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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #Autres
Farandole hivernale

Il y a trois étés, Tristan avait écrit Suite N° 1 pour L'Iris de Suse pour violoncelle et il cherchait l'accord parfait...

Aujourd'hui, à 12 ans, il vient de composer son deuxième morceau grâce au logiciel  MUSESCORE qui permet d'entendre en temps réel ce qui est en train d'être écrit, c'est aussi une autre façon de travailler son solfège avec rigueur et plaisir.

FARANDOLE HIVERNALE est une jolie  mélodie où temps et rythme sont respectés. Voici le lien pour l'écouter:

 

Farandole hivernale

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
Jacques Prévert, une vie ou lettre ouverte à Carole Aurouet

Chère Carole,

 

Jacques Prévert, une vie est votre dernier livre et à la lecture de chaque chapitre de cette biographie, très documentée, j'ai voyagé dans le monde merveilleux de la Prévertie et de nombreux souvenirs me sont revenus en mémoire.

J'ai été heureuse de revivre les heures du groupe Octobre, de replonger dans le surréalisme, de redécouvrir des séquences cinématographiques ancrées en moi, de songer avec nostalgie aux photos devenues célèbres et de chantonner dans ma tête les mots du poète.

Prévert m'a accompagnée dès mon adolescence. Je me souviens que lors d' un cours de français, nous devions écrire à sa manière un texte "imitant" Familiale. Une camarade de classe en échec scolaire avait eu la meilleure note et nous reprenions chaque vers comme une rengaine, la rage au coeur. La colère de cette élève face au thème de ce poème en prose lui avait permis d'extirper ce qu'elle avait au fond d'elle et elle avait écrit un très beau texte...

Quelques années après, devenue une fidèle du poète, j'ai découvert les beaux clichés de Doisneau et un jour en allant chez mon photographe, il m'a dit qu'il devait se rendre à un salon à Paris où se trouvait justement Doisneau. Il était tout excité car leurs stands étaient voisins. Sans trop y croire, je lui ai demandé s'il ne pourrait pas me faire signer une copie du fameux ballon rouge de Prévert...Une semaine après, il m'a offert cette merveilleuse photo qui depuis ne m'a jamais quittée. Elle se trouve dans ma cuisine et Prévert, nonchalant, la clope au bec, veille sur les excellentes recettes que concocte mon mari.

 

 

 

Jacques Prévert, une vie ou lettre ouverte à Carole Aurouet

J'ai 16 ans et je me passionne pour le cinéma. Je découvre Les enfants du paradis et au passage, je tombe amoureuse de Jean-Louis Barrault, d'ailleurs si un jour j'ai un fils, je l'appellerai Baptiste. J'aime Arletty, Maria Casarès, Pierre Brasseur et tous les autres acteurs, je connais chaque réplique par coeur. Ce film est le film de ma vie et aujourd'hui, aucun n'a pu le détrôner. Aussi, durant toutes les années qui suivront, je me passionnerai pour le cinéma de Jacques Prévert.

 

M'intéressant également à la chanson, j'apprécie bien entendu toutes celles qui sont mises en musique sur des poèmes de Prévert, avec deux préférences: L'opéra de la lune et Mouloudji chante Prévert pour les enfants.

Et, tenez-vous bienje pleure même adulte avec L'opéra des girafes, le conte du Petit Poucet et j'aime plus que tout Le concert n'a pas été réussi .

Désormais enseignante, je laisse à mes collègues le soin de faire découvrir aux enfants les textes qui leur sont destinés et qu'on trouve dans les manuels scolaires, pour leur présenter des girafes particulières ou des dromadaires mécontents...

Un jour, à un salon du livre de Bordeaux, je rencontre Jacqueline Duhême qui fut l'illustratrice des textes de Prévert. Je reviens avec une très jolie aquarelle mais frustrée, je n'ai pas réussi à communiquer avec elle malgré mon enthousiasme.

Puis la vie continue, chère Carole, et chaque année, je relis les textes du poète. Je rencontre l'homme de toute ma vie qui s'appelle Jacques et qui écrit des poèmes, mon fils croit alors qu'il s'agit de Prévert en personne. C'est beau, c'est frais, c'est tendre. C'est à cette même période que Tristan (qui ne s'appelle pas Baptiste) décline dans un spectacle intitulé Le jardin de Prévert : L'école des beaux arts, Elève Hamlet et Les belles familles dont il fera un film d'animation en stop motion.

