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Madame Rhinocéros

Madame Rhinocéros

Les surprises de la vie...

Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres

« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer ou l’éducation à la citoyenneté

« À toutes les maîtresses qui sont belles comme la Justice guidant le peuple à travers les ténèbres…et aux enfants qui, chaque année viennent à l’Assemblée nationale pour y prendre une leçon de démocratie, et repartent en l’ayant donnée aux adultes. »

En pleine période électorale, les esprits des candidats comme des électeurs s’échauffent et la vitesse d’information qui caractérise les médias et plus encore les réseaux sociaux, ne laisse pas toujours de place à la réflexion. L’événementiel, le sensationnel et les scandales politiques l’emportent sur les débats de fond, l’économie et la politique elle-même. L’image que reflètent les hommes politiques en est sans cesse altérée.

Sophie Chérer, dans Liberté, égalité…Mathilde (illustré par Véronique Deiss) évoque une situation de classe que de nombreux enseignants pourraient vivre. Son récit plaît aux enfants car ils se reconnaissent dans les protagonistes de l’histoire.

 

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« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer

Un jour, la maîtresse propose à sa classe de vivre une aventure extraordinaire. Il s’agit de participer au « Parlement des enfants » où un élève de CM2 remplacera un député de sa circonscription pour aller défendre une loi à l’Assemblée nationale à Paris. L’histoire racontée par Sophie Chérer montre combien les enfants au départ sont incrédules et pointent les dysfonctionnements de la politique en parlant au nom de leurs parents.

Mathilde ira proposer une loi sur la culture gratuite pour les enfants et un événement l’amènera à demander le vote d’une autre loi que la sienne car elle considérera qu’il y a des degrés d’importance et qu’il faut agir au mieux pour les autres et non par pour satisfaire ses désirs personnels, même s’ils sont destinés à améliorer la vie de chacun.

Le message est clair : cette enfant montre la voix de la raison où « on s’en fiche d’être les premiers, où il faut être uniques et travailler main dans la main. Et où on ne souhaite rien gagner, que le droit d’habiter un pays où il fasse bon vivre ». D’où, l’importance de l’éducation morale et civique à l’école et plus encore en période électorale…

 

Le site du Parlement des enfants

Le site du Parlement des enfants

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Comment faire connaître le fonctionnement des institutions

Lorsqu’ils arrivent en cycle 3, les élèves méconnaissent bien souvent les institutions politiques et leur fonctionnement, mais ils sont très au fait des anecdotes montées en épingle dans les médias ainsi que des rumeurs colportées par Internet.

L’enseignement moral et civique permet de réfléchir au sens de l’engagement et de mieux comprendre le fonctionnement des institutions dans la vie collective. Le montage de projets simples concernant directement les enfants s’avère être un bon moyen de les intéresser à l’importance du travail collectif et de tordre le cou à bien des idées reçues.

Par exemple, la mise en œuvre de véritables élections de délégués de classe avec une « campagne électorale » est facilement réalisable et permet d’enrichir de nombreux champs lexicaux autour des droits et des devoirs des citoyens en puissance que sont les élèves.

Avec la découverte d’un vocabulaire bien défini, ils découvrent l’importance de ce qui doit être proposé à son futur électorat et qu’une loi , ce n’est pas quelque chose qui sert à réaliser ses rêves comme par un coup de baguette magique ! C’est une règle qui s’applique à tous et qui permet d’organiser la vie en société pour le bien commun.

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Les enfants ont une conscience politique

Bien que L’ÉMC soit au programme, les séquences consacrées à la citoyenneté et aux institutions sont le plus souvent survolées alors que ces notions sont fondamentales dans la construction de l’esprit critique des futurs citoyens. Les enfants sont capables de comprendre dès leur plus jeune âge qu’il existe des règles qu’ils doivent accepter. Ils sont rapidement amenés à comprendre l’intérêt d’abandonner une partie de leur liberté pour construire un avenir commun dans leur classe, dans leur école, et a fortiori dans la commune, le département, la région, le pays et au-delà…

Comment devenir un véritable citoyen si on ignore ce qui définit la démocratie,
les lois et les institutions ? Après avoir doté chacun d’un vocabulaire précis concernant l’action à mener, il est aisé de mettre en place des scènes afin de comprendre de façon ludique ce qui semble de prime abord rébarbatif.

Pour expliquer le rôle du Parlement lors d’une séance d’éducation civique, des lois fictives peuvent être créées, dans lesquelles chaque enfant aura un rôle à jouer.

Par exemple, le schéma suivant peut permettre de bien comprendre la vie d’une loi et les mécanismes qui la régissent : une loi est proposée, les députés et les sénateurs débattent et votent pour ou contre. Si la loi est votée, elle est promulguée par le chef de l’État et publiée au Journal officiel. Le gouvernement la fait appliquer et les juges veillent à ce qu’elle soit respectée en sanctionnent ceux qui y contreviennent.

Si des élèves ont la chance comme Mathilde de participer au Parlement des enfants, ils siègeront à l’Assemblée nationale à la place du député de leur circonscription, pour débattre et voter.

À ce jour, quatre domaines ont été retenus :

Maintien des liens entre frères et sœurs en cas de séparation des familles.

Permission à un enfant orphelin de participer au conseil de famille.

Interdiction de l’achat par les écoles et les collectivités locales de fournitures
fabriquées par des enfants dans des pays qui ne respectent pas leurs droits.

Renforcement du rôle de l’école dans la prévention et la détection des faits de
mauvais traitements aux enfants.

 

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies

Gare et usines à Saint-Denis par Maurice Fallies (1930)

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Les enfants ont une conscience économique

Les enfants ont une conscience économique remarquable qui étonnerait bien des
observateurs.

Lors d’une leçon relative aux impacts de l’industrialisation au XIXe siècle, des élèves de CM2 ont eu à analyser un texte de Jules Simon qui expliquait qu’avec l’arrivée des progrès techniques, un entrepreneur n’aurait plus besoin d’employer 12 ouvriers mais seulement 4 et qu’avec le prix des machines et leur entretien, ses charges seraient divisées par deux.

