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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres, #Presse
Du livre au film...

C'est avec beaucoup d'émotion et un réel pincement au coeur que je découvre aujourd'hui mon dernier article pour l'Ecole des Lettres, une magnifique revue pédagogique qui m'a accueille pendant 4 ans et où j'ai publié une douzaine de textes qui racontent l'école autrement, à partir de mes expériences en classe. Je remercie l'Ecole des lettres et Claude Riva pour cette magnifique aventure qui me permet de vivre des moments inoubliables avec mes élèves. Je sais que si je passe rue de Sèvres, dans les bureaux de l'Ecole des loisirs, je serai toujours reçue avec amitié

 

À la suite d’une rencontre avec une auteure de littérature jeunesse, les enfants d’une classe de CM2 ont réécrit des contes tirés de la littérature enfantine pour en faire un livre qui a été publié.

L’année suivante, les élèves qui leur ont succédé ont créé un film d’animation à partir de l’un de ces textes dans le cadre d’un projet École et Cinéma.

 

De la lecture à l’écriture

Lors d’un salon littérature jeunesse organisé par la communauté du Grand Narbonne, les enfants des écoles, reçoivent chaque année des livres qui leur sont proposés afin de les étudier pour ensuite rencontrer les auteurs. Cette année-là ma classe avait choisi de se pencher plusieurs mois sur Qui veut la peau d’Otto Dafé ? de Justine Jotham (éditions Oskar). Dans cet ouvrage, l’auteur nous raconte que dans un pays tous les livres ont été détruits.

Avant de disparaître complètement cependant, les personnages ont pris pour prénom quelques grands noms de la littérature. Ainsi nous retrouvons Don Quichotte, Miss Marple, Peter Pan, Nemo, Shéhérazade et même Saché l’imprimeur créé par Balzac. Ces protagonistes vont mettre tout en œuvre pour ressusciter les livres afin que chacun soit à nouveau capable de lire, de penser et de s’ouvrir au monde.

C’est à partir de cette idée que j’ai proposé à ma classe un projet d’écriture durant toute l’année scolaire avec deux objectifs principaux :

– réinventer quatre histoires en se fondant sur des contes connus de tous en les transposant à notre époque.

– approfondir par la pratique les notions d’apprentissage de la langue étudiées de façon théorique en classe (grammaire, conjugaison, vocabulaire, orthographe).

Du texte au livre, les différentes étapes

Le chantier d’écriture a consisté tout d’abord à fixer les paramètres de la situation en réfléchissant sur le but et l’enjeu des textes qui seraient produits et à préciser qui en seraient les destinataires.

Un cahier des charges détaillé a été établi. Chacun des enfants s’est approprié le nom d’un personnage qu’il aimait avec la volonté de le protéger et de combattre à son tour l’idéologie destructrice d’Otto Dafé, à l’instar des personnages du livre de Justine Jotham.

Puis, à partir de l’étude sur la structure du conte telle qu’elle figurait dans les programmes de 2016, une production d’écrits a été menée en travaillant sur les niveaux linguistiques de la phrase et en mobilisant les connaissances acquises en étude de la langue.

L’écriture des contes

La classe a choisi de transposer des contes traditionnels à l’époque actuelle. Cela a permis d’évoquer les dangers de certains moyens de communication quand ils sont poussés à l’extrême et également de se jouer avec humour des dérives de certains progrès techniques qui amenaient une note amusante, voire loufoque. Des références littéraires étudiées en classe ont été utilisées pour enrichir les histoires ainsi que des clins d’œil à des jeux de la petite enfance. Mon rôle d’enseignante a été de guider les élèves dans cette démarche en leur montrant la différence qu’il y avait entre :

– un simple plagiat qui va se contenter de reprendre à son compte un fond traditionnel sans rien lui apporter de nouveau ;

– une production de textes qui vont enrichir le substrat existant en l’actualisant et en y apportant les nouveaux éléments que leur imagination leur dictait. Ils ont ainsi pris conscience qu’à partir de paradigmes intemporels, il était possible de se livrer à de nouvelles créations. C’est bien ainsi que fonctionne la littérature…

Les différents contes choisis 

En référence au Petit Poucet : Le tour du monde du Petit Poucet. L’objet magique est le GPS qui remplacera les miettes de pain et les petits cailloux.

Les pistes pédagogiques poursuivies : – Néologismes. – Mots d’origine étrangère. – Temps du récit Passé simple / Imparfait. – Style direct / indirect.  – Abréviations. – Substituts. – Connecteurs logiques.

En référence à Blanche Neige, les enfants ont créé le personnage d’Ella Stique et les sept nains. L’histoire est « déjantée » selon le mot des enfants. Les nains ont des noms-valise et Ella Stique est retrouvée par sa belle-mère grâce aux réseaux sociaux ! Une référence au « Gigot » de Roald Dalh est évoquée puisque notre héroïne mourra après avoir reçu un bloc de crème glacée sur la tête qui sera mangé ensuite par les sept nains.

Les pistes pédagogiques poursuivies sont identiques au conte précédent.

En référence à Pinocchio : Pinocchio le robot.

