Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo
LABO PHILO 3. Le musée philofables en folie.

 

Le projet d'une enseignante confinée pour continuer la philo avec ses élèves: le musée virtuel Philofables en folie, par Alexandra Ibanès

 

 

Comment est née l’idée du musée virtuel Philofables en folie ?

Enseignante, je me suis retrouvée du jour au lendemain, comme mes élèves, confinée pour les raisons sanitaires que le monde entier connaît actuellement. Il a fallu, sans préparation, se mettre au télétravail pour assurer une continuité pédagogique tout en sachant que mes élèves cette année sont réfractaires à un enseignement classique, mais ont de nombreux talents au niveau de la créativité.

Je mène régulièrement des débats à visée philosophique en classe et j’ai pensé que poursuivre les discussions en famille serait pour beaucoup d’enfants et leurs parents une bonne façon de réfléchir ensemble autour de thématiques, afin qu’ils se connaissent mieux pour bien vivre ensemble durant un temps indéterminé.

En classe, nous avons étudié il y a quelques semaines une pièce de théâtre de Michel Piquemal (L’Annonce) qui a emporté un succès immense auprès des élèves surtout quand ils ont appris que l’auteur était un écrivain vivant ! Ils ont tout voulu savoir sur lui et en découvrant son œuvre, des enfants ont réalisé qu’ils possédaient certains de ses livres à la maison. Michel étant presque un voisin, ma classe et lui ont pu échanger quelques textos sympathiques .

 

Pourquoi les Philofables comme support ?

La première raison est, comme je l’ai précisé ci-dessus, d’ordre affectif. Les enfants avaient étudié l’auteur que connaît la maîtresse (succès garanti) mais surtout nous nous étions beaucoup amusés lors de la lecture de L’Annonce. Le contact n’étant que virtuel, je savais que j’éveillerais leur curiosité. Cette année, dans mon projet « philo à l’école », je n’avais pas eu encore l’occasion d’utiliser les Philofables.

La deuxième raison est d’ordre pédagogique. Les fables philosophiques comme le dit l’auteur dans sa préface, interrogent le monde et posent de vraies questions à partir de textes fondateurs tels que les contes, la mythologie, l’histoire antique, ou la sagesse venant de l’Orient. Chaque philofable est composée de deux parties : d’une part le récit lui-même réécrit par Michel Piquemal et d’autre part « Dans l’atelier du philosophe », où le lecteur est questionné et amené à réfléchir.

 

Quand les autres années, je présente des philofables à ma classe, les enfants sont ravis de lire des textes réécrits de Platon, Socrate, ou encore Bouddha, Tchouang –Tseu etc… Pour eux, se sentir capables à leur âge de pénétrer dans le monde de ces grands penseurs les valorise d’une façon qui est aux antipodes d’un quelconque narcissisme. Les philofables les prennent en considération en quelque sorte, et sont en cela aussi un excellent outil pédagogique.

 

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/none/path/s6ebc0da899522971/image/id63d75fd85e5fd26/version/1585210261/image.jpg

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/iac2b4e29c45f7b27/version/1585210261/image.jpg

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/if5f3fbba6f9ffa3e/version/1585210261/image.jpg

Dessins à partir de la Philofable "La vache sur son île"

 

Pourquoi faire philosopher en famille plutôt que par des visioconférences ?

Lors de ce confinement, des familles vont se découvrir sous une autre facette... alors pourquoi ne pas philosopher dans le cadre familial ? Chacun se trouve contraint de vivre une situation singulière, coupé des repères habituels et de l’environnement de ses pairs. L’occasion est belle pour les parents et les enfants de créer ensemble un nouvel équilibre familial et la philosophie peut jouer ce rôle de passeur. C’est pourquoi j’ai proposé (sans l’imposer bien sûr) cette activité aux familles. La moitié de ma classe joue le jeu (et je n’ai pas de nouvelles de tous les élèves).

À part s’écouter, se respecter, ne pas imposer son point de vue, construire sa pensée ensemble et apprendre à se découvrir sous un nouveau jour, je n’ai pas donné d’autres consignes précises. Connaissant les familles, je sais que les discussions auront lieu sous différentes formes selon les sensibilités et le vécu de chacun.

C’est très frustrant de ne plus animer des débats philo avec les enfants, mais je tiens cette ligne de conduite de ne pas vouloir m’immiscer dans les débats philosophiques à la maison. Autrement dit, j’ai passé le relai ! Plus que ce qui se dira ou se fera, l’important est que les familles qui participent à cette aventure se parlent en réfléchissant sur notre condition d’humains.

 

Pourquoi le musée virtuel des philofables en folie ?