Beaucoup d’élèves ont compris dès lors la définition du capitalisme et si certains ont été offusqués du sort réservé aux ouvriers qui n’auraient plus d’emploi, d’autres se sont réjoui pour le patron qui faisait « de sacrées économies » ! Le débat qui a suivi l’explication du texte a montré que les enfants avaient bien intégré cette notion. Elle les éclairait sur la situation contemporaine.

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Les enfants ont une conscience historique

Si les schémas concernant les institutions politiques proposés dans les manuels
scolaires sont de qualité, il est important de les éclairer en établissant des liens
interdisciplinaires avec l’histoire de France et du monde actuel et en soulignant
l’importance du vote et de la démocratie. Peu de documents, hélas, sont à la
disposition des enseignants sur ce sujet, à part les séances concernant la
Révolution française.

Par ailleurs, très peu d’informations destinées au cycle 3 sont consacrées à des
sujets aussi importants que, par exemple, la manipulation politique ayant mené Hitler
au pouvoir, l’histoire du vote des femmes, ou l’existence des dictatures actuelles.

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Comprendre l’importance des élections législatives

Pendant des semaines, les médias se sont focalisés sur l’élection présidentielles  et ont entretenu un certain climat d’insécurité. Or, pour diriger un pays, il faut aussi un Parlement et un Sénat, nécessaires à l’équilibre des pouvoirs.

Alors que les élections législatives pour le renouvellement des députés sont en cours, il est aussi important de rappeler aux enfants qui parviendront très vite à l’âge d’être citoyens, combien ces élections moins spectaculaires car moins personnalisées, sont tout aussi importantes dans la vie politique d’un pays démocratique.

 

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Quelques pistes pédagogiques

Lire Liberté égalité…Mathilde, de Sopjhie Chérer, permettra à chaque enseignant de travailler l’éducation morale et civique de façon interdisciplinaire en lien avec le nouveau programme mis en œuvre depuis 2016 et qui a pour but de « favoriser une aptitude à vivre ensemble dans une société démocratique. »

Un éventail d’activités peut être proposé en lien avec ce récit :

• Comprendre et travailler sur les règles de communication.

• Apprendre à maîtriser les règles de la discussion de groupe, savoir se justifier, débattre de façon argumentée.

• Travailler en arts plastiques sur les caricatures politiques (par exemple sur les caricatures de Louis-Philippe en 1831, et celles de Daumier) et en réaliser soi -même. S’intéresser à la symbolique des couleurs bleu, blanc, rouge…

• En ÉMC, connaître les valeurs et les symboles de la République française.

• Étudier en vocabulaire les champs lexicaux de la loi et du droit.

• Connaître la notion de bien commun dans la classe, l’école et la société.

• Élire démocratiquement des délégués de classe et connaître les différentes étapes du scrutin. Apprendre aux électeurs à se sentir responsables de leur vote. Les différentes élections seront évoquées et une comparaison entre celles des délégués de classe, du président de la République, les députés de l’Assemblée nationale ou du Parlement européen seront faites.

• Réaliser un éphéméride des célébrations républicaines.

• Réaliser un film avec les élèves à partir du livre…

• Suivre l’actualité avec les journaux 1jour1actu.com ou Le Petit Quotidien.

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Conclusion

Il paraît ainsi judicieux que le livre de Sophie Chérer Liberté, égalité…Mathilde soit intégré dans une programmation de cycle 3. Ce texte à la fois sérieux et plein d’humour fera prendre conscience aux enfants des enjeux et de l’importance de la politique.

Quant aux illustrations, elles s’inspirent des caricatures que l’on trouve dans différents journaux, soulignant ainsi leur caractère très actuel.

Alexandra Ibanes

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• Ce récit publié par l’école des loisirs dans la collection « Mouche » est actuellement en
lice pour le prix de l’UNICEF 2017.

« Renommer », de Sophie Chérer, illustré par Philippe Dumas : une invitation à changer la vie, par Yves Stalloni.

Tous les romans de Sophie Chérer à l’école des loisirs.

Le roman de jeunesse et son enseignement à l’école, au collège et au lycée : rencontre avec Sophie Chérer, Brigitte Smadja et Xavier-Laurent Petit à l’ÉSPÉ de Paris.

Un corpus pour le CM1-CM2 : II. La morale en questions.

• Le site du Parlement des enfants.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #L'école des lettres
La philo dès l'école primaire...

Depuis 15 ans, j'anime des débats à visée philosophique dans mes classes. Cette année, j'ai décidé de théâtraliser le livre de Michel Tozzi : La morale ça se discute. Le 25 mai, les enfants ont donné une représentation unique en présence de l'auteur et ont fait un véritable tabac. L'Ecole des lettres dans sa revue papier a publié l'article que j'ai écrit à ce sujet et qui raconte cette merveilleuse aventure:

 

L’École des lettres 2016-2017, n° 487
« Les attentats terribles en France en 2015 ont rappelé la nécessité de former nos enfants à l’esprit critique.
Cette éducation à la citoyenneté, à la fraternité, à l’ouverture d’esprit ne peut se faire sans la famille et l’école », dit Edwige Chirouter dans sa préface aux « Ateliers Philo à la maison », de Michel Tozzi et Marie Gilbert
(Eyrolles, 2016).

Le même Michel Tozzi a relayé en France, avec un
groupe de recherches de l’université de Montpellier, un phénomène apparu aux États-Unis dans les années 1980
sous l’impulsion du pédagogue et philosophe Matthew Lipman : la philosophie pour les enfants.
Depuis, des maîtres se sont formés pour animer des Débats à visée philosophique(DVP) auprès des enfants dès la maternelle, afin de leur apprendre à ne pas se fier aux apparences, à définir de meilleures conditions de communication, à construire des concepts en rapport avec
les principes démocratiques. Pratiqués depuis plusieurs années dans les écoles primaires, les DVP sont en phase avec les attendus de fin de cycle 3. Ils permettent
aux élèves d’identifier et d’exprimer,en les régulant, leurs émotions et leurs sentiments, de développer l’estime
de soi de même que les capacités d’écoute et d’empathie. Enfin, ces débats favorisent la réflexion critique par la confrontation du jugement personnel à celui d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.
Philo-théâtre à l’école primaire
Pourquoi philosopher dès l’école ?

