalité fort complexe, car le story board se démarque totalement de ce texte bien connu. La narration du réalisateur est une véritable recréation. Le défi de se détacher graphiquement du texte est si réussi que le texte en sort grandi.

Avec Le Coin, Sempé rougira de plaisir tant le graphisme rejoint son univers, tandis que Ville et cœur est un bel hommage à Tati tant le scénario fait penser à Trafic. Une image (l’entrelacement des périphériques) d’à peine une seconde signera ce court métrage du nom d’APO de façon subliminale.

D’Apollinaire à Paul Eluard

Il est important de signaler que les textes sont tous énoncés de façon magistrale par Yolande Moreau, Pascal Greggory, Sylvain Despretz, Thibault Vinçon, et que les musiques d’accompagnement épousent parfaitement textes et images.

Au premier visionnage du DVD consacré à Guillaume Apollinaire, on peut penser que, contrairement à ceux dédiés à Prévert et Desnos, il s’adresse plus à un public d’adolescents voire d’adultes, mais il n’en est rien. À part quelques films où l’enfant pourra être accompagné pour une meilleure compréhension, si on le souhaite, la qualité exceptionnelle de cet ensemble satisfera les plus jeunes comme les adultes.

Actuellement, de nouveaux réalisateurs travaillent sur une quatrième série consacrée à Paul Eluard.

Avant la distribution de chaque DVD, les courts métrages sont à chaque fois diffusés sur France 3.

Une ressource pédagogique remarquable

Avec l’appui de ces films, les enseignants pourront organiser des séquences de poésies vivantes, en faisant étudier la relation image / texte et en montrant à leurs élèves les différentes techniques d’animation, aidés en cela par les précieux bonus offerts à la fin de chaque DVD et diffusés par France Télévision Éducation.

Les prolongements sur le travail de l’image sont immenses : interprétation graphique du texte, mise en mouvement de l’image, travail sur l’espace-temps, ellipses, flash-back, outils utilisés, mise en abyme…

Tristan, douze ans, a visionné le DVD et voici son impression :

« Les scénarios de ces films d’animation s’inspirent des poèmes de Guillaume Apollinaire. Ça apporte une richesse par rapport aux autres dessins animés qu’on peut voir à la télé et qui sont souvent les mêmes. Ici, les techniques et les dessins sont beaucoup plus riches. Ce DVD m’a fait aimer la poésie d’Apollinaire et m’a permis de mieux la comprendre avec l’aide des scénarios. Je connaissais le nom d’Apollinaire mais je n’avais pas lu ses poèmes et grâce aux réalisations qui ne sont jamais les mêmes, ça permet de donner un style à chaque texte et de les aimer.

J’ai adoré le making off qui est très complet. On y trouve toutes les techniques d’animation utilisées, ce qui m’intéresse car j’aimerais travailler dans l’animation plus tard. On explique aussi comment on fait des bruitages avec des objets complètement anodins (bijoux, boutons, chaussures, papiers…). On se rend compte du travail énorme qu’il faut fournir, c’est impressionnant ! »

« En sortant de l’école : Guillaume Apollinaire », un DVD de 39 min. Studio Tant Mieux Prod. Éditeur et distributeur : France Télévision Distribution.

Réalisation : Wen Fan et Mengshi Fang, Augustin Guichot, Florent Grattery, Charlie Belin, Marjorie Caup, Caroline Cherrier, Matthieu Gouriou, Fabienne Wagenaar, Hugo de Faucompret, Émilie Phuong, Marie de Lapparent, Loïs Espuche, Anne-Sophie Raimond.

Histoire originale : Guillaume Apollinaire d’après ses poèmes. Musique : Joseph Kosma, Nathanël Bergese, Yan Volsy, Pablo Pico, Julien Divisia, Frédéric Marchand.

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En sortant de l'école: Guillaume Apollinaire

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Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Vivre livre
Le livre sonore raconté par les enfants dans L'ECOLE DES LETTRES.

http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/arts/audio/le-don-de-voix-enregistrement-dun-livre-sonore-en-cm2-a-sevigne-narbonne/

Depuis deux années, la classe de CM2 dont j’assume la responsabilité réalise des livres sonores pour les non-voyants ou des personnes souffrant d’un fort handicap visuel.

Enseigner la littérature à l’école primaire c’est aussi partager de beaux textes et avoir toujours à cœur de prodiguer cette passion des mots à travers des lectures orales.

Lire à voix haute n’est pas seulement dire un texte mot à mot. Il y a derrière cette discipline tout un travail de compréhension, d’expression, de diction. Lorsqu’on lit oralement, on effectue trois opérations :

• une lecture visuelle silencieuse avec une attribution de sens ;
• une opération de diction où l’on dit ce qu’on a lu et compris ;
• une opération de rétroaction qui prend en compte l’effet produit sur soi-même ou sur l’auditoire.

Les enfants ne donnent pas toujours du sens à cette activité de lecture qu’ils trouvent souvent ennuyeuse.

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Pourquoi concevoir un livre sonore ?

