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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres

« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer ou l’éducation à la citoyenneté

« À toutes les maîtresses qui sont belles comme la Justice guidant le peuple à travers les ténèbres…et aux enfants qui, chaque année viennent à l’Assemblée nationale pour y prendre une leçon de démocratie, et repartent en l’ayant donnée aux adultes. »

En pleine période électorale, les esprits des candidats comme des électeurs s’échauffent et la vitesse d’information qui caractérise les médias et plus encore les réseaux sociaux, ne laisse pas toujours de place à la réflexion. L’événementiel, le sensationnel et les scandales politiques l’emportent sur les débats de fond, l’économie et la politique elle-même. L’image que reflètent les hommes politiques en est sans cesse altérée.

Sophie Chérer, dans Liberté, égalité…Mathilde (illustré par Véronique Deiss) évoque une situation de classe que de nombreux enseignants pourraient vivre. Son récit plaît aux enfants car ils se reconnaissent dans les protagonistes de l’histoire.

 

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« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer

Un jour, la maîtresse propose à sa classe de vivre une aventure extraordinaire. Il s’agit de participer au « Parlement des enfants » où un élève de CM2 remplacera un député de sa circonscription pour aller défendre une loi à l’Assemblée nationale à Paris. L’histoire racontée par Sophie Chérer montre combien les enfants au départ sont incrédules et pointent les dysfonctionnements de la politique en parlant au nom de leurs parents.

Mathilde ira proposer une loi sur la culture gratuite pour les enfants et un événement l’amènera à demander le vote d’une autre loi que la sienne car elle considérera qu’il y a des degrés d’importance et qu’il faut agir au mieux pour les autres et non par pour satisfaire ses désirs personnels, même s’ils sont destinés à améliorer la vie de chacun.

Le message est clair : cette enfant montre la voix de la raison où « on s’en fiche d’être les premiers, où il faut être uniques et travailler main dans la main. Et où on ne souhaite rien gagner, que le droit d’habiter un pays où il fasse bon vivre ». D’où, l’importance de l’éducation morale et civique à l’école et plus encore en période électorale…

 

Le site du Parlement des enfants

Le site du Parlement des enfants

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Comment faire connaître le fonctionnement des institutions

Lorsqu’ils arrivent en cycle 3, les élèves méconnaissent bien souvent les institutions politiques et leur fonctionnement, mais ils sont très au fait des anecdotes montées en épingle dans les médias ainsi que des rumeurs colportées par Internet.

L’enseignement moral et civique permet de réfléchir au sens de l’engagement et de mieux comprendre le fonctionnement des institutions dans la vie collective. Le montage de projets simples concernant directement les enfants s’avère être un bon moyen de les intéresser à l’importance du travail collectif et de tordre le cou à bien des idées reçues.

Par exemple, la mise en œuvre de véritables élections de délégués de classe avec une « campagne électorale » est facilement réalisable et permet d’enrichir de nombreux champs lexicaux autour des droits et des devoirs des citoyens en puissance que sont les élèves.

Avec la découverte d’un vocabulaire bien défini, ils découvrent l’importance de ce qui doit être proposé à son futur électorat et qu’une loi , ce n’est pas quelque chose qui sert à réaliser ses rêves comme par un coup de baguette magique ! C’est une règle qui s’applique à tous et qui permet d’organiser la vie en société pour le bien commun.

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Les enfants ont une conscience politique

Bien que L’ÉMC soit au programme, les séquences consacrées à la citoyenneté et aux institutions sont le plus souvent survolées alors que ces notions sont fondamentales dans la construction de l’esprit critique des futurs citoyens. Les enfants sont capables de comprendre dès leur plus jeune âge qu’il existe des règles qu’ils doivent accepter. Ils sont rapidement amenés à comprendre l’intérêt d’abandonner une partie de leur liberté pour construire un avenir commun dans leur classe, dans leur école, et a fortiori dans la commune, le département, la région, le pays et au-delà…

Comment devenir un véritable citoyen si on ignore ce qui définit la démocratie,
les lois et les institutions ? Après avoir doté chacun d’un vocabulaire précis concernant l’action à mener, il est aisé de mettre en place des scènes afin de comprendre de façon ludique ce qui semble de prime abord rébarbatif.

Pour expliquer le rôle du Parlement lors d’une séance d’éducation civique, des lois fictives peuvent être créées, dans lesquelles chaque enfant aura un rôle à jouer.