 

Voilà chère Carole, ma lettre est finie et je tiens à vous remercier pour votre livre. En lisant la vie de Prévert, j'ai revécu des moments de ma propre vie.

Merci aussi pour les passages Prévert /Chaplin qui sont passionnants.

Je vous joins pour finir un texte écrit par Jacques Ibanès sur sa rencontre poétique avec le poète.

La maison de Monsieur Prévert 

(Jacques Ibanès)

 

Je me suis mis en route un jeudi 13 septembre.

Ce jour-là, j’avais décidé de me rendre

à Omonville-la-Petite.

J’étais parti de Cherbourg avec mon sac à dos

par un beau soleil.

J’avais en poche une invitation qui datait d’avant

ma naissance et qui disait :

« Dans ma maison vos viendrez ».

J’avais beaucoup rêvé de cette maison

où il y avait un grand mur blanc orné de piments rouges

avec une belle fille nue dedans.

Les piments rouges et le mur blanc

me faisaient plutôt penser à la Côte d’azur.

Pourtant des guides disaient

que Mr Prévert attendait ses visiteurs

dans ce bout de Normandie.

 

J’ai longé un sentier-serpent

à la manière d’un contrebandier,

dans la compagnie joyeuse des mouettes et des cormorans

et j’ai fini par arriver à Omonville :

un village avec des maisons en granit bien jointoyé

des rhubarbes géantes

et une rivière tranquille qui coule au milieu.

 

J’ai trouvé facilement la maison de Mr Prévert

au fond d’un jardin.

Elle était ouverte et je suis entré sans façons.

A l’intérieur il y avait bien les murs blancs

comme il était dit dans l’invitation

et aussi deux cheminées, un coffre, quelques fauteuils, une immense table, un pont de chemin de fer en bois

avec sa locomotive et son wagonnet

et un poème intitulé La méningerie qui s’adressait aux donneurs de leçons et qui disait ceci :

« Dressages / Dompteurs de cœurs et de cerveaux

Pollueurs de la plus belle eau du plus bel âge,

ils font sauter dans leurs cerceaux les enfants sauvages. »

 

Ça, c’était bien du Mr Prévert mais dans la maison

il manquait tout de même, comme je l’avais pressenti,

les piments et la jolie fille.

Il y avait encore une photographie que tout le monde connaît.

On voit un homme attablé en pleine rue, la clope au bec, l’air hagard devant un canon de rouge,

littéralement « effondré devant la vacherie du monde »

 

J’ai demandé à voir Mr Prévert

on m’a répondu qu’il n’était plus là, qu’il avait déménagé.

Avant de partir, il avait promis-juré que c’était la dernière fois.

Il avait tenu parole : voilà trente automnes qu’il habitait

dans une autre maison, juste en face de celle-ci.

Depuis tant d’années, de l’eau avait coulé comme on dit.

Les feuilles mortes ne se ramassaient plus à la pelle,

le balayeur était désormais harnaché

d’un beau ciré jaune canari,

il avait un casque vissé aux oreilles

et il actionnait une turbine à six pales qui avalait les feuilles

avec un boucan du tonnerre.

Par ailleurs, le monde continuait à (mal) tourner

on s’étripait un peu partout

et notre père qui était aux cieux y restait

sans intervenir, comme d’habitude.

Je suis donc arrivé devant la dernière maison de Mr Prévert

sur laquelle étaient entassés de nombreux coquillages

et des galets coloriés.

Cela était d’un très joli effet.