Qu’est-ce que le débat à visée philosophique ?
Ainsi, le DVP vise à développer une réflexion qui dépasse la simple accumulation de savoirs. Il les analysent, les
confrontent, les relient. En provoquant de nouveaux regards sur le monde et sur les autres, et en établissant des passerelles entre les disciplines, il favorise
la construction des élèves en terme de comportement, d’éthique.
L’enfant est rapidement confronté à toutes les expériences de la vie : plaisir,douleur, maladie, séparation, mort.Il reçoit par ailleurs une multitude
d’informations émanant des parents, de l’institution scolaire, des camarades, des médias. Il n’est pas donc pas ignorant et a acquis suffisamment de connaissances pour pouvoir débattre de questions que l’on peut plus ou
moins directement rattacher à certains domaines traditionnels de la philosophie :
– la métaphysique (est-on toujours libre ? est-on obligé de croire ? quel est le sens de notre existence ?, etc.) ;
– l’éthique (à quoi sert la punition? ce qui est juste peut-il parfois être injuste ? doit-on toujours dire la
vérité ?, etc.) ;
– l’esthétique (qu’est-ce qui est beau et pas beaupourquoi suit-on la mode? à quoi sert l’art ? qu’est-ce qui
fait la beauté d’une personne?, etc.) ;
– l’ontologie (pourquoi a-t-on peur ? pourquoi est-on triste ? pourquoi doit-on travailler ? pourquoi les enfants ne pensent-ils pas comme les adultes ? la machine va-t-elle un jour commander à l’homme?, etc.) ;
– la logique (les sciences apportent-elles la vérité ? comment reconnaître ce qui est vrai ?, etc.) ;
– les contraires philosophiques (moi et autrui, raison et passion,etc.).


On le voit, de nombreux thèmes peuvent être abordés, à condition que l’enseignant amorce et nourrisse les débats en fonction des centres d’intérêt des enfants et de leur âge.
 

Le débat à visée philosophique en pratique
Parler philo n’est pas parler de philo. C’est un mode de conversation comportant des codes à définir d’emblée
et à faire respecter par les élèves. Il ne s’agit pas de monologuer face à un auditoire, mais de trouver une
configuration de discussion permettant l’expression de chacun.
Pour ma part, j’anime des débats à visée philosophique depuis une quinzaine d’années et je suis toujours
agréablement surprise par l’intelligence des propos tenus par les enfants. Mais la condition première,afin d’éviter toute confusion, est d’établir des règles. Je travaille à partir d’un « cercle de conversation ». La configuration matérielle a son importance:
les bureaux sont installés en U, et chaque élève a un rôle bien défini.

Une responsabilité particulière est confiée au "distributeur » qui note les noms des participants souhaitant s’exprimer durant le débat : ils devront
lever la main et attendre leur tour de parole en écoutant les autres. Une fois définies, ces règles de discussion sont respectées, et mieux que dans bien des cénacles d’adultes ! En tant qu’enseignante, j’endosse la fonction de « secrétaire de séance » et je prends des notes car il est très difficile, à dix ans, de noter les pensées de ses camarades. J’interviens aussi, naturellement, pour
relancer le débat, encourager un enfant à s’exprimer ou reformuler une idée appauvrie par le manque de vocabulaire, mais toujours en demandant à l’enfant s’il est d’accord avec ma reformulation.
Le DVP implique donc «éthique communicationnelle» et «civilité scolaire». Les enfants apprennent à clarifier
leurs idées, à écouter l’autre sans se moquer, à ne pas lui couper la parole et à admettre les différences. Après plusieurs années d’animation des DVP, j’ai pu constater que «philosopher » en classe est une discipline essentielle dans la construction de l’enfant. Chacun peut s’exprimer avec son vocabulaire propre et développer une intelligence
intuitive que ne favorisent pas nécessairement les savoirs scolaires. Souvent, mon regard a changé sur des enfants
en grande souffrance dans leurs apprentissages quotidiens, qui se révélaient moteurs dans le débat et avaient une réflexion parfois plus profonde
que leurs pairs. Le regard que leurs camarades portaient sur eux changeait, mais aussi leur propre regard sur eux-mêmes: incités à mettre en avant leurs pensées, ils prenaient conscience du fait que leur personnalité, pour n’être pas coulée dans le moule scolaire, pouvait
aussi avoir sa richesse.
Voici quelques ressentis des enfants :
– « C’est bien de dire ce qu’on pense, il y a des bonnes idées et de moins intéressantes. On s’est tous entendus, écoutés. »
– « J’ai trouvé ça bien, mais ce qui m’a plu, c’est de pouvoir m’exprimer. La philo laisse aux enfants la liberté de s’exprimer. »
– « J’ai beaucoup aimé le débat philo, j’ai pu donner mon avis, même si les autres n’étaient pas d’accord. En plus, j’ai appris un peu mieux ce que veut dire la
tolérance. »
– « Pratiquement tout le monde a participé, et on a tous appris quelque chose. »
– « C’est une bonne manière de s’exprimer, et ça aide à mieux connaître nos amis et leur coeur. »
– « Ça m’a apporté des choses que je ne savais pas sur mes camarades, je les vois différemment. »
– « On apprend à ne pas se moquer des autres et à ne pas répondre par la violence. »
– « Ça m’a fait réfléchir et j’ai écouté les autres, je m’aperçois que tout le monde ne pense pas comme moi et je vois comment mes copains réfléchissent. »


Une expérience de classe : la philo-théâtre
Afin de montrer, tant aux parents qu’à mes collègues, la richesse des propos échangés lors de ces DVP, j’ai décidé de théâtraliser des extraits du livre de Michel Tozzi, La morale, ça se discute... (Albin Michel Jeunesse,
2014), en intercalant les pensées des enfants dans un spectacle de « philothéâtre» qui sera présenté aux
familles. Après avoir présenté les personnages des saynettes philosophiques, la classe a décidé de les
mettre en scène. Entre chaque extrait seront lues des réflexions philosophiques correspondant aux sujets
choisis en commun.
Si j’ai choisi cet ouvrage pour mener les débats à visée philosophique dans ma classe, c’est que le premier extrait proposé à mes élèves a été un succès. Immédiatement, les personnages, quatre copains, Théo,Raf, Zoé et Léa qui adorent discuter autour des notions fondamentales de
la morale, du respect, du bonheur, de la justice, etc., sont devenus leurs nouveaux camarades de classe.
Afin de mettre en perspective les activités que je propose, et après avoir expliqué ce qu’est la philosophie et ce que j’attends des débats à visée philosophiques,
j’ai fait travailler mes élèves sur l’origine du théâtre. Ils ont découvert que, il y a vingt-cinq siècles, naissaient
simultanément dans la société athénienne le théâtre et les premières formes démocratiques dans la vie politique
et publique et que, depuis, les mêmes enjeux de société perdurent. La pratique du théâtre à l’école ne vise évidemment pas à former des apprentis comédiens, mais à développer la personnalité de l’enfant tout en
l’entraînant à communiquer. Selon Jean-Pierre Ryngaert, professeur, formateur et metteur en scène, le théâtre