Cette année, les élèves de ma classe ont un goût pour l’expression plastique. C’est une des rares activités où les conflits n’existent plus entre eux. Aussi, exprimer leurs réflexions et débats par le biais du dessin, de la peinture, de collages, feutres ou craies m’a paru être une démarche fructueuse. Cependant, les enfants souvent dessinent, créent de belles productions et leurs œuvres un jour disparaissent dans une boîte, dans un classeur, où prennent la poussière au grenier… Il m’a semblé important de conserver ces moments privilégiés de représentation de la pensée dans un cadre non occupationnel (il ne s’agit pas de dessiner pour dessiner), de la période que nous vivons actuellement. Rien n’est figé, cette activité pourra se poursuivre par ailleurs.

Pourquoi donc ne pas imaginer un musée virtuel comme LE MUZ créé par Claude Ponti ? Suivant ce bel exemple, l’objectif de conserver une trace des pensées d’enfants par le biais d’expressions artistiques sera mené à bien. Cela aura pour résultat de valoriser des œuvres émouvantes sur lesquelles ils auront réfléchi dans un contexte particulier et différent de ce qui se pratique habituellement dans un cadre scolaire.

 

Ce nouveau « musée » s’agrandit tous les jours avec des dessins naïfs, étonnants, matures, insolites qui sont la trace d’une réflexion « philosophique » plus ou moins élaborée. Le résultat obtenu, à savoir le dialogue entre les enfants et leurs parents, est d’ores et déjà une réussite.

 

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/i76afaa0f887e1ebf/version/1585210343/image.jpg

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/icb58cf8ec7ed872a/version/1585210343/image.jpg https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/icb58cf8ec7ed872a/version/1585210343/image.jpg

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/i5e93c4945c2aa612/version/1585210343/image.jpg https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/i5e93c4945c2aa612/version/1585210343/image.jpg

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/if52a181a37faf2b3/version/1585210343/image.jpg https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=1920x400:format=jpg/path/s6ebc0da899522971/image/if52a181a37faf2b3/version/1585210343/image.jpg

Dessins à partir de la Philofable "Diogène et le marchand"

 

  

Pourquoi faut-il garder une forme d’humilité ?

Bien que j’anime des ateliers philo en classe depuis plusieurs années et que j’aie des exigences, je crois qu’il est nécessaire de comprendre qu’actuellement nous vivons une situation exceptionnelle et qu’il faut savoir s’adapter.

Les derniers jours d’école, la classe était électrique. Sans parler de débats, je rassurais chaque jour et à chaque moment les élèves sur la situation. Comme ils se situaient dans le registre de l’émotionnel, je n’ai pas souhaité mener des discussions à visée philosophique à proprement parler, mais plutôt avoir de simples échanges à bâtons rompus.

On a beau dire, mais quand les élèves ont su qu’ils devaient prendre leurs affaires pour une durée indéterminée le vendredi en sachant que l’école allait être fermée le lundi, ils savaient pertinemment qu’il se passait quelque chose de grave. Actuellement, les enfants sont dans un état d’angoisse permanent avec les informations anxiogènes qu’ils reçoivent à chaque instant sans parler de certaines situations difficiles (parents soignants ou parents qui ne s’entendent pas très bien). Chaque jour, je reçois de leur part des messages reflétant toutes ces situations (messages positifs, messages de tristesse, voire d’angoisse...) Il me semble important de prendre la mesure de toutes ces émotions que l’on ne peut pas voir forcément derrière un écran ou en visioconférence.

Bref, il me paraît important que les débats à visée philosophique soient menés avec précaution, sur des sujets bien choisis qui n’affecteront pas les familles (l’émotionnel toujours). L’important est de continuer à penser, à se remettre en question et à partager de beaux moments en famille par le dialogue. Le reste viendra après…

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Autres
Le masque qui nous déshumanise.

Le masque soulève bien des polémiques, les dirigeants, la population, les scientifiques de différentes chapelles se contredisent sur son utilité toutes les heures depuis la mi-mars. Il en existe de toute sorte : des jetables, des lavables, en tissu, made in home... Cependant, depuis le début,  le masque me pose un problème qui va au delà de la santé publique. Cet accessoire nous déshumanise chaque jour un peu plus. Très sensible à la liberté d'expression:

 

Je déteste ce masque qui cache la moitié des visages des gens que je rencontre et qui affaiblit la communication non verbale.

 

Je déteste ce masque porté par mon interlocuteur et qui étouffe ses mots.

 

Je déteste ce masque qui cache les doux sourires de ceux que j'aime.

 

Je déteste ce masque sur mon enfant.

 

Je déteste ce masque qui me fait chaque jour penser au bâillon de la dictature.