Sur l’un d’eux la jeune Caro avait écrit

« Merci pour vos beaux poèmes monsieur Prévert »

Sur un autre, un enfant avait dessiné

un poussin sortant de son œuf

sous un soleil aussi riant

que le soleil de ce 13 septembre.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Quand je chante...
Quand je chante, je deviens chanson : L'éternité Picasso

La première fois que j'ai écouté Isabelle Aubret, je devais avoir 17 ans, je la découvrais grâce à Jean Ferrat dont je suis une fervente admiratrice. Les premières chansons que j'écoutais d'elle, si je me souviens bien, étaient 1789 où les hommes découvraient "des mots très beaux, des mots superbes" et Liberté...C'était l'époque des premiers CDs et la fin des 33 tours et je me souviens avoir particulièrement aimé un de ses albums qui avait pour titre éponyme Vague à l'homme (Prix Charles Cros). J'écoutais aussi sans relâche, dans mon walkman, une cassette avec La rose noire, Le diable au coeur, Beyrouth, L'oiseau de liberté et j'étais fascinée par cette voix cristalline sur laquelle je posais ma voix grave en chantant ce répertoire dont je raffolais. Comme j'en ai usé des piles durant cette première année!

Puis ce fut 1989, en France, on fêtait le bicentenaire de la révolution et Isabelle le chantait avec conviction, c'était beau, c'était fort et à cette même période un air de liberté soufflait sur l'Europe avec la chute du mur de Berlin et les pays de l'Est qui se libéraient... Je lui ai écris, elle m'a répondu et cela fait  30 ans que j'aime cette femme de tout mon coeur.

J'ai toujours eu la certitude que nos routes se croiseraient un jour. En 2000, ce fut notre première rencontre, furtive mais belle, la première d'une petite série.

Le soir de son récital, elle m'a dédicacé L'éternité Picasso avant de l'interpréter sachant que j'aimais cette chanson plus que tout.

Le parcours d'Isabelle est à son image, elle a toujours chanté ce qu'elle voulait et ce qu'elle aimait sans s'occuper des modes et avec un don de soi extraordinaire.

Elle m'a "vue" grandir, devenir une femme, devenir maman. La dernière fois que je l'ai rencontrée, c'était en 2014 à Lézignan Corbières et ce fut une soirée magique. 
Avec elle, quand je chante, je deviens chansons au pluriel car j'aime tout le répertoire de cette magnifique interprète.

EXTRAIT d'Un été à l'Iris de Suse (Ed. L'art d'en face)

6 juillet 2014:

(...) Quelques instants plus tard, son récital commence, le rideau s'ouvre mes longues années de fidélité à son égard, Jacques ému me serre la main tout au long du spectacle et Tristan dévore des yeux sa Fanette ( C'est le nom qu'on lui a  donné) et je me souviens (...)

Elle est là , Isabelle, sur scène comme un oiseau de liberté pour chanter la justice et la fraternité avec une énergie incroyable car le temps , les souffrances et sa foi en la vie l'ont rendue inébranlable.

Mes deux hommes sont subjugués. Tous les trois, main dans la main, nous retenons notre souffle; dans ma tête je l'accompagne dans toutes ses chansons que je connais par coeur.(...)

L'éternité Picasso, Grand-mère Ghetto et Je vole sont de véritables pépites très peu connues du public, voici deux liens pour les découvrir.

♪ Je Vole ♪ Allain Leprest/ Romain Didier

Un jour, j'aurai des plumes au dos
J' décollerai du Trocadéro
Je me coudrai du ciel aux ailes
Sur l'aiguille de la tour Eiffel
Et quand je passerai les nuages
Les enfants crieront au passage

{Refrain:}
"Elle est folle, folle, folle
Folle, folle
Elle est folle, folle, folle
Elle croit qu'elle vole"
Je suis folle, folle, folle
Folle, folle
Je suis folle, c'est vrai
Mais je volerai !

Le monde est beau de haut en bas
Avec un grand V dans les bras
Le monde est beau de bas en haut
Quand on se déguise en oiseau
Quand on se déguise en voyage
Et qu'on entend sur les rivages

{au Refrain}

Tu vois, je cueille un edelweiss
Un nénuphar sur le Loch Ness
Entre les nuages et la mer
Je prends l'angle de l'Angleterre
Je nage la brasse dans l'espace
J'habite les pages d'un atlas

"Elle est folle, folle, folle
Folle, folle
Elle est folle, folle, folle
C'est vrai qu'elle vole"
Je suis folle, folle, folle
Folle, folle
Je suis folle, c'est bien
Et je vole enfin

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
Vivre livre au musée de Narbonne

ZORAH SUR LA TERRASSE

(Abdelkader Djemaï)

 

Tanger, l’hiver 1912

La terre toute nue

Dans le miroir gris de la mer

De la double mer nouée

Entre l’Atlantique et la Méditerranée

Pousse un oranger d’Andalousie

 

Dans les ruelles de la Médina

Entre le Grand et le Petit Socco

Sous la pluie froide

Matisse cherchait un modèle

Elle se prénommait Zorah

Et ne posera jamais nue pour lui

 

Oran, novembre 1948

L’horloge de port en pierre

Vigile aux aiguilles noires

Je suis né à l’heure des feuilles mortes

Entre un commissariat sans fenêtres

Et un figuier sans fruits

Dans la maison ouverte aux fourmis et aux lézards

Mes tantes et les ombres vertes

Avaient ce jour-là dansé pour moi

 

Dans la cour où fleurissaient les cailloux jaunes

Les robes, les rêves et le burnous de grand-père

Il n’y avait pas les iris bleus, les pervenches, les mimosas,

Les palmes, les arums, les acanthes de Matisse

Ou sa fenêtre ouverte comme une promesse sur l’horizon

 

De mon enfance vieille

Il me souvient des oliviers et des agaves

Derrière les murs du vieux cimetière

Où grand-père dort à l’ombre d’une pierre grise inclinée

Il était parti un jour d’été

Tout juste après sa sieste sous le figuier

 

Avant que la guerre, la tuberculose et la syphilis

Ne continuent de manger l’arrogante Europe

Le ciel de l’hiver 1912

Avait-il les yeux de Zorah la prostituée

Peinte en secret sur la terrasse du bordel

Entre les murs tatoués de la Casbah

Les portes closes et les zellijes ébréchés

 

Zorah, la clandestine fuyant les coups de son frère

Les couteaux des regards et des langues

Dans une vile de proxénètes, d’espions

De trafiquants, de devins, de mendiants

De marabouts et de diplomates drogués

 

Dans le détroit de Gibraltar

Passaient les nuages roux

Les dauphins au ventre blanc

Les guerriers rutilants

Et les oiseaux migrateurs

Partis embrasser le soleil de l’Afrique

 

Des collines de Tanger

Derrière le port et les minarets

L’Espagne montre le bout de son nez

Sur ma colline avait dormi Cervantès

Dans un château de pierre ocre

Au pied d’une ville cuivrée

Où les noces se célèbrent sur les terrasses

 

De mon enfance vieille

Me viennent les odeurs du benjoin,

Du miel chaud, des sardines grillées

Et du henné qui colorait doucement

Les pieds et la paume des mains des femmes de la maison

ouverte aux fourmis et aux lézards

 

Zorah avec ses babouches au fond rouge

Au milieu d’ombres, de jaune, de vert et de violet

Sa tunique à la ceinture marron couvrant ses épaules

Son visage de belle terre

Et ses mains comme des mésanges envolées

 

Zorah assise près d’un bocal au pied rose

Trois poissons dansent dedans

Ils n’appartiennent à aucune des deux mers nouées

Ils venaient de la rivière des songes clandestins

Celle où je nage en secret avant de me noyer

Entre un port, une horloge en pierre et un oranger

Il y a quelques semaines, j'ai voulu redécouvrir la partie orientale du musée de Narbonne de façon originale. Pourquoi ne pas lire de beaux textes dans la salle de la fontaine?

Quand nous sommes arrivés avec Tristan, nous avons visité la médina haute en couleur, rêvé devant cette jeune fille qui aurait pu servir de modèle pour Zorah sur la terrasse écrit par Abdelkader Djemaï, tous nos sens étaient en éveil pour ce beau voyage pictural. 

A la fin de la visite, j'ai lu Ali Baba et les 40 voleurs à Tristan, nous avons ri avec Les sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja et nous avons terminé avec Zorah sur la terrasse pour finir cette visite pas comme les autres.

Jacques, pendant ce temps-là, nous préparait un repas libanais avec une bonne dizaine d'épices et nous avons bu un thé à la menthe avec d'excellentes pâtisseries orientales.

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