à l’école contribue à « former des êtres humains sensibles, réceptifs, ouverts, capables de donner et recevoir » et des
« citoyens porteurs d’un regard critique sur
le monde ».

Pour la mise en scène, j’ai choisi d’utiliser la méthode
Stanislavski, dans laquelle l’acteur n’est plus considéré comme un «démonstrateur » de sentiments et d’émotions, mais devient un créateur, un passeur, en allant chercher en lui sa propre vérité qui lui fera rejoindre
celle de son personnage. Désormais, pour bien terminer
chaque semaine, je consacre la dernière heure du vendredi à ce projet de philo-théâtre. Les enfants répètent par petits groupes en aide personnalisée
pendant la pause méridienne. Des vocations sont en train de naître ! Des élèves timides qui voulaient juste être lecteurs de réflexions pendant la représentation souhaitent avoir à présent avoir un rôle, et de gros
progrès ont été réalisés à l’oral.

 

Le débat à visée philosophique pour mieux grandir
À condition d’être menés régulièrement, les DVP peuvent transformer le climat d’une année scolaire. Ils présentent
donc un intérêt évident non seulement dans le développement de l’enfant, mais aussi un intérêt pour
l’enseignant qui se trouve mieux à même de comprendre les questionnements, les espoirs et les craintes des
élèves.
Ils nous montrent que, à dix ou onze ans, les enfants sont capables de faire preuve de réflexion et peuvent
avoir d’autres centres d’intérêts que la téléréalité, les réseaux sociaux ou la mode, ce qui a presque la force d’une révélation dans un contexte où l’on ne cesse d’entendre que « le niveau baisse » et où l’idée reçue dominante est que « c’était mieux avant ».
Dans un monde individualiste et incertain, où les connaissances sont segmentées, ils apprennent aux
enfants à écouter, argumenter et nuancer leurs propos.


ALEXANDRA IBANÈS,
Académie de Montpellier
Repères bibliographiques
– Michel Tozzi, La morale, ça se discute...,
Albin Michel Jeunesse, 2014 ;
– Dossier philo, in La Classe n°220, juin-juillet 2011 ;
– Roger-Pol Droit, Osez parler philo avec vos enfants, Bayard, 2010 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, 60 exercices d’entraînement au
théâtre, Retz, 2001 ;
– Alain Héril & Dominique Mégrier, Entraînement à l’improvisation
théâtrale, Retz, 1999 ;
– les livres des éditions Les petits Platons ;
– la collection « Philoz’enfants », chez Nathan ;
– les collections « Piccolophilo » & « Philo-fables » de Michel Piquemal,
chez Albin Michel.
Matthew Lipman (1922-2010), l’initiateur de la philosophie pour les enfants, assistant à un débat à visée philosophique
dans une classe
© Institute for the Advancement of Philosophy
for Children (IAPC)

 

La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...
La philo dès l'école primaire...

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Publié le par alexandra IBANES
Publié dans : #Quand je chante...
Mon pays était beau...

La première fois que j'ai rêvé d'Antraigues, je n'avais pas encore 15 ans, je découvrais Ferrat avec J'IMAGINE, MA FRANCE... et Bernard Pivot s'invitait chez lui pour une très belle émission que je n'ai jamais oubliée. Mon coeur est resté toute une vie à l'ombre bleue d'un figuier sans que jamais je n'aille en Ardèche. J'échangeais seulement quelques mots avec Ferrat dans les moments forts de ma vie et ça m'allait très bien.

 

 

 

 

L'été dernier, des amis nous ont proposés de venir découvrir Antraigues et nous avons retenu une date, rien ne m'empêcherai d'y aller durant un long week-end pour fêter l'amitié, la chanson, les rires, la gastronomie ardéchoise et bien-sûr Ferrat.

Les premières personnes rencontrées dans le village ont été Colette Ferrat et Francesca Solleville que j'ai tenu à laisser tranquilles, je me suis refusée à aller les déranger. Antraigues  a été un véritable enchantement.

J'ai aimé l'authenticité de l'hôtel LA MONTAGNE où nous étions, j'ai aimé la gentillesse des habitants qui nous ont très bien accueillis, Nini et tous les autres (présents avant l'ouverture de la montagne le matin pour retrouver les copains dans un éclat de rire). J'ai aimé Antraigues sous le soleil, sous la pluie battante et au petit matin avec ses collines enneigées. J'ai aimé Antraigues de Saussac, j'ai aimé Nicole, Jean-Charles, Marco, Christiane,Jean-Luc et les autres. J'ai aimé la gastronomie ardéchoise à la table d'hôtes où Allain Leprest aimait tant aller. J'ai aimé voir la maison isolée de ce sacré Félicien chanté par Ferrat. J'ai aimé laisser un mot à Jehan chez Christiane , il le trouvera dans le deuxième tiroir du meuble de la cuisine. J'ai aimé découvrir la peinture de Marc Bontemps un artiste inoubliable, magicien, raconteur d'histoire et qualifié de poète par Tristan. J'ai aimé la "maison" Ferrat où j'ai dansé comme une saucisse avec mon fils sur Santiago de Cuba et où j'ai laissé couler mes larmes d'émotion retenues tout un week-end. J'ai aimé graver dans ma mémoire le sourire de Tristan devant le piano de Jean.

Antraigues? Je n'étais pas prête jusqu'à ce week-end, je voulais vivre ce village comme dans mes rêves et pas en allant y rencontrer Ferrat durant cinq minutes, en n'étant pas sûre de le trouver.Mes deux amours m'ont accompagnée et ont aimé, ce fut mon plus beau cadeau.