 

Je déteste ce masque, symbole dans d'autres vies, d'autres lieux, du silence imposé. Frappe avec ta tête chantait Daniel Balavoine.

 

Je déteste ce masque qui avilit l'homme.

 

Je déteste ce masque, moi qui aime avancer tête haute, sans me cacher en assumant qui je suis.

 

Je déteste ce masque qui bientôt dans les écoles donnera inconsciemment une image affaiblie des enseignants face à des enfants qui ont de plus en plus le droit à la parole (quand c'est bien fait tant mieux) et à qui on permet tout de plus en plus. Je n'oublie jamais l'enfant que j'ai été, si j'avais vécu cette expérience, j'aurais pensé du maître que j'avais, qu'il était le barde d'Astérix qu'on veut faire taire à tout prix.

 

Je déteste ce masque imposé aux profs qui pour être entendus  et être audibles toute la journée vont pousser sur leurs cordes vocales , ce qui fera le bonheur des orthophonistes.

 

Je déteste ce masque que collégiens et lycéens devront porter en cours et qui les déshumanisera dans un groupe classe.

 

Je déteste ce masque qui nous fait ressembler à des êtres sans consistance dans notre société de l'image.

 

Je déteste ce masque assurancetourix car une fois encore je pense à ceux qui pendant des siècles ont du se taire et encore aujourd'hui... L'image est trop forte.

 

Le masque qui nous déshumanise.
Le masque qui nous déshumanise.

Voir les commentaires

Publié le par alexandra Ibanès
Revue Instinct Nomade "Les 7 vies de Pessoa"

Je suis très heureuse d'avoir publié un texte-hommage dans la revue Instinct Nomade consacré à un de mes poètes de prédilection : FERNANDO PESSOA.

 

 

Description par la librairie portugaise et brésilienne, rue des Fossés Saint-Jacques à Paris.

 

 

Description :

Pour la cinquième parution de la revue Instinct nomade, nous avons fait le choix de Fernando Pessoa qui, mort en 1935, est considéré aujourd'hui comme l'un des écrivains majeurs de la première moitié du vingtième siècle. Pessoa, qui n'a presque rien publié de son vivant, a pourtant laissé une œuvre d'envergure de plus de 30 000 feuillets retrouvés après sa mort dans une malle. Au Portugal, il est une icône, un emblème national. Son image apparaît partout à Lisbonne, taguée sur un mur, reproduite en poster, sculptée, peinte, caricaturée ou sérigraphiée sur des carreaux de faïence. Pour ce qui est de son œuvre, elle est de plus en plus lue dans le monde entier (et et tout particulièrement en France). Pour réaliser ce portrait métissé, nous avons rassemblé plus de 25 écrivains, universitaires, philosophes, musiciens, poètes, journalistes, peintres et photographes et plusieurs de ses traducteurs.

SOMMAIRE

Aux sources de l'Intranquillitude par Michel Chandeigne


• Lisbonne : le cas Pessoa par Christian Bourgois (notice biographique de Christian Bourgois par Jean-Louis Kuffer)
• Lisbonne, Pessoa et ses ombres (carnets de lecture) par Christian Cottet-Emard
• Les trois derniers jours d'Antonio Tabucchi par Bernard Deson
• Pessoa l'intranquille, dessins par José Correa
• Pessoa amoureux par Bernard Lonjon
• Remarques sur la création plurilingue chez Fernando Pessoa par João Dionísio
• Pessoa marchait seul par Serge Pey
• Meu nome é Pessoa par Daniel Malbranque
• Hétéronymes et états multiples de l'être. Notes sur l'oeuvre de Fernando Pessoa par Luc-Olivier d'Algange
• L'entreprise prodigieuse de Fernando Pessoa par Jacques Ibanès
• La mise en objet de Fernando Pessoa : la figure pop masque-t-elle l’œuvre ? par Laurie Leiner
• Le solitaire innombrable, ou la complication la plus simple par Jean-Louis Kuffer
• Ponts et intervalles par Béatrice Guéna
• Pessoa et le moment présent par Pascal Dethurens
• L'affaire Varges par Vanessa Natiora
• Lettre à Fernando Pessoa. Le voyage immobile par Marc Alpozzo
• À Verdun avec Pessoa par Alexandra Ibanès
• Ode au Cinquième Empire par Luc-Olivier d'Algange
• Dans les marges de Fernando Pessoa par Bernard Deson
• La mort de Fernando Pessoa par Patrick Tillard
• Le musicien à l'heure du diable par Xavier Dayer
• Sá-Carneiro prince de la décadence par Agnès Debruyne
• Des restes mâchouillés de sensations par Étienne Beaulieu
• « Lisbon : What the tourist should see » Du texte au film : Pessoa contre Pessoa ? par Régis Salado
• Pessoa un Faust de lui-même... par Patrick Quillier

