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Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

10 ans avec Tolstoï - La fable: D'où vient le mal dans le monde?

Photo Jean S.
Photo Jean S.

Victor Lebrun évoque la jolie fable ci-dessous dans ses mémoires. Bonne lecture! Merci à Jean Sayad d'avoir retrouvé ce texte et de l'avoir traduit.

ОТЧЕГО ЗЛО НА СВЕТЕ
(Басня)

Пустынник жил в лесу, и звери не боялись его. Он и звери говорили между собою и понимали друг друга.

Один раз пустынник лег под дерево, а ворон, голубь, олень и змея собрались ночевать к тому же месту. Звери стали рассуждать, отчего зло бывает на свете.

Ворон сказал: «Зло на свете все от голода. Когда поешь вволю, сядешь себе на сук, покаркаешь — все весело, хорошо, на все радуешься; а вот только поголодай день-другой, и все так противно станет, что и не смотрел бы на свет божий. И все тебя тянет куда-то, перелетаешь с места на место, и нет тебе покоя. А завидишь мясо, так еще тошнее сделается, так и бросишься без разбора. Другой раз и палками-то, и камнями в тебя кидают, и волки и собаки хватают, а ты все не отстаешь. И сколько так из-за голода пропадает нашего брата. Все зло от голода».

Голубь сказал: «А по мне, не от голода зло, а все зло от любви. Кабы мы жили по одному, нам бы горя мало. Одна голова не бедна, а и бедна, так одна. А то мы живем всегда парочками. И так полюбишь свою дружку, что нет тебе покоя — все о ней думаешь: сыта ли, тепла ли она? А как улетит куда-нибудь от тебя дружка, тут уж совсем пропадешь,— все думаешь: как бы ястреб не унес или люди не поймали бы; и сам полетишь ее искать, да и залетишь в беду,— либо под ястреба, или в силок. А если пропадет дружка, так самому уже ничто

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не мило. Не ешь, не пьешь и только ищешь да плачешь. Сколько нас от этого пропадает! Все зло не от голода, а от любви».

Змея сказала: «Нет, зло не от голода и не от любви, а зло от злости. Кабы жили мы смирно, не злились бы,— нам бы все хорошо было. А то как сделается что-нибудь не по тебе, разозлишься,— тогда уж ничто не мило. Только и думаешь, как зло свое на ком выместить. Тут уж сама себя не помнишь, только шипишь да ползаешь, ищешь, кого бы укусить. Уже никого не жалеешь — до тех пор злишься, пока сама себя погубишь. Все зло на свете от злости».

Олень сказал: «Нет, не от злости, и не от любви, и не от голода все зло на свете, а зло от страха. Кабы можно было не бояться, все бы хорошо было. Ноги у нас резвые, силы много. От маленького зверя рогами отобьешься, от большого уйдешь. Да нельзя не бояться. Только хрустни в лесу ветка, зашурши листья, так весь и затрясешься от страха, забьется сердце, точно выскочить хочет, и летишь что есть духу. Другой раз заяц пробежит, птица трепещется или сухая ветка обломится, а ты думаешь — зверь, да и набежишь на зверя. А то бежишь от собаки,— набежишь на человека. Часто испугаешься и бежишь, сам не знаешь куда, и с размаху оборвешься под кручь и убьешься. И спишь-то одним глазом, слушаешь и боишься. Нет покоя. Вез зло от страха».

Тогда пустынник сказал:

— Не от голода, не от любви, не от злобы, не от страха все наши мученья, а от нашего тела все зло на свете. От него и голод, и любовь, и злоба, и страх.

D’où vient le mal dans le monde ?

Un ermite vivait dans la forêt et les animaux sauvages n’avaient pas peur de lui. Il parlait avec eux et se comprenaient mutuellement.

Un jour, l’ermite était allongé sous un arbre et un corbeau, un pigeon, un cerf et un serpent sont venus dormir au même endroit. Les animaux se sont mis à s’interroger d’où vient le mal dans le monde.