Par exemple, le schéma suivant peut permettre de bien comprendre la vie d’une loi et les mécanismes qui la régissent : une loi est proposée, les députés et les sénateurs débattent et votent pour ou contre. Si la loi est votée, elle est promulguée par le chef de l’État et publiée au Journal officiel. Le gouvernement la fait appliquer et les juges veillent à ce qu’elle soit respectée en sanctionnent ceux qui y contreviennent.

Si des élèves ont la chance comme Mathilde de participer au Parlement des enfants, ils siègeront à l’Assemblée nationale à la place du député de leur circonscription, pour débattre et voter.

À ce jour, quatre domaines ont été retenus :

Maintien des liens entre frères et sœurs en cas de séparation des familles.

Permission à un enfant orphelin de participer au conseil de famille.

Interdiction de l’achat par les écoles et les collectivités locales de fournitures
fabriquées par des enfants dans des pays qui ne respectent pas leurs droits.

Renforcement du rôle de l’école dans la prévention et la détection des faits de
mauvais traitements aux enfants.

 

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies (1930)

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Les enfants ont une conscience économique

Les enfants ont une conscience économique remarquable qui étonnerait bien des
observateurs.

Lors d’une leçon relative aux impacts de l’industrialisation au XIXe siècle, des élèves de CM2 ont eu à analyser un texte de Jules Simon qui expliquait qu’avec l’arrivée des progrès techniques, un entrepreneur n’aurait plus besoin d’employer 12 ouvriers mais seulement 4 et qu’avec le prix des machines et leur entretien, ses charges seraient divisées par deux.

Beaucoup d’élèves ont compris dès lors la définition du capitalisme et si certains ont été offusqués du sort réservé aux ouvriers qui n’auraient plus d’emploi, d’autres se sont réjoui pour le patron qui faisait « de sacrées économies » ! Le débat qui a suivi l’explication du texte a montré que les enfants avaient bien intégré cette notion. Elle les éclairait sur la situation contemporaine.

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Les enfants ont une conscience historique

Si les schémas concernant les institutions politiques proposés dans les manuels
scolaires sont de qualité, il est important de les éclairer en établissant des liens
interdisciplinaires avec l’histoire de France et du monde actuel et en soulignant
l’importance du vote et de la démocratie. Peu de documents, hélas, sont à la
disposition des enseignants sur ce sujet, à part les séances concernant la
Révolution française.

Par ailleurs, très peu d’informations destinées au cycle 3 sont consacrées à des
sujets aussi importants que, par exemple, la manipulation politique ayant mené Hitler
au pouvoir, l’histoire du vote des femmes, ou l’existence des dictatures actuelles.

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Comprendre l’importance des élections législatives

Pendant des semaines, les médias se sont focalisés sur l’élection présidentielles  et ont entretenu un certain climat d’insécurité. Or, pour diriger un pays, il faut aussi un Parlement et un Sénat, nécessaires à l’équilibre des pouvoirs.

Alors que les élections législatives pour le renouvellement des députés sont en cours, il est aussi important de rappeler aux enfants qui parviendront très vite à l’âge d’être citoyens, combien ces élections moins spectaculaires car moins personnalisées, sont tout aussi importantes dans la vie politique d’un pays démocratique.

 

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Quelques pistes pédagogiques

Lire Liberté égalité…Mathilde, de Sopjhie Chérer, permettra à chaque enseignant de travailler l’éducation morale et civique de façon interdisciplinaire en lien avec le nouveau programme mis en œuvre depuis 2016 et qui a pour but de « favoriser une aptitude à vivre ensemble dans une société démocratique. »

Un éventail d’activités peut être proposé en lien avec ce récit :

• Comprendre et travailler sur les règles de communication.

• Apprendre à maîtriser les règles de la discussion de groupe, savoir se justifier, débattre de façon argumentée.

• Travailler en arts plastiques sur les caricatures politiques (par exemple sur les caricatures de Louis-Philippe en 1831, et celles de Daumier) et en réaliser soi -même. S’intéresser à la symbolique des couleurs bleu, blanc, rouge…

• En ÉMC, connaître les valeurs et les symboles de la République française.

• Étudier en vocabulaire les champs lexicaux de la loi et du droit.

• Connaître la notion de bien commun dans la classe, l’école et la société.

• Élire démocratiquement des délégués de classe et connaître les différentes étapes du scrutin. Apprendre aux électeurs à se sentir responsables de leur vote. Les différentes élections seront évoquées et une comparaison entre celles des délégués de classe, du président de la République, les députés de l’Assemblée nationale ou du Parlement européen seront faites.