 

 

Revue Instinct Nomade "Les 7 vies de Pessoa"

Voir les commentaires

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 2
 ·  15. février 2020

Pourquoi il est indispensable d'instaurer les débats philo en classe

 

« L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours? »

  

Professeure des écoles, Alexandra Ibanès anime avec sa classe des ateliers de philosophie pour enfants depuis près de vingt ans. Elle nous livre, dans cet article sans langue de bois, une vision de l’école pleine d’espoir sans éluder pour autant les questions qui fâchent et les difficultés réelles que rencontrent les enfants et les enseignants aujourd’hui. Il y est question de motivation des élèves, de vivre ensemble, d'éducation positive pas toujours bien interprétée, des débats à visée philosophique et du sens premier de l’enseignement : enseigner.

 

Débats à visée philosophique, école, bienveillance.
 

  

Il s’appelle Paul, je l’ai rencontré il n’y a pas très longtemps. Il a 80 ans et il est né fils d’agriculteur. Il m’a dit qu’il devait tout à l’école de la République. Bénéficiant d’une bourse, il a pu entreprendre des études secondaires. Puis, le métier de « pion » lui a permis de se payer des études supérieures et de devenir professeur d’anglais et de littérature anglaise à l’Université à Aix-en-Provence. À 80 ans, il n’a pas oublié et il dispense à l’heure actuelle des cours gratuits de pratique d’anglais pour de futurs doctorants en droit douze heures par semaine. Une façon pour lui de restituer un peu de ce qu’on lui a offert jadis...

 

Ils s’appellent Djamel, Amhed, Fathia, Oussime… Ils ont entre 30 et 40 ans, ont vécu leur enfance dans des quartiers populaires et sont devenus éducateurs, responsables d’associations ou cadres supérieurs. Leurs regards sont pétillants et ils mordent la vie à pleines dents, ils ne cessent de remercier l’école grâce à laquelle ils ont pu s’insérer dans la vie sociale.

Il s’appelle Théo, il a 10 ans, il a connu un drame familial dans sa jeune vie. Il ne parlait plus, il détestait l’école et il a appris à l’aimer car son enseignante a refusé de pleurer avec lui, elle l’a apprivoisé et lui a fait comprendre qu’il avait le droit d’être malheureux mais aussi de devenir heureux, qu’il avait droit au bonheur. Du jour au lendemain, Théo a appris à rire, à chanter, à jouer avec ses copains après trois années de silence. 

 

L’école est une microsociété indispensable dans la construction de l’enfant. Depuis le début de ma carrière, je côtoie des enseignants majoritairement soucieux du bien-être des élèves. L’enseignement est pour beaucoup une véritable vocation et rares sont les personnes qui quittent leur enveloppe de prof une fois rentrées chez elles.

 

Depuis quelques années, l’école est mise à mal, pointée du doigt par les médias et les réseaux sociaux. Mais qui sait réellement ce qui se passe à l’intérieur d’une classe de cours?

 

En quelques années, face aux bouleversements considérables provoqués par des avancées technologiques considérables l’ensemble de la société a basculé très rapidement dans une ère nouvelle. La vie des enfants de 2020 n’est pas régie par les mêmes modes que celle de leurs parents et encore moins de leurs grands-parents. Naguère, les enfants avaient rarement droit à la parole et étaient astreints à des obligations dues aux difficultés économiques. Aujourd’hui, nombre d’entre eux sont placés dans des conditions de confort qui leur paraît la chose la plus naturelle du monde. Souvent mis sur un piédestal « d’enfants-rois », ils désirent tout, tout de suite. Dans le cocon familial, leurs parents (souvent surmenés) les laissent livrés à eux-mêmes. Aussi, méconnaissent-ils l’existence des règles qui régissent la vie scolaire puisqu’il n’y en a pas toujours à la maison. Cette incompréhension amène quelquefois à la violence et à la phobie scolaire.

 

Le vocabulaire s’est appauvri à l’image de ce que leur offrent les écrans de télévision, tablettes et smartphones. Même les jeux dans les cours de récréation, si nécessaires pour développer l’imaginaire, sont en grande régression. C’est une souffrance pour certains enfants d’aller à l’école, car ils n’ont pas toutes les clés en main pour pouvoir comprendre ce qui leur est proposé pour se développer harmonieusement.

 

Aussi, malgré toutes les mises en œuvre de projets destinés à les motiver, les enfants sollicités de toutes parts ont une capacité d’attention amoindrie. L’enseignant doit toute la journée être « animateur » pour retenir l’attention des élèves, ce qui est énergivore.