Le corbeau dit : « Le mal dans le monde vient de la faim. Quand tu as mangé à ta faim, tu t’assieds sur une branche, tu coasses ; tout est joyeux, tout est bien et tu te réjouis de tout ; et quand un autre jour tu as faim, tout te semble tellement dégoûtant que tu n’as même pas envie de regarder autour de toi. Tu ne tiens plus en place et tu voles d’un endroit à un autre sans trouver la paix. Si tu vois un bout de viande, tu vas te sentir encore plus mal et te jeter dessus sans retenue. Et après on te lance des bâtons ou des pierres, les loups ou les chiens t’attrapent et tu ne lâcheras pas le bout de viande pour autant. Tant de nos frères périssent ainsi à cause de la faim. Tout le mal vient de la faim. »

Le pigeon dit : « A mon avis, le mal ne vient pas de la faim mais de l’amour. Si on vivait chacun séparément, on aurait bien peu de malheur. Un seul être n’est pas malheureux, et quand bien même il le serait, il serait seul à être malheureux. Mais nous, nous vivons toujours par paires. Et si tu aimes ta compagne, tu ne peux pas être en paix et tu penses toujours à elle. Est-ce qu’elle est rassasiée, est-ce qu’elle est au chaud ? Et si ta compagne s’envole loin de toi, c’est la fin de tout : tu penses sans arrêt que l’autour ou que les gens vont la capturer ; alors tu t’envoles à sa recherche et tu tombes toi-même sur un autour ou sur un filet. Et si ta compagne disparaît, tu n’as plus goût à rien. Tu ne manges plus, ne bois plus et tu ne fais que la chercher ou que pleurer. Tant des nôtres périssent à cause de cela ! Tout le mal ne vient pas de la faim, mais de l’amour. »

Le serpent dit : « Non, le mal ne vient pas de la faim ou de l’amour mais de la méchanceté. Si nous vivions tranquillement sans être méchants, tout irait pour le mieux. Si quelque chose ne se passe pas comme tu l’aurais voulu, alors déjà tout devient sombre. Tu ne penses qu’à te venger sur quelqu’un. Tu es hors de toi, ne fais que siffler et sors la langue en cherchant qui tu vas mordre. Tu n’as aucune pitié et reste méchant jusqu’à ce que tu en meures. Tout le mal dans le monde vient de la méchanceté. »

Le cerf dit « Non, le mal dans le monde ne vient ni de la méchanceté, ni de l’amour, ni de la faim, mais de la peur. Si l’on pouvait n’avoir peur de rien, tout irait bien. Nos pattes sont robustes et nous avons beaucoup de force. Si nous pouvons triompher d’un petit animal grâce à nos bois, nous pouvons aussi échapper à un prédateur. Mais il nous est impossible de ne pas avoir peur. Il suffit d’un bruissement de branches ou d’un sifflement de feuilles et soudain tu trembles d’effroi, ton cœur s’emballe et tu t’enfuis à perdre haleine. Si une autre fois tu entends courir un lièvre, bouger un oiseau ou craquer une branche morte, tu imagines que c’est une bête sauvage et en voulant y échapper, tu tombes nez à nez entre ses griffes. Et si tu t’échappes d’un chien, tu tombes sur un homme. Tu as souvent peur et tu cours, ne sachant pas toi-même dans quelle direction et pris dans ton élan tu dévales une pente et te tues. Et tu dors d’un œil, tu tends l’oreille et tu as peur. Il n’y a pas de paix ! Tout le mal vient de la peur. »

Alors l’ermite dit : « Toutes nos souffrances ne viennent ni de la faim, ni de l’amour, ni de la méchanceté, ni de la peur, mais tout le mal du monde vient de notre corps. La faim, l’amour, la méchanceté et la peur viennent de notre corps.

Ci-dessous, un retour en images à l'Institut des relations internationales de Montpellier. Jacques lors d'une conférence sur Tolstoï a été invité à parler du livre de Victor Lebrun. L'accueil a été très chaleureux et sous le signe d'une belle amitié franco-russe.

Crée en 1992, l'association Loi 1901 Amitiés Russes a pour but de favoriser la connaissance mutuelle et la coopération entre le peuple français et les peuples de l'ex - URSS (Union des républiques socialistes soviétiques). Il s'agit à la fois de mieux cerner les cultures et les liens entre ces deux civilisations historiquement très liées, mais également d'effacer les préjugés et les idées reçues que nous avons accumulés dans nos inconscients collectifs. La semaine culturelle russe est le point d'orgue de l'année, organisée au printemps et proposant la découverte de la Russie via lecture de contes, conférences, musique, littérature, représentations théâtrales et de la cuisine russe.

A l'Institut des relations internationales (Montpellier).

A l'Institut des relations internationales (Montpellier).

Conférence avec Jean Sayad.

Conférence avec Jean Sayad.

 10 ans avec Tolstoï - La fable: D'où vient le mal dans le monde?
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