• Réaliser un éphéméride des célébrations républicaines.

• Réaliser un film avec les élèves à partir du livre…

• Suivre l’actualité avec les journaux 1jour1actu.com ou Le Petit Quotidien.

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Conclusion

Il paraît ainsi judicieux que le livre de Sophie Chérer Liberté, égalité…Mathilde soit intégré dans une programmation de cycle 3. Ce texte à la fois sérieux et plein d’humour fera prendre conscience aux enfants des enjeux et de l’importance de la politique.

Quant aux illustrations, elles s’inspirent des caricatures que l’on trouve dans différents journaux, soulignant ainsi leur caractère très actuel.

Alexandra Ibanes

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• Ce récit publié par l’école des loisirs dans la collection « Mouche » est actuellement en
lice pour le prix de l’UNICEF 2017.

« Renommer », de Sophie Chérer, illustré par Philippe Dumas : une invitation à changer la vie, par Yves Stalloni.

Tous les romans de Sophie Chérer à l’école des loisirs.

Le roman de jeunesse et son enseignement à l’école, au collège et au lycée : rencontre avec Sophie Chérer, Brigitte Smadja et Xavier-Laurent Petit à l’ÉSPÉ de Paris.

Un corpus pour le CM1-CM2 : II. La morale en questions.

• Le site du Parlement des enfants.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
La philo dès l'école primaire...

Depuis 15 ans, j'anime des débats à visée philosophique dans mes classes. Cette année, j'ai décidé de théâtraliser le livre de Michel Tozzi : La morale ça se discute. Le 25 mai, les enfants ont donné une représentation unique en présence de l'auteur et ont fait un véritable tabac. L'Ecole des lettres dans sa revue papier a publié l'article que j'ai écrit à ce sujet et qui raconte cette merveilleuse aventure:

 

L’École des lettres 2016-2017, n° 487
« Les attentats terribles en France en 2015 ont rappelé la nécessité de former nos enfants à l’esprit critique.
Cette éducation à la citoyenneté, à la fraternité, à l’ouverture d’esprit ne peut se faire sans la famille et l’école », dit Edwige Chirouter dans sa préface aux « Ateliers Philo à la maison », de Michel Tozzi et Marie Gilbert
(Eyrolles, 2016).

Le même Michel Tozzi a relayé en France, avec un
groupe de recherches de l’université de Montpellier, un phénomène apparu aux États-Unis dans les années 1980
sous l’impulsion du pédagogue et philosophe Matthew Lipman : la philosophie pour les enfants.
Depuis, des maîtres se sont formés pour animer des Débats à visée philosophique(DVP) auprès des enfants dès la maternelle, afin de leur apprendre à ne pas se fier aux apparences, à définir de meilleures conditions de communication, à construire des concepts en rapport avec
les principes démocratiques. Pratiqués depuis plusieurs années dans les écoles primaires, les DVP sont en phase avec les attendus de fin de cycle 3. Ils permettent
aux élèves d’identifier et d’exprimer,en les régulant, leurs émotions et leurs sentiments, de développer l’estime
de soi de même que les capacités d’écoute et d’empathie. Enfin, ces débats favorisent la réflexion critique par la confrontation du jugement personnel à celui d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.
Philo-théâtre à l’école primaire
Pourquoi philosopher dès l’école ?

Qu’est-ce que le débat à visée philosophique ?
Ainsi, le DVP vise à développer une réflexion qui dépasse la simple accumulation de savoirs. Il les analysent, les
confrontent, les relient. En provoquant de nouveaux regards sur le monde et sur les autres, et en établissant des passerelles entre les disciplines, il favorise
la construction des élèves en terme de comportement, d’éthique.
L’enfant est rapidement confronté à toutes les expériences de la vie : plaisir,douleur, maladie, séparation, mort.Il reçoit par ailleurs une multitude
d’informations émanant des parents, de l’institution scolaire, des camarades, des médias. Il n’est pas donc pas ignorant et a acquis suffisamment de connaissances pour pouvoir débattre de questions que l’on peut plus ou
moins directement rattacher à certains domaines traditionnels de la philosophie :
– la métaphysique (est-on toujours libre ? est-on obligé de croire ? quel est le sens de notre existence ?, etc.) ;
– l’éthique (à quoi sert la punition? ce qui est juste peut-il parfois être injuste ? doit-on toujours dire la
vérité ?, etc.) ;
– l’esthétique (qu’est-ce qui est beau et pas beaupourquoi suit-on la mode? à quoi sert l’art ? qu’est-ce qui
fait la beauté d’une personne?, etc.) ;
– l’ontologie (pourquoi a-t-on peur ? pourquoi est-on triste ? pourquoi doit-on travailler ? pourquoi les enfants ne pensent-ils pas comme les adultes ? la machine va-t-elle un jour commander à l’homme?, etc.) ;
– la logique (les sciences apportent-elles la vérité ? comment reconnaître ce qui est vrai ?, etc.) ;
– les contraires philosophiques (moi et autrui, raison et passion,etc.).