Antraigues, je te dis à l'année prochaine!

 

 

Mon pays était beau...
Mon pays était beau...
Mon pays était beau...

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre

Jamais je ne pars en vacances sans livre, ce serait absolument inconcevable. Dans ma PALEV (Pile à Lire En Vacances), j'ai eu le temps en une semaine de dévorer trois ouvrages incroyables. En arrivant sur notre lieu de vacances, COSTA BRAVA de Neuhoff m'a été offert et j'ai lu ce roman en 48 heures.

Les Canyelles.

Les Canyelles.

Devant la GUA GUA dont on parle dans le livre.

Devant la GUA GUA dont on parle dans le livre.

Vivre livre sur la Costa Brava.

Quel bonheur de vivre plusieurs semaines de vacances en même temps (celles de l'auteur qui vient depuis vingt ans à un jet de pierre du lieu où nous avons résidé et les nôtres!). J'ai vraiment aimé ce livre bourré de tendresse, d'amour et d'amitié qui décrit le changement radical de la Costa Brava au fil du temps. C'était merveilleux de voir les mêmes paysages, de sentir les mêmes odeurs, de profiter du même soleil que ceux d'Eric Neuhoff.

Costa Brava de Eric Neuhoff - Albin Michel

Vivre livre sur la Costa Brava.

Le Cap de Creus fut mon gros coup de coeur durant le séjour et Prévert à ce moment-là m'accompagnait...J'ai aimé découvrir dans un des plus beaux endroits du monde l'ensemble de ces trois scénarios inédits commentés par Carole Aurouet spécialiste en Prévertie. Même un goéland curieux de poésie et de cinéma ne s'y est pas trompé! Ce livre est une véritable pépite, chaque réplique donne à réfléchir sur la condition humaine.

 

Cinéma

. Scénarios inédits Présentation des scénarios inédits et commentaire de la filmographie par Carole Aurouet

Première parution en 2015

Préface de N. T Binh

Collection Folio (n° 6047), Gallimard
Parution : 09-03-2017
 
Vivre livre sur la Costa Brava.
Vivre livre sur la Costa Brava.
Vivre livre sur la Costa Brava.

Le voyage se fait aussi dans le temps et celui-ci fut merveilleux. En plus de jolies recettes, le récit sur les petites filles modèles est une parfaite réussite. Ma relation à ce livre fut tout simplement fusionnelle. Le texte est beau, les photos sont sublimes et mon coeur faisait des petits bonds de sardine à chaque page...

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
VIVRE LIVRE : Le rameur d'Ulysse , un vrai livre écrit en classe.

Σειρῆνας μὲν πρῶτον ἀφίξεαι, αἵ ῥά τε πάντας
ἀνθρώπους θέλγουσιν ὅτις σφεας εἰσαφίκηται.
Homère  - Odyssée, XII, v.3 39-40
Il vous faudra d'abord passer par les Sirènes,
elles charment tous les mortels qui les approchent…

Notre Odyssée
Pendant près de six mois, 31 cyclopes et sirènes de CM2 et 7 classes de 6ème ont vécu en commun une très belle Odyssée au pays des mots et de la mythologie.
Inspirés par une quinzaine de gouaches qui ont été réalisées par leurs camarades collégiens, les enfants d’Ulysse ont participé à de nombreux ateliers d’écriture et appris comment on fabriquait un livre de sa conception à sa réalisation .
Sur l’île des Mots, les scribes en herbe ont étudié la typologie des textes et le vocabulaire mythologique.
Sur l’île des Internautes, de nombreuses recherches que l’on peut qualifier vraiment d’homériques ont été menées pour conserver une cohérence avec le texte de l’Odyssée.
Sur l’île des Rêves, chacun a pu exprimer ses chimères.

Sur l’île des Rendez-vous, ils ont appris l’interdisciplinarité : découverte de la langue grecque et des textes homériques, approche de l’art hellénique, découverte de l’opérette avec Offenbach et La belle Hélène. Ils ont même rencontré trois rameurs d’une autre Odyssette bien réelle et ont reçu d’eux une carte postale du berceau de la civilisation grecque. Sur l’île des Petits d’Hommes, pugnacité, solidarité, amitié et bonne humeur ont été les quatre points cardinaux de nos raconteurs d’histoires partis sur les traces d’Alexandros, le valeureux marin d’Ulysse disparu. L’oeuvre de référence fut le célèbre stamnos du Chant des sirènes exposé au British Museum de Londres. Gageons que cette activité commune aura donné à tous le goût de lire, d’écrire et de créer.

Parution prévue le 4 mai aux éditions du jais.

Le repas de Polyphème !!!!

Le repas de Polyphème !!!!

Le chant d'amour d'Aphrodite...

Le chant d'amour d'Aphrodite...

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Ecrire
J'écris donc je suis dada!

Tristan qui s'ennuyait en salle de permanence s'est mis à écrire sans pouvoir s'arrêter. Le résultat est tout à fait surprenant et un brin dadaïste.

"L'hypothèse serait que le carambar saveur menthe existe pour pour pouvoir financer l'installation d'un chameau à la place des instituteurs dans les écoles maternelles. Je trouve que si on démocratisait la liberté des marsouins à dos de tortues dans les rues de St Pétersbourg, on pourrait utiliser les ordinateurs comme des baguettes de pain afin d'éviter l'invasion des moustiques.

Il est évident que si on n'écrit pas la lettre A sur le dos de son meilleur ami, des chats domineraient le monde et se déplaceraient en camping car.

Si on prévoyait l'invasion des extraterrestres rouges ayant une baguette magique, il faudrait se munir d'un parapluie afin de faire apparaître des millions de fourmis ayant la capacité de renvoyer E T sur une banquise chauffée à 40° C. à l'aide d'un vélo.

Il parait que si Charlemagne n'avait pas été couronné , un canard jaune faisant un mètre de hauteur aurait dévasté tous les HLM peuplés d'ornithorynques.

Il se trouve que si on porte un gilet vert caca d'oie le 14 décembre 1472, la terre sera peuplée d'animaux étranges ressemblant à Julien Lepers.