Qui dit lecture orale, dit destinataire ! Lors d’une rencontre à la médiathèque avec l’Association narbonnaise des donneurs de voix, il a été convenu d’un commun accord de mener une action de partenariat entre ma classe et cette structure. Ce projet de lecture en lien avec les programmes de l’Éducation nationale est devenu un acte ancré dans la réalité sociale. Une collaboration harmonieuse s’est tout de suite créée entre l’école et la bibliothèque sonore.

Avant d’enregistrer le livre sonore avec le logiciel Audacity, les enfants ont travaillé durant plusieurs mois la lecture orale en respectant des critères précis : bien connaître le texte, s’entraîner à articuler les mots difficiles pour ne pas les accrocher lors de la diction, varier le ton, enchaîner les mots, marquer des silences.

Pour atteindre ces objectifs, ils se sont évalués entre eux avec vigilance et ont progressé au fil de leurs lectures.

Le don de voix a permis aux enfants de devenir exigeants envers eux-mêmes et on sent, lors de l’écoute des enregistrements, un profond plaisir de dire.

L’enregistrement regroupant ces lectures a été présenté par la classe à l’association lors d’un après-midi au cours duquel les enfants ont lu en public quelques extraits de leur production.

La fraîcheur des voix enfantines a séduit les auditeurs ainsi transportés dans le monde de l’enfance et cette circonstance a permis de créer un lien intergénérationnel profitable tout à la fois aux non-voyants et aux enfants.

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Quels textes choisir ?

Le choix des textes a été réalisé en fonction du lectorat. Les audio-lecteurs sont pour la plupart des personnes âgées devenues non-voyantes au fil du temps ; elles ne maîtrisent donc pas le braille et leur seule possibilité de demeurer en contact avec les textes est d’écouter des livres sonores.

Le travail d’enregistrement a demandé beaucoup de temps et de patience. Les élèves ont souvent été impressionnés par le matériel ou émus d’enregistrer un texte qui sera conservé et écouté.

Leur exigence les a poussé à recommencer de leur propre chef leurs lectures à plusieurs reprises, tant il est vrai que s’entendre développe l’esprit critique.

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À la redécouverte des trésors de la langue française

En outre, l’enregistrement d’un livre sonore est une occasion de redécouvrir les trésors de la langue française et de faire revivre aux audio-lecteurs un peu du temps passé avec des mots retrouvés de textes inscrits dans la mémoire collective. Le choix arrêté avec l’accord des enfants pour l’opus « Les poètes de A à Z » est un florilège de poèmes très connus (« Le Dromadaire », d’Apollinaire ; « Liberté », de Paul Eluard ; « Le Corbeau et le Renard », de La Fontaine, « Conversation », de Jean Tardieu ; « Rondeau », de Charles d’Orléans, etc.).

Pour enregistrer des textes avec des enfants, il est en effet préférable de choisir des textes courts. Cet éventail d’auteurs leur a permis par la même occasion de se créer une première anthologie poétique. La présentation du prochain livre a eu lieu à la médiathèque de Narbonne, en partenariat avec l’association, lors du Printemps des poètes.

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Quelques exemples d’enregistrements
de contes africains par les élèves
de CM2

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Témoignages d’enfants

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Avant de débuter le projet, j’ai demandé à la responsable de la bibliothèque sonore de rencontrer mes élèves pour lever le voile sur toutes les questions possibles. Mme France Charles, qui est une des responsables de la bibliothèque sonore de Narbonne, est venue nous rencontrer et une interview a été réalisée par ceux-ci.

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E.M. – Pourquoi dit-on « bibliothèque sonore » ?

France Charles. – Car c’est un livre que l’on lit avec ses oreilles. Des personnes qui aimaient lire ont perdu la vue petit à petit. Elles ont tout d’abord lu avec des lunettes, puis elles sont passées à la lecture de livres en gros caractères et c’est devenu de plus en plus difficile. Ces lecteurs ont souvent envie de relire des livres qu’ils ont aimés. Au tout début, quand la bibliothèque sonore est née, on a enregistré sur des cassettes.

Y. – Qu’est-ce qui vous a donné envie de lire ?

J’étais professeur avant d’être en retraite, j’aimais lire avec mes élèves, j’aimais le théâtre. Il fallait bien articuler, capter l’attention, bien lire. Être lecteur à la Bibliothèque sonore, c’est un désir d’aider les autres, de partager les livres qu’on aime, qu’on a envie de communiquer.

A. – Depuis quand y a-t-il la bibliothèque sonore à Narbonne ?

Depuis 1983, on vient de fêter les trente ans et cela fait quarante ans que ça existe en France. Il y a à présent 115 bibliothèques en tout.

D. – Combien de personnes bénéficient des livres sonores ?

Dans l’Aude, il y en a 115 alors que 1 500 pourraient en emprunter.

M. – Est-ce que vous fournissez des livres aux maisons de retraite ?

La Bibliothèque sonore de Perpignan le fait.

A. – Combien y a t-il de livres sonores ?

Il y en a 1 700, enregistrés au format MP3.

