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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
Vivre livre au musée de Narbonne

ZORAH SUR LA TERRASSE

(Abdelkader Djemaï)

 

Tanger, l’hiver 1912

La terre toute nue

Dans le miroir gris de la mer

De la double mer nouée

Entre l’Atlantique et la Méditerranée

Pousse un oranger d’Andalousie

 

Dans les ruelles de la Médina

Entre le Grand et le Petit Socco

Sous la pluie froide

Matisse cherchait un modèle

Elle se prénommait Zorah

Et ne posera jamais nue pour lui

 

Oran, novembre 1948

L’horloge de port en pierre

Vigile aux aiguilles noires

Je suis né à l’heure des feuilles mortes

Entre un commissariat sans fenêtres

Et un figuier sans fruits

Dans la maison ouverte aux fourmis et aux lézards

Mes tantes et les ombres vertes

Avaient ce jour-là dansé pour moi

 

Dans la cour où fleurissaient les cailloux jaunes

Les robes, les rêves et le burnous de grand-père

Il n’y avait pas les iris bleus, les pervenches, les mimosas,

Les palmes, les arums, les acanthes de Matisse

Ou sa fenêtre ouverte comme une promesse sur l’horizon

 

De mon enfance vieille

Il me souvient des oliviers et des agaves

Derrière les murs du vieux cimetière

Où grand-père dort à l’ombre d’une pierre grise inclinée

Il était parti un jour d’été

Tout juste après sa sieste sous le figuier

 

Avant que la guerre, la tuberculose et la syphilis

Ne continuent de manger l’arrogante Europe

Le ciel de l’hiver 1912

Avait-il les yeux de Zorah la prostituée

Peinte en secret sur la terrasse du bordel

Entre les murs tatoués de la Casbah

Les portes closes et les zellijes ébréchés

 

Zorah, la clandestine fuyant les coups de son frère

Les couteaux des regards et des langues

Dans une vile de proxénètes, d’espions

De trafiquants, de devins, de mendiants

De marabouts et de diplomates drogués

 

Dans le détroit de Gibraltar

Passaient les nuages roux

Les dauphins au ventre blanc

Les guerriers rutilants

Et les oiseaux migrateurs

Partis embrasser le soleil de l’Afrique

 

Des collines de Tanger

Derrière le port et les minarets

L’Espagne montre le bout de son nez

Sur ma colline avait dormi Cervantès

Dans un château de pierre ocre

Au pied d’une ville cuivrée

Où les noces se célèbrent sur les terrasses

 

De mon enfance vieille

Me viennent les odeurs du benjoin,

Du miel chaud, des sardines grillées

Et du henné qui colorait doucement

Les pieds et la paume des mains des femmes de la maison

ouverte aux fourmis et aux lézards

 

Zorah avec ses babouches au fond rouge

Au milieu d’ombres, de jaune, de vert et de violet

Sa tunique à la ceinture marron couvrant ses épaules

Son visage de belle terre

Et ses mains comme des mésanges envolées

 

Zorah assise près d’un bocal au pied rose

Trois poissons dansent dedans

Ils n’appartiennent à aucune des deux mers nouées

Ils venaient de la rivière des songes clandestins

Celle où je nage en secret avant de me noyer

Entre un port, une horloge en pierre et un oranger

Il y a quelques semaines, j'ai voulu redécouvrir la partie orientale du musée de Narbonne de façon originale. Pourquoi ne pas lire de beaux textes dans la salle de la fontaine?

Quand nous sommes arrivés avec Tristan, nous avons visité la médina haute en couleur, rêvé devant cette jeune fille qui aurait pu servir de modèle pour Zorah sur la terrasse écrit par Abdelkader Djemaï, tous nos sens étaient en éveil pour ce beau voyage pictural. 

A la fin de la visite, j'ai lu Ali Baba et les 40 voleurs à Tristan, nous avons ri avec Les sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja et nous avons terminé avec Zorah sur la terrasse pour finir cette visite pas comme les autres.

Jacques, pendant ce temps-là, nous préparait un repas libanais avec une bonne dizaine d'épices et nous avons bu un thé à la menthe avec d'excellentes pâtisseries orientales.

Vivre livre au musée de Narbonne
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