On le voit, de nombreux thèmes peuvent être abordés, à condition que l’enseignant amorce et nourrisse les débats en fonction des centres d’intérêt des enfants et de leur âge.
 

Le débat à visée philosophique en pratique
Parler philo n’est pas parler de philo. C’est un mode de conversation comportant des codes à définir d’emblée
et à faire respecter par les élèves. Il ne s’agit pas de monologuer face à un auditoire, mais de trouver une
configuration de discussion permettant l’expression de chacun.
Pour ma part, j’anime des débats à visée philosophique depuis une quinzaine d’années et je suis toujours
agréablement surprise par l’intelligence des propos tenus par les enfants. Mais la condition première,afin d’éviter toute confusion, est d’établir des règles. Je travaille à partir d’un « cercle de conversation ». La configuration matérielle a son importance:
les bureaux sont installés en U, et chaque élève a un rôle bien défini.

Une responsabilité particulière est confiée au "distributeur » qui note les noms des participants souhaitant s’exprimer durant le débat : ils devront
lever la main et attendre leur tour de parole en écoutant les autres. Une fois définies, ces règles de discussion sont respectées, et mieux que dans bien des cénacles d’adultes ! En tant qu’enseignante, j’endosse la fonction de « secrétaire de séance » et je prends des notes car il est très difficile, à dix ans, de noter les pensées de ses camarades. J’interviens aussi, naturellement, pour
relancer le débat, encourager un enfant à s’exprimer ou reformuler une idée appauvrie par le manque de vocabulaire, mais toujours en demandant à l’enfant s’il est d’accord avec ma reformulation.
Le DVP implique donc «éthique communicationnelle» et «civilité scolaire». Les enfants apprennent à clarifier
leurs idées, à écouter l’autre sans se moquer, à ne pas lui couper la parole et à admettre les différences. Après plusieurs années d’animation des DVP, j’ai pu constater que «philosopher » en classe est une discipline essentielle dans la construction de l’enfant. Chacun peut s’exprimer avec son vocabulaire propre et développer une intelligence
intuitive que ne favorisent pas nécessairement les savoirs scolaires. Souvent, mon regard a changé sur des enfants
en grande souffrance dans leurs apprentissages quotidiens, qui se révélaient moteurs dans le débat et avaient une réflexion parfois plus profonde
que leurs pairs. Le regard que leurs camarades portaient sur eux changeait, mais aussi leur propre regard sur eux-mêmes: incités à mettre en avant leurs pensées, ils prenaient conscience du fait que leur personnalité, pour n’être pas coulée dans le moule scolaire, pouvait
aussi avoir sa richesse.
Voici quelques ressentis des enfants :
– « C’est bien de dire ce qu’on pense, il y a des bonnes idées et de moins intéressantes. On s’est tous entendus, écoutés. »
– « J’ai trouvé ça bien, mais ce qui m’a plu, c’est de pouvoir m’exprimer. La philo laisse aux enfants la liberté de s’exprimer. »
– « J’ai beaucoup aimé le débat philo, j’ai pu donner mon avis, même si les autres n’étaient pas d’accord. En plus, j’ai appris un peu mieux ce que veut dire la
tolérance. »
– « Pratiquement tout le monde a participé, et on a tous appris quelque chose. »
– « C’est une bonne manière de s’exprimer, et ça aide à mieux connaître nos amis et leur coeur. »
– « Ça m’a apporté des choses que je ne savais pas sur mes camarades, je les vois différemment. »
– « On apprend à ne pas se moquer des autres et à ne pas répondre par la violence. »
– « Ça m’a fait réfléchir et j’ai écouté les autres, je m’aperçois que tout le monde ne pense pas comme moi et je vois comment mes copains réfléchissent. »