Si on dessinait au feutre bleu pendant la gestation des crevettes, on serait obligé de manger des raviolis farcis aux noisettes accompagnés de risotto fait maison , avec tendresse et affection.

Si on ouvrait un tube de colle durant 10 minutes, on pourrait invoquer le Père Noël qui te transformerait en sac Ikéa et tout le monde crierait " C'est une hallucination collective!"

Il est évident que les huîtres sont dans tous les média grâce à leur capacité de stockage auditif atteignant plus de 59 gigaoctets!

Selon les théories de grands de la préhistoire, il parait que si on mangeait une mandarine en écoutant du métal , on dirait tous:CHOCOLATINE! Les grands scientifiques l'ont calculé après avoir bu de l'eau en écoutant les nuages.

Tous les chats possédant un MP3 seront attendus à l'accueil du collège et auront droit à une image au hasard: image de café, image de friandises, images de pull... Toutes ces images pourront être insérées dans la machine à café au fond de la Maison de l'Homme à Paris, endroit où sont aussi regroupés tous les crustacés.

Quand tu peins de l'art abstrait , il faut marcher pieds nus sur des saucissons. En écoutant la radio la plupart des gens se transforment en écureuils capables de grimper sur la tour Eiffel grâce à l'aide d'une mouette rieuse.Si on combine de la farine avec de la maïzena, on obtient une biscotte beurrée qui transformera les infirmières en otaries. Si on légalise la combustion des glaçons à plus de 80°, on aura accès à l'équerre vitaminée. Si on oublie de charger son téléphone portable quand il y a un embouteillage de girafes sur l'autoroute A9, on aura tous une cassette vidéo contenant l'histoire d'une feuille morte agrippée à une sauterelle..."

Je précise que ce texte a été écrit en totale liberté et sans l'aide d'aucun document, que nous n'avons aucune action chez Ikéa, que Julien Lepers ne fait pas partie de notre paysage audiovisuel, que nous aimons les infirmières et qu'il est vrai qu'un chameau en maternelle serait une sacrée réforme de l'Education Nationale...

 

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Publié le par alexandra ibanès
Publié dans : #Autres
Farandole hivernale

Il y a trois étés, Tristan avait écrit Suite N° 1 pour L'Iris de Suse pour violoncelle et il cherchait l'accord parfait...

Aujourd'hui, à 12 ans, il vient de composer son deuxième morceau grâce au logiciel  MUSESCORE qui permet d'entendre en temps réel ce qui est en train d'être écrit, c'est aussi une autre façon de travailler son solfège avec rigueur et plaisir.

FARANDOLE HIVERNALE est une jolie  mélodie où temps et rythme sont respectés. Voici le lien pour l'écouter:

 

Farandole hivernale

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
Jacques Prévert, une vie ou lettre ouverte à Carole Aurouet

Chère Carole,

 

Jacques Prévert, une vie est votre dernier livre et à la lecture de chaque chapitre de cette biographie, très documentée, j'ai voyagé dans le monde merveilleux de la Prévertie et de nombreux souvenirs me sont revenus en mémoire.

J'ai été heureuse de revivre les heures du groupe Octobre, de replonger dans le surréalisme, de redécouvrir des séquences cinématographiques ancrées en moi, de songer avec nostalgie aux photos devenues célèbres et de chantonner dans ma tête les mots du poète.

Prévert m'a accompagnée dès mon adolescence. Je me souviens que lors d' un cours de français, nous devions écrire à sa manière un texte "imitant" Familiale. Une camarade de classe en échec scolaire avait eu la meilleure note et nous reprenions chaque vers comme une rengaine, la rage au coeur. La colère de cette élève face au thème de ce poème en prose lui avait permis d'extirper ce qu'elle avait au fond d'elle et elle avait écrit un très beau texte...

Quelques années après, devenue une fidèle du poète, j'ai découvert les beaux clichés de Doisneau et un jour en allant chez mon photographe, il m'a dit qu'il devait se rendre à un salon à Paris où se trouvait justement Doisneau. Il était tout excité car leurs stands étaient voisins. Sans trop y croire, je lui ai demandé s'il ne pourrait pas me faire signer une copie du fameux ballon rouge de Prévert...Une semaine après, il m'a offert cette merveilleuse photo qui depuis ne m'a jamais quittée. Elle se trouve dans ma cuisine et Prévert, nonchalant, la clope au bec, veille sur les excellentes recettes que concocte mon mari.

 

 

 

Jacques Prévert, une vie ou lettre ouverte à Carole Aurouet

J'ai 16 ans et je me passionne pour le cinéma. Je découvre Les enfants du paradis et au passage, je tombe amoureuse de Jean-Louis Barrault, d'ailleurs si un jour j'ai un fils, je l'appellerai Baptiste. J'aime Arletty, Maria Casarès, Pierre Brasseur et tous les autres acteurs, je connais chaque réplique par coeur. Ce film est le film de ma vie et aujourd'hui, aucun n'a pu le détrôner. Aussi, durant toutes les années qui suivront, je me passionnerai pour le cinéma de Jacques Prévert.

 

M'intéressant également à la chanson, j'apprécie bien entendu toutes celles qui sont mises en musique sur des poèmes de Prévert, avec deux préférences: L'opéra de la lune et Mouloudji chante Prévert pour les enfants.

Et, tenez-vous bienje pleure même adulte avec L'opéra des girafes, le conte du Petit Poucet et j'aime plus que tout Le concert n'a pas été réussi .

Désormais enseignante, je laisse à mes collègues le soin de faire découvrir aux enfants les textes qui leur sont destinés et qu'on trouve dans les manuels scolaires, pour leur présenter des girafes particulières ou des dromadaires mécontents...

Un jour, à un salon du livre de Bordeaux, je rencontre Jacqueline Duhême qui fut l'illustratrice des textes de Prévert. Je reviens avec une très jolie aquarelle mais frustrée, je n'ai pas réussi à communiquer avec elle malgré mon enthousiasme.

Puis la vie continue, chère Carole, et chaque année, je relis les textes du poète. Je rencontre l'homme de toute ma vie qui s'appelle Jacques et qui écrit des poèmes, mon fils croit alors qu'il s'agit de Prévert en personne. C'est beau, c'est frais, c'est tendre. C'est à cette même période que Tristan (qui ne s'appelle pas Baptiste) décline dans un spectacle intitulé Le jardin de Prévert : L'école des beaux arts, Elève Hamlet et Les belles familles dont il fera un film d'animation en stop motion.