 

Si les professeurs sont soucieux du bien-être des enfants qui leur sont confiés, il ne faut pas oublier que leur mission première est d’enseigner les mathématiques, le français, l’histoire, la géographie, les sciences, les arts, le sport et de leur apprendre à vivre ensemble. Toutes ces disciplines sont enseignées avec rigueur et sont indispensables pour poursuivre des études. J’ai constaté ces dernières années que de nombreux enfants n’ont plus la démarche de se mettre dans des situations de recherche et préfèrent attendre passivement de recevoir des réponses toutes prêtes. On leur a souvent dit aussi que tout ce qu’ils apprenaient à l’école se trouvait sur internet. Pourquoi donc faire des efforts ? Malgré ces disciplines enseignées le plus souvent avec des trésors de pédagogie, beaucoup d’enseignants ouvrent l’esprit de leurs élèves en créant un bien vivre ensemble en montant des ateliers-théâtre, des chorales, des performances artistiques, en les invitant à des classes de découvertes, des ateliers thématiques, des visites, en créant des projets citoyens et écologiques où les enfants sont au centre des apprentissages.

 

Les débats à visée philosophique qui se développent au sein des établissements peuvent également aider à redonner goût aux apprentissages du savoir. En favorisant l’expression spontanée, une expression développée dans un cadre précis, privilégiant l’écoute et le respect des opinions les plus diverses, les conditions seront réunies pour fonder des relations nouvelles au sein d’une classe.

 

Mis dans un état de confiance que favorisent l’anonymat et l’absence de jugement, les enfants parviennent à exprimer un vécu souvent douloureux, aux antipodes de l’état apparent qu’ils montrent. Une année, une vingtaine d’entre eux (sur 31) m’ont expliqué par écrit comment ils exprimaient leur colère : chantage à la nourriture à la maison, hurlements fenêtres ouvertes, bris de leurs jouets, menace de se rendre au commissariat, violences sur les frères et sœurs… jusqu’à obtenir ce qu’ils veulent. À partir d’un tel constat, on comprendra qu’il est difficile pour eux d’accepter des règles qu’on leur impose en classe.

 

Par ailleurs, quels que soient les écoles et les niveaux, nombreux sont ceux qui disent qu’ils n’aiment pas travailler car « c’est fatiguant, ça ne sert à rien, et on n’aime pas les efforts » ; certains au bout de 20 minutes d’attention peuvent s’endormir, se taper la tête sur les tables, se provoquer, et se mettre à parler fort. Les questions de plus en plus fréquentes sont désormais « Maîtresse est-ce que je suis obligé de faire cet exercice ? Maîtresse, y a pas un exercice plus court ? » encouragés quelquefois par leurs parents qui, pour des raisons d’éducation « positive » mal interprétées, défendent bec et ongles leur enfant qu’on ne doit surtout pas contrarier... Ces comportements mènent évidemment à la désobéissance à l’école et à des conflits épuisants.

 

Ayant ainsi exprimé leur mal-être, les enfants m’ont affirmé que les débats philo leur permettaient de trouver une paix intérieure et d’apprendre à respecter des règles en en comprenant leur utilité. D’autres se sont mis à aimer l’école et n’hésitent plus à exprimer leurs difficultés dues en premier lieu au manque de vocabulaire et de concentration.

Forte de ces expériences souvent difficiles et réellement vécues, j’affirme néanmoins que l’école est un lieu qui peut être extraordinaire pour l’épanouissement des enfants. Ils y apprennent les valeurs fondamentales de la société et le savoir vivre ensemble qui ne leur sont pas toujours inculqués au sein familial, comme cela était le cas autrefois. Il faut faire confiance aux enseignants qui mettent tout en place pour la réussite et le bonheur de leurs élèves en menant des projets où ceux-ci s’expriment. Dans les différentes écoles où j’ai enseigné, je n’ai jamais rencontré un professeur qui bâillonnait la parole. 

 

Les débats philo en classe, à condition qu’ils soient conduits de façon rigoureuse et très régulière, aident à créer une autre relation professeur-élève. Il m’arrive d’avoir des classes difficiles et, quand c’est le cas, je remarque de prime abord que les premières règles qui sont acceptées sont celles mises en place dans la conduite d’ateliers (ce qui fera l’objet d’un prochain article). Chaque animateur qui conduit un débat, qu’il soit enseignant ou vacataire, doit au préalable bien connaître le climat de la classe, d’où la présence indispensable des enseignants lors des discussions.

 

L’éducation des enfants a beaucoup changé ces dernières années et les raisons de ne pas aimer l’école sont différentes du siècle dernier. Depuis 19 ans, j’anime des ateliers philo dans ma classe très régulièrement et cela n’est jamais vécu comme un pensum puisqu’il n’est question que de tout ce qui  concerne nos vies dans leur rapport avec la collectivité. Je pense que dans notre microsociété qu’est l’école, c’est une discipline qui sera un pilier essentiel pour une mieux s’adapter aux réalités économiques et socioculturelles.