P. – Y a-t-il de gros livres ?

Oui, parfois des livres énormes, de 600 pages.

A. – Combien peut-on emprunter de livres par an ?

Les lecteurs prennent en général quatre ou cinq livres par mois.

D. – Faites-vous des livres en braille ?

Non, car les enfants très jeunes apprennent à lire en braille dans des institutions et ils ne viennent pas emprunter de livres sonores.

(Par la suite, Mathilde empruntera des livres en braille à la médiathèque pour les présenter à la classe.)

Y. – Où se trouve la bibliothèque sonore ?

Rue Paul-Louis-Courier. Certains découvrent la Bibliothèque sonore en passant dans la rue.

E.P. – Vous êtes contente de faire des livres sonores ?

Je ne pourrais pas m’en passer.

E. M. – Y a-t-il d’autres écoles qui réalisent des livres sonores ?

Vous êtes des pionniers !

D. – Qu’enregistrez-vous?

Des poèmes, des essais, des livres d’aventures, de religion, de philosophie… et depuis dix ans des magazines et des hebdomadaires. On a aussi Tintin et le lotus bleu !

A. – Si le livre est gros, comment faites-vous ?

Auparavant un livre pouvait nécessiter vingt-six CD audio, maintenant il suffit d’un CD au format MP3.

M. – Comment choisit-on un livre si on ne voit pas ?

On a créé le Magazine de la Bibliothèque sonore de Narbonne qui paraît tous les trois mois avec le titre, le nom de l’auteur, le résumé des derniers livres.

A. – Et si le livre qu’on veut n’y est pas?

Les bibliothèques sonores sont un réseau, on peut l’emprunter et le graver. C’est un véritable échange, on découvre des livres d’auteurs qu’on aurait peut-être jamais lus.

Q. – Et si on a du mal à lire et qu’on voit, on peut emprunter les livres?

Oui, mais il faut un certificat médical. On peut prêter des livres à des personnes handicapées qui ne peuvent pas utiliser leurs mains pour tourner les pages ou à des personnes qui ont de gros problèmes de lecture.

A. – Est-ce qu’il y a des bibliothèques sonores dans d’autres pays?

Je crois qu’il va falloir faire une recherche sur internet, mais sans doute…

A. – Y a-t-il des livres dans plusieurs langues?

Non car il n’y a pas de demande.

E.M. – Y a-t-il beaucoup de personnes âgées ?

Oui de 60 à 95 ans.

P. – Combien êtes-vous dans l’association?

Il y a vingt-cinq donneurs de voix et quinze donneurs de temps pour assurer les permanences. On échange beaucoup sur les livres.

A. – En 4e, on doit faire des stages, pourriez-vous nous accueillir ?

Oui volontiers. Vous savez, ces personnes sont seules, elles manquent de relations, on organise des sorties, des rencontres, des tables rondes, on parle de choses et d’autres.

J. – L’association s’arrêtera-t-elle un jour ?

Jamais, sauf quand il n’y aura plus de non-voyants !

A. – Utilisez-vous un logiciel spécial ?

Nous utilisons Audacity. Nous enregistrons chez nous quand nous le pouvons. Cela prend beaucoup de temps. Pour dix minutes de lecture, on ne lit que quatre pages. On passe quatre fois plus de temps que pour d’une lecture normale. Il faut corriger et gommer les bruits d’un bébé qui pleure, d’un klaxon dans la rue, d’un chien qui aboie… Il faut sélectionner, réécouter, contrôler les silences…

Médiathèque du Grand Narbonne

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Témoignages

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D . – Pour le projet de l’enregistrement du livre sonore, une bénévole est venue dans la classe. En discutant avec elle, nous avons appris qu’un lecteur avait enregistré « Tintin et le lotus bleu », que ce livre sonore était bien et qu’elle allait nous l’envoyer. Un matin, la maîtresse nous a dit qu’il était arrivé, on a écouté le début en fermant très fort les yeux. Ensuite elle nous a donné deux passages de la bande dessinée et on a fait la comparaison en réécoutant les deux premières pages. Le monsieur précisait le numéro des vignettes, les couleurs, il décrivait les personnages puis disait enfin les paroles. Cela était très intéressant.

A et Y. – On ne connaissait pas la bibliothèque sonore, mais maintenant ça nous intéresse beaucoup, ça nous tient particulièrement à cœur de pouvoir aider des non-voyants et de faire plaisir aux gens qui n’ont plus la possibilité de lire. C’est un peu comme s’ils tenaient un livre.

Depuis ces deux premiers enregistrements, une classe de collège de Port-La Nouvelle a également enregistré un livre sonore. Gageons que dans les prochaines années, d’autres établissements suivront.

Alexandra Ibanès, enseignante en CM2 à l’école Sévigné, Narbonne.

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La collection « Chut! »
de l’école des
loisirs propose
des livres lus
pour les trois à douze ans et plus, pour la plupart sélectionnés par le ministère de l’Éducation nationale
et accompa
gnés de pistes pédagogiques.

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