 

Voilà chère Carole, ma lettre est finie et je tiens à vous remercier pour votre livre. En lisant la vie de Prévert, j'ai revécu des moments de ma propre vie.

Merci aussi pour les passages Prévert /Chaplin qui sont passionnants.

Je vous joins pour finir un texte écrit par Jacques Ibanès sur sa rencontre poétique avec le poète.

La maison de Monsieur Prévert 

(Jacques Ibanès)

 

Je me suis mis en route un jeudi 13 septembre.

Ce jour-là, j’avais décidé de me rendre

à Omonville-la-Petite.

J’étais parti de Cherbourg avec mon sac à dos

par un beau soleil.

J’avais en poche une invitation qui datait d’avant

ma naissance et qui disait :

« Dans ma maison vos viendrez ».

J’avais beaucoup rêvé de cette maison

où il y avait un grand mur blanc orné de piments rouges

avec une belle fille nue dedans.

Les piments rouges et le mur blanc

me faisaient plutôt penser à la Côte d’azur.

Pourtant des guides disaient

que Mr Prévert attendait ses visiteurs

dans ce bout de Normandie.

 

J’ai longé un sentier-serpent

à la manière d’un contrebandier,

dans la compagnie joyeuse des mouettes et des cormorans

et j’ai fini par arriver à Omonville :

un village avec des maisons en granit bien jointoyé

des rhubarbes géantes

et une rivière tranquille qui coule au milieu.

 

J’ai trouvé facilement la maison de Mr Prévert

au fond d’un jardin.

Elle était ouverte et je suis entré sans façons.

A l’intérieur il y avait bien les murs blancs

comme il était dit dans l’invitation

et aussi deux cheminées, un coffre, quelques fauteuils, une immense table, un pont de chemin de fer en bois

avec sa locomotive et son wagonnet

et un poème intitulé La méningerie qui s’adressait aux donneurs de leçons et qui disait ceci :

« Dressages / Dompteurs de cœurs et de cerveaux

Pollueurs de la plus belle eau du plus bel âge,

ils font sauter dans leurs cerceaux les enfants sauvages. »

 

Ça, c’était bien du Mr Prévert mais dans la maison

il manquait tout de même, comme je l’avais pressenti,

les piments et la jolie fille.

Il y avait encore une photographie que tout le monde connaît.

On voit un homme attablé en pleine rue, la clope au bec, l’air hagard devant un canon de rouge,

littéralement « effondré devant la vacherie du monde »

 

J’ai demandé à voir Mr Prévert

on m’a répondu qu’il n’était plus là, qu’il avait déménagé.

Avant de partir, il avait promis-juré que c’était la dernière fois.

Il avait tenu parole : voilà trente automnes qu’il habitait

dans une autre maison, juste en face de celle-ci.

Depuis tant d’années, de l’eau avait coulé comme on dit.

Les feuilles mortes ne se ramassaient plus à la pelle,

le balayeur était désormais harnaché

d’un beau ciré jaune canari,

il avait un casque vissé aux oreilles

et il actionnait une turbine à six pales qui avalait les feuilles

avec un boucan du tonnerre.

Par ailleurs, le monde continuait à (mal) tourner

on s’étripait un peu partout

et notre père qui était aux cieux y restait

sans intervenir, comme d’habitude.

Je suis donc arrivé devant la dernière maison de Mr Prévert

sur laquelle étaient entassés de nombreux coquillages

et des galets coloriés.

Cela était d’un très joli effet.

Sur l’un d’eux la jeune Caro avait écrit

« Merci pour vos beaux poèmes monsieur Prévert »

Sur un autre, un enfant avait dessiné

un poussin sortant de son œuf

sous un soleil aussi riant

que le soleil de ce 13 septembre.

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Quand je chante...
Quand je chante, je deviens chanson : L'éternité Picasso

La première fois que j'ai écouté Isabelle Aubret, je devais avoir 17 ans, je la découvrais grâce à Jean Ferrat dont je suis une fervente admiratrice. Les premières chansons que j'écoutais d'elle, si je me souviens bien, étaient 1789 où les hommes découvraient "des mots très beaux, des mots superbes" et Liberté...C'était l'époque des premiers CDs et la fin des 33 tours et je me souviens avoir particulièrement aimé un de ses albums qui avait pour titre éponyme Vague à l'homme (Prix Charles Cros). J'écoutais aussi sans relâche, dans mon walkman, une cassette avec La rose noire, Le diable au coeur, Beyrouth, L'oiseau de liberté et j'étais fascinée par cette voix cristalline sur laquelle je posais ma voix grave en chantant ce répertoire dont je raffolais. Comme j'en ai usé des piles durant cette première année!

Puis ce fut 1989, en France, on fêtait le bicentenaire de la révolution et Isabelle le chantait avec conviction, c'était beau, c'était fort et à cette même période un air de liberté soufflait sur l'Europe avec la chute du mur de Berlin et les pays de l'Est qui se libéraient... Je lui ai écris, elle m'a répondu et cela fait  30 ans que j'aime cette femme de tout mon coeur.

J'ai toujours eu la certitude que nos routes se croiseraient un jour. En 2000, ce fut notre première rencontre, furtive mais belle, la première d'une petite série.

Le soir de son récital, elle m'a dédicacé L'éternité Picasso avant de l'interpréter sachant que j'aimais cette chanson plus que tout.

Le parcours d'Isabelle est à son image, elle a toujours chanté ce qu'elle voulait et ce qu'elle aimait sans s'occuper des modes et avec un don de soi extraordinaire.

Elle m'a "vue" grandir, devenir une femme, devenir maman. La dernière fois que je l'ai rencontrée, c'était en 2014 à Lézignan Corbières et ce fut une soirée magique. 
Avec elle, quand je chante, je deviens chansons au pluriel car j'aime tout le répertoire de cette magnifique interprète.