Dans ce conte, les élèves ont utilisé le résultat d’un problème mathématique qu’ils avaient calculé en classe et qui montre la croissance expresse et impressionnante du nez de Pinocchio. Les enfants se sont beaucoup amusés en inventant des mensonges (pleins de poésie) qui allaient conduire notre héros à sa perte. Il y a eu des références à l’actualité de notre région avec les cercles concentriques jaunes qui ont habillé le château de Carcassonne et qui là servaient de radar au père de Pinocchio. Les pistes pédagogiques rajoutées ont été l’utilisation de mots familiers (niveau de langage), les préfixes et le vocabulaire géométrique

En référence au Petit Chaperon Rouge : Le Petit Chaperon jaune.

Ce conte très riche au niveau de l’étude de la langue a permis d’approfondir de nouvelles notions : – les adverbes ; – les ellipses dans un texte ; – l’impératif ; – la recette de cuisine ; – le dialogue ; le vocabulaire conséquent de fruits et légumes.

Ainsi, avant de passer à l’écriture les enfants ont procédé à de nombreuses manipulations linguistiques en classe avec des apprentissages plus traditionnels auxquels ils ne donnent pas toujours du sens. En imposant des réinvestissements de connaissance de la langue, ils ont remarqué combien leurs textes s’enrichissaient et combien ils pouvaient alors faire appel à leur créativité. Ce fut une belle fête des mots. Les idées ont jailli, foisonnantes lors de remue-méninges en classe.

Puis des groupes d’écriture se sont constitués sur le temps des APC (souvent doublés et sur le volontariat des auteurs et de la maîtresse) dans une ambiance de bonne humeur avec de nombreux fou-rires à la clé. Le titre jeu de mots a été inventé par les élèves : Contes défaits…Certains élèves ont seulement participé oralement au livre et d’autres ont réalisé des illustrations.

Du livre au film

Le responsable d’École et cinéma a été séduit par ce projet et m’a contactée pour choisir un des quatre contes l’année suivante et en faire un film d’animation. Ce projet de classe cinéma a été financé par la DRAC et des professionnels sont venus à plusieurs reprises dans la classe. Au cours de l’année scolaire, les élèves ont aussi assisté à trois projections pour découvrir les différentes techniques utilisées pour réaliser des films (Nanouk l’Esquimau de Flaherty ; L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back et Les 400 Coups de Truffaut).

Pour lancer cette année consacrée au cinéma, la classe s’est rendue à Castelnaudary afin d’assister à l’avant-première du film d’animation Dilili à Paris.

Lorsqu’il a fallu choisir la technique que nous allions utiliser pour notre film, la classe a décidé de rendre hommage à Michel Ocelot en créant et en mettant en mouvement des « ombres chinoises ».

Avant de commencer la mise en images du conte choisi, Denys Clabaut (responsable des Amis du cinoch’ et coordinateur du cinéma à l’école en Languedoc Roussillon), est venu dans la classe nous présenter le projet, nous parler de la persistance rétinienne, nous expliquer le travail de l’animateur d’un film d’animation et nous présenter les différentes techniques possibles en art visuel, avec un documentaire de Marcos Magalhes, Animando.

Plus tard dans l’année, Guillaume Hoening (animateur de film d’animation et réalisateur d’une série pour Gulli) est venu nous expliquer durant toute une journée le dispositif qui serait mis en place pendant une semaine, lors de la conception du film et combien il faudrait d’images pour faire un court métrage selon la technique du stop motion pour obtenir un film d’une durée de 8 minutes. Ainsi, pour obtenir l’illusion du mouvement, nous devrions photographierions 12 images pour une seconde. Il y en aurait donc 720 pour une minute et 5 760 pour 8 minutes…

Puis nous avons commencé à créer le scénarimage en répartissant le travail en sept groupes. La difficulté était de ne pas raconter ce qu’on entend dans le texte mais de faire une interprétation en inventant des scènes amusantes. Pour créer les images, il a fallu relire le texte choisi et trier les informations importantes pour le spectateur, apprendre à faire des ellipses.

En avril le stage a commencé et la classe ressemblait à une ruche ! Nous avions quatre tables lumineuses à notre disposition. Denys et Guillaume sont venus accompagnés de la décoratrice Linda Yi et de l’ingénieur du son Mathieu Mounier. Chacun des élèves est devenu tout à tour dessinateur, animateur, musicien, photographe, chanteur, comédien. Les enfants circulaient librement dans la classe et les groupes en sachant exactement ce qu’ils avaient à faire.

Le film a été diffusé une première fois au Théâtre de l’école, avant d’être projeté au festival parrainé par Pierre Richard Mon cinoch’ sous les étoiles à Gruissan le 22 août, puis au festival d’Automne de Castelnaudary où il a été salué par Alain Cavalié et Bernard Lecoq, et il a circulé avec Ciném’Aude dans des villages de notre région où il a été projeté en plein air.

L’antenne RCF de Carcassonne a invité des élèves pour parler de ce projet réalisé avec deux classes sur deux années dans une émission de vingt minutes.

Cette expérience hors du commun restera un moment unique et magique dans ma vie d’enseignante.

Alexandra Ibanes

 

•  « Le fabuleux voyage du Petit Poucet » sur You Tube.

 Enfances au cinéma.

• Dossier pédagogique : « Nanouk l’Esquimau », de Robert J. Flaherty (1922).

• « L’homme qui plantait des arbres, de Frédéric Back (1987).

Dossier pédagogique : « Les Quatre Cents Coups », de François Truffaut (1959).

Les contes et les contes détournés à l’école des loisirs.

Du livre au film...

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