 

Il est indispensable de faire confiance aux enseignants. Chacun en fonction de sa personnalité et de ses compétences cherche à faire grandir les enfants de la meilleure façon qui soit et les accueille avec empathie. Combien sont-ils à sacrifier souvent une vie de famille pour la réussite de leurs élèves ? La mission qui nous est confiée est certes chronophage et, pour ma part, je défendrai toujours une école où on doit sans cesse s’adapter, de même que l’on doit s’adapter aux bouleversements de la société. Souvent les élèves parlent de leurs futurs métiers et celui de « maîtresse d’école » ne fait plus partie de leurs rêves ! La majorité souhaitent exercer une profession libérale, être patrons pour ne pas recevoir d’ordre et ces désirs sont le reflet de notre société consumériste et individualiste : de l’argent, une vie « cool » avec beaucoup de biens de consommation (malgré un idéal écologique !!??!!). Combien seront-ils de cette nouvelle génération à devenir des adultes épanouis avec de telles valeurs majoritairement colportées ?  Les ateliers philo à l’école peuvent leur faire accéder à un autre regard, plus critique et plus lucide.

Ce témoignage est la réflexion d’un travail mené en classe dans différentes écoles et avec différents collègues. Tous ont foi dans leur métier pour faire découvrir aux enfants les valeurs démocratiques de notre société, l’histoire qui nous permet de comprendre la société d’aujourd’hui, la littérature indispensable à la construction de chaque individu, la beauté avec la découverte des grands musiciens et des grands peintres. Et la plupart des enseignants, même s’ils ne pratiquent pas les ateliers philo en classe, développent avec d’autres outils à travers les sciences, l’histoire, la géographie, l’étude des médias, les maths, le raisonnement et l’esprit critique chez les enfants pour les aider à devenir les adultes qu’ils deviendront très vite.

 

© Alexandra Ibanès pour LaboPhilo, 2020.

 

 A lire également, l'interview d'Alexandra Ibanès: "La philo en classe a changé mon métier d'enseignante".

Voir les commentaires

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Dans ma maison tu viendras
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes

"Une maison isolée au penchant d'un vallon fut notre asile, et c'est là que dans l'espace de quatre ou cinq ans j'ai joui d'un siècle de vie et d'un bonheur pur et plein"

Jean-Jacques Rousseau - Les rêveries du promeneur solitaire.

 

En automne dernier , avec Jacques et Tristan nous sommes allés visiter les maisons de Rousseau et Voltaire .

Jean-Jacques Rousseau en 1728 fait la connaissance de Madame de Warens chez qui il habitera 3 ans après. Entre 1736 et 1742, chaque été , ils se rendront aux Charmettes, pour passer la saison estivale.

Le jeune philosophe qui a découvert l'amour avec Madame de Warens va parfaire son éducation et développer sa passion pour la musique, la botanique et va découvrir les joies de la nature. C'est là aussi qu' il se forme intellectuellement avec différentes lectures.

La maison des Charmettes est à ce jour la demeure d'écrivain que je préfère, on y ressent la douceur de vivre dont parle Jean-Jacques Rousseau. Elle est située dans le massif de la Chartreuse, face à la montagne du Nivolet.

Dans chaque pièce visitée, j'ai senti la présence du philosophe, je l'imaginais vivre ses journées d'été, les fenêtres ouvertes sur le jardin, les vignes et le verger où chaque visiteur peut désormais flâner.

Nous avons passé un long moment aux Charmettes, nous étions vraiment dans une forme de contemplation. Pour ma part, j'ai particulièrement apprécié la découverte de Rousseau musicien. J'ai eu cette étrange impression d'être une invitée privilégiée car nous étions souvent seuls à profiter de chaque instant. De nombreuses fois , dans ce climat particulier, j'avais le sentiment d'être la maîtresse de maison.

Au retour, j'ai lu Jean-Jacques de Frédéric Richaud chez Grasset. J'ai particulièrement aimé ce récit loufoque qui est aussi un "conte philosophique et ironique."

Résumé

Un conte philosophique dans la tradition du XVIIIe siècle où deux fils de paysans, Jean et Jacques, passionnés par les écrits de Rousseau, n'ont qu'un rêve, inviter le philosophe dans leur propriété de Précy-sur-Oise. Mais le marquis de Girardin les devance en recevant Rousseau chez lui à Ermenonville.

 

Arrivée aux Charmettes, nous sommes accueillis par Rousseau qui découvre le livre de Tristan écrit par Edwige Chirouter.

Arrivée aux Charmettes, nous sommes accueillis par Rousseau qui découvre le livre de Tristan écrit par Edwige Chirouter.

Rousseau et la musique

Rousseau et la musique

Avec Le Devin du village, créé en 1752, il obtient véritablement la gloire.

Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Pour élaborer son système de notation musicale, Jean-Jacques Rousseau part de deux objets principaux, dont le premier est l'expression de tous les sons possibles et le deuxième, de toutes les différentes durées, tant des sons que de leurs silences relatifs, dont la différence des mouvements. Il part, d'abord, d'un son fondamental, ut (autrement dit Do), qu'il exprime par le chiffre 1, puis à sa suite les sept sons naturels, ut, ré, mi, fa, sol, la, si par les sept chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, tant que ceux-ci restent dans l'octave.

Pour élaborer son système de notation musicale, Jean-Jacques Rousseau part de deux objets principaux, dont le premier est l'expression de tous les sons possibles et le deuxième, de toutes les différentes durées, tant des sons que de leurs silences relatifs, dont la différence des mouvements. Il part, d'abord, d'un son fondamental, ut (autrement dit Do), qu'il exprime par le chiffre 1, puis à sa suite les sept sons naturels, ut, ré, mi, fa, sol, la, si par les sept chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, tant que ceux-ci restent dans l'octave.

Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Les rêveries du promeneur solitaire.

Les rêveries du promeneur solitaire.

Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Ruches des Charmettes.

Ruches des Charmettes.

Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
L'âne est venu renifler notre pique-nique. Repas bucolique dans le verger des Charmettes (nous avions demandé l'autorisation)

L'âne est venu renifler notre pique-nique. Repas bucolique dans le verger des Charmettes (nous avions demandé l'autorisation)

Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes
Chez Jean-Jacques Rousseau-Les Charmettes

Voir les commentaires

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Passion philo, #Presse
LABO PHILO 1

Merci à Julien Lavenu d'avoir publié mon article dans LABOPHILO.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Alexandra Ibanès, professeure des écoles et autrice

 

Julien : Parle-nous de toi. Comment es-tu entrée dans le monde de la philo pour enfants ?

Alexandra : C’était en 2001, je passais le concours de professeur des écoles et on m’a proposé de faire mon mémoire professionnel sur la philosophie à l’école. Il n’y avait pas autant d’ouvrages qu’aujourd’hui et j’ai appris seule avec les ouvrages de Michel Tozzi et bien sûr Lipman. Je vivais en Gironde et il y avait des écoles pilotes, j’ai découvert les enfants sous un nouveau jour, c’était fascinant.

 

Pratiques-tu une méthode particulière ? Pourquoi ?

Enseignante, je pratique la méthode Tozzi en classe depuis toujours même si je conviens que les autres dispositifs sont intéressants. Pourquoi ? Il m’est arrivé d’organiser des débats philo avec une classe entière et la méthode des DVDP est très structurante pour la gestion d’un groupe, pour la maîtresse et pour les enfants. Les enfants ont besoin de repères et les règles acceptées par tous de façon naturelle permettent des débats dynamiques et riches.

 

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Au départ, j’animais des débats sur des problématiques que se posaient les enfants (grandir, la mort, garçons/filles) ; je les propose encore souvent mais j’aime quand les enfants mènent des réflexions sur des sujets d’éthique ou en fort lien avec la citoyenneté. Je suis convaincue que les débats feront de nos enfants des citoyens libres et responsables. Aujourd’hui, je ne pars pas toujours de leurs questions comme il y a quelques années, car je souhaite qu’ils s’interrogent aussi sur des thématiques qui restent universelles et qui donnent du sens aux valeurs humanistes qu’ils étudient en classe dans des disciplines telles que les sciences (éthique), l’enseignement moral et civique, l’histoire, la géographie (la démocratie), l’art (le sens du beau, l’esthétique). Indirectement, ils réinvestissent de façon philosophique des sujets du quotidien avec d’excellents argumentaires très solides sur lesquels ils se confrontent, avec des valeurs citoyennes très fortes.

 

Quels outils utilises-tu le plus souvent ?

J’adore les Philo-fables de Michel Piquemal qui ont des thématiques universelles. Ses livres sont abordables, plaisants à lire et écrits à partir des textes fondateurs de diverses philosophies. J’aime aussi proposer à ma classe du théâtre, afin que les élèves philosophent à partir de concepts qu’ils auront travaillés en amont et compris.

J’ai adoré monter une pièce de théâtre philosophique, travail d’une année, c’était La morale ça se discute de Michel Tozzi. De très beaux souvenirs et des enfants complètement fans du texte.

Le tapuscrit de Dilili à Paris, pour les enfants qui ont vu le film, leur a permis aussi, avec une très bonne compréhension des sujets traités, de réfléchir de façon très constructive sur des valeurs essentielles d’humanisme.

 

Qu’est-ce que ce métier t’apporte sur le plan personnel ?

Je suis professeur des écoles, mais dès que nous faisons des DVDP, je deviens animatrice et les enfants font très bien la part des choses. Sans les débats philo, mon métier aurait été complètement différent. J’apprends à découvrir les enfants différemment en les écoutant de façon active et cela change bien des choses. On est en plein dans le débat des intelligences multiples. Je me régale quand les enfants changent le regard qu’ils ont sur leurs camarades en difficultés scolaires et qui se révèlent très souvent lors des ateliers. Si tous les enseignants dans leur classe pouvaient aussi vivre ces instants, ce serait merveilleux !

 

Quelles sont les principales difficultés de ce métier ?

Je crois qu’animer des débats philo n’est pas une chose anodine, il faut avoir une formation solide et une très bonne connaissance de l’enfant sur le terrain. Je dis non à la philo avec des enfants sur le temps de cantine ou le soir après l’école, car ce sont des moments de décompression pour les enfants qui ne seront pas réceptifs, quoiqu’on fasse. Pour un bon débat, il faut aussi que les enfants sachent argumenter, aussi je fais un très gros travail en étude de la langue dans ce domaine avant le premier débat de l’année. Des enfants peuvent se décourager s’ils n’arrivent pas à s’exprimer comme ils le souhaiteraient ou s’ils ont un manque de vocabulaire. Il faut aussi que les ateliers soient menés très régulièrement si on veut que nos p’tits philosophes développent un esprit critique sur le long terme.

 

Selon toi, quelles qualités doit avoir une anim’ d’ateliers philo pour enfants ?

Bien connaître les enfants et avoir de l’exigence pour le déroulement des ateliers. Les enfants en seront reconnaissants. Cette année, j’ai une classe avec des enfants très agités et curieusement les temps les plus calmes sont lors des ateliers philo. Les règles sont acceptées sans aucune difficulté, car les enfants endossent les rôles des DVDP de façon très sérieuse. Mais ne sommes-nous pas acteurs de notre propre vie quand nous faisons ce que nous aimons ? L’approche des enfants ne peut pas être que théorique. Il importe surtout de connaître le contexte dans lequel ils vivent, ses préoccupations, les angoisses familiales auxquelles ils sont confrontés, les soucis dus à ce qu’ils reçoivent comme informations dont l’actualité les accable quotidiennement (cf. l’école de Palo Alto). En 18 ans, avec des sujets comme grandir, filles/garçons, si au départ les questionnements sont identiques, les réflexions ont beaucoup évolué et les débats sont complètement différents. Un enfant est le fruit de la société et il ne faut pas oublier d’en tenir compte. On ne peut pas rester sur une image naïve et théorique de l’enfant. Devenir animateur en philosophie ne s’improvise pas, cela peut être dangereux.

 

Parmi la longue liste des valeurs transmises par la pratique philosophique, quelle est la plus importante pour toi ?

Former l’esprit critique, car nous vivons dans une société qui connaît de nombreuses difficultés, avec un pouvoir énorme des réseaux sociaux, des idéologies dangereuses qui fleurissent ici et là.  

 

As-tu un souvenir d’atelier, une anecdote, une réflexion d’enfants qui t’ont marquée et que tu voudrais partager avec nous ?

L’an dernier mes élèves ont écrit un florilège de pensées philosophiques : Le village des p’tits philosophes. Ce livre a été présenté dans différents lieux, certains élèves en ont même parlé dans une radio, les adultes présents lors de ces manifestations se faisaient une idée particulière de la philo à l’école et ont été surpris de la maturité de ces enfants de 10 ans, ils étaient enchantés. Suite à cette reconnaissance, j’ai créé une page Facebook du même nom que le livre.

 

As-tu quelque chose à ajouter ?

J’anime depuis 18 ans des DVDP une fois par mois à l’école, je suis passionnée et toujours à la recherche de nouvelles idées pour améliorer les ateliers. On peut dire que je suis « militante ». Je souhaiterais que les enseignants soient désormais TOUS formés et que les débats philo deviennent une discipline comme le français et les maths, que ce soit obligatoire dans les programmes. Je viens d’écrire un livre qui sortira en 2020 et qui montre comment la philo en classe a changé mon métier d’enseignante. Il s’agit d’un autre regard sur les ateliers.

 

 

Propos recueillis par Julien Lavenu pour LaboPhilo, 2019.

  

 

Voir les commentaires