Une expérience de classe : la philo-théâtre
Afin de montrer, tant aux parents qu’à mes collègues, la richesse des propos échangés lors de ces DVP, j’ai décidé de théâtraliser des extraits du livre de Michel Tozzi, La morale, ça se discute... (Albin Michel Jeunesse,
2014), en intercalant les pensées des enfants dans un spectacle de « philothéâtre» qui sera présenté aux
familles. Après avoir présenté les personnages des saynettes philosophiques, la classe a décidé de les
mettre en scène. Entre chaque extrait seront lues des réflexions philosophiques correspondant aux sujets
choisis en commun.
Si j’ai choisi cet ouvrage pour mener les débats à visée philosophique dans ma classe, c’est que le premier extrait proposé à mes élèves a été un succès. Immédiatement, les personnages, quatre copains, Théo,Raf, Zoé et Léa qui adorent discuter autour des notions fondamentales de
la morale, du respect, du bonheur, de la justice, etc., sont devenus leurs nouveaux camarades de classe.
Afin de mettre en perspective les activités que je propose, et après avoir expliqué ce qu’est la philosophie et ce que j’attends des débats à visée philosophiques,
j’ai fait travailler mes élèves sur l’origine du théâtre. Ils ont découvert que, il y a vingt-cinq siècles, naissaient
simultanément dans la société athénienne le théâtre et les premières formes démocratiques dans la vie politique
et publique et que, depuis, les mêmes enjeux de société perdurent. La pratique du théâtre à l’école ne vise évidemment pas à former des apprentis comédiens, mais à développer la personnalité de l’enfant tout en
l’entraînant à communiquer. Selon Jean-Pierre Ryngaert, professeur, formateur et metteur en scène, le théâtre

à l’école contribue à « former des êtres humains sensibles, réceptifs, ouverts, capables de donner et recevoir » et des
« citoyens porteurs d’un regard critique sur
le monde ».

Pour la mise en scène, j’ai choisi d’utiliser la méthode
Stanislavski, dans laquelle l’acteur n’est plus considéré comme un «démonstrateur » de sentiments et d’émotions, mais devient un créateur, un passeur, en allant chercher en lui sa propre vérité qui lui fera rejoindre
celle de son personnage. Désormais, pour bien terminer
chaque semaine, je consacre la dernière heure du vendredi à ce projet de philo-théâtre. Les enfants répètent par petits groupes en aide personnalisée
pendant la pause méridienne. Des vocations sont en train de naître ! Des élèves timides qui voulaient juste être lecteurs de réflexions pendant la représentation souhaitent avoir à présent avoir un rôle, et de gros
progrès ont été réalisés à l’oral.

 

Le débat à visée philosophique pour mieux grandir
À condition d’être menés régulièrement, les DVP peuvent transformer le climat d’une année scolaire. Ils présentent
donc un intérêt évident non seulement dans le développement de l’enfant, mais aussi un intérêt pour
l’enseignant qui se trouve mieux à même de comprendre les questionnements, les espoirs et les craintes des
élèves.
Ils nous montrent que, à dix ou onze ans, les enfants sont capables de faire preuve de réflexion et peuvent
avoir d’autres centres d’intérêts que la téléréalité, les réseaux sociaux ou la mode, ce qui a presque la force d’une révélation dans un contexte où l’on ne cesse d’entendre que « le niveau baisse » et où l’idée reçue dominante est que « c’était mieux avant ».
Dans un monde individualiste et incertain, où les connaissances sont segmentées, ils apprennent aux
enfants à écouter, argumenter et nuancer leurs propos.


ALEXANDRA IBANÈS,
Académie de Montpellier
Repères bibliographiques
– Michel Tozzi, La morale, ça se discute...,
Albin Michel Jeunesse, 2014 ;
– Dossier philo, in La Classe n°220, juin-juillet 2011 ;
– Roger-Pol Droit, Osez parler philo avec vos enfants, Bayard, 2010 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, 60 exercices d’entraînement au
théâtre, Retz, 2001 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, Entraînement à l’improvisation
théâtrale, Retz, 1999 ;
– les livres des éditions Les petits Platons ;
– la collection « Philoz’enfants », chez Nathan ;
– les collections « Piccolophilo » & « Philo-fables » de Michel Piquemal,
chez Albin Michel.
Matthew Lipman (1922-2010), l’initiateur de la philosophie pour les enfants, assistant à un débat à visée philosophique
dans une classe
© Institute for the Advancement of Philosophy
for Children (IAPC)

 

La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
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