EXTRAIT d'Un été à l'Iris de Suse (Ed. L'art d'en face)

6 juillet 2014:

(...) Quelques instants plus tard, son récital commence, le rideau s'ouvre mes longues années de fidélité à son égard, Jacques ému me serre la main tout au long du spectacle et Tristan dévore des yeux sa Fanette ( C'est le nom qu'on lui a  donné) et je me souviens (...)

Elle est là , Isabelle, sur scène comme un oiseau de liberté pour chanter la justice et la fraternité avec une énergie incroyable car le temps , les souffrances et sa foi en la vie l'ont rendue inébranlable.

Mes deux hommes sont subjugués. Tous les trois, main dans la main, nous retenons notre souffle; dans ma tête je l'accompagne dans toutes ses chansons que je connais par coeur.(...)

L'éternité Picasso, Grand-mère Ghetto et Je vole sont de véritables pépites très peu connues du public, voici deux liens pour les découvrir.

♪ Je Vole ♪ Allain Leprest/ Romain Didier

Un jour, j'aurai des plumes au dos
J' décollerai du Trocadéro
Je me coudrai du ciel aux ailes
Sur l'aiguille de la tour Eiffel
Et quand je passerai les nuages
Les enfants crieront au passage

{Refrain:}
"Elle est folle, folle, folle
Folle, folle
Elle est folle, folle, folle
Elle croit qu'elle vole"
Je suis folle, folle, folle
Folle, folle
Je suis folle, c'est vrai
Mais je volerai !

Le monde est beau de haut en bas
Avec un grand V dans les bras
Le monde est beau de bas en haut
Quand on se déguise en oiseau
Quand on se déguise en voyage
Et qu'on entend sur les rivages

{au Refrain}

Tu vois, je cueille un edelweiss
Un nénuphar sur le Loch Ness
Entre les nuages et la mer
Je prends l'angle de l'Angleterre
Je nage la brasse dans l'espace
J'habite les pages d'un atlas

"Elle est folle, folle, folle
Folle, folle
Elle est folle, folle, folle
C'est vrai qu'elle vole"
Je suis folle, folle, folle
Folle, folle
Je suis folle, c'est bien
Et je vole enfin

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Publié le par alexandra Ibanès
Publié dans : #Vivre livre
Vivre livre au musée de Narbonne

ZORAH SUR LA TERRASSE

(Abdelkader Djemaï)

 

Tanger, l’hiver 1912

La terre toute nue

Dans le miroir gris de la mer

De la double mer nouée

Entre l’Atlantique et la Méditerranée

Pousse un oranger d’Andalousie

 

Dans les ruelles de la Médina

Entre le Grand et le Petit Socco

Sous la pluie froide

Matisse cherchait un modèle

Elle se prénommait Zorah

Et ne posera jamais nue pour lui

 

Oran, novembre 1948

L’horloge de port en pierre

Vigile aux aiguilles noires

Je suis né à l’heure des feuilles mortes

Entre un commissariat sans fenêtres

Et un figuier sans fruits

Dans la maison ouverte aux fourmis et aux lézards

Mes tantes et les ombres vertes

Avaient ce jour-là dansé pour moi

 

Dans la cour où fleurissaient les cailloux jaunes

Les robes, les rêves et le burnous de grand-père

Il n’y avait pas les iris bleus, les pervenches, les mimosas,

Les palmes, les arums, les acanthes de Matisse

Ou sa fenêtre ouverte comme une promesse sur l’horizon

 

De mon enfance vieille

Il me souvient des oliviers et des agaves

Derrière les murs du vieux cimetière

Où grand-père dort à l’ombre d’une pierre grise inclinée

Il était parti un jour d’été

Tout juste après sa sieste sous le figuier

 

Avant que la guerre, la tuberculose et la syphilis

Ne continuent de manger l’arrogante Europe

Le ciel de l’hiver 1912

Avait-il les yeux de Zorah la prostituée

Peinte en secret sur la terrasse du bordel

Entre les murs tatoués de la Casbah

Les portes closes et les zellijes ébréchés

 

Zorah, la clandestine fuyant les coups de son frère

Les couteaux des regards et des langues

Dans une vile de proxénètes, d’espions

De trafiquants, de devins, de mendiants

De marabouts et de diplomates drogués

 

Dans le détroit de Gibraltar

Passaient les nuages roux

Les dauphins au ventre blanc

Les guerriers rutilants

Et les oiseaux migrateurs

Partis embrasser le soleil de l’Afrique

 

Des collines de Tanger

Derrière le port et les minarets

L’Espagne montre le bout de son nez

Sur ma colline avait dormi Cervantès

Dans un château de pierre ocre

Au pied d’une ville cuivrée

Où les noces se célèbrent sur les terrasses

 

De mon enfance vieille

Me viennent les odeurs du benjoin,

Du miel chaud, des sardines grillées

Et du henné qui colorait doucement

Les pieds et la paume des mains des femmes de la maison

ouverte aux fourmis et aux lézards

 

Zorah avec ses babouches au fond rouge

Au milieu d’ombres, de jaune, de vert et de violet

Sa tunique à la ceinture marron couvrant ses épaules

Son visage de belle terre

Et ses mains comme des mésanges envolées

 

Zorah assise près d’un bocal au pied rose

Trois poissons dansent dedans

Ils n’appartiennent à aucune des deux mers nouées

Ils venaient de la rivière des songes clandestins

Celle où je nage en secret avant de me noyer

Entre un port, une horloge en pierre et un oranger

Il y a quelques semaines, j'ai voulu redécouvrir la partie orientale du musée de Narbonne de façon originale. Pourquoi ne pas lire de beaux textes dans la salle de la fontaine?

Quand nous sommes arrivés avec Tristan, nous avons visité la médina haute en couleur, rêvé devant cette jeune fille qui aurait pu servir de modèle pour Zorah sur la terrasse écrit par Abdelkader Djemaï, tous nos sens étaient en éveil pour ce beau voyage pictural. 

A la fin de la visite, j'ai lu Ali Baba et les 40 voleurs à Tristan, nous avons ri avec Les sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja et nous avons terminé avec Zorah sur la terrasse pour finir cette visite pas comme les autres.

Jacques, pendant ce temps-là, nous préparait un repas libanais avec une bonne dizaine d'épices et nous avons bu un thé à la menthe avec d'excellentes pâtisseries orientales.

Vivre livre au musée de